La fête des récoltes du Reich (), ou journée allemande d'action de grâce pour les récoltes (), appelée familièrement « fête de Bückeberg », est un événement de masse organisé par le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) sur le Bückeberg près d'Emmerthal, à environ cinq kilomètres au sud de Hamelin, de 1933 à 1937, le premier dimanche après la Saint-Michel (). Outre le congrès du parti du Reich à Nuremberg et la célébration le à Berlin de la fête nationale du travail, qui devient en 1934 la « fête nationale du peuple allemand », c'est le plus grand événement de masse du parti nazi. Il est très largement relayé par la propagande du régime et le jour de la fête des récoltes est férié dans l'ensemble du Reich.

Le site de la fête des récoltes est une vaste pelouse aplanie, mesurant environ 600 mètres sur 300, sur le versant nord du Bückeberg. Il accueille lors des festivités plus d'un million de personnes de tout le Reich. La fête des récoltes, conçue par le parti pour la paysannerie, regroupe en fait principalement des fonctionnaires et des membres du NSDAP, parmi lesquels Adolf Hitler, Joseph Goebbels et le ministre de l'Alimentation et de l'Agriculture du Reich Walther Darré.

La préservation du site, son classement comme monument historique en 2011 et la création d'un centre de documentation ont donné lieu à de longs débats.

Fête des récoltes à Bückeberg Choix du site vignette|Plan de situation de la fête des récoltes du Reich, ou Reichserntedankfest, au sud de Hamelin.|alt=Plan en couleurs indiquant la localisation de la fête des récoltes, au sud de la ville de Hamelin.Le ministère de l'Éducation du peuple et de la Propagande du Reich sous la direction de Joseph Goebbels charge l'architecte Albert Speer de concevoir la fête des récoltes du Reich.. Le cahier des charges préconise d'identifier un lieu pour « une fête populaire rurale de dimensions jusqu'alors insoupçonnées en pleine campagne ».. En , une commission du ministère de la propagande du Reich se rend dans les environs des villes de Hoya, Bückeburg et Hamelin à la recherche d'un lieu approprié. Alors que les prairies de la Weser à Hoya étaient initialement envisagées pour l'événement, la commission opte pour le Bückeberg près de Hamelin, en justifiant son choix par le fait qu'il s'agissait, selon elle, du « sol allemand le plus original » et de la « zone centrale germanique » : le site était peuplé de « paysans militants libres » et les champs « trempés du sang des combats des tribus allemandes pour le sol allemand ». La proximité du site de la bataille de Varus, du nom du général romain ayant subi une lourde défaite face aux Germains en l'an 9, est également invoquée. L'argument principal reste que la Weser proche est un fleuve allemand de sa source à son embouchure..

vignette|Le site de la fête des récoltes à l'hiver 2018. La pente du Bückeberg, partagée par l'allée du Führer, jouxte les maisons d'habitations du village de Hagenohsen.|alt=Photographie en couleurs montrant une vaste pente herbeuse parcourue en son milieu d'un chemin.|gauche

Tout cela était également vrai pour Hoya, de sorte que les raisons du choix du Bückeberg sont plutôt d'ordre pratique. Le site de Hoya ne répondait pas aux exigences pour faire face à l'arrivée et au départ des foules attendues. Des liaisons ferroviaires favorables étaient une condition préalable, car la Deutsche Reichsbahn devait assurer une grande partie du transport. De plus, le Bückeberg, en raison de l'inclinaison favorable de son large versant nord, était un site approprié pour le grand rassemblement prévu, car ici, contrairement aux prairies de la Weser à Hoya, on avait une vue dégagée sur la tribune des orateurs et la tribune d'honneur et une large vue sur le paysage de la vallée de la Weser. En outre, le versant de la colline était un terrain appartenant déjà au domaine de l'État de Prusse.

Description gauche|vignette|La maquette attribuée à Albert Speer montre, tout autour du site de la fête des récoltes, un imposant rempart de pierre qui n'a pas été réalisé.|alt=Photographie d'une maquette en bois montrant un large ovale entouré de forêt. Le vaste champ de foire enherbé est conçu par Albert Speer comme une gigantesque scène de plein air. Il s'agit initialement d'une superficie de forme ovale de , puis de , entourée de haies, puis de remparts de terre issue des remblais. Le site est alors cerné d'une triple rangée de mâts portant des drapeaux à croix gammée, formant un ovale de grande taille ouvert sur les basses terres, à la périphérie est de Hagenohsen. Ils délimitent un espace intérieur qui devait, selon Speer, renforcer le « sentiment d'appartenance immédiate » à une communauté nationale, la ..

alt=Croquis en couleurs situant la place des fêtes, le chemin du Führer, les parkings et les tribunes.|vignette|Croquis du site de la fête des récoltes, dans son état de 1933.

La zone du festival est en pente légèrement ascendante, qui offre une vaste vue sur la vallée et les méandres de la Weser. La place est traversée le long de la pente par ce qui était alors un chemin central de de long, dont la plus grande partie a été préservée. L'allée, qui s'appelle alors « », ou le chemin du Führer, est surélevée d'un demi-mètre et large de huit mètres.. À l'extrémité inférieure du chemin se trouve la plate-forme des orateurs en forme de pyramide de de large. À l'extrémité supérieure, devant la lisière de la forêt, se situe la tribune d'honneur de quatre mètres de haut et d'une centaine de mètres de large, construite en bois, et reposant sur des fondations de béton.. Elle accueille jusqu'à du parti et les invités d'honneur du Reichsnährstand. La tribune est équipée d'un central téléphonique et d'un studio de radio..

