Les lanceurs d'alertes de la république populaire de Chine sont légalement protégés par la constitution et des articles de loi autorisant les critiques et plaintes contre l’État et les fonctionnaires pour . Cependant, en pratique, le pays a incarcéré de nombreuses personnes considérées comme des lanceurs d'alerte, notamment lors de l'émergence du SARS-CoV-2. Le régime utilise le fait que soient passibles de poursuites pour justifier l'arrestation de lanceurs d'alerte pour désinformation (comme Li Wenliang). La pratique des arrestations arbitraires a également été observée dans le cadre de la pandémie de Covid-19 comme avec les arrestations de Fang Bin et Chen Qiushi.

Cadre légal Les Chine, comme dans de nombreux pays, les lanceurs d’alerte sont l’objet, dans un premier temps, de sanctions voir de poursuites judiciaires. Pourtant l’article 41 de la Constitution chinoise donne le . Il est aussi possible de porter plainte contre l’État et les fonctionnaires pour . Néanmoins, sont passibles de poursuitesConstitution chinoise Chapitre II Des droits et des devoirs fondamentaux des citoyens Vigjilenca Abazi La vérité tenue à distance ? L’alerte comme remède à la censure lors de la pandémie Grand Continent, 28 juin 2020.

Attitude du gouvernement chinois vis-à-vis des lanceurs d'alertes Le gouvernement chinois emploie une politique de répression et de censure des lanceurs d'alerte. Cette attitude est à l'origine de courants de pensées divergents parmi les chercheurs du pays. Des travaux de recherche issus d'universités chinoises critiquent les lanceurs d'alertes et leur reproche de privilégier la vérité même quand cela nuit à la société dans son ensemble et ainsi de privilégier leur intérêt personnel avant le bien-être collectif. En contradiction, une étude de 2016 appuyait la nécessité de mettre en œuvre une meilleure politique de protection des lanceurs d'alerte afin de mieux protéger ceux-ci et de combattre plus efficacement la corruption.

Malgré une protection légale garantie notamment par la constitution, le gouvernement commande fréquemment des arrestations arbitraires (comme avec les arrestations de Fang Bin et Chen Qiushi) et utilise le fait que soient passibles de poursuites pour justifier l'arrestation de lanceurs d'alerte pour désinformation (comme Li Wenliang).

Révélations et réactions des autorités chinoises

1991 : Laogai (camps de rééducation par le travail)

Révélations de Harry Wu vignette|alt=Harry Wu and His Holiness the Dalai Lama|Harry Wu fait visiter le Laogai Museum de la Laogai Research Foundation au dalaï-lama en . En 1991, Harry Wu, ex-détenu des camps de rééducation par le travail chinois (laogai) dans lesquels il a passé Décès de Harry Wu, lanceur d’alerte des camps chinois La Croix, 27 avril 2016, décide de retourner en Chine filmer clandestinement la réalité de ces camps de travaux forcés du régime communiste chinois. Les images sont à destination du magazine d'information américain 60 Minutes Remembering Harry Wu, 'Troublemaker' For The Chinese Communist Party, npr.org, 29 avril 2016 Harry Wu, with George Vecsey, Troublemaker. One man's crusade against China's cruelty, NewsMax Media, Inc., 2002, 326 p., . Diffusé le Troublemaker: One Man's Crusade Against China's Cruelty., il remporta les Emmy Awards Robert L. Suettinger, Beyond Tiananmen: The Politics of U.S.-China Relations 1989-2000, .

Réactions des autorités chinoises Le régime chinois publie le son livre blanc, intitulé The Human Rights Situation in China ou il répond aux détracteurs de la pratique des travaux forcés (parmi lesquels figure Harry Wu) Lawrence R. Sullivan, Historical Dictionary of the People's Republic of China, Scarecrow Press, 2007, 720 pages, . : .

En , Human Rights Watch/Asia et Human Rights in China présentent un document secret du bureau de la sécurité publique élaboré en , donnant le nom de qui ne sont pas autorisées à pénétrer en Chine, Harry Wu en fait partieDissidence politique -mise à jour Commission de l'immigration et du statut de réfugiés du Canada : .

La Chine n'annonce qu'en , la fin de la politique des laogai. Toutefois selon le sinologue Jean-Luc Domenach, cette décision ne fut pas suivie de la fermeture des camps et le dispositif concentrationnaire perdure en 2017 avec 5 à de prisonniers.

2003 : Syndrome respiratoire aigu sévère Révélation de Jiang Yanyong En , lors de la crise du SRAS, le médecin militaire Jiang Yanyong indique aux médias étrangers l'importance de l'épidémie en Chine alors que le régime chinois s'efforce de maintenir le secret sur ce problème de santé publique. Sa révélation provoque une crise politique : le ministre de la Santé et le maire de Pékin sont limogés. Les autorités sont contraintes de jouer provisoirement la transparence. Les médias libéraux le portent aux nues mais le Parti communiste chinois le met sous surveillanceJiang Yanyong, un médecin contre le mensonge d'Etat Le Temps, 4 août 2004.

2014 : corruption Les autorités chinoises luttent depuis plusieurs années contre la corruption notamment au sein du Parti communiste. Xu Zhiyong Le lanceur d'alerte Xu Zhiyong s'élève contre la corruption et demande une transparence du patrimoine des hauts fonctionnaires. Arrêté en il est condamné à quatre ans de prisonEn Chine, Pékin réprime les « lanceurs d’alerte » sur la corruption La Croix, 21 janvier 2010Chine: le militant anticorruption Xu Zhiyong est sorti de prison Le Point, 15 juillet 2017.

