Marie-Louise-Élisabeth d’Orléans, dite Mademoiselle, née le dans la ville de Versailles puis morte le à Paris, est une princesse du sang membre de la maison d'Orléans. Fille de Philippe d'Orléans, duc d'Orléans et le fils aîné de Monsieur, et de Françoise-Marie de Bourbon, la fille légitimée de et de Madame de Montespan, elle devient duchesse de Berry par un mariage avec Charles de France, petit-fils du roi et duc de Berry. Souvent dépeinte comme figure emblématique de la Régence du fait de ses débauches, elle sera très critiquée par ses contemporains, et notamment le duc de Saint-Simon.. Elle meurt en couches.
Biographie Jeunesse gauche|vignette|212x212px|Marie-Louise-Élisabeth enfant. Encore enfant, Marie-Louise-Élisabeth tomba gravement malade à l'âge de et était perdue pour les médecins. Son père, qui veilla sur elle et la soigna, fut pris d'une à l'égard de sa fille, ce qui pourrait être à l'origine des rumeurs d'inceste. En effet, sa mère fut très jalouse de la bonne entente entre le père et la fille, une relation qu'elle ne pouvait connaître du fait de sa profonde indifférence à l'égard de la totalité de ses enfants.
Dès qu'elle eut , Philippe d'Orléans laissa sa fille libre d'agir à sa guise. Elle s'adonna alors à la chasse et aux fêtes, subissant les vives critiques de sa grand-mère, la princesse palatine. Elle se fit officiellement surnommer « Mademoiselle ».., à l'image d'Anne-Marie-Louise d'Orléans, qui était surnommée la « Grande Mademoiselle ».. Elle fut officieusement surnommée « Joufflotte », ou encore la « Vénus du Luxembourg », en raison de ses formes plantureuses.
Mariage Le , le duc d'Orléans obtint du roi Louis XIV l'arrangement d'un mariage entre Charles de France, petit-fils du roiCorrespondance complète de Madame, duchesse d'Orléans, par M.G. Brunet, , 1857, ., et la princesse d'Orléans. L'objectif était de réunir les deux branches (aînée et cadette) des Bourbons. Marie-Louise-Élisabeth épousa un mois plus tard Charles de France, duc de Berry, le . Elle devint alors duchesse de Berry à l'âge de quinze ans. Elle subit une première fausse couche, un an après son mariage, en 1711. À dix-sept ans, elle accoucha d'un fils, duc d'Alençon, qui ne vécut que vingt-et-un jours.
Selon le duc de Saint-Simon, le mariage aurait été violent.. Un grand nombre de pamphlets circulaient alors, accablant la jeune femme pour ses loisirs alors peu conformes à son nouveau statut d'épouse. Selon l'historien Baptiste Capefigue, il s'agissait de calomnies répandues par la famille royale : la duchesse du Maine, par « pédanterie », et la duchesse de Bourgogne, par jalousie. Saint-Simon ne cesse de couvrir la princesse de critiques acerbes dans ses Mémoires.., son épouse était sa dame d'honneur, qui lui fournissait alors beaucoup d'informations.
Le mémorialiste racontait d'ailleurs que le couple ducal était très dépensier et accumulait près de de dettes.. Il qualifia cette vie de « scandaleuse ». Il semblait voir une nouvelle Ève en la jeune fille, qu'il accusait alors d'hérésie.. Elle envisageait de quitter la cour de Versailles pour les Pays-Bas. avec son amant La Haye, un écuyer du duc de Berry, mais il refusaSuppléments aux mémoires de Saint-Simon, , , sans précision de date.. Il obtint un poste de gentilhomme de la Manche grâce à la duchesse du Berry, en 1716..
En 1714, son mari meurt alors qu'elle est enceinte. Le roi Louis XIV fait alors part de son désir de devenir le tuteur de la duchesse, et de son enfant à naître. À l'issue d'un inventaire de ses possessions, les biens de la duchesse lui sont laissés, ceux du duc alloués à l'enfant et ceux accumulés depuis le mariage partagés entre la duchesse et l'enfant à venir. Elle voit bientôt sa pension augmentée de 200 000 livres.. Elle accouche le mais la petite fille ne vit que douze heures. Le corps est transporté à la basilique de Saint-Denis et son cœur à Notre-Dame du Val-de-Grâce.. Les biens qui avaient été partagés avec l'enfant sont rendus à la duchesse de Berry.
