Le rhinocéros de , ou rhinocéros de Versailles, est un rhinocéros indien mâle qui a vécu dans la ménagerie royale du château de Versailles à partir de .
Probablement né en , il est capturé puis transporté en bateau et par la route depuis Chandernagor, en Inde française, comme cadeau du gouverneur Jean-Baptiste Chevalier de Conan au roi de France . Il est exposé pendant plus de au public et étudié par de nombreux naturalistes de l'époque. Il meurt de façon incertaine en , en pleine Révolution française. Il est un des premiers animaux de cette taille à être naturalisé.
Son squelette et sa naturalisation sont à présent exposés au Muséum national d'histoire naturelle, à Paris.
Histoire Trajet Le rhinocéros, probablement né en ou peu avant, serait originaire d'Assam ou du nord du Bengale.. Capturé très jeune, il est un cadeau de Jean-Baptiste Chevalier de Conan, gouverneur de Chandernagor , au roi de France .
vignette|Un rhinocéros indien (), ici au Népal en .|alt=Rhinocéros indien vu depuis son flanc droit dans la nature. Il est debout, à côté d'un point d'eau.
Il embarque le à bord du Duc de Praslin, un navire de la Compagnie française des Indes orientales. Lors d'une escale à l'île Maurice du au , le public est admis à bord pour venir le voir. L'écrivain et botaniste Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, qui faisait partie des visiteurs, remarque que si l'animal était ., il tolérait comme amie une petite chèvre qui partageait son foin entre ses pattes. Le voyage en bateau se déroule d'une façon générale sans encombre.
Il arrive à l'arsenal de Lorient, le ou le au petit matin. Il attend alors plus de deux mois qu'un chariot spécial soit construit pour le transporter jusqu'à la ménagerie royale de Versailles .. Cependant, l'animal ayant vieilli pendant le voyage et approchant de ses deux ans, il commence à devenir plus fort et à se montrer agressif. Il doit être sanglé dans une écurie ou une étable pendant ce temps.
Si la voie maritime est également envisagée, le convoi prend finalement la route de Versailles par voie terrestre le . Il est accompagné de bouchers faisant office de vétérinaires chargés de ses soins et de son alimentation . Du fait de cette consommation journalière de nourriture, l'animal avait probablement atteint à ce moment sa taille adulte, d'où les difficultés de son transport. En raison de son poids, le chariot finit par se briser et a besoin d'être réparé, ce qui retarde l'arrivée à Versailles au ou après des passages à Laval et Alençon. Tous frais compris, son trajet de près de neuf mois de Chandernagor jusqu'à Versailles coûte environ , somme importante pour l'époque : Leendert C. Rookmaaker compare cela à plus de la moitié du salaire annuel d'un officier de port alors qu'Amandine Péquignot le rapporte à de salaire d'un capitaine de vaisseau de 1770.
Exposition vignette|Schéma de Petrus Camper (1777).|alt=Dessin de profil de la tête du rhinocéros, vu de son côté gauche.
Son enclos, conçu spécialement pour l'exhiber, mesure de long pour de large d'après Leendert C. Rookmaaker et comporte un bassin. Amandine Péquignot l'estime plus petit, à par . L'inspecteur du parc note que cet enclos est déjà dans un état de délabrement avancé en , l'animal ayant creusé la terre jusqu'à ce que l'un des murs soit sur le point de s'écrouler. En conséquence, il est déplacé pendant deux ans le temps que son enclos soit pavé.
Il est étudié dès son arrivée par Georges-Louis Leclerc de Buffon, qui réalise des mesures précises de l'évolution de son âge et de sa taille entre 1770 et 1772. Le naturaliste note également qu'il mangeait quotidiennement. Ceci fait l'objet en 1776 d'une « Addition à l'article rhinocéros » dans son Histoire naturelle... Petrus Camper l'examine et le dessine en , remarquant que sa dentition diffère de celle du rhinocéros noir bicorne d'Afrique . Il est noté par Bernardin de Saint-Pierre en 1792 qu'il aurait usé sa corne contre les obstacles et les barres de son enclos, ce qu'on observe toujours dans les parcs zoologiques. Georges Cuvier suspecte également en 1801 que sa vie en captivité aurait provoqué l'arrêt de la croissance de sa corne, expliquant qu'il n'en reste que la base et qu'elle ne fasse plus qu' à la fin de sa vie.
droite|vignette|La ménagerie de Versailles par Pierre Aveline.|alt=Dessin en couleur de la ménagerie. Elle possède une forme symétrique et de nombreux espaces verts.