Analyse En 2014, l'ONGI Transparency International, ayant essentiellement vocation de lutter contre la corruption des gouvernements et institutions gouvernementales mondiales, indique :Quels sont les pays perçus comme les plus corrompus dans le monde ? Sud Ouest, 3 décembre 2014.

2019 : camps d'internements du Xinjiang

Révélations En , un lanceur d’alerte chinois fais parvenir au New York Times, des documents officiels chinois concernant la répression envers les Ouïghours dans la province du XinjiangLes Xinjiang Papers dévoilent le sort des Ouïghours, en Chine France Inter, 20 novembre 2019. Les Xinjiang Papers sont décrits comme . Ils sont composés de « 96 pages de discours inédits du président Xi Jinping, de 102 pages de discours de cadres du parti, 161 pages de directives et de rapports sur la surveillance des citoyens et 44 pages d’enquêtes internes ». Xi Jinping y appelle personnellement les cadres du parti à «lutter contre le terrorisme, l’infiltration et le séparatisme» en utilisant les «outils de la dictature» et en ne montrant «absolument aucune pitié».

Réaction de la Chine L'auteur des révélations n'est pas connu, le New York Times indique simplement que sa source est « à l'intérieur du Parti communiste chinois ». La pérennité de son anonymat et les éventuelles conséquences ne sont pas connues.

2020 : pandémie de Covid-19

Cas de Li Wenliang thumb| Affiche de Li Wenliang À la fin de l’année 2019, Li Wenliang, avec sept autres confrères médecins, a essayé d'alerter les autorités chinoises sur une éventuelle épidémie de type SRASCharles Desthieux Li Wenliang, lanceur d'alerte réprimé par les autorités chinoises Sciences et Avenir, 7 février 2020. Il prend connaissance le d'un rapport de patient qui montre un résultat positif avec un intervalle de confiance élevé pour les tests de dépistage du coronavirus du SRASCoronavirus : faire taire les lanceurs d’alerte nuit gravement à la santé publique Libération, 7 mai 2020. Li Wenliang est accusé de répandre des fausses rumeursEmotion en Chine à l’annonce de la mort du docteur Li Wenliang, lanceur d’alerte sur le coronavirus Le Monde, 6 février 2020.

Réactions de Xi Jinping

Le président Xi Jinping est déterminé à maintenir la « stabilité sociale ». Il demande le de et de . Les critiques envers les cadres communistes du Hubei n’ont pas été censurées sur les réseaux sociaux, ceux-ci ont été limogés. Par contre les demandes d’une plus grande liberté d’expression ont disparuÉpidémie en Chine : le président Xi Jinping exhorte au maintien de l'ordre L’Express, 15 février 2020. Le , le ministère de la Sécurité publique annonce qui ont nécessité l’intervention de la policeEn Chine, près de 900 personnes sanctionnées pour leurs propos sur le coronavirus Courrier International, 1 avril 2020.

Citoyens journalistes Au début de l'année 2020, l'épidémie de COVID-19 frappe la Chine et plusieurs citoyens journalistes tentent d'informer sur la situation. Au cours du mois de , Chen Qiushi, Fang Bin et Li Zehua, tous trois lanceurs d'alertes, citoyens journalistes et contradicteurs de terrain de la version officielle de gestion de la crise par le régime chinois sont arrêtés et disparaissent Marie Campistron Coronavirus : où sont passés les lanceurs d’alerte chinois ? Le Parisien, 12 avril 2020.

Le , une semaine après sa vidéo polémique du , Chen annonce à sa famille qu'il compte se rendre dans un des hôpitaux temporaires de Wuhan. Il disparaît dans la soirée. À partir de 19 heures, aucune des tentatives de contact de ses proches n'aboutit. Dans les jours qui suivent, sa famille est prévenue par la police qu'il a été mis en quarantaine forcée, il ne présente pourtant à ce moment aucun symptôme au dire d'un de ses proches.

Le , Fang Bin et le Li Zehua, deux autres citoyens journalistes lanceurs d'alertes sur la situation à Wuhan disparaissent également. Après deux mois d'emprisonnement, Li Zehua est finalement libéré le . Le , Associated Press dévoile la libération de Fang Bin, condamné à trois ans de prison lors d'un procès secret tenu à WuhanKanis Leung et Huigzhong Wu, "", 30 avril 2023 ; page consultée le 6 mai 2023.Grace Tsoi avec Lok Lee, "", BBC News, 2 mai 2023 ; page consultée le 6 mai 2023.. Chen Qiushi est toujours porté disparu.

Le , Zhang Zhan est arrêtée. Disparue pendant un mois après son interpellation, elle est détenue et aurait été torturée pour avoir enquêté sur la gestion chinoise de la pandémie de Covid-19 et l'Institut de Virologie de WuhanAmnesty International : CHINE: UNE JOURNALISTE TRAVAILLANT SUR LE COVID-19 TORTURÉE POUR AVOIR RÉVÉLÉ LA VÉRITÉ: ZHANG ZHAN 10 décembre 2020, N° d'index: ASA 17/3447/2020Répression.Pour avoir filmé Wuhan en pleine épidémie, Zhang Zhan risque cinq ans de prison, COURRIER INTERNATIONAL le 18/11/2020.En , elle est condamnée à quatre ans de prison. L'Union européenne demande à la république populaire de Chine sa libération immédiate L’UE demande à la Chine la libération de la « journaliste citoyenne » Zhang Zhan Le Nouvel Obs, 29/12/2020 : .

Références

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