La noblesse française regroupe les familles françaises qui ont bénéficié depuis les premiers temps de la monarchie d'un statut particulier auquel étaient attachés « des privilèges, faits de devoirs et de droits, se transmettant par le seul fait de la naissance »Philippe du Puy de Clinchamp, La noblesse, PUF, 1962, introduction. jusqu'au (abolition des privilèges) et d'une distinction honorifique héréditaire (le fait d'être noble, membre de la noblesse, abolie le ).

Après la Révolution française et le Premier Empire elle est rétablie en 1814 sous la Restauration mais n'est accordée qu'en tant que distinction honorifique. Les Chartes constitutionnelles de 1814 et de 1830 disposent que « le roi fait des nobles à volonté, mais il ne leur accorde que des rangs et des honneurs, sans aucune exemption des charges et devoirs de la société ».

La noblesse n'a plus d'existence légale et juridique en France et n'est pas reconnue par la République françaiseMonique de Saint Martin, L'Espace de la noblesse, Editions Métailié, 1993, page 33., mais les titres réguliers peuvent toujours être transmis (dans le respect des règles établies lors de leurs octrois) et reconnus à l'état-civil comme accessoire du nom de famille, après vérification par les services du garde des sceaux.

Pour certains auteurs, les familles issues de la noblesse représentent l'ensemble des familles ayant été anoblies, reconnues nobles ou encore titrées (avec ou sans anoblissement)Régis Valette, Catalogue de la noblesse française subsistante, édition 2002, p. 13 : « Certes ces titres ne sont susceptibles de devenir héréditaires qu'après des formalités assez lourdes, mais une nouvelle noblesse est née et c'est un fait historique d'importance »Régis Valette écrit également que cette noblesse purement honorifique du doit son existence aux cinq souverains qui ont régné de 1804 à 1870., en France sous les régimes successifs jusqu'à l'instauration en 1870 de la Troisième RépubliqueRégis Valette, Catalogue de la noblesse française au , Robert Laffont, 2007, p. 12-13La noblesse n'est plus reconnue et n’a plus d’existence légale en France depuis l'instauration de la Troisième République le (Didier Lancien, Monique de Saint-Martin, Anciennes et nouvelles aristocraties de 1880 à nos jours, Les éditions de la MSH, 2014, p. 232.).. Pour d'autres, la noblesse n'a plus d'existence juridique et légale depuis 1848Éric Mension-Rigau, Enquête sur la noblesse. La permanence aristocratique, éditions Perrin, 2019, p. 11 et 69.France culture, histoire d'hier à aujourd'hui, la noblesse française (vidéo à écouter).. Enfin, d'autres écrivent qu'il faut distinguer les titres — ayant été donnés sans notion de noblesse sous l’Empire et parfois sans anoblissement joint ou préalable sous la Restauration — d'avec la noblesse, et que seule la Restauration a créé des nobles et ceci dans le cadre d'un ordre fictifNous renvoyons aux travaux de Philippe du Puy de Clinchamps(La noblesse, Que sais-je ?, 1959 ); et à ceux d'Alain Texier()..

Sous réserve des divergences d'opinions entre auteurs sur le , nous pouvons classer la noblesse française subsistante selon trois origines : noblesse ancienne acquise avant 1789, noblesse d'Empire obtenue entre 1808 et 1814 puis sous les Cent-Jours, et noblesse récente obtenue depuis la RestaurationMarc Bouvet, Le Conseil d'État sous la Monarchie de Juillet , Librairie générale de droit et de jurisprudence, 2001, p. 28.(lire en ligne)..

Selon certains auteurs, même si elle forme le groupe le plus touché par la déconstruction des valeursEric Mension-Rigau, Singulière noblesse: L'héritage nobiliaire dans la culture française contemporaine, Fayard, 2015, extrait., la noblesse française, à l'époque contemporaine, s'efforce de conserver une identité spécifique avec des modes de pensée, de principes d’éducation et des goûts formant une « culture d’ordre ».