L'animal attire la noblesse et l'aristocratie de toute la France, et même de l'Europe. Au total, le rhinocéros est exposé au public pendant à la ménagerie. Il reste cependant très agressif : Cuvier rapporte ainsi qu'il aurait tué deux personnes entrées dans son enclos sans autorisation. Par ailleurs, son alimentation et ses soins s'avèrent coûteux, l'animal consommant au moins quatre-vingt-dix pains de six livres mensuellement et sa peau nécessitant pour demeurer humide l'application régulière d'une huile.
Déménagement vignette|La prise du palais des Tuileries le pousse à la disparition de la ménagerie. Ce jour-là, de nombreux animaux sont libérés ou tués. Peinture de Jacques Bertaux (1793).|alt=Scène de combat. De nombreux hommes en uniforme bleus ou rouges sont étendus sur le sol. De la fumée et des incendies complètent la scène.
Dans les années 1780, la ménagerie royale est en déclin du fait du désintérêt de , mais également des artistes et des savants, ces derniers préférant dorénavant observer les animaux dans leur milieu naturel. De plus, la ménagerie étant considérée comme un symbole de la royauté, des libérations d'animaux et des destructions sont réalisées par les Jacobins pendant la Révolution française., notamment le lors de l'assaut du palais des Tuileries.. Ainsi, fin 1792, il ne reste que peu d'animaux dans la ménagerie : un lion du Sénégal, un couagga, un bubale, deux antilopes, un goura couronné, des paons et le rhinocéros. Ils restent menacés car, pendant une période de famine, il est considéré comme honteux de les nourrir eux plutôt que des citoyens.
L'intendant de la ménagerie, Louis-Charles Couturier, écrit donc en septembre et en à Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, alors directeur du jardin national des plantes de Paris, pour lui suggérer de transférer les animaux afin de constituer un parc zoologique dans la capitale, qui n'en possède pas encore. Bernardin de Saint-Pierre vient donc à Versailles, reconnaît le rhinocéros, et écrit un Mémoire sur la nécessité de joindre une ménagerie au jardin national des plantes de Paris adressé au ministre de l'Intérieur de l'époque, défendant l'intérêt scientifique de garder de tels animaux en vie.
vignette|Vue du flanc gauche du squelette, révélant une côte cassée, Galerie de Paléontologie et d'Anatomie comparée.|alt=Photo rapprochée de l'arrière du squelette. On observe sur une des côtes un point noir, montrant la fusion partielle d'une côte cassée.
Le projet est finalement accepté et, à cause de retards administratifs, le transfert est mené à bien plus d'un an après, les et , mais le rhinocéros ne vivra jamais dans la ménagerie du Jardin des plantes . En effet, le rapport de sa dissection indique qu'il aurait été tué le matin du d'un coup de sabre dans la poitrine, date reconnue par Leendert C. Rookmaaker et faisant consensus. Cependant, de façon contradictoire, une note de Georges Cuvier datant de 1801 signale qu'on l'aurait trouvé mort noyé dans son bassin de Versailles en , date reconnue par Joan Pieragnoli mais dont la véracité est remise en cause. Finalement, une autre date de décès est citée par Gustave Loisel : le , à cause d'une blessure gangrénée.
Une analyse du squelette révèle une côte cassée en cours de fusion sur son flanc gauche, impliquant que le rhinocéros ait survécu à une grave blessure. De plus, un vétérinaire aurait fait quinze visites entre mi- et mi- pour désinfecter une plaie. Ceci conduit à favoriser l'hypothèse d'une grave chute dans son bassin ou d'un coup de sabre, d'après Amandine Péquignot.
