Gabrielle Hébert, née Gabrielle d'Uckermann le à Dresde et morte le à La Tronche, est une photographe française d'origine allemande.
À la suite de son mariage avec le peintre dauphinois Ernest Hébert en 1880, elle côtoie le milieu artistique français en Italie et pratique la photographie. Longtemps oubliée, son œuvre représente son quotidien à la villa Médicis, ainsi que les nombreux voyages qu’elle effectue avec son mari. À la mort d’Hébert, elle se consacre à inventorier ses œuvres afin de fonder un musée, aujourd’hui le musée Hébert de La Tronche. Ses photographies sont de nos jours encore peu étudiées, malgré les expositions qui lui ont été consacrées au musée.
Biographie Fille du baron Robert d'Uckermann, capitaine à cheval de la garde du roi, et de Mathilde Ehrengard de Wuthenau, son épouse, Gabriele d'Uckermann naît à Dresde en 1853Acte de mariage , , La Tronche, Archives de l'Isère.. Ses parents étaient mariés depuis 1843 et ont eu deux autres filles : Isadora et Eleonora, surnommée Lory.. Il existe peu d’informations sur son enfance et sa jeunesse en Allemagne, car les archives de Dresde ont été détruites pendant la guerre. Originaire d'une famille aristocratique allemande, qui montre un grand intérêt pour l’art, elle suit les cours de dessin du peintre Charles Bellay, ami d’Ernest Hébert à Paris. Elle rencontre dans sa jeunesse de nombreux artistes de la haute société allemande, comme Johann Paul Adolf Kiessling, qui réalise un portrait d’elle accompagnée de ses sœurs.
Elle épouse le , à 27 ans, à La Tronche, en Isère, le peintre Ernest Hébert, alors âgé de 63 ans., dont elle admire d’abord les œuvres lors de la Internationale Kunstausstellung de Munich en 1879. Elle le rencontre enfin à Paris, alors qu’elle cherche à intégrer un atelier artistique. Après leur mariage, elle demeure avec son mari boulevard Rochechouard à Paris, mais également à Rome et à La Tronche. Elle décrit leur quotidien dans ses notes, n’évoquant ses activités personnelles qu’en second lieu. Surnommée Gaby par l’entourage de son mari, elle apparait comme une épouse discrète mais appréciée. Ses notes montrent toute l’admiration que Gabrielle porte à son mari, le surnommant « mein Alles » (mon tout) et l’assistant grandement dans son travail. Le couple a une fille, qui meurt à la naissance en 1882.
Devenue Gabrielle Hébert, en francisant son prénom, elle commence à pratiquer la photographie en 1888.. Prolixe, elle a laissé plus de .
Elle accompagne son mari lors de ces nombreux voyages à travers l’Italie, où il est nommé directeur de la villa Médicis, mais aussi en Espagne. Lors de ces séjours, Gabrielle prend le rôle d’intendante de la Villa. Ernest Hébert réside à Rome de 1867 à 1872, puis de 1885 à 1896 à la villa Médicis et dans une maison via Sistina cette fois accompagné de Gabrielle, avant de quitter définitivement l’Italie. Lors de ce séjour, ils visitent d’autres régions de l’Italie, dont le Latium et la Campanie, mais aussi la Sicile, et se rendent dans des stations thermales et balnéaires, comme Ostie, Anzio, Viