L'assassinat de Kim Jong-nam, fils de Kim Jong-il et demi-frère du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, a lieu le . Il est attaqué avec un agent inervant neurotoxique VX à l'aéroport international de Kuala Lumpur, en Malaisie.
Les premières suspectes sont les deux femmes, d'origine vietnamienne et indonésienne, qui ont attaqué Kim Jong-nam. Elles s'avéreront avoir été dupées par des agents nord-coréens leur faisant croire à une farce télévisée. L'une d'entre elles est condamnée pour à trois ans et quatre mois de prison. Elles sont toutes deux libérées en 2019.
Quatre suspects nord-coréens restent recherchés par la police malaisienne et font l'objet d'un mandat d'arrêt international. Le pouvoir nord-coréen est fortement soupçonné d'être l'auteur de cet assassinat, sur ordre de Kim Jong-un.
Contexte
Déroulement de l'attaque Kim Jong-nam arrive en Malaisie le afin de séjourner cinq jours dans un hôtel de luxe de l'île balnéaire de Langkawi. Il voyage alors sous le pseudonyme de .
Le vers du matin, Kim Jong-nam attend le vol AirAsia de vers Macao dans le hall de départ de l'aéroport de Kuala Lumpur, au niveau 3 du bâtiment KLIA 2 , près d'un kiosque d'enregistrement automatique. Alors qu'il est visiblement abordé par une jeune femme, et au même moment, une autre jeune femme en tee-shirt blanc l'approche par le dos, lui plaquant un tissu imbibé d'un fluide sur le visage avant de continuer son chemin tout comme la première jeune femme.
Selon la police malaisienne, Kim Jong-nam alerte immédiatement les employés de l'aéroport, disant que et qu'une femme . Peu après, suant abondamment, les yeux injectés de sang et rencontrant des difficultés respiratoires, il est accompagné par les employés dans une clinique de l'aéroport, où il s'évanouit et où il est intubé. Il meurt à lors de son transport vers l'hôpital.
Au moment de sa mort, le sac à dos de Kim Jong-nam contient en espèces ; il portait également quatre passeports nord-coréens, tous au nom de Kim Chol.
Enquête
Autopsie Le corps de Kim Jong-nam est transporté au service médico-légal de l'hôpital de Kuala Lumpur pour être autopsié. Il est ensuite remis à la Corée du Nord.
Le , la police malaisienne présente les résultats de l'analyse toxicologique identifiant la substance dont Kim Jong-nam a été victime comme étant l'agent innervant VX, une arme chimique dérivée du gaz sarin, interdit par la Convention sur les armes chimiques de 1993.
La Corée du Nord refuse les résultats de cette autopsie et dénonce un examen effectué .
Arrestations La police malaisienne reconstitue rapidement le scénario de l'attaque grâce aux images de vidéosurveillance de l'aéroport.
Elle identifie d'abord les deux jeunes femmes de type asiatique ayant attaqué Kim Jong-nam ; l'une d'entre elles portant un t-shirt blanc avec l'inscription . Il s'avère qu'après les faits, elles se sont lavé les mains et sont reparties en taxi.
Le lendemain de l'attaque une première suspecte, , , d'origine vietnamienne, est arrêtée. Le , la seconde suspecte, Siti Aisyah, Indonésienne de , est à son tour arrêtée ainsi que son compagnon malaisien, Muhammad Farid bin Jalaluddin. Celui-ci sera libéré le .
Le , la police arrête un homme nord-coréen de répondant au nom de Ri Jong-chol, résidant en Malaisie et considéré comme un « homme d’affaires » par l’entreprise du secteur médical qui l’employait, Tombo Enterprise.
La police soupçonne également quatre hommes d'origine nord-coréenne ayant quitté la Malaisie le jour de l’agression, et demande à en interroger trois autres, dont un diplomate de l'ambassade de Corée du Nord à Kuala Lumpur.
Mandat de recherche Le , le chef de la police malaisienne, Khalid Abou Bakar, annonce que son pays a demandé à Interpol le lancement d'une notice rouge sur quatre suspects nord-coréens.
Version des faits des suspectes La Vietnamienne quitte son village natal à pour commencer des études de pharmacie à Hanoï mais devient serveuse dans un bar à l'ambiance Far West. Siti Aisyah, initialement pour assurer sa subsistance, quitte l'Indonésie pour s'installer à Kuala Lumpur. Elle travaille dans un spa. Les établissements qui emploient les deux jeunes femmes pratiquent tous deux la prostitution.
Les deux suspectes disent ne pas se connaître. Elles sont approchées séparément par des hommes se présentant comme des producteurs sud-coréens. Ils leur proposent de participer à des vidéos de canulars diffusées sur YouTube, qui consistent à étaler de la lotion hydratante pour bébé sur leurs mains et à l'appliquer sur le visage d'inconnus, pour une centaine de dollars par opération. Elles réalisent alors des , chacune de leur côté : dans un centre commercial à Hanoï, encadrée par un certain , Aisyah à Kuala Lumpur, encadrée par un certain , se présentant comme japonais ; puis à l'aéroport de Phnom Penh au Cambodge où elle rencontre un .
L'avocat malaisien de , Hisyam Teh Poh Teik, affirme que .
Le , emmène Siti Aisyah à l'aéroport de Kuala Lumpur, où ils prennent un café dans une buvette et s'approchent de la zone d'enregistrement d'Air Asia. Il lui désigne alors un homme, cible d'un nouveau canular et l'informe qu'elle sera rejointe par une autre complice. , qui a appliqué le produit sur Kim Jong-nam, déclarera aux juges : .
Après l'agression, elles vont se laver les mains dans les toilettes de l'aéroport et partent chacune prendre un taxi.
tente ensuite de contacter qui lui dit de revenir le lendemain à l'aéroport. Elle y sera alors interpellée par la police et leur indiquera sa chambre au , où ils retrouveront les vêtements utilisés la veille, notamment le t-shirt blanc avec l'inscription et une jupe bleue, visibles sur les images de vidéosurveillance. Pensant avoir affaire à une caméra cachée, elle ne se rendra compte de la situation qu'au troisième jour de sa garde à vue, selon son avocat, lorsque la police lui montre des journaux titrant en une sur l'événement.
Les deux suspectes affirment ne pas avoir eu connaissance de l'identité de leur victime , ni de la dangerosité du produit qu'elles lui ont appliqué.
Procès Les deux femmes sont inculpées le pour meurtre, crime pour lequel elles encourent la peine de mort. Leur procès débute en .
Condamnation Le , à la suite de pressions diplomatiques vietnamiennes, le parquet abandonne les poursuites pour meurtre contre et opte pour le chef d'accusation de . Elle est alors condamnée à trois ans et quatre mois de prison par la Haute cour de Shah Alam.
Libération Le , le procureur requiert l'abandon des charges contre Siti Aisyah. Cette demande est acceptée par le juge, la jeune femme ressort alors libre et autorisée à quitter le pays.
Le , est également libérée, bénéficiant d'une remise de peine pour bonne conduite, et quitte la Malaisie pour rejoindre Hanoï, capitale de son pays d'origine.
Réactions internationales
Corée du Nord L'agence de presse officielle de Corée du Nord accuse la Malaisie d'être responsable de la mort de Kim Jong-nam et de comploter avec la Corée du Sud.
Corée du Sud La Corée du Sud dénonce son voisin du Nord comme commanditaire de l'assassinat, évoquant un de Kim Jong-un pour éliminer son demi-frère.
Autres réactions Le Conseil exécutif de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) s'est déclaré "gravement préoccupé" par cet incident et a demandé que les responsables de l'utilisation d'armes chimiques soient tenus pour responsables.
En réponse à l'incident, selon un blog de BBC News, un hacktiviste autoproclamé connu sous le nom de Cyber Anakin a profité d'un site Web de propagande nord-coréen, qui renvoyait par erreur à un compte Twitter inexistant. Il a enregistré un faux compte sous ce nom d'utilisateur vide et a publié de nombreux messages de propagande contre le régime.
Notes et références
Voir aussi Article connexe Assassins (documentaire)
Liens externes
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