La noblesse de la société médiévale à la Révolution française La noblesse est une institution qui existait déjà chez les Gaulois, les Romains et les Francs ; elle n'a donc jamais cessé d'exister et a évolué durant les douze siècles de royauté franque puis française. Elle a connu un renouvellement du fait des guerres, des familles ont accédé à la noblesse par agrégation, d'autres ont été anoblies.

Présentation historique Les bases médiévales

Conservation de l'institution nobiliaire romaine par les Mérovingiens right|upright|thumb|Le baptême du roi franc Clovis

Les rois Francs conservèrent dans leur royaume l'institution nobiliaire romaine, système de délégation de la publica potestas ; l'exercice de ce pouvoir public n'était pas héréditaire. Clovis a obligé les grands de l'aristocratie franque à entrer dans sa militia principis s’ils voulaient exercer la potestas publica et à se couler dans le modèle de l'institution nobiliaire romaine. Les grands francs rentrèrent dans la noblesse en assumant des fonctions publiques ou honores mais ceux-ci n'étaient pas héréditaires et la noblesse ne l'était donc pas non plus. Clovis a ainsi créé une nobilitas formée par la noblesse sénatoriale gallo-romaine et par les maiores natu des peuples barbares, qui purent entrer dans sa militia principis en jurant obéissance « à la romaine » (obsequium) au nouveau maître. Clovis est le continuateur de la Gaule romaine car il conservait le droit romain pour les Romains et pour l’Église catholique.

En recevant, grâce à la nomination impériale, la potestas principis, Clovis change la nature de la royauté franque ; parallèlement ses moyens changent également grâce à la récupération de moyens administratifs impériaux. Sa royauté est héréditaire et dispose de la potestas principalis d’origine romaine, qui seule permet de nommer à tous les honores comportant la potestas publica.

Apparition de l'hérédité sous les Carolingiens vignette|droite|redresse|Le roi Louis le pieux

La noblesse héréditaire naît ultérieurement. Le apporta en effet au modèle de la distribution de la potestas publica par le souverain des changements qui sont à l’origine d’une augmentation du nombre des détenteurs de la principalis potestas. Louis le Pieux entreprit des réformes importantes dans l’Église et l’Empire, allant en effet dans le sens de davantage de partage de responsabilité ; cette nouvelle consigne sera prise à la lettre par le haut clergé et les grands qui prirent des initiatives allant dans le sens de leurs intérêts.

La noblesse demeure une classe d'agents investis de l’autorité publique ou publica potestas, bien que cette classe soit devenue héréditaire sous Louis le Pieux et ses filsDans le royaume occidental, les événements ont permis aux vassaux royaux d’obtenir l’amélioration la plus sensible de leur statut ; ceux qui étaient restés fidèles à entre 840 et 843, sauvant le royaume au péril de leur vie et de leurs biens confisqués par l’ennemi envahisseur face à l’empereur qui disposait de forces supérieures, avaient le droit d’exiger la récompense de leur loyauté ; elle leur fut accordée en novembre 843 lors de la réunion de Coulaines ; dans le troisième alinéa d’un capitulaire, il était admis que le roi devait son honor à ses fidèles ; en conséquence, il leur promettait que chacun d’eux pouvait être assuré de conserver son honor, sauf si un jugement contraire intervenait. Cette pratique fut confirmée officiellement en 877, à l’assemblée de Quierzy-sur-Oise ; un capitulaire stipula que le fils d’un vassal prêt à servir le roi aussi loyalement que l’avait fait son père devait conserver l’honor paternel.. Avec l'expansion franque, ce modèle se généralisa aux royaumes chrétiens proches du royaume des Francs.

La vassalité et l’hérédité au , puis l'appropriation au du « par la grâce de Dieu » vont créer une nouvelle couche de dynastes, les princes territoriaux, qui comme le roi, portent le titre de princeps et s'approprient la puissance publique. Le pouvoir public, le fisc, l’administration, la gestion des domaines forestiers, voirie, la sécurité, le réseau fluvial passèrent ainsi en quelques siècles du pouvoir impérial au pouvoir royal puis aux princes territoriaux.

