La Famille est une communauté religieuse familiale française d'inspiration chrétienne, issue de courants héritiers du jansénisme et du mouvement convulsionnaire. Ses membres font traditionnellement remonter la constitution de la communauté à la fin de l'année 1819, à la rencontre de Jean-Pierre Thibout et François Havet et au rapprochement de leurs familles..
À la fin du , la communauté se ferme progressivement aux unions extérieures et se structure autour de huit lignages.. L'appartenance repose principalement sur la filiation et la communauté ne pratique pas le prosélytisme. Son effectif exact n'est pas connu. La Miviludes estimait en 2021 qu'elle comptait au minimum quelques centaines de membres et probablement pas plus de .
Ses membres sont principalement implantés dans l'Est parisien.. Dans son rapport d'activité 2021, la Miviludes examine plusieurs « potentielles atteintes aux droits des individus », notamment en matière de santé, d'éducation, d'autonomie et de sortie du groupe.
Histoire Origines jansénistes et convulsionnaires vignette|La position des bras du christ singularise le crucifix janséniste.. Les historiens qui ont étudié La Famille inscrivent sa généalogie religieuse dans les dissidences issues du jansénisme français. Jean-Pierre Chantin fait remonter cette généalogie au jansénisme de Port-Royal, puis au figurisme, au mouvement convulsionnaire et à plusieurs courants prophétiques et millénaristes..
Le mouvement des convulsionnaires se développe après la mort en 1727 du diacre janséniste François de Pâris. Son tombeau, au cimetière de l'église Saint-Médard à Paris, devient un lieu de pèlerinage où sont rapportées des guérisons, des extases et des manifestations convulsives. Plusieurs groupes issus de ce mouvement subsistent au cours du et développent des formes de prophétisme et de pratiques religieuses radicales..
Les Fareinistes et les frères Bonjour Dans les années 1780, un groupe convulsionnaire se forme à Fareins, dans la future Ain, autour du curé François Bonjour et de son frère Claude. Ce groupe est désigné par les historiens sous le nom de Fareinistes..
En 1787, François Bonjour soumet une prophétesse de son groupe à une crucifixion rituelle, épisode qui conduit ensuite à son procès. L'historien Serge Maury a consacré sa thèse de doctorat puis un ouvrage aux Fareinistes, qu'il étudie comme un groupe convulsionnaire tardif marqué par le millénarisme, le prophétisme et le figurisme biblique.. Après sa libération, François Bonjour s'établit à Paris. Une prophétesse parisienne, Julie Simone Olivier, dite Sœur Élisée, y joue un rôle central et poursuit une prédication jusqu'en 1805, année de l'arrestation de François Bonjour et de plusieurs de ses proches.
Sœur Élisée et les archives fareinistes Les discours et séances de Sœur Élisée ont été consignés avec une ampleur exceptionnelle. La Bibliothèque municipale de Lyon conserve un fonds fareiniste sous les cotes mss 6455 à 6623. Les Discours de Sœur Élisée, conservés sous les cotes mss 6488 à 6569, représentent environ pages manuscrites.. Selon la Bibliothèque municipale de Lyon, l'ensemble avait été réuni au milieu du par Christophe Riocreux, fareiniste parisien, avant d'être acheté par la bibliothèque en novembre 1980. Ces documents concernent la section parisienne du mouvement fareiniste et ne constituent pas des archives administratives de La Famille contemporaine. Ils sont cependant une source primaire importante sur la tradition religieuse dont celle-ci est historiquement issue. Serge Maury en a utilisé et retranscrit une partie dans ses travaux.
Élie Bonjour Élie Bonjour, fils de François Bonjour, occupe une place centrale dans la tradition issue des Bonjouristes. Le rapport de la Miviludes indique que son père le présente comme un nouvel Élie et comme une manifestation du Paraclet ; cette figure demeure importante dans les croyances ultérieures de La Famille. Le prophétisme fareiniste et bonjouriste s'inscrit dans une attente millénariste de transformation du monde. Les travaux de Maury montrent la place importante de l'Apocalypse, du millénium et de l'interprétation figuriste de la Bible dans ce milieu.
Constitution de La Famille au Selon la tradition rapportée par ses membres et reprise par la Miviludes, la naissance officielle de La Famille est située à la fin de l'année 1819, lors de la rencontre de Jean-Pierre Thibout et François Havet puis du mariage de membres de leurs familles. La communauté se développe ensuite au cours du . Jean-Pierre Chantin décrit son histoire comme une succession d'héritages religieux qui se superposent jusqu'à produire la forme particulière prise par La Famille contemporaine.
Fermeture matrimoniale à la fin du À la fin du , Augustin Thibout, connu dans la tradition communautaire sous le nom de « Mon Oncle Auguste », joue un rôle important dans la fermeture du groupe. Selon la Miviludes, il impose que les mariages aient désormais lieu entre les huit familles reconnues. Le compte rendu de l'ouvrage de Chantin publié par La Cliothèque situe également à la fin du la définition de nouvelles « frontières » communautaires sous l'influence de ce personnage. Suzanne Privat date plus précisément cette fermeture de 1892 dans son enquête publiée en 2021 ..
Médiatisation à partir de 2020 Le mouvement connaît une importante exposition médiatique en juin 2020 après la publication d'une enquête du journaliste Nicolas Jacquard dans Le Parisien. Plusieurs livres d'enquête paraissent en 2021 : La Famille, itinéraires d'un secret de Suzanne Privat, Les Inspirés de Nicolas Jacquard et Enquête sur La Famille, une mystérieuse communauté religieuse d'Étienne Jacob.
