L’abbaye de la Roë est un établissement religieux augustinien de chanoines réguliers, situé dans le sud-ouest de la Mayenne, dite Mayenne angevine en raison de sa situation géographique plaçant ce lieu dans le Haut-Anjou. L'abbaye est à de Château-Gontier et de Laval, et à environ de Rennes et d'Angers.
Histoire L'absence de localités de noms anciensSauf Mauny. montrerait que tout le territoire proche de la Roë est de défrichement récent. Le nom primitif de l'abbaye, Ecclesia de Bosco est ainsi expliquée au Cartulaire noir de Saint-Maurice-d'AngersP. 339. : Sita est in locis palustribus atque sylvestribus unde ipsa ecclesia de Bosco nominatur, 1131-1139. Outre l'adjectif Rotensis qui est assez fréquent, on trouve aussi : Coenobium Rotanum, 1588Vol. 170, f. 268.
Robert d'Arbrissel Peu avant la fin du , Robert d'Arbrissel fait siens les principes de pauvreté prônés par Grégoire VII. Cédant à son goût pour la vie solitaire, il va vivre en ermite dans la forêt de Craon, en Anjou à proximité de la Bretagne et de son village d’origine, vers 1091.
Le (n. s.), le pape Urbain II, qui a lancé, un an auparavant, l’appel à la première croisade, était à Angers, accompagné de nombreux prélats, Hugues de Die, archevêque de Lyon ; Amat d’Oloron, archevêque de Bordeaux ; Yves de Chartres, évêque de Chartres ; Hoël, évêque du Mans, et des plus nobles seigneurs de la région. Robert d'Arbrissel se trouva à cette illustre assemblée ; il avait prêché la veille devant le pape à la consécration de l'église de Saint-Nicolas d'Angers. Geoffroy de Mayenne, évêque d'Angers, le reçut dans sa chambre avec Renaud de Craon, fils de Robert le Bourguignon, seigneur de Craon, et ses fils. C'est là qu'eut lieu la concession de sept masures dans la forêt où les chanoines purent s'établir en paix.
Il s'y voit bientôt entouré d'une foule d'anachorètes attirés par la renommée de ses vertus et de la sainte austérité de sa vie. D'ermites, ils devinrent cénobites sous la direction de leur chef, qui leur donna la règle des chanoines réguliers récemment réformée et refondue par Yves de Chartres.
Sa réputation de sainteté se répand et de nombreux clercs et laïcs le rejoignent, ce qui conduit à créer des logements qui deviennent l’abbaye de la Roë. Il les partage en trois colonies, se charge d'en gouverner une, et confie les autres à Vital de Mortain et Raoul de la Futaie. À Craon il rencontre également d'autres ermites de la région comme saint Alleaume ou Bernard de Tiron.
Fondation Deux ans plus tard, le , le même évêque d'Angers vint consacrer à La Roë, sous le vocable de Notre-Dame et de saint Jean l'Évangéliste, le premier autel. La foule accourue pour la cérémonie était immense, tant du clergé, de la noblesse, que du peuple. Geoffroy de Mayenne, en profita avant de bénir le cimetière, pour demander au seigneur de Craon quel territoire pouvait être assigné à la nouvelle église, car les chanoines de Saint-Augustin s'adonnaient à la direction des paroisses. Le baron indiqua les limites que l'on sait. Les prêtres de la région donnèrent leur consentement et, la bénédiction faite, l'évêque leur prescrivit de visiter l'église au jour anniversaire de cette cérémonie, coutume qui s'observait encore à la Saint-Marc au .
En raison de son exiguïté, la nouvelle paroisse de la Roë ne fut imposée qu'à 3 sols de rente envers la cathédrale ; les chanoines de Saint-Nicolas de Craon eurent quelques compensations pour les dîmes qu'ils perdaient sur ce territoire. Les forestiers fieffés de la forêt renoncèrent plus difficilement à leurs droits, qu'ils prétendaient exercer sur les religieux comme sur les autres habitants de la région. C'était une corporation puissante ; Renaud de Craon ne put que les exhorter à faire œuvre pie en favorisant ses chanoines. Ils obtinrent le privilège de venir avec leurs familles et leurs serviteurs se faire héberger trois fois l'an à l'abbaye, mais en usèrent avec indiscrétion ; pendant 50 ans ce fut un conflit toujours renaissant qui s'assoupit enfin, les religieux ayant promis aux forestiers de les assister dans leurs maladies, et s'ils le désiraient, de leur donner l'habit monastique à l'article de la mort.