Veuvage alt=|vignette|Louis XIV reçoit à Fontainebleau le prince électeur de Saxe. 27 septembre 1714 par Louis de Silvestre, 1714. Avec l'accord du roi Louis XIV, la duchesse de Berry quitte le grand deuil après une année seulement.. Après la mort de Louis XIV et une fois établie au palais du Luxembourg ou palais d’Orléans, où elle constitue sa cour, la veuve de vingt ans poursuit une vie remplie de fêtes et accumule les amants, ce qui lui vaut à nouveau la réprobation de Saint-Simon (son biographe le plus prolifique) : outre La Haye, le marquis de la Rochefoucauld, capitaine de sa garde personnelle ou le comte d'Aydie de Rions (orthographié alors Riom). Nommé lieutenant de la garde au palais d’Orléans, Riom sera l'amant favori de la duchesse jusqu'à sa mort. Il est aussi l'amant de Madame de Mouchy, dame d'honneur de la princesse.. Durant cette période, cette dernière prend résidence dans un appartement du couvent de l'ordre du Carmel du faubourg Saint-Germain, où elle se retire régulièrement pour faire pénitence..
En , la duchesse de Berry reçoit le tsar Pierre au palais d’Orléans et, selon La Gazette de la Régence : . Vers la fin de cette même année, le jeune Voltaire relaie devant un informateur de police les rumeurs selon lesquelles la duchesse serait enceinte, précisant que celle-ci est allée passer six mois au château de La Muette . Ce qui lui vaudra alors d'être enfermé onze mois à la prison de la Bastille.
Fin de vie vignette|Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans, duchesse de Berry par Pierre Gobert, 1714. Le , à la Comédie-Française, le Régent et la duchesse de Berry assistent à la première de lŒdipe de Voltaire. C'est la toute première œuvre pour laquelle le jeune Arouet prend le nom de Voltaire, et elle marque le commencement du succès de l'auteur dans sa carrière théâtrale. Les rumeurs d'une relation incestueuse de Philippe d'Orléans avec sa fille aînée rendent la pièce controversée bien avant qu'elle ne soit jouée. La duchesse de Berry entre escortée par les dames de sa cour et sa garde personnelle :
Toutefois, les commentaires et les ragots malveillants se multiplientJay Caplan, In the King's Wake: Post-Absolutist Culture in France, University of Chicago Press, 1994, p. 50-51.. Attisant l'intérêt des spectateurs friands de scandales, la présence de Madame de Berry à la première de l'Œdipe contribue à la réussite de la pièce et de son succès. Elle se rend cinq fois de suite à la représentationCapefigue, Jean Baptiste H. R. Philippe d'Orléans, régent de France, 1715-1723, Bruxelles, 1841, p. 199., . Durant l'année 1719, la duchesse de Berry est enceinte à nouveau. Les jugements sur sa vie sexuelle se multiplient. Ils seront repris par certains « historiens » français. Ainsi, à propos d'une représentation de l'Œdipe chez le roi, Édouard de Barthélemy, historien, écrit alors :
Lors de son accouchement, la duchesse craint de mourir et réclame les sacrements« Lettres de La Palatine à Madame de Ludres 1 & 2 avril 1719 » (Madame Palatine, Lettres françaises, Paris, Fayard, 1989, p. 597).. En raison de la présence du comte de Riom et de Madame de Mouchy dans le palais d’Orléans, le curé de l'église Saint-Sulpice, Jean-Baptiste Languet de Gergy, refuse d'administrer l'extrême-onction à la parturienteMémoires de Saint-Simon, , .. Sa décision est alors appuyée par le cardinal de Noailles, qui considère aussi que les sacrements ne devaient être dispensés tant que Riom et la dame d'honneur n'étaient pas congédiés.. Le , la jeune femme fait une fausse couche et échappe à la mort de peu. Elle fait rouvrir le jardin d’Orléans et le voue au blanc pour six mois ainsi que toute sa maison, en l'honneur de sa fille. Elle décide de se retirer au château de Meudon, où elle espère se rétablir rapidement en s'éloignant de l'ambiance de la cour.