Épanouissement puis réduction de la féodalité sous les Capétiens () vignette|droite|redresse|Le roi Hugues Capet Aux alentours de l'an mille, du , de nombreux nobles s'engagent dans les Croisades.

Au , la noblesse française est gravement entamée par d'importantes défaites militaires (Poitiers, Azincourt) durant la guerre de Cent Ans qui l'oppose à l'Angleterre, et les jacqueries se multiplient. La guerre devient de plus en plus l'affaire de professionnels et de mercenaires. Alors que les nobles évitent de s'entretuer au combat pour tirer une rançon de leurs prisonniers, les mercenaires ne s'encombrent plus des valeurs « chevaleresques ».

L'appel au ban et à l'arrière-ban permet aux nobles de servir dans les guerres royales (cette convocation pour la guerre durera jusqu'au règne du roi Louis XIV).

À partir du , l'armée se professionnalise encore davantage avec la création des compagnies d'ordonnance. De nombreux petits nobles deviennent des gentilshommes campagnards dont le journal de Gilles de Gouberville donne une idée du mode de vie. À la fin de ce siècle, la noblesse française participe aux guerres d'Italie qui ne se termineront qu'au siècle suivant sous le règne du roi .

Le vignette|redresse|Le roi François

Le est marqué par les guerres d'Italie, la Renaissance française et dans la seconde partie du siècle par les guerres de Religion entre catholiques et protestants. Durant les guerres de Religion une partie de la noblesse défendra le culte protestant.

Comme dans les siècles précédents la noblesse se renouvelle avec l'arrivée au sein du deuxième ordre de nouvelles familles issues de la bourgeoisie aiséeJean-Marie Constant, La noblesse française aux , Hachette, coll. « La vie quotidienne », 1994 .

Parallèlement, la noblesse entre toujours davantage dans les fonctions et charges au service de l'État.

Les Naissance de la noblesse de robe Une nouvelle forme de noblesse se crée, officialisée en 1604 : la noblesse de robe.

Soumission de la noblesse à l'autorité royale L'échec de la Fronde (1648-1653) marque la fin des révoltes nobiliaires et la soumission de la noblesse au pouvoir royal. Cependant, le roi se veut toujours le et le gardien des privilèges de ses sujets. La noblesse se caractérise par ses privilèges fiscaux (exemption de la taille), politiques (accès aux assemblées des États provinciaux), de carrière (dans l'armée notamment), honorifiques (entourer le roi à la Cour, préséance) et judiciaires (elle est jugée par un tribunal spécifique : le parlement).

Grande enquête sur la noblesse (1666-1727) Louis XIV assisté de Colbert fit procéder aux premières « grandes recherches de noblesse ». Il ordonna que soit fait « Un catalogue contenant les noms, surnoms, armes et demeures des véritables gentilshommes pour être registrés dans les bailliages et y avoir recours à l'avenir » (arrêt du ). Ce catalogue n'a jamais vu le jour, mais un immense travail fut accompli pendant plus de trois ans dans différentes régions qui passa au crible les titres de noblesse de ceux qui jouissaient des privilèges réservés aux nobles. Cette grande enquête sur la noblesse (1666-1727) permit à l'administration royale de lutter contre l'usurpation de noblesse et contre ses conséquences fiscales.

Règne de Louis XIV vignette|redresse|Le roi .

Sous le règne du roi , la noblesse subit pleinement la volonté royale. Celle qui a suffisamment de finances peut occuper un rang à Versailles. Le roi fidélise une partie de la noblesse avec des honneurs. Il accorde également une importance accrue au mérite et donne des postes importants à des bourgeois méritants au sein de l'administration d'État. La noblesse sert dans les guerres du roi et la convocation au ban subsiste jusqu'à la fin du règne.