La chapelle Notre-Dame-de-Kérinec est un lieu de culte catholique situé dans la commune française de Poullan-sur-Mer, dans le département du Finistère, en région Bretagne. Elle est construite vers 1280. Son architecture intérieure est caractéristique du style dit École de Pont-Croix. L'extérieur est remanié à la fin du ou .

Historique

La chapelle Notre-Dame-de-Kérinec a été construite sur une source (devenue une fontaine sacrée) qui, antérieurement, semble avoir été un lieu de culte païen« Poullan Tréboul », Association Poullan Gwechall hag Hirio, 2003.. Un menhir et un dolmen se trouvent non loin de là, à 500 mètres à l'est.

Selon Henri Waquet, la partie la plus ancienne est le chœur. Les arcades de celui-ci sont en plein cintre, tandis que celles de la nef sont en tiers-point. À la suite de Waquet, René Couffon compare ces dernières aux arcades en tiers-point qui apparaissent dans le chœur de l'église de Pont-Croix lors de l'agrandissement de celui-ci (deux travées formant le sanctuaire) vers 1290. Entre autres indices, l'absence de filet saillant à l'intrados des arcades en tiers-point de Kérinec donne à penser qu'elles sont plus anciennes que celles du sanctuaire de Pont-Croix — qui auraient inévitablement servi de modèle si elles avaient été antérieures. Couffon situe donc la date de la construction de Kérinec vers 1280 : entre la première campagne de construction de Pont-Croix en 1260 et l'agrandissement de son chœur .

La travée ouest de la nef est .

est reconstruite (selon Couffon) ou au (selon Waquet). C'est alors que le chevet et les croisillons sont percés de grandes fenêtres. C'est du que date le clocher-mur.

La fontaine et le calvaire-chaire sont du .. La fontaine est restaurée au .

Le beffroi et la flèche, sont reconstruits au . La sacristie est ..

Plan, élévation, dimensions

D'une longueur extérieure de pour une largeur moyenne de , la chapelle est en forme de croix latine, orientée liturgiquement d'est en ouest. Le chevet est plat. Le chœur, avec bas-côtés, a trois travées. Intérieurement, il est large de et profond de Charles Chaussepied, plan de la chapelle, reproduit dans .. Le transept, large de , n'est long que de . Il est donc peu saillant. La croisée du transept est dessinée par quatre piles destinées à supporter une tour centrale. La nef, de trois travées, avec bas-côtés, est un peu moins large () que le chœur, et un peu plus longue (). La nef est fermée à l'ouest par un massif clocher-mur. Le transept a son propre toit. Comme souvent dans les édifices du style École de Pont-Croix, vaisseau central et bas-côtés se partagent un seul toit, en bâtière.

Description de l'extérieur

L'extérieur est très sobre.

Façade ouest vignette|alt=description sommaire|droite|redresse=1|Porte ouest.

La façade ouest ne présente qu'une ouverture : la porte centrale. Elle se compose . Elle est très ancienne, si l'on en juge par ses chapiteaux , d'allure .

Clocher-mur Évolution des clochers-murs bretons au

Jusqu'au , les clochers-murs bretons ont une découpe d'une grande simplicité. Hérités de l'art roman, ce sont des clochetons plats, percés d'une ou deux baies, amortis par un pignon triangulaire. Ils sont revêtus parfois d'une parure gothique, comme à Saint-Loup de Lanloup, à Notre-Dame de Broualan ou à Notre-Dame du Folgoët.

Au , un compromis est trouvé entre le sobre clocher-mur traditionnel et le clocher breton à jour. Le pignon épais s'amortit en une pile qui s'élève au-dessus du niveau de faîte de la nef. Au sommet de cette pile, on établit une plate-forme encorbellée, qui supporte un beffroi, couronné d'une flèche.

Selon Georges Ferronnière, le clocher-mur de Kérinec serait le plus ancien de ce type. Il précéderait de peu celui de Notre-Dame de KernasclédenCité par — Georges Ferronnière est l'auteur d'une Histoire de l'art breton, Nantes, 1901..

Au , outre Kérinec et Kernascléden, on trouve ce dispositif à Saint-Fiacre du Faouët et à Notre-Dame-de-la-Joie, en Penmarc'h. On le trouve ensuite dans des édifices du .