En 2022, Jean-Pierre Chantin publie La Famille, Une dissidence catholique au cœur de Paris, , étude historique fondée notamment sur des archives et des documents provenant de l'intérieur du groupe. La même année, le rapport d'activité 2021 de la Miviludes consacre une section spécifique à La Famille
Organisation et sociologie
Endogamie au sein de huit lignages Depuis la fermeture matrimoniale de la fin du , la famille est organisée autour de huit lignages. L'endogamie est l'un des traits structurants de la communauté. La Miviludes indique que la filiation constitue une condition essentielle de l'appartenance au groupe et relie cette organisation à l'absence de prosélytisme : on entre essentiellement dans La Famille par la naissance et non par conversion.
La Miviludes évoque une tradition de mariages entre cousins, mais souligne également qu'elle ne connaît pas le degré de parenté de l'ensemble des couples. Elle rappelle que le mariage entre cousins n'est pas interdit par le droit français et indique ne pas disposer des informations permettant de déterminer la situation juridique de toutes les unions.
Effectifs et implantation Aucun recensement officiel des membres n'est disponible. Dans son rapport 2021, la Miviludes considère que La Famille compte au minimum quelques centaines de personnes et vraisemblablement pas plus de à .
Le compte rendu de l'étude de Jean-Pierre Chantin donne le même ordre de grandeur et situe l'essentiel des membres dans l'Est parisien. L'enquête du Parisien de 2020 avançait environ membres. Les sources contemporaines mentionnent notamment les arrondissements de l'Est parisien et sa proche banlieue, sans toutes donner exactement la même délimitation géographique.
Pratiques et croyances religieuses Héritages religieux Jean-Pierre Chantin analyse La Famille comme une dissidence religieuse issue d'une histoire chrétienne particulièrement longue. Le compte rendu de son ouvrage distingue plusieurs strates doctrinales successives : le port-royalisme, le figurisme, le prophétisme convulsionnaire, le millénarisme et le bonjourisme. Selon cette analyse, le port-royalisme contribue notamment à la conception de la grâce et de la prédestination ; le figurisme nourrit une lecture prophétique de l'histoire ; l'héritage convulsionnaire transmet une tradition de prophétisme ; et le bonjourisme maintient l'attente liée à la figure d'Élie. Les pratiques religieuses contemporaines ont lieu principalement au sein des foyers et en dehors d'une institution ecclésiale structurée.
Millénarisme et retour d'Élie Le millénarisme constitue l'un des héritages les mieux documentés de la tradition fareiniste puis bonjouriste. La thèse de Serge Maury montre que les Fareinistes interprètent leur époque à travers des prophéties bibliques, l'attente du millénium et celle d'une transformation future du monde. Dans le rapport de la Miviludes, Élie Bonjour demeure présenté comme une figure centrale de l'univers religieux de La Famille. Le rapport rapporte une tradition selon laquelle Élie aurait laissé une avant-garde de son « troupeau » rue de Montreuil et reviendrait au moment de l'accomplissement des événements de la fin des temps.
Le « secret » Le compte rendu de l'étude de Chantin indique que la notion de « secret » possède une signification religieuse : elle désigne notamment les desseins de Dieu concernant l'avenir de l'humanité. La préservation et la transmission interne de la tradition religieuse participent ainsi à l'identité de la communauté.
« Gentilité » et monde extérieur Les personnes extérieures aux lignages reconnus peuvent être désignées sous le terme de « gentilité » ou comme des « gentils ». Le document de la Miviludes rapporte une représentation traditionnelle du monde extérieur comme spirituellement ou moralement dangereux et relie cette vision à la volonté de préserver la communauté et ses traditions. Le compte rendu de Chantin utilise à ce propos la notion de communauté « extra-mondaine » : La Famille vit matériellement dans la société française tout en entretenant une frontière religieuse et familiale forte avec celle-ci.
Vocabulaire interne et textes dévotionnels L'enquête publiée par Paris Match en avril 2021 décrit l'existence d'un vocabulaire propre à La Famille : « Rototo » désigne le diable, « Bon-Papa » Dieu, les « accordailles » les fiançailles et « faire ramcha » l'étude des livres pieux.. Ces termes sont également repris dans plusieurs présentations ultérieures du groupe.
La même enquête rapporte que des cantiques sont recopiés à la main et que certains membres utilisent des prières anciennes. Elle cite notamment un texte intitulé La Lettre de mon père, daté de 1742, qui serait traditionnellement porté sur soi ou appris par cœur.
Représentations de la fin des temps et pénitence Une partie de la tradition religieuse de La Famille associe la Révolution française au commencement d'une période conduisant à la fin des temps. L'enquête rapporte également une conception dans laquelle les épreuves et les châtiments divins peuvent être interprétés comme la conséquence des fautes humaines, ce qui donne une place importante à la pénitence et à l'expiation. Cette dimension millénariste s'inscrit dans la continuité des croyances fareinistes et bonjouristes étudiées par Serge Maury.
« Inspirés » et prophétisme contemporain Certaines personnes peuvent être considérées comme « inspirées », « agitées », « animées » ou « habitées » et être perçues comme des intermédiaires de la parole divine. Paris Match décrit également l'existence d'« inspirés » auxquels certains membres attribuent des messages ou exhortations de caractère religieux. L'article rapporte notamment le cas d'un membre prénommé Vincent, présenté comme « inspiré » au début des années 2000 ; ces éléments relèvent du témoignage journalistique et ne décrivent pas nécessairement une pratique uniforme dans l'ensemble de la communauté.
Fêtes et prescriptions symboliques rapportées La Famille pratique plusieurs fêtes propres à l'histoire communautaire. Une célébration appelée « Les Haricots » commémore l'union des familles à l'origine de La Famille et se tient dans la maison commune dite des Cosseux, à Villiers-sur-Marne.