Lustucru ou le père Lustucru est un personnage satirique imaginaire probablement apparu au début du , en tant que médecin et également forgeron chargé de « reformer » la tête des femmes, à l'aide de ses outils de forgeron, pour les guérir de prétendus maux, en raison de certaines déviances de leur caractère. Cela apparaît donc rétrospectivement comme une tentative (finalement infructueuse) de revanche sexiste, de la part d'hommes inquiets de certaines initiatives féminines d'émancipation à l'époque.
Histoire alt=Des têtes de femmes sont reforgées dans l'atelier de Lustucru, représentant un remède brutal à la « folie » des femmes. Gravure par Campion, 16e siècle.|vignette|Des têtes de femmes sont reforgées dans l'atelier de Lustucru, représentant un remède brutal à la « folie » de celles-ci. Gravure par Campion, . alt=Jetons à l'effigie de Lustucru, 1660.|vignette|Jetons à l'effigie de Lustucru, 1660. Au recto, maître Lustucru est en train de forger. Au verso, un âne conduit par un singe transporte des paniers remplis de têtes de femme.
Imagerie et théâtre populaires « Lustucru » (ou « le père Lustucru ») est un personnage de l'imagerie populaire, très en vogue sous (première partie du ). C'était l'époque des précieuses, qui faisait considérer à certains que les femmes étaient devenues folles. L'inquiétude des hommes face à l'influence et au pouvoir croissants des femmes s'est généralement accrue en France dans les . En 1659, Molière met en scène pour la première fois à Paris Les Précieuses ridicules, une courte pièce satirique qui se moque de deux jeunes femmes vaniteuses, se croyant trop intelligentes et sophistiquées pour leurs prétendants.
Selon l'essayiste et auteur new-yorkais Jé Wilson., la première apparition de Lustucru en tant que forgeron « opérateur céphalique » se trouve dans un almanach de la même année, 1659, almanach aujourd'hui perdu. Dans une estampe signée Campion, maître Lustucru apparaît parmi des forgerons, son maillet levé sur la tête détachée d'une femme, qu'il tient avec une pince, comme s'il manipulait une pièce de métal à forger. D'autres têtes de femmes sont suspendues à des crochets tout autour de son atelier, attendant leur tour ou bien en train d'être refroidies comme dans le cas du métal chaud qui vient d'être travaillé. Au premier plan à gauche, deux hommes traînent une femme encore intacte à la forge ; les mots près de sa bouche disent : « Je n'irai pas ». Au premier plan à droite, se trouvent un âne bâté conduit par un singe, portant deux paniers pleins de têtes de femme, âne précédé par un homme marchant péniblement, avec sur son dos une hotte également remplie de têtes. L'enseigne du magasin, suspendue en haut à gauche, montre un corps de femme décapitée au-dessus des mots « Tout en est bon », une émanation du dicton « Une femme sans tête : tout en est bon ». Pour que le message soit absolument clair, les blocs de texte (en haut et en bas de l'estampe) encouragent les hommes à amener leurs épouses difficiles chez ce « médecin-chef », où leur tête sera reforgée et purgée de toutes les « incommodités » ; ainsi le texte ironique du bas de l'estampe mentionne :
Le texte du haut de l'estampe encadrant la mention « Opérateur céphalique » n'est pas moins ironique :
Dès l'apparition de l'image imprimée, le « maréchal-ferrant » fait fureur en France.. Des éditeurs produisent des tirages autonomes de cette image afin d'alimenter une demande en copies bon marché, et des versions de lui dans sa forge se répandent de France en Allemagne et Italie.. Tout un calendrier-almanach de 1660 est consacré à Lustucru.. Il apparaît dans des pièces de théâtre et des poèmes comiques, et son image est estampillée sur des jetons (pièces métalliques utilisées pour faire des calculs numériques).
Origine de l'orthographe du mot Son nom, Lustucru, vient d'une transcription phonétique de l'expression « L'eusses-tu cru ? » ( du singulier du verbe croire à la forme interrogative du conditionnel passé forme), couramment utilisée à l'époque par les idiots du théâtre, qui signifiait « l'auriez-vous cru ? » ou dans ce cas, « auriez-vous pensé que la tête d'une femme pouvait être réparée ? » Le Littré indique en outre à propos de l'étymologie : « Lustucru était le nom d'un acteur comique. Il est possible pourtant que lustucru ne soit pas autre chose que l'eusses-tu cru ? phrase traditionnelle du niais de théâtre, qui dit à sa nouvelle épouse : l'eusses-tu cru ?. »
Motif possible de l'expansion de l'usage du nom du personnage vers 1660 vignette|La Grande Destruction de Lustucru par les femmes fortes et vertueuses, estampe de Sébastien Leclerc (1663). Selon l'écrivain français du , Gédéon Tallemant des Réaux, Lustucru est né d'un désir de revanche masculine. Dans ses Historiettes, un recueil de notes biographiques achevé vers 1659, il dit que le « médecin céphalique » qui apparaît dans l'almanach de cette année-là a été dessiné par un humoriste anonyme, spécialement en réponse à l'affaire Langey, un divorce entre deux aristocrates.. Cette affaire s'éternisait dans les tribunaux français depuis deux ans et venait de rendre son verdict au milieu d'une avalanche de ragots.. Le marquis de Langey, alors âgé de , était accusé d'impuissance par sa jeune femme de (elle en avait 14 quand il l'avait épousée), et elle voulait le quitter. Les deux parties ont été forcées de subir des examens physiques humiliants, et au deuxième procès, après des heures d'essais, le marquis n'a pas pu se montrer plus viril devant un jury composé de dix médecins et cinq matrones. La femme a ainsi pu obtenir le divorce.
Ainsi par contrecoup, Lustucru produit très rapidement une imagerie où les femmes prennent leur revanche sur le forgeron.
Utilisation ironique du nom à propos d'un événement historique Pierre Héliot précise : « Son nom était une étiquette burlesque qu'on appliqua par dérision à toutes sortes de choses ; il est assez naturel qu'on l'ait décernée à cette révolte des paysans boulonnais qui s'effondra misérablement aux premiers coups de canon.. »
Notes et références
Annexes
Bibliographie
Articles connexes
Révolte des Lustucru C'est la mère Michel
Liens externes
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