Selon Saint-Simon, le Régent est particulièrement courroucé contre sa fille, qui aurait épousé secrètement Riom après son accouchement. Il ordonne à celui-ci de rejoindre son régiment sur la frontière espagnole. Dans l'espoir de convaincre son père d'accepter de rendre public son nouveau mariage et de finalement le rappeler, elle l'invite au château de Meudon pour un souper. Le Régent reste inflexible..
La duchesse de Berry meurt des suites de ses couches deux mois plus tard, à l'âge de vingt-trois ans. Lors de l'autopsie, réalisée au château de La Muette, la nuit du 20 au , les médecins affirment lui trouver . Son corps est déposé dans la basilique de Saint-Denis et son cœur, ainsi qu'il était fait pour tout prince et princesse de la Maison de France, dans la chapelle Sainte-Anne. de l'église Notre-Dame du Val-de-Grâce.
Descendance Du vivant de son époux, la duchesse de Berry subit trois grossesses malheureuses : une fille, mort-née le ; Charles de Berry, duc d'Alençon, né avant terme le , mort le ; Marie-Louise-Élisabeth de Berry, née avant terme le , morte le .
Après la mort de son époux : une fille, née le 27 ou et qui ne vit que trois jours ; une fille, née fin , lorsque la duchesse s'est retirée au château de la Muette pour accoucher. Le père serait le comte de Riom. Selon Duclos, cette fille devient religieuse à l'abbaye de PontoiseCharles-Pinot Duclos, Œuvres complètes, tome 5, Paris, Colnet, 1806, : ; une fille, mort-née le , attribuée par Saint-Simon au comte de Riom.
Ascendance
Chansons populaires
Voltaire Des vers attribués à Voltaire, qui cherche à atteindre le régent de manière détournée, se moquent de la duchesse de Berry :
La grosse Joufflotte Menant de front la bonne chère et l'amour dès son installation au palais du Luxembourg ou palais d’Orléans, elle fait scandale par sa conduite. Multipliant les aventures, elle n'hésite pas à choisir ses amants parmi ses gardes et laquais. Ses amours licencieuses inspirent la plume des satiristesGeorges Pillement, Paris disparu, Paris, Grasset, 1966, . :
Un fragment de Noëls satiriques de 1717 ridiculise Madame de BerryJean-Frédéric Phélypeaux Maurepas (comte de), Recueil dit de Maurepas : pièces libres, chansons, epigrammes, et autres vers satiriques sur divers personnages des siècles de Louis XIV et Louis XV, accompagnés de remarques curieuses du temps, , Leyde 1865, . :
Au début de 1716, Madame de Berry, malade en son palais d’Orléans, ne paraît pas en public pendant plusieurs semaines. Officiellement, elle souffre d'un gros rhume. Inspirées par des rumeurs d'accouchement clandestin que rapporte la Gazette de la RégenceE. de Barthélemy (éd.), Gazette de la Régence, janvier 1715-juin 1719, Ch. Charpentier, Paris, 1887, . En date du 6 février 1716 : , diverses chansons satiriques anonymes évoquent la multiplicité des géniteurs possibles :
Lorsque la fille du Régent fait fermer au public les jardins de son palais d’Orléans, les médisants commentent que c'est pour pouvoir s'y livrer avec plus de liberté à ses amoursJean Frédéric Phélypeaux Maurepas (comte de), Mémoires du comte de Maurepas, Paris, Buisson, 1792, , . :
Postérité Aujourd'hui, l'imaginaire de la Régence dans les romans historiques réduit le plus souvent la duchesse de Berry à une figure d'excès et dépravationVoir Patrick Pesnot, Le Régent. Le règne du sphinx, Nouveau Monde éditions, 2011, ou encore Michel Peyramaure, Les Fêtes galantes, Paris, 2005, : . Son « disgracieux » et « dangereux » embonpoint est évoqué par sa grand-mère, la princesse palatine dans une lettre du :
Comme on le sait, sa grossesse étant arrivée à terme, la duchesse de Berry est alors en couches depuis plusieurs jours au palais du Luxembourg, et à l'article de la mort. La vieille princesse veut cacher le scandale que provoque cet accouchement clandestin et attribue la « bien grave maladie » de sa petite-fille la duchesse à son obésité, la conséquence de sa lourde boulimie.