Le massacre d'Ambiky est un massacre qui eut lieu en 1897 sur l'île de Madagascar, pendant l’expédition de Madagascar effectuée par l’armée française. De nombreux chefs Sakalaves sont tués par les troupes françaises. Parmi eux, le roi Toera (ou Touere) avait fait part de son intention de déposer les armes,

Ce massacre met fin au royaume sakalava du Menabe.

Une insurrection générale enflamme le Menabe jusqu’en 1902.

Déroulement

Le massacre a lieu le , lors d’une « campagne de pacification » de Madagascar. Le commandant Gérard fait attaquer par surprise le village d’Ambiky, alors que le roi avait fait part de son intention de déposer les armes et d'entamer des négociations.

Version de Paul Vigné d'Octon à la Chambre des Députés Paul Vigné d'Octon dénonce le massacre à la Chambre des Députés le Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés : compte rendu in-extenso. 24 novembre 1900.. Son discours désigne le commandant Augustin Gérard comme l'organisateur du massacre.

Selon Paul Vigné, au mois d', le général Joseph Gallieni débute en Imerina une grande opération ; il envoie une colonne sous les ordres de son chef d'état-major, le commandant Gérard, pour pacifier le Menabe. La canonnière la Surprise attend sur la côte l'arrivée de cette colonne. Léo-Philippe Samat, un agent des Français implanté à Madagascar depuis des années, se rend à Ambike. L'enseigne de vaisseau Etienne Blot et quelques marins de la Surprise s'y rendent en même temps par la Tsiribihine. Le roi Toera leur offre l'hospitalité. Ayant confiance en Samat, le roi prépare avec lui une réception triomphale au commandant Gérard, dont l'approche est annoncée. Il appelle à Ambike tous les notables des districts et ses voisins les plus importants. Ils viennent avec leurs étendards et de nombreux musiciens, jouant de la valihe et du tambour.

Le matin du , l'enseigne de vaisseau Blot et Samat apprennent que la colonne française n'est plus qu'à deux heures de distance de Ambike ; ils se rendent à son campement, rencontrent le commandant Gérard, lui décrivent les dispositions favorables du roi. Le commandant prévient l'enseigne qu'il aurait, le lendemain, avec ses marins, à prendre part à l'attaque. Blot et Samat se récrient. Le commandant réitére son ordre, et, même, les consigne au camp. Le roi Toera vient en personne présenter ses hommages au commandant Gérard. Gérard refuse de le recevoir et lui fait répondre : « Je porterai moi-même mes ordres au chef-lieu. »

Au milieu de la nuit, le 3e régiment de tirailleurs sénégalais se met en marche, cachés par les bois et les taillis qui entourent la ville d'Ambike. L'artillerie occupe une position haute. Au point du jour, par six côtés à la fois, les troupes entrent dans la ville. Les tirailleurs sénégalais se ruent dans les maisons ; la population est passée au fil de la baïonnette. Ceux qui ne sont pas tués du premier coup sont traqués et massacrés. Le roi Toera, les personnages de marque, tous les habitants meurent. Les tirailleurs n'ont reçu l'ordre que de tuer les hommes, mais ils n'épargnent personne : les domestiques et les porteurs indigènes de Samat, confondus avec les habitants, sont tués. Au matin, la ville est un charnierUn certain nombre d'entre eux se sentaient étouffés de honte ; c'étaient les marins de la Surprise, coauteurs malgré eux du meurtre de leurs hôtes de la veille, et quelques officiers et soldats des troupes blanches..

Réponse de Louis André, ministre de la Guerre Le , Louis André, ministre de la Guerre, lui répond.

Il indique que les rapports officiels présentent la région du Menabe comme le refuge des Sakalaves, un obstacle à la sécurité des routes, une menace pour le Betsileos et pour l'Imerina ; aucune troupe Hova n'avait pu y pénétrer.

Il résulte de tous les documents officiels parvenus à l'administration, que les soldats français étaient constamment attirés dans des pièges, qu'ils étaient reçus partout à coups de fusil, et que, notamment, le commandant Gérard avait perdu un quart de son effectif dans une embuscade.

Le général Joseph Galliéni pensa que le moment était venu de réduire ces peuplades et de pacifier cette zone.

Le conseil de guerre est composé du commandant Augustin Gérard, le chef de l'expédition, du capitaine Détrie et de deux civils : Émile-Félix Gautier, directeur de l'enseignement primaire à Madagascar, adjoint comme interprète à la colonne, et Léo-Philippe Samat.

Dans le rapport de Galliéni, dans celui du capitaine Détrie, daté d'Ambiky, le soir même du combat, et dans un télégramme envoyé à Galliéni, de Majunga, par le commandant de la Surprise, il apparaît que le nombre des Sakalaves tués est de 97, parmi lesquels on ne compte ni femme ni enfant. Les mêmes sources rapportent que, le soir de la prise d'Ambiky, les esclaves ramassés depuis plusieurs années par les Sakalaves sont rendus solennellement à la liberté et à leurs villages d'origine.

Le ministre cite le rapport du capitaine de vaisseau Augustin Le Dô, qui commandait la station navale de l'océan Indien :

et plus loin :

Suites par Ghensi, journaliste dans Le Gaulois du : P.B. Ghensi, Le Gaulois, 19 mai 1900..

Les écrits militaires confirment, dans les grandes lignes, le récit de Paul Vigné d'Octon : la mort du roi Toera, de son ministre Vougorango, et d'autres chefs Sakalaves.

Le rapport de Gérard indique et .

Le nombre de victimes reste incertain.

Bernard Schlemmer, dans son livre Le Manabe : histoire d'une colonisation conclut que Bernard Schlemmer, Le Manabe : histoire d'une colonisation, 1983.

Suite à ce massacre, le Menabe se révolte. La révolte est commandée par Ingereza, frère et successeur de Toera. Les Sakalava résisteront à l’armée française de 1897 à 1902.

Mémoire

Le crâne du roi Toera a pu être prélevé, envoyé au muséum d'histoire naturelle, stocké à partir de 1899. Il est longtemps réclamé par ses descendants. En 2025, sa restitution fait l'objet de conflits entre ces derniers et le gouvernement malgache, du fait de la non prise en compte, selon eux, de leurs conditions pour réaliser ladite restitution.

La France restitue à Madagascar, le , trois crânes humains, conservés dans les réserves du musée de l’Homme, une section du musée d'Histoire naturelle, à Paris. L’un de ces crânes est attribué au roi Toera, les deux autres à des guerriers tués à ses côtés, lors de la conquête coloniale de l’ouest de Madagascar, à la fin du ..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Jean Grave, La colonisation, suivi de Paul Vigné d'Octon, Le Massacre d’Ambiky, Éditions du Sextant, 2019, 60 pp. Bernard Schlemmer, Le Manabe : histoire d'une colonisation, 1983 Paul Vigné d'Octon, La Gloire du Sabre. Flammarion, 1900.

Articles connexes Histoire de Madagascar Empire colonial français Insurrection malgache de 1947 Liens externes

Les six conditions et une mise en garde pour la restitution des restes humains malgaches sur le site du conseil-etat.fr

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