Lélection présidentielle chilienne de 2021 se déroule les et afin d'élire pour quatre ans le président de la République du Chili. Des élections parlementaires et régionales sont organisées simultanément.
Le président sortant, Sebastián Piñera, ne peut être candidat à sa réélection, la Constitution chilienne interdisant les mandats successifs.
Le scrutin voit les candidats d'extrême droite José Antonio Kast et de gauche radicale Gabriel Boric se qualifier pour le second tour. Pour la première fois depuis le retour de la démocratie en 1989, le second tour n'oppose pas des candidats issus des partis de centre droit et de centre gauche traditionnels. Boric remporte le second tour avec près de 56 % des voix, une première pour un candidat arrivé second à l'issue du premier tour. Il devient à le plus jeune président de l'histoire du pays.
Contexte
vignette|gauche|Manifestants chiliens en octobre 2019. La présidentielle de novembre 2017 voit la victoire du conservateur Sebastián Piñera, le prédécesseur de la présidente sortante Michelle Bachelet. Piñera l'emporte au second tour face à Alejandro Guillier, soutenu par cette dernière.
Le pays connait des manifestations massives en 2019 et 2020 pour contester un système économique jugé très inégalitaire. Une trentaine de manifestants sont tués et des milliers blessés ou arrêtés. La Constitution alors en vigueur concentre rapidement les critiques en raison de son contenu néolibéral fortement inégalitaire ainsi que de ses origines, celle ci ayant été rédigée en 1980 sous la dictature militaire d'Augusto Pinochet, bien qu'elle ait été depuis amendée à plusieurs reprises notamment pour mettre fin à la présence de sénateur à vie... Elle établit un modèle économique fondé sur la privatisation d'une large part des biens publics, y compris l'éducation, la santé, les retraites et l'accès à l'eau... Devant l'ampleur du mouvement de contestation populaire, les dirigeants de la majorité des partis chiliens signent l' le . Celui ci prévoit l'amendement de plusieurs articles du chapitre XV de la Constitution permettant la rédaction d'un nouveau texte fondamental via la convocation d'une assemblée constituante, une procédure que la Constitution de 1980 ne permettait pas auparavant..
L'élection présidentielle est ainsi précédée par l'élection d'une assemblée constituante les 15 et à la suite du référendum organisé le où les électeurs se sont prononcés pour un changement de Constitution ainsi que sur le principe d'une assemblée constituante chargée de rédiger la nouvelle loi fondamentale.
Le président Sebastián Piñera, mentionné dans les Pandora Papers et soupçonné d'avoir utilisé sa fonction pour défendre ses intérêts d'homme d'affaires, échappe de justesse à une procédure de destitution en .
L'actualité est également dominée par le thème du conflit dans la région d'Araucanie, où le peuple Mapuche réclame la restitution de ses terres ancestrales qu'il juge accaparées par de grandes entreprises. Des militants mènent des attaques et des incendies contre des grandes exploitations forestières, conduisant le gouvernement chilien à décréter un état d'urgence à la mi-octobre et à militariser la région. Les actions des forces de l'ordre font plusieurs morts dans la population civile..
Système électoral Le président de la République est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de quatre ans non renouvelable de manière consécutive. Est élu le candidat qui recueille la majorité absolue des votes valides au premier tour, organisé le troisième dimanche de novembre de la quatrième année du mandat présidentiel en cours. À défaut, les deux candidats arrivés en tête au premier tour s'affrontent lors d'un second organisé le quatrième dimanche suivant le premier, et celui recueillant le plus de voix est déclaré élu..
Candidatures +Candidatures officiellesCandidats Coalition/ou partiIdéologie Eduardo ArtésUnion patriotiqueExtrême gaucheCommunisme, marxisme-léninisme, anti-impérialisme, internationalismeGabriel BoricApprobation dignitéGauche radicaleSocialisme libertaire, autonomisme, progressisme, féminismeMarco Enríquez-OminamiParti progressisteCentre gauche à gaucheProgressisme, socialisme démocratique, écologie politique, féminisme, populisme de gaucheJosé Antonio KastFront social chrétienExtrême droiteNationalisme, libéralisme, conservatisme, populisme de droite, anti-immigrationFranco ParisiParti du peupleDroitePopulisme de droite, anti-immigration, anti-globalisationYasna ProvosteNouveau pacte socialCentre gaucheProgressisme, social-démocratie, démocratie chrétienne, radicalisme, réformismeSebastián SichelEn avant le ChiliCentre droit à droiteConservatisme, libéralisme, régionalisme, christianisme social, néolibéralisme
Primaires
Gauche Lors de la primaire présidentielle du , Gabriel Boric est désigné candidat de la coalition de gauche Approbation dignité avec 60,42 % des voix, battant le représentant du Parti communiste, Daniel Jadue, qui totalise 39,58 % des voix alors qu'il était le favori des sondages..
Droite Le même jour, la coalition de droite En avant le Chili organise sa primaire au terme de laquelle Sebastián Sichel l'emporte avec plus de 49 % des voix, devançant là-aussi le favori des sondages, le conservateur Joaquín Lavín, qui ne recueille que 31 % des voix.
