Andrée Madeleine Blouin ( - ), née Andrée Madeleine Gerbillat à Bessou (aujourd'hui Ndjoukou), est une militante politique, défenseuse des droits de l'homme et écrivaine de la République centrafricaine.

Biographie

Enfance et formation Andrée Blouin est née à Bessou, une mission catholique en Oubangui-Chari (aujourd'hui République centrafricaine). Elle est la fille de Joséphine Wouassimba, une femme Banziri, et de Pierre Gerbillat, homme d'affaires et aventurier français. À sa naissance, sa mère avait et son père . À l'âge de trois ans, Andrée Blouin est enlevée à sa mère par son père et sa nouvelle épouse belge, puis placée au couvent des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny pour filles métisses de Brazzaville, où elle subit négligence et maltraitance. Ce couvent faisait aussi office d'orphelinat et permettait, entre autres, de dissimuler les « mœurs libertines » des Européens, dont ces enfants métis nés de mères noires et de pères blancs étaient la preuve. Ce couvent était aussi censé leur donner une éducation européenne afin de leur éviter une vie dans des conditions africaines établies commet primitives. À , les religieuses tentent de l'obliger à accepter un mariage arrangé. Mais à 17 ans, après passés au sein de ce couvent, elle s'enfuit en 1938 avec deux autres pensionnaires.

Vie privée Après s'être échappée du couvent, Andrée Blouin s'installe avec sa mère à Brazzaville et commence à travailler comme couturière. C'est sur un vapeur du fleuve Congo qu'elle rencontre un bourgeois belge du nom de Roger Serruys. Peu de temps après, elle s'installe avec lui à Banningville, où il est nommé nouveau directeur de la Compagnie du Kasaï, fondée en 1901 par le roi Léopold II. Frustrée par son insistance à vouloir garder leur relation secrète, elle retourne auprès de sa mère à Brazzaville, enceinte de trois mois. Elle donne naissance à sa fille Rita peu avant son anniversaire.

De retour en Oubangui auprès de son père, elle rencontre ensuite un Français nommé Charles Greutz. Ils ont un fils, René, en décembre 1942. À l'âge de deux ans, René est atteint du paludisme mais on lui refuse la quinine, rationnée en temps de guerre, et en raison de son ascendance africaine. Il meurt à la suite de complications liées à cette maladie. Traumatisée par cette expérience, Andrée Blouin décide que sa fille Rita ne doit pas grandir en Afrique coloniale et, après avoir épousé légalement Greutz, elle et sa fille déménagent en France en 1946. Greutz reste à Bangui pour son travail, tandis qu'Andrée et Rita sont accueillies dans la famille Greutz à Guebwiller en Alsace. En France, elle constate la bienveillance qu'on lui témoigne et en conclut que le système colonial doit corrompre les individus.

Andrée Blouin revient à Bangui en 1948 et apprend que son mari Charles a une liaison. Peu de temps après, elle rencontre l'ingénieur français André Blouin, en mission pour le Bureau Français des Mines . Ils tombent amoureux, elle divorce de Charles et se marie avec André en 1952. Le couple a ensuite deux enfants, un fils prénommé Patrick et une fille prénommée Ève.

Fin de vie Elle décède le à Paris, malade d'un lymphome.

Activisme Andrée Blouin considère le décès prématuré de son fils René comme le déclencheur de son militantisme. Aidée par son père, elle lance une campagne régionale contre la loi Quinine, une circulaire instaurée par le maire de Bangui, qui interdisait aux personnes ayant du sang noir de recevoir la quinine.

Elle s'installe en Guinée avec son nouveau mari et sympathise avec le mouvement indépendantiste du RDA, le Rassemblement Démocratique Africain présidé par Félix Houphouet-Boigny. Elle rejoint Sékou Touré, chef du Parti Démocratique Guinéen, branche locale du RDA, dans la lutte pour l'indépendance totale de la Guinée. Elle organise des meetings et mobilise les femmes guinéennes. Blâmée par les autorités coloniales, elle est expulsée par le gouverneur de Guinée, Jean Ramadier, qui n'apprécie guère son activisme politique. Mais elle retourne en Guinée après son indépendance en 1958. Elle y rejoint les panafricanistes dont Kwame Nkrumah, Modibo Keïta et Sékou Touré.

Ayant constaté son excellent travail de mobilisation auprès des femmes guinéennes, Nkrumah lui demande de rallier les femmes africaines pour inciter l'union multiethnique des hommes africains. A Conakry, Andrée Blouin rencontre Antoine Gizenga et Pierre Mulélé qui lui proposent de les rejoindre au sein de leur mouvement, le PSA, Parti Solidaire Africain, afin de les aider à organiser leur future campagne électorale au Congo Belge ainsi que la mobilisation des femmes congolaises.

Le 8 avril 1960, elle crée le Mouvement Féminin pour la Solidarité Africaine. Dans son livre, elle décrit comment elle réussit à mobiliser 45 000 femmes durant la campagne électorale précédant les élections de 1960 à Léopoldville. Grâce à elle, le PSA est représenté dans les provinces les plus reculées du territoire congolais par des sections féminines dont les représentantes locales assument la gestion.

Lorsque le PSA s'allie avec le MNC, Mouvement National Congolais de Patrice Lumumba, celui-ci remporte les élections et la nomme cheffe du protocole dans son nouveau gouvernement. La presse internationale la discrédite continuellement plutôt que de reconnaître ses qualités d'oratrice exceptionnelles, de porte-parole charismatique et de judicieuse conseillère. Après l'arrestation de Lumumba suite au coup d'État orchestré par Joseph-Désiré Mobutu, la CIA et la Belgique, elle est expulsée du Congo, juste avant que Lumumba ne soit exécuté par ses rivaux politiques. Plus tard, Andrée Blouin sera l’objet de deux tentatives d’assassinat.

A l'instar de nombreux révolutionnaires africains de cette époque, elle et sa famille trouvent refuge en Algérie. En 1973, son mari divorce et elle s'installe à Paris. Elle finalise ses mémoires, y poursuit son travail de liaison auprès des panafricanistes, milite pour la souveraineté économique et sociale de l'Afrique ainsi que pour l'émancipation et les droits de la femme.

Au cours de sa vie, Andrée Blouin fut redoutée de tous, son intense militantisme a suscité maintes préoccupations au sein du monde occidental : l'administration Eisenhower et les autorités belges s’inquiètent de ses supposés liens communistes. Daphné Park du MI6 et Larry Devlin de la CIA se méfient d'elle et le New York Times la qualifie de « militante d'un nationalisme africain extrême ». Quant à elle, elle se décrit comme une nationaliste africaine.

Travaux littéraires L'autobiographie de Blouin, My Country, Africa: Autobiography of a Black Pasionaria, a été publiée en anglais en 1983. Sa traduction en langue française a été publiée en mai 2026.

Publications Blouin, Andrée. My country, Africa : autobiography of a black pasionaria. In collab. with Jean MacKellar. New York : Praeger, 1983, V-294 p. : ill. ; 25 cm. Blouin, Andrée. Mon pays, l'Afrique (trad. Ève Blouin en collab. avec Laure Mistral.), Hors d'atteinte, 7 mai 2026, 380 p. (ISBN : 978-2-38257-302-0)

Citation Dans son autobiographie elle écrit : « Ce ne sont pas les étrangers qui ont le plus endommagé l'Afrique, mais la volonté mutilée du peuple et l'égoïsme de certains de nos propres dirigeants ».

Références

Voir aussi

Articles connexes Panafricanisme Bande-son pour un coup d'État, film réalisé par Johan Grimonprez en 2024, qui reprend des extraits de son œuvre Mon pays, l’Afrique

Bibliographie Bouwer Karen, «Andrée Blouin: une sœur parmi les frères en lutte», dans Gender and Decolonization in the Congo: The Legacy of Patrice Lumumba, Palgrave Macmillan, 2010, p.   71–99. .

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