En 1499, dans la chapelle Saint-Nicolas de Plufur, prototype du style Beaumanoir, le dispositif est adapté à un mur beaucoup moins épais (). L'architecte place des contreforts sur la pile centrale elle-même. La pile est raidie — jusqu'à la plate-forme — de quatre contreforts de section constante : deux en façade, deux à l'arrière. Sa section n'est donc plus carrée ni rectangulaire, mais en forme de H écrasé.

Clocher-mur de Kérinec vignette|alt=Le mur ouest, ses deux contreforts extérieurs et ses deux énormes contreforts intérieurs. Au centre, à l'intérieur, la surépaisseur du mur. La souche du clocher est positionnée sur toute l'épaisseur et la surépaisseur du mur et sur une partie des contreforts intérieurs. En bas, accostée au clocher, la tourelle d'escalier.|gauche|redresse=1|Plan du clocher-mur de Notre-Dame-de-Kérinec.

vignette|alt=description sommaire|droite|redresse=1|À la rive du toit, on voit que le mur ouest est épaissi dans sa partie centrale.

Le mur ouest de Notre-Dame-de-Kérinec est très épais : . La porte est encadrée à l'extérieur de deux puissants contreforts. À l'intérieur, le mur est raidi par deux contreforts plus rapprochés, très massifs, de section trapèze rectangle (saillants de , larges de à ). De plus, dans sa partie centrale, le mur est épaissi de quelque , ce qui porte là son épaisseur à . Le pignon peut ainsi s'amortir en une pile de section carrée (), la du clocher, qui s'élève au-dessus du faîte de la nef. Cette pile supporte une plate-forme en pierre dont l'avancée repose sur des assises en encorbellement.

Une balustrade ornée de quatre-feuilles fait le tour de la plate-forme. Cette plate-forme supporte un beffroi, dont les faces sont surmontées de gables ajourés, flanqués, aux angles, de pinacles fleuronnés. Le beffroi abrite deux cloches. Il est couronné d'une flèche octogonale élancée, aux moulures d'arête ornées de crochets.

Une tourelle d'escalier, accostée au sud du clocher, contribue à la stabilité de celui-ciRené Couffon observe que .. D'abord octogonale, elle devient circulaire à hauteur de la plate-forme. Elle est couronnée d'une .

Façade méridionale

Les édifices du style École de Pont-Croix ont souvent des ouvertures latérales très petites qui laissent la nef dans une semi-obscurité, l'éclairage se faisant essentiellement par le chevet. Le remaniement de l'extérieur de Kérinec, à la fin du ou au , va apporter de la lumière par de grandes baies percées dans le chevet et dans les croisillons.

vignette|alt=À gauche, porte encadrée de minuscules fenêtres très étroites. À droite, le croisillon avec sa grande fenêtre et ses deux gigantesques contreforts.|gauche|redresse=1|Façade méridionale de la nef et croisillon.

vignette|alt=description sommaire|droite|redresse=1|Accès au chœur, entre le croisillon sud et la sacristie.

Le mur sud conserve, à hauteur de la première et de la troisième travée de la nef, deux étroites fenêtres du , évoquant des meurtrières, dessinées en plein cintre, largement ébrasées des deux côtés. À l'extérieur, elles sont ornées de colonnettes à chapiteaux du . Entre ces deux fenêtres, une porte du , richement décorée de petits pilastres triangulaires, s'ouvre sur la deuxième travée de la nef.

Entre le croisillon sud et la sacristie est pratiquée une deuxième porte que Chaussepied juge ancienne, . Elle s'ouvre sur le chœur. Couffon fait observer que les moulures toriques de son archivolte La sacristie à étage du flanque le chœur.

Façade nord

La façade nord est percée de deux petites fenêtres en vis-à-vis de celles du sud. Une toute petite porte, depuis longtemps murée, s'ouvrait sur le chœur. Chaussepied la juge ancienne, et note que ses chapiteaux

Croisillons et chevet vignette|alt=Chevet percé de trois grandes fenêtres, entre lesquelles sont des contreforts. À droite, le croisillon nord. En arrière-plan, le clocher et le sommet de la tourelle d'escalier.|gauche|redresse=1.5|La sacristie, le chevet et le croisillon nord.

Deux grands contreforts, saillants de plus d'un mètre, s'adossent au chevet du croisillon sud. Chaussepied formule des hypothèses quant à la taille de ces contreforts : Le croisillon nord pour sa part est adossé de quatre contreforts de dimensions courantes.

Les grandes fenêtres des croisillons et du chevet sont du . Chaussepied les juge, surtout les trois fenêtres du chevet, . Pour Waquet, l'ornementation est purement rayonnante, et peu différente de celle que l'on voyait beaucoup dès la fin du :

Description de l'intérieur Style de l'École de Pont-Croix

À la sobriété de l'extérieur répond la somptuosité de l'architecture intérieure, qui est caractéristique du style dit École de Pont-Croix. On ignore quel fut le premier édifice de cette école, la chapelle de Languidou, aujourd'hui en ruine, ou l'église Notre-Dame-de-Roscudon, à Pont-Croix. Parmi les témoins les plus complets de ce style, Pont-Croix et Kérinec sont les mieux conservés.

vignette|alt=Vue en diagonale depuis le chevet. Au premier plan, deux piliers polylobés et une arcade en plein cintre. Du côté opposé, un pilier polylobé et deux arcades en plein cintre. Plus loin, trois arcades en tiers-point, plus hautes, et deux gros piliers polylobés.|droite|redresse=1|Piliers polylobés et arcades en plein cintre du chœur. Au fond, les piles et les arcades en tiers-point de la croisée du transept.

Comme à Languidou et à Pont-Croix, chaque pilier est formé d'un faisceau de colonnettes réunies en une rosace régulière. Dans le style de Pont-Croix, les chapiteaux à godrons supportent de grandes arcades — en plein cintre ou en tiers-point — dont l'ordonnancement des retombées est sans rapport avec celui des colonnettes. Chaque pilier repose sur une base circulaire ou à pans avec de larges bancs de pierre, carrés pour la plupart.

Chœur

Le chœur de Notre-Dame-de-Kérinec comprend trois travées avec bas-côtés. Les arcades, en plein cintre, rappellent celles de Languidou et de la nef de Pont-Croix. Au-dessus, court un cordon horizontal qui, à la verticale de chaque pilier, laisse descendre une fine colonnette qui se soutient sur un petit masque humain. Contrairement à celles de Languidou et de Pont-Croix, les arcades  ; et l'intrados ne s'amortit plus au-dessus du tailloir, (comme à Pont-Croix dans les deux travées ajoutées en 1290, celles du sanctuaire).

Les chapiteaux sont très différents de ceux de la nef et du chœur de Pont-Croix. Ils annoncent plutôt ceux de son sanctuaire : corbeille décorée de feuilles lancéolées, masques très simples. Les piliers et leurs bases évoquent ceux de Pont-Croix.

Transept vignette|alt=Au premier plan, un mince pilier de la nef avec arcades en tiers point. Derrière lui, les gros piliers de la croisée avec arcades en tiers-point. À gauche et à droite, les quatre petites arcades en plein cintre des bas-côtés.|droite|redresse=1|La croisée du transept et, au fond, le chœur. Si les arcades de la croisée sont en tiers-point, on remarque une arcade en plein cintre épaulant une pile, dans le croisillon nord.

Dans la croisée du transept, les quatre arcades en tiers-point, destinées à supporter une tour, sont plus élevées que celles de la nef et du chœur. Elles sont renforcées d'arcs de décharge dont les clefs de voûte sont ornées de têtes sculptées en ronde-bosse. Un voûtement du transept était prévu, comme en attestent des amorces d'arêtiers au-dessus de chapiteaux. Les doubleaux et les départs des arcs reposent sur de petites bases talutées (comme à l'extérieur, sur la porte sud-est s'ouvrant sur le chœur, ainsi que l'a remarqué Couffon). Les quatre piles de la croisée sont composées chacune de douze colonnes engagées.

Des ouvertures sont pratiquées dans les croisillons pour les faire communiquer avec les bas-côtés du chœur et de la nef. Les arcades de ces ouvertures sont en plein cintre. Elles épaulent latéralement les piles de la croisée.

Nef