Le coup d'État de 2020 au Mali intervient le lorsque des mutins du camp militaire Soundiata-Keïta procèdent à l'arrestation du président Ibrahim Boubacar Keïta et du Premier ministre Boubou Cissé au domicile du President. La nuit suivant son arrestation, le président annonce sa démission et le au matin, les putschistes annoncent la création du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) avec à sa tête le colonel Assimi Goïta. La junte décrète la suspension des institutions de l'État, un couvre-feu sur l'ensemble du territoire de à ainsi que la fermeture des frontières.
Le président déchu est finalement libéré par la junte le . La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) exhortera régulièrement la junte à une transition civile et à la tenue d'élections, ainsi que la mise en place de sanctions économiques.
Il s'agit du quatrième coup d'État depuis l'indépendance du Mali.
Contexte vignette|gauche|130px|Le président Ibrahim Boubacar Keïta. Le coup d’État a lieu alors que le Mali est embourbé dans une guerre, avec de très nombreuses violences terroristes et interethniques, depuis 2012. La base de Kati est le lieu de départ du coup d'État de 2012 et de celui de 1968. Des tensions entre le président Ibrahim Boubacar Keïta et l'armée étaient apparues fin 2019, après une série de combats et d'attaques contre l'armée faisant de très nombreuses victimes militaires, notamment l'attaque d'Indelimane où maliens sont morts. La réaction du président Keïta, qui s'était contenté de quelques déclarations, avait alors été jugée insuffisante par les militaires. La publication à la mi-août d'un rapport de l'ONU accusant le général Kéba Sangaré, le commandant de la région du centre, de n'avoir rien fait pour empêcher un massacre de civils peuls par des miliciens dogons en à Ogossagou, provoque également des tensions. De plus, les soldats du rang, notamment les jeunes recrues, se plaignaient fréquemment de la corruption de certains officiers et de la mauvaise gestion de l'armement par ceux-ci — dont certains seront arrêtés durant le coup d'État. La diffusion fin juillet de vidéos, datant de 2019, du député et fils du président Keïta, Karim Keïta, faisant la fête sur un yacht en compagnie de femmes dénudées et sur une plage en Espagne avait de plus choqué l'opinion publique civile et militaire, confrontée aux difficultés quotidiennes, économiques et militaires. Le limogeage du chef de la sécurité présidentielle le semble avoir été l'élément déclencheur du putsch. vignette|248x248px|Manifestation à Bamako. La mutinerie a lieu dans un contexte de manifestations et de contestations du pouvoir depuis , menées par le Mouvement du - Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), à cause de la guerre et d'irrégularités supposées lors des élections législatives maliennes de 2020. Les 10, 11, 12 et , les affrontements entre forces de l’ordre et manifestations à Bamako ont fait état de quatorze morts et selon le rapport de d’enquête de la mission onusienne au Mali (Minusma). L’enquête intitulée « rapport sur les violations et atteintes aux droits de l’Homme commisses dans le cadre des manifestations du 10 au ». Quatorze manifestants tous de sexe masculin dont deux enfants ont été tués au cours des interventions des forces de maintien de l’ordre, en particulier la gendarmerie nationale, la police nationale, la Garde nationale et la Force spécial anti-terroriste (FORSAT) qui selon le rapport ont fait un « usage abusif de la force ». Au moins ont été blessés durant ces interventions par des forces de défense et de sécurité, dont policiers ont été blessés par des actes de manifestations violentes. Au moins (dont six femmes et sept enfants) ont également été arrêtées et détenues arbitrairement » à Bamako à savoir dans la gendarmerie de Bamako (camp 1) et aussi dans les commissariats de police des , , et arrondissements de Bamako dans le cadre de ces activités. De même que ce rapport précise la libération de toutes ces personnes le , sur instruction des parquets d’attache. Six hommes politiques d'opposition avaient été arrêtés avant d'être relâchés quelques jours plus tard...... Au moment du coup d’État, le calme était revenu à Bamako pour fêter la Tabaski. La Cour constitutionnelle, accusée d'avoir provoqué les irrégularités électorales, avait été complètement renouvelée. et une médiation de plusieurs chefs d’État et de la Cédéao était en cours pour tenter d'apaiser les tensions politiques.. Cependant, d'autres manifestations de plusieurs milliers d'individus avaient eu lieu les 12 et (la veille du putsch) pour exiger la démission du président Keïta, et de nouvelles manifestations étaient prévues pour les 20 et ..
Déroulement Le au matin, un groupe de soldats, ultérieurement dénommé Comité national pour le salut du peuple, prend possession de la base militaire de Soundiata Keïta à Kati.. Dans la journée, le Premier ministre Boubou Cissé demande un dialogue avec les mutins. La mutinerie est menée dans un premier temps par les officiers Malick Diaw et Sadio Camara. Au début de la mutinerie, le journaliste Olivier Dubois, correspondant de Libération au Mali, se rend sur la base pour la couvrir, mais il y est insulté, frappé, menacé avec une arme à feu et jeté à terre, sans être blessé.
vignette|Habitants de Bamako emportant un climatiseur du domicile de Boubou Cissé pendant le coup d'état.
Par la suite, dans la même journée, le groupe de militaires se dirige vers Bamako, acclamé par des manifestants, et arrête le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) ainsi que le Premier ministre Boubou Cissé, dans la résidence présidentielle vers .. Des responsables politiques et des membres du gouvernement, parmi lesquels les ministres de la Défense, de la Sécurité, le chef d'état-major et le président de l'Assemblée nationale., sont arrêtés dans la foulée. Des tirs en l'air sont entendus, mais pas d'affrontements, ni de blessés lors des arrestations. En apprenant les arrestations, des manifestants incendient le cabinet d'avocats du ministre de la Justice, Kassoum Tapo. Durant l'arrestation de Cissé, des documents (et un climatiseur) sont volés à son domicile. D'autres manifestants entrent dans la maison du député et fils d'IBK, Karim Keïta, pour voler les meubles dont son coffre-fort, de l'argent liquide et du champagne, payé selon eux avec de l'argent public ; d'autres en ont profité en entrant dans son jardin pour s'offrir une partie de piscine.