Avant de mourir (1101), Renaud de Craon donna encore à sa pauvre abbaye un moulin sur l'Usure (Oudon) et les quatre métairies récemment défrichées des Valayettes dont on indiqua les limites par des entailles faite à la hache sur les arbres.
Construction On travaillait depuis longtemps à la construction de l'église abbatiale. Enfin, de 1137 à 1139, l'archevêque de Tours, assisté des évêques de la province : Ulger d'Angers, Hamelin de Rennes, Hugues de Saint-Calais du Mans, Danoald de Saint-Malo ; des plus hauts barons : Guérin II de Craon, Guy IV de Laval, Guillaume II de la Guerche, Hamon, son frère, etc., consacra l'édifice, probablement le , car la foire instituée à cette occasion se tint depuis à pareil jour. On continua pourtant de travailler au monument, et les dons se multipliant pour qu'il fût magnifique, ad opus ecclesiae aedificandum tam magnum quam aedificari possit.
L'abbaye et la communauté formée se développent et l'abbaye devient un établissement religieux important en Mayenne.
Histoire Prieurés et paroisses L'abbaye de la Roë était la première de l'ordre des chanoines réguliers fondée dans la province de Tours ; c'est pourquoi l'abbé y avait le titre de doyen de l'ordre. C'était aussi plus qu'un monastère. Ses chanoines allaient desservir un grand nombre de prieurés ou de paroisses.
Une soixantaine d'églises paroissiales ou de prieurés simples sont soumis à son autorité et à son patronage dans la Bretagne, l'Anjou et le MaineElle possédait :
au diocèse de Rennes : Sainte-Marie-d'Arbrissel, dès l'origine ; Saint-Germain-du-Pinel et Saint-Pierre-de-Chancé, 1107 ; Notre-Dame de Villepot, sous l'abbé Robert ; la Trinité de la Guerche, vers 1150 ; Saint-Michel de Rennes, 1141 ; la Roche-Giffard, 1184 ; au diocèse de Nantes : le Breil-Ingaud, sous l'abbé Aubin ; au diocèse d'Angers : Notre-Dame de la Recouvrance et Saint-Aignan à Angers, 1141 ; Brains et Fontaine-Couverte, sous Robert d'Arbrissel ; Livré, 1134 ; avec les prieurés de Saint-Pierre, de Saint-Léonard, du Bourgneuf, et la chapelle de Pont-Vien ; Chemazé avec Mollières, Bourg-Philippe, Saint-Jean et Saint-Ouen, avant 1184 : Saint-Sauveur-de-Flée et la chapelle de Machifrotte, sous l'abbé Aubin ; la Rouaudière, sous l'abbé Robert ; Aviré et la Ferrière, sa succursale, vers 1130 ; Saint-Pierre-de-Vaux en Ménil ; Étriché, vers 1120, et le Port-l'Abbé dans la même paroisse, réuni le à la mense abbatiale ; Saint-Germain et Sainte-Marie-Madeleine de Daon, avant 1136 ; l'aumônerie de Saint-Jean-Baptiste du Château-Neuf, au ; Saint-Pierre-de-Vaux près Saumur, avant 1300 ; Saint-Barthélemy et Saint-Georges-de-la-Ballue en Denazé, ; le Roseray en Ballots, vers 1150 ; Saint-Georges de Poiltrée en la Roë, ; Blochet en Livré, vers 1150 ; la Madeleine du Breil de Peuton, sous l'abbé Robert ; Cosmes et la Barre de Cosmes ; Marigné avec les chapelles de Saint-Blaise et Saint-Didier, ; Bréon-Subert à Daon, ; les Ecrennes à Chazé-Henry, vers 1150 ; Aubigné-Briant, ; la Vernissière en Loigné, ; Simplé, ; Sainte-Croix de Chanzeaux, avant 1100 ; au diocèse du Mans : Saint-Ouen-en-Champagne, sous l'abbé Michel ; Avessé, sous l'abbé Robert ; le Plessis-Milcent, avant 1158 ; Saint-Ile sous l'abbé Robert ; Saint-Jean-du-Bois, 1204 ; Villedieu-en-Champagne, avant 1136.