Préservation Dissection vignette|Dessin de George Cuvier du squelette du rhinocéros (1804).|alt=Dessin du squelette dans une position debout vu de son côté droit.
D'après le rapport de dissection, la dépouille est transférée au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) le , soit deux jours après le décès, à cause de problèmes logistiques liés au déplacement d'une telle masse.
La dissection n'est finalement réalisée par Jean-Claude Mertrud , Louis Jean-Marie Daubenton et Félix Vicq d'Azyr que trois semaines après la mort, sous une tente dans le Jardin des plantes, ce qui attire un public nombreux dont Pierre Joseph Desault, Charles-Gilbert Romme ou encore Joseph Lakanal. La chaleur est écrasante et la décomposition avancée du corps lui fait exhaler une telle odeur qu'il est nécessaire de le protéger des chiens.. Il s'agit de la première opération de taxidermie moderne sur un rhinocéros et plus généralement sur un animal de cette taille.. Les conditions sanitaires sont si épouvantables que lorsque Félix Vicq d'Azyr meurt l'année suivante, à , certains attribuent sa mort à une maladie contractée pendant l'opération. Cette idée n'est pas partagée par le biographe de Félix Vicq d'Azyr, Yves Pouliquen, qui considère quant à lui que cette dissection imprévue est une occasion heureuse pour l'anatomiste et ne mentionne pas un quelconque lien avec sa mort.
Soixante-cinq ou soixante-sept mesures anatomiques sont réalisées sur la carcasse par Daubenton. Parallèlement, Pierre-Joseph Redouté est chargé avec son frère Henri-Joseph Redouté et Nicolas Maréchal de réaliser des illustrations anatomiques des organes du rhinocéros lors de la dissection.. Selon Leendert C. Rookmaaker, sont à présent dans la Collection des vélins du Museum national d'histoire naturelle...
Préservation et naturalisation vignette|Naturalisation du rhinocéros, exposée dans la galerie de l'Évolution.|alt=Photo cadrée sur la tête du rhinocéros. Sa peau est noire.
Le squelette du rhinocéros de Versailles est nettoyé puis remonté après la dissection par Jean-Claude Mertrud. Il sert ensuite de base à la description du par Georges Cuvier dans ses Recherches sur les ossemens fossiles de quadrupèdes. Il est exposé dans la galerie de Paléontologie et d'Anatomie comparée du MNHN depuis 1899 (). Par ailleurs, il s'agit d'un des seuls animaux du encore conservés au MNHN.
vignette|Squelette exposé à la galerie de Paléontologie et d'Anatomie comparée.|alt=Photo du squelette entier. Il est entouré de nombreux autres squelettes.
Pour sa naturalisation, sa peau vernie est tendue sur une armature de chêne cylindrique reliée à des cerceaux de noisetier. En particulier, la charpente est composée de madriers pour chacun de ses quatre membres, de demi-tonneaux traversés d'une poutre pour prendre la place des ceintures scapulaire et pelvienne ainsi que de tiges pour remplacer les côtes..
Le rhinocéros naturalisé, d'un poids de , est exposé à partir de 1889 dans la galerie de Zoologie. Du fait que les mensurations aient été pratiquées sur un animal boursouflé par la putréfaction, il est plus gros que nature, p. 94.. La peau est restaurée à partir de 1992 et pendant trois ans par le taxidermiste Jack Thiney et est, depuis 1994, exposée au troisième niveau de la grande galerie de l'Évolution. Son numéro d'identification est CG1991-1439.
Il aurait existé un moulage de son pénis, dont il n'y a plus de trace. Les organes quant à eux ne semblent pas avoir été conservés.
Devenir de la corne vignette|Photo de Pierre Petit de la galerie de Zoologie en 1892. Au premier plan, figure la grande corne du rhinocéros.|alt=Photo en noir et blanc. De nombreux animaux sont visibles, dont trois éléphants surplombant le rhinocéros. Sa corne semble faire un peu moins d'un mètre.