Le porte-parole du M5-RFP approuve l'arrestation d'IBK en disant que .
La nuit suivant son arrestation, le président de la République, détenu par l'armée dans un camp militaire proche de Bamako, annonce la dissolution du parlement et du gouvernement et sa démission de ses fonctions de chef de l'État.. La foule célèbre alors le putsch sur la place de l'indépendance..
Suites Installation du CNSP vignette|Soldats maliens escortant un convoi officiel pendant le coup d'État.
Le au matin, les militaires putschistes annoncent la création du Comité national pour le salut du peuple (CNSP). Le colonel Assimi Goïta annonce être à la tête de ce comité, peu de temps après avoir fait une annonce sur les ondes de l'ORTM, la radio-télévision nationale. La junte annonce un couvre-feu de à ainsi que la fermeture des frontières. La junte décide ensuite de rouvrir les frontières le ..
L'opposition appelle à une manifestation en soutien au putsch pour le .. Celle-ci rassemble des milliers de personnes, ce qui en fait un record depuis la première marche du . Par ailleurs, des slogans anti-Cédéao sont entendus.. La coalition d'opposition M5-RFP se dit prête à participer à l'élaboration d'une transition..
Mise en place du gouvernement et de la présidence de transition Le , la junte annonce la nomination prochaine d'un président de transition, qui pourra être civil ou militaire.. Le jour même, l'ancien ministre de l’Économie et des Finances, Abdoulaye Daffé, et Sabane Mahalmoudou, chargé de mission à la présidence, sont libérés par les putschistes.. Le , la junte met en place un dialogue avec la classe politique, dont les partis de l'ancienne majorité présidentielle.. Le , les opposants du M5 sont reçus par la junte..
Le , une délégation de la Cédéao se rend dans le pays.. Le , à l’issue du deuxième jour de négociations entre la nouvelle équipe au pouvoir et la délégation de la Cédéao, la junte propose une transition de trois ans dirigée par un militaire avec un gouvernement majoritairement militaire et accepte de libérer le président déchu Ibrahim Boubacar Keïta, qu’elle détenait.. Ce dernier déclare ne pas vouloir revenir au pouvoir.. Par la suite, les putschistes proposent une transition de deux ans.. Le , la junte et les émissaires de la Cédéao se séparent après trois jours de négociations sans parvenir à un accord sur les conditions d’un transfert du pouvoir aux civils.. De son côté, la mission de médiation de la Cédéao propose une transition dirigée par un civil ou un officier de l'armée à la retraite pour une durée maximale de ..
Le , l'acte fondamental adopté par le CNSP fait de Goïta le chef de l'État du Mali.
Le , la junte annonce avoir libéré Ibrahim Boubacar Keïta. Au même moment, une source annonce que le député Karim Keïta, fils du président déchu, a quitté le pays depuis deux jours.. Le lendemain, l'ancien Premier ministre Boubou Cissé et l'ancien président de l'Assemblée nationale, Moussa Timbine, sont libérés..
Le , la Cédéao exige une transition d'un an maximum dirigée par un civil., ainsi qu'un Premier ministre civil..
Le , sous la pression du Mouvement du , qui voulait être reçu à titre individuel plutôt que dans le cadre des concertations avec la classe politique., la junte reporte la réunion sur une transition., qui était prévue avec les partis politiques de l'opposition, de l'ancienne majorité, et des groupes armés.. Les leaders de la junte et du M5J, se sont ainsi rencontrés dans la base de Kati, près de Bamako.. La réunion est ensuite fixée pour se tenir du 10 au . Elle doit permettre d'élaborer la feuille de route et la charte de la transition.. Avant cela, des concertations ont lieu les 5 et à Bamako et dans les capitales régionales.. Un comité d'experts rend ses conclusions à la junte le .. La concertation s'ouvre en l'absence de la Coordination des mouvements de l'Azawad..
Le , la Cédéao exige la nomination d'un président et d'un Premier ministre civils d'ici le ..
Le , des centaines de personnes manifestent en faveur de l'armée..
Les concertations politiques ont ainsi lieu du 10 au . Le comité d'experts propose une période de transition de deux ans avec un président et un vice-président de transition nommés par la junte, le président pouvant être un militaire, et doit être âgé de 35 à .. Celui-ci doit nommer un Premier ministre (choisi par la junte et la classe politique) et un gouvernement de au maximum. Pour le pouvoir législatif, un Conseil national de transition de dirigé par un militaire doit être mis en place.... À l'issue des travaux, la durée de la transition est fixée à .. La charte est rejetée par le M5..
Le , malgré l'opposition de la Cédéao, la junte prône une transition militaire.. Pour sa part, la Cédéao accepte une transition de ..
vignette|Vue générale de la cérémonie d'investiture du président Bah N'Daw (en blanc à droite) et du vice-président Assimi Goïta (assis à droite en treillis), à Bamako le . Un collège désigné par la junte doit se réunir le pour nommer le nouvel exécutif., qui est préalablement nommé par la junte.. Bah N'Daw est désigné président de transition et Assimi Goïta vice-président.. Ceux-ci prêtent serment le ... Le , Moctar Ouane est nommé Premier ministre. Il prend ses fonctions le lendemain...