On trouve aussi mentionnée dans une bulle d'Innocent II (1136) la chapelle de Sainte-Marie-Madeleine de Portu Sononie (Port-Brillet ?) ; et dans celle de Lucius III (1184) les chapelles : de Voluta et Sanctae Trinatis de Quiveto, la Trinité de Clivoy en Chailland.. L'abbaye des chanoines réguliers ainsi constituée, était, on le voit, l'établissement le plus influent du territoire mayennais. Une partie des prieurés et chapelles, trop multipliées pour constituer autant de paroisses, cessèrent successivement d'être desservis par les religieux, mais ils conservèrent assez d'églises paroissiales pour garder, au point de vue religieux, une influence considérable qui s'ajoutait à celle du monastère.
Une des assises tenues par les religieux enquêteurs sous Saint Louis, en 1247, contre les méfaits des officiers royaux, eut son siège à la RoëHistoriens de France, t. XXIV.. En , Jeanne La Coquine, de Notre-Dame-d'Angers se donne à Notre-Dame de la RoëVol. 180, f. 13.. Le , à Saumur, Charles de Valois, fils du roi de France, Philippe le Hardi, comte d'Anjou signifie aux baillis d'Anjou et du Maine qu'il prend l'abbaye en sa garde194, f. 209.. Le , en cour de Saint-Laurent, Colin Savouré, de la Roë, se donne avec ses biens, pour estre l'arme dudit ès prières et ès oraisons que l'on fera en bonne espérance en l'abbaye de Notre-Dame de la Roue et ès priourez.180, f. 15.. Le , Yves, évêque de Rennes, au cours de ses visites à Saint-Germain-du-Pinel, atteste que Pierre Lebigot, clerc, a donné un moulin à vent, à ArbrisselVol. 161, f.67..
Le en cour d'Angers, Guérin d'Orvaux et Pierre, son fils aîné, de Saint-Martin-du-Bois, remettent aux religieux un homenage de fey et dous res d'aveynne et reçoivent 6 livres en échanges180, f. 14.. En juin 1332, Philippe VI, roi de France, à l'exemple de Charles de Valois, comte d'Anjou, son père et des rois de France, prend l'abbaye en son especial garde194, f. 206..
Guerre de Cent Ans (1337-1453) Le , Foulques de Mathefelon, évêque d'Angers est à la Roë159, f. 11.
La guerre de Cent Ans causa des ruines matérielles immenses mais réparables. Les religieux, qui avaient avancé une somme importante à Jean de la Neuville-Robert, prisonnier des Anglais et mis à grosse rançon, furent heureux en 1372 pour le honneur, obéissance et révérence de noble, puissant et redoubté seigneur monseigneur Bertrand Du Guesclin, connestable de France, qui de sa propre bouche, disent-ils nous en a requis affectoueusement, de recevoir le remboursement du capital de la rente de 20 pipes de vin, 40 setiers de froment, 20 livres en argent, souscrite par le noble écuyer. Ils employèrent cette somme à remette en état plusieurs anciens hébergements et lieux, terres, vignes et autres chose héritaulx, cheux en ruyne tant par les guerres que autrement.
Le à Paris, Charles VI prend les religieux en sa sauvegarde194, f. 207..
Georges-Olivier de Pannard est d'abord chanoine régulier de l'abbaye de la Roë, puis en 1439 occupe les fonctions de secrétaire du chapitre de l'abbaye.
Louis La paix faite avec les Anglais, la guerre ne tarda pas à se renouveler entre Louis et François de Bretagne, duc de Bretagne : en profitant d'une trêve jusqu'au , Charles le Téméraire proposait secrètement à François de Bretagne d'attaquer le royaume de France. En effet, sous prétexte d'un empoisonnement, le duc de Bretagne avait fait prisonnier le confesseur et l'écuyer de cuisine du duc de Guyenne.
Avec son armée puissante, Louis en conflit avec Jean II de Valois, passa par Laval; mais il ne s'y arrêta pas et il ne lui fut pas fait de réception solennelleLe comte Guy XIV de Laval était alors à Châteaubriant.. Le roi, en quittant Laval, se réfugia par l'abbaye de la Roë au mois de pendant que son armée était devant la Guerche. Il occupa Ancenis le , puis le Pouancé à la frontière. Ensuite, le roi retourna aux Ponts-de-Cé pour contrôler le passage de la Loire. Enfin, le , une trêve pour un an fut conclue.
Guerres de religion