Le site est équipé de . Les tribunes, puis le sont équipés de microphones. Plusieurs plates-formes permettent l'installation de caméras sur le terrain, qui complètent pendant la fête les prises de vues réalisées par des caméras embarquées sur des zeppelins. Pour donner l'impression d'une fête rurale, les installations étaient pour la plupart faites de matériaux naturels, tels que le bois pour les tribunes, les escaliers, les rampes et les mâts de drapeaux. Les installations techniques, telles que le standard téléphonique et radio, les câbles électriques, les conduites d'eau, sont conçues pour être aussi invisibles que possible..

Construction À la mi-, hommes du service du travail du Reich (, RAD) commencent à niveler la montagne. Entre 1934 et 1937, des travaux d'extension et de nivellement du champ de foire sont réalisés. Quatre-cent-cinquante travailleurs du sont constamment à l'œuvre sur place, logés dans des casernes dans trois camps de la forêt du Bückeberg. Ils posent des lignes pour les haut-parleurs, les microphones et l'éclairage, construisent une centrale électrique dans le village voisin de Hagenohsen et, en 1935, posent un drain sur le terrain rocheux..

Les routes et chemins non pavés de la région sont prolongés et pavés. De nouvelles routes sont construites sur le Bückeberg, ainsi qu'un grand parking pour les bus des invités d'honneur et des diplomates. Une « gare du Führer » à quatre voies est aménagée avec des plates-formes particulièrement longues, adaptées au train spécial d'Hitler. Le nombre de travailleurs passe à lorsqu'il faut ériger les tribunes, avec l'aide d'entreprises de construction locales.

Les plans de Speer et du ministre de l'Alimentation et de l'Agriculture Walther Darré visant à doter le complexe de solides structures d'inspiration classique, à surélever le rempart de terre qui l'entoure et à le doter de huit larges escaliers d'accès, enfin à prolonger l'allée du Führer par un escalier de de long n'ont pas été réalisés. De même, le projet de nouvelle autoroute desservant le site est abandonné.

Idéologie, publicité et propagande vignette|Devise du Reichsnährstand sous l'aigle du parti NSDAP et sur la croix gammée avec une épée et un épi.|alt=Dessin d'un aigle noir stylisé tenant dans ses serres deux feuilles de chêne, une croix gammée, un épi et une épée.

De la fête chrétienne à la célébration nazie En 1933, Hitler décrète que la fête des récoltes doit être célébrée le premier dimanche après le , jour de la Saint-Michel. Originellement fête chrétienne d'action de grâces, la fête des récoltes devient rapidement une fête nationale majeure de l'État nazi, après la parution du décret au journal officiel du Reich le . Elle vise à souligner l'importance de la paysannerie pour le Reich, notamment sur la base de l'idéologie du sang et de la terre ().

La tradition chrétienne de la fête des moissons, ancrée dans les zones rurales, est transformée et instrumentalisée par le régime nazi par le biais de la fête des récoltes du Reich. Le national-socialisme interprète, sans grand succès, la fête de la moisson comme une célébration dont l'origine et la signification se trouvent dans le culte païen du dieu germanique Odin. Contrairement au , où la traditionnelle fête du travail est devenue la fête nationale du travail et où, le lendemain, les Sturmabteilungen (SA) et la Schutzstaffel (SS) avaient occupé par la force les centrales syndicales et arrêté leurs fonctionnaires, les dirigeants du NSDAP choisissent la voie de la séduction et de la manipulation de la paysannerie, dont les organisations avaient déjà subi un enrôlement contraint dans le Reichsnährstand, le système centralisé d'approvisionnement alimentaire du Reich. Les gigantesques fêtes des moissons du Reich ont pour but de lier idéologiquement et émotionnellement la population rurale au régime et peuvent donc être considérées comme faisant partie du processus de prise de pouvoir (Gleichschaltung).. Au ministère de l'Éducation du peuple et de la Propagande du Reich, le secrétaire d'État Leopold Gutterer est particulièrement chargé de leur organisation.

Le Bureau régional de l'Église protestante de Hanovre ne s'est pas opposé à cette appropriation de la fête des moissons par les nationaux-socialistes, bien au contraire. Dans son appel à la fête des récoltes en 1933, il déclare : ..

Campagnes publicitaires vignette|Groupe de jeunes filles du Bund Deutscher Mädel de l'arrondissement de Tübingen, lors de la fête des récoltes de 1935.|alt=Photographie en noir et blanc d'un groupe de jeunes filles debout en uniforme et chemise blanche. Disposées géométriquement, elles se tiennent au repos. Le ministère de la propagande du Reich prévoit une campagne publicitaire préalable avec des brochures, des affiches et des films. La presse et la radio sont impliquées ainsi que d'autres ministères et organisations, notamment le Reichsnährstand, le Bund Deutscher Mädel (BDM) et le Reichsarbeitsdienst. Trois vagues de propagande se succèdent, chacune placée sous une devise particulière : en 1935, il s'agissait dans une première phase, en juin, de « Ville et campagne - main dans la main », en référence à la pensée de la Volksgemeinschaft ; dans une deuxième phase, en août, la campagne « Notre pain de notre propre terre », fait allusion à l'autosuffisance souhaitée ; et dans une troisième phase, en septembre, « Sous la couronne de la moisson » rappelle la célébration chrétienne originelle..

Voyage de propagande d'Hitler à travers Hamelin vignette|Adolf Hitler se prépare à accueillir à Goslar les délégués de la paysannerie, lors de la fête des récoltes de 1934. Il est accompagné de Walther Darré, Joseph Goebbels et Erwin Rommel.|alt=Photographie en noir et blanc d'Adolf Hitler saluant une rangée de soldats en faction devant un bâtiment ancien.|gauche