Le , aux alentours de , deux explosions se sont succédé dans le port de Beyrouth, au Liban. La seconde explosion de centaines de tonnes de nitrate d'ammonium stockées dans le hangar numéro 12 de la zone portuaire provoque des dégâts humains et matériels considérables. Le bilan final est de 235 morts, , 300 000 personnes sans abri et endommagés. Un an après l'explosion, les dégâts sont estimés à près de quatre milliards d’euros par la Banque mondiale. Il s'agit d'une des plus graves explosions non nucléaires de l'histoire.

Ce sont entre 400 et 600 tonnes de nitrate d'ammonium qui ont explosé dans le port en 2020 . Dans la mesure où le nitrate d'ammonium, utilisé généralement comme engrais, peut aussi servir à fabriquer des explosifs, les enquêteurs s'interrogent sur de possibles prélèvements qui auraient été effectués entre 2013 et 2020 et sur les raisons pour lesquelles une si grande quantité de ce composé a été maintenue dans le port de Beyrouth.

Plusieurs décès suspects, peut-être liés à cette tragédie, alimentent les doutes des enquêteurs.

L'enquête judiciaire qui a fait l'objet d'une obstruction politique, a été suspendue pendant de longues périodes, et n'a produit aucun résultat tangible trois ans plus tard ; aucune condamnation n'a été prononcée.

Contexte Sanitaire Au moment des faits, le Liban éprouve des difficultés dans sa lutte face à la pandémie de Covid-19. Le , le nombre total de cas dans le pays atteint la barre des cinq mille, et ce malgré de nouvelles mesures de confinement prises le . Durant le week-end des et , le Liban enregistre plus de cent nouveaux cas par jour et se trouve alors dans une situation jugée par Osman Itani, pneumologue et spécialiste des soins intensifs, qui juge le système de santé du pays dépassé par les événements. Celui-ci déclare également que ..

Économique et politique

Enfin, l'économie du pays est en récession depuis 2018.. Plusieurs manifestations en ont mené à la démission du gouvernement, remplacé en par un nouveau cabinet dirigé par Hassan Diab. Ce dernier est cependant vu comme ayant adhéré aux mêmes politiques sociales et économiques que le gouvernement l'ayant précédé, ce qui engendre de nouvelles manifestations pacifiques en à Beyrouth et dans d'autres villes au sud du Liban.. Durant le mois de , la livre libanaise perd 60 % de sa valeur, tandis que 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et 35 % de la population active est au chômage.

Selon la BBC :

Port de Beyrouth La zone industrialo-portuaire du port de Beyrouth est vitale pour le Liban. Elle est le principal lieu d'échange de marchandises du pays : 60 % des importations du pays sont estimées passer par là...

La zone comprend quatre bassins, seize portiques de manutention et leur quai pour le transbordement de conteneurs, un ensemble de silos à grain d'une capacité totale estimée de servant de stockage pour les réserves stratégiques du pays (en blé principalement), de nombreux hangars et entrepôts (dont un contenant des feux d'artifice)... On y trouve également la base navale de la marine libanaise..

Explosions gauche|vignette|Carte de l'intensité sismique ressentie lors de l'explosion.

La première explosion provoque une fumée grise de couleur claire, avec des dégâts relativement restreints. On peut remarquer de multiples petites détonations à la base de la colonne de fumée, provenant d'un bâtiment. Ces flashs lumineux, très courts, sont décrits comme semblables à des départs de feux d'artifice.. Selon , le gouverneur de Beyrouth, cette explosion aurait été précédée d'un incendie..

La seconde explosion, nettement plus violente et destructrice que la précédente, se produit vers (heure locale). Elle dévaste toute la zone portuaire, plusieurs navires mouillant à quai ou se trouvant au large ainsi que le centre même de Beyrouth. Un nuage de Wilson puis un nuage en champignon sont créés par l'explosion. Une colonne de fumée rouge et gris-noir apparaît ensuite lorsque l'onde de choc se disperse... Une instabilité de Rayleigh-Taylor est apparente sur la surface de la Méditerranée lorsque le nuage de Wilson se déploie, provoquant sur les flots une vague qui s'étend parallèlement à l'onde de choc. L'effet de souffle produit de très nombreux dommages, tant humains que matériels.. La seconde explosion est entendue jusqu'à Larnaca dans l'île de Chypre, située à un peu plus de de là..

Selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis, la seconde explosion a été équivalente à un séisme de 3,3 sur l'échelle de Richter (concernant la secousse à proprement parler et non pas les dégâts engendrés)... Le Centre jordanien d'observation sismologique relève quant à lui une énergie libérée correspondant à une magnitude de 4,5....

Selon des spécialistes de l’université de Sheffield, cette explosion aurait eu de la puissance de celle de la bombe atomique ayant détruit Hiroshima et compte .. Elle est d'une ampleur comparable à la catastrophe de Texas City de 1947 (d'ailleurs causée par le même élément chimique).

Causes

Les détonations sont dues à l’explosion de centaines de tonnes de nitrate d'ammonium dans le port, soit environ un cinquième du stock initial, qui était de . Le directeur de la Sûreté générale libanaise, le général Abbas Ibrahim, confirme le fait que la catastrophe est bien due à cet agent explosif, et affirme que le dépôt de nitrate d'ammonium devait être acheminé au Mozambique...

Le directeur des douanes Badri Daher a déclaré que ses services avaient averti six fois la justice sur ces risques..

Version officielle alt=MV Rhosus amarré dans le port de Beyrouth|vignette|upright=1.25|Le MV Rhosus amarré dans le port de Beyrouth depuis 2013. À gauche, le hangar au pied du silo à grain où a lieu la double explosion (photo prise en 2017).

Selon la version des événements avalisée par le gouvernement, un navire au pavillon moldave , le MV Rhosus, censé se rendre à Beira au Mozambique depuis le port de Batoumi en Géorgie, aurait été obligé de faire escale en à Beyrouth du fait d'un problème technique. Il contient dans ses cales de nitrate d'ammonium. Après inspection, les autorités du port de Beyrouth auraient interdit au navire de reprendre la mer et celui-ci aurait été alors abandonné par ses propriétaires en 2014... Le nitrate d'ammonium aurait été déchargé dans le port en 2014, puis stocké dans un entrepôt à cet endroit.

Zones d'ombre Les interrogations portent d'une part sur la destination réelle de la cargaison de nitrate d'ammonium ; d'autre part, sur les raisons qui expliquent le maintien de la cargaison pendant sept ans dans le port de Beyrouth ; enfin, sur les causes immédiates de l'explosion.