Campagne Les manifestations de grande ampleur organisées dans le pays au cours des années précédentes influencent profondément la campagne électorale, marquée par l'avènement de candidats non issus des partis traditionnels, ainsi que par une forte polarisation du champ politique. La campagne est ainsi dominée par le candidat de gauche radicale Gabriel Boric et le candidat d'extrême droite José Antonio Kast, grands favoris du scrutinÉlection présidentielle : "Le Chili vit une polarisation et une fragmentation politique"Chili : des élections présidentielles dans un contexte inédit.
Gabriel Boric vignette|redresse|Gabriel Boric Porté par un mouvement contestataire ancré à gauche et puisant ses origines dans les milieux étudiants , Gabriel Boric est à le plus jeune des candidats. Ancien syndicaliste étudiant élu député en 2013 sous une étiquette d'indépendant, il occupe une place de premier plan lors de la campagne pour le référendum d'octobre 2020, qui voit les propositions d'un changement de constitution et de la mise en place d'une Assemblée constituante approuvées à de larges majorités. Fort de ses liens avec une partie des membres de cette dernière, élus lors des élections constituantes de mai 2021, Boric remporte par la suite la primaire du Front large sur des positions moins radicales que son concurrent communiste Daniel Jadue, bénéficiant notamment de l'image d'un candidat participant au renouvellement de la classe politique.
Candidat d'un passage à un système d'État-providence, Gabriel Boric propose de revenir sur la privatisation des services publics qui avait caractérisé la dictature de Pinochet. Il prend ainsi position contre le système de retraites et de santé en vigueur, ceux-ci étant depuis cette époque intégralement confiés au secteur privé... Le candidat se prononce pour l'introduction d’impôts progressifs pour les plus riches, et une retraite minimum de 250 000 pesos via une augmentation des cotisations mensuelles de 10 % à 18 % du salaire, avec une plus grande part prise en charge par l'employeur. Promettant également de lutter contre le réchauffement climatique, il se déclare favorable à la légalisation de l'avortement et à l'avancée des droits des LGBT, sujet sur lesquels il critique vivement les positions de José Antonio Kast... En réaction au conflit Mapuche, il prône la levée de l'État d'urgence et l'expulsion des entreprises transnationales présentes dans la région..
José Antonio Kast vignette|redresse|José Antonio Kast José Antonio Kast fait campagne sur des positions à l’extrême droite de l'échiquier politique. Candidat malheureux lors de l'élection présidentielle de 2017 au cours de laquelle il recueille un peu moins de 8 % des voix, il se présente en défenseur de l'héritage de la période de dictature d'Augusto Pinochet. Promettant de Élections au Chili: l'extrême droite veut regagner du terrain après les mobilisations sociales, sa campagne axée sur la lutte contre la criminalité et l'immigration le voit notamment proposer de légaliser le port d'armes chez les civils et de creuser un fossé dans le nord pour empêcher le passage de migrants, dans le contexte d'un afflux de ces derniers venus de Colombie, d’Haïti et du Venezuela. Lors du débat organisé le , il prend à partie Gabriel Boric pour son soutien au président vénézuélien Nicolás Maduro et à la construction de barricades lors des manifestations étudiantes de 2011. En réaction au conflit Mapuche, il soutient une militarisation accrue de l'Araucanie.
Ultra-conservateur, José Antonio Kast s'oppose à la légalisation du mariage entre personnes de même sexe ainsi qu'à celle de l'avortement, dont il souhaite étendre l'interdiction en toutes circonstances. Depuis 2017, l'IVG est restreinte aux seuls cas de risque vital pour la mère, de fœtus non-viable ou de viol, une avancée due à l'ancienne présidente Michelle Bachelet, seules les IVG en cas de risque vital pour la mère étant jusque là autorisées.
José Antonio Kast voit sa campagne galvanisée par une radicalisation d'une partie de l'électorat de droite en réaction aux manifestations contestataires. Candidat du maintien du système néolibéral instauré sous Pinochet par les Chicago Boys, dont il n'hésite pas à citer le principal économiste, Milton Friedman, en affirmant qu', il prône le maintien de la retraite par capitalisation intégralement confiée au système privé. Son programme se base sur une plus grande liberté d'action donnée aux marchés financiers et une participation la plus minimale possible de l’État dans le domaine économique. Il propose également de baisser de deux points la TVA et de repousser l'âge de la retraite tout en facilitant l'emploi au-delà de l'âge minimum de la retraite comme moyen d'augmenter le montant de celle-ci.
Sebastián Sichel Candidat de la coalition de droite libérale Chile Vamos et dauphin du président Sebastián Piñera, Sebastián Sichel souffre du bilan du président sortant, devenu très impopulaire. Le candidat est par ailleurs affaibli par les affaires de corruption touchant la coalition, et se retrouve indirectement éclaboussé par le scandale des Pandora Papers ayant conduit à une tentative de destitution de Piñera début novembre en raison de soupçons de corruption dans la vente d'une compagnie minière en 2010. La chute de la droite traditionnelle portée par Sichel profite ainsi largement à la candidature de José Antonio Kast... Sur le plan économique, Sichel se pose en défenseur du libre marché et des petites ou moyennes entreprises, couplé à un renforcement du rôle de l’État. Prenant pour modèle l'Allemagne de la chancelière Angela Merkel, il cite en exemple la doctrine de son prédécesseur Konrad Adenauer : . Le candidat prône une réforme du système des retraites conservant une participation du secteur privé tout en y insérant celle de l'État, laissant le choix aux travailleurs de choisir entre l'un ou l'autre, sur le modèle australien.
Yasna Provoste