Le double usage possible du nitrate d'ammonium, qui sert généralement d'engrais mais peut également entrer dans la fabrication d'explosifs, constitue un élément central dans l'enquête. La destination de la cargaison de nitrate d'ammonium : le Mozambique, destination officielle, n'a jamais revendiqué le navire et son contenu entre 2013 et 2020. Il se révèle après enquête que l'acheteur de la cargaison est domicilié au Royaume-Uni ; il s'agit d'une entreprise, Savaro Limited, mais cette société est fictive (c'est une société écran). Le journaliste a montré que deux sociétés étaient domiciliées à la même adresse que Savaro Limited, toutes deux dirigées par des hommes d'affaires syriens étroitement liés à la Russie, Imad et Moudalal Khoury. De plus, le propriétaire supposé du navire s'est révélé en être le locataire, tandis que le propriétaire réel est un magnat chypriote, Charalambos Manoli ; par ailleurs, ce magnat aurait emprunté 4 millions de dollars à une banque accusée de blanchiment d'argent, la FBME, fermée en 2017, banque qui aurait eu des liens avec le Hezbollah et qui aurait compté parmi ses clients les hommes d'affaires syro-russes Imad et Moudalal Khoury. Le magazine Le Point rappelle que la Syrie, en proie à une guerre civile, est à une heure et demie de route seulement. Toutefois, malgré ces éléments troublants, la responsabilité de la Syrie n'est pas démontrée. Le maintien de la cargaison dans le port : si les dirigeants politiques ont échoué de fait à protéger la population, la question se pose de savoir s'ils ont fait preuve d'incompétence ou s'ils ont intentionnellement gardé le nitrate d'ammonium à Beyrouth. Faute de preuves, cette question demeure sans réponse certaine. Les hommes politiques n'auraient « pas pris la mesure du danger » selon le quotidien L'Orient-Le Jour, bien qu'ils aient été alertés à ce sujet par un agent des douanes et par un fonctionnaire de la sécurité de l'État au port. Toutefois plusieurs négligences graves ont été soulignées : le hangar 12 où était entreposé le nitrate d'ammonium était mal sécurisé, il était facile d'y pénétrer ; il n'a fait l'objet d'aucun inventaire permettant de s'assurer que les sont bien demeurées présentes dans le port durant toutes ces années sans faire l'objet de prélèvements. Les causes immédiates de l'explosion : la question de savoir si l'origine de l'explosion est accidentelle ou criminelle demeure sans réponse en . Le directeur des douanes, Badri Daher, indique qu’un dépôt de feux d’artifice se trouvait à côté de celui où était entreposé le nitrate d’ammonium. L'incendie initial pourrait être dû à des travaux de soudage dans un entrepôt.. Toutefois selon L'Orient-Le Jour, les travaux de soudage avaient lieu à une certaine distance du hangar 12, point de départ de l'embrasement.

Propriétaires du nitrate d'ammonium En , la chaîne al-Jadeed diffuse une enquête du documentariste Firas Hatoum, qui établit un lien entre plusieurs sociétés écrans et impute l'achat et le transport du nitrate d'ammonium à trois hommes d'affaires syro-russes proches du régime de Bachar el-Assad : le magnat George Haswani et les frères Imad et Moudalal Khoury. George Haswani avait déjà été accusé de contourner les sanctions internationales en tentant de fournir au régime syrien du nitrate d'ammonium, un composé utilisé par le régime dans la fabrication des bombes barils..... Une tentative d'import de cet explosif en Syrie en 2013 avait également valu à Moudallal Khoury d'être placé sous sanctions européennes..

Lokman Slim a ouvertement accusé le Hezbollah et le régime de Damas, avec la complicité de la Russie, d’être responsables de la double explosion, peu de temps avant d'être assassiné.

Selon Jean-Pierre Perrin, les premiers éléments de l'enquête corroborent cette hypothèse d'un stockage à destination de la Syrie.

Conséquences Victimes vignette|Dégâts après les explosions sur une place de Beyrouth.

À la suite des explosions, des centaines de personnes sont blessées et plusieurs doivent être soignées à même le sol.. Plusieurs personnes décèdent lors de leur transfert à l'hôpital.. Les médias locaux et le ministre libanais de la Santé, Hamad Hasan, indiquent rapidement que de nombreuses victimes sont à craindre. Hasan déclare que des centaines de personnes ont été blessées, et qu'il faut s'attendre à .. Des témoins oculaires déclarent à la ..

Un premier bilan, au lendemain des explosions, fait état d'une centaine de morts et de plus de ..

Le bilan final sera de 235 morts et .

Parmi les victimes, on compte également dix sapeurs-pompiers de Beyrouth, tués alors qu'ils intervenaient pour la première explosion.. Parmi eux, Sahar Fares, une jeune infirmière, symbolise en partie la douleur ressentie dans le pays..

Dégâts matériels gauche|vignette|Port de Beyrouth vu une semaine après la catastrophe depuis la Station spatiale internationale ; à gauche, un agrandissement sur le lieu de l'explosion. Les explosions sont ressenties jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres et de nombreux bâtiments de Beyrouth sont endommagés sur leurs façades ou/et leurs fondations.. Des témoins déclarent que des maisons situées jusqu'à dix kilomètres de distance ont été endommagées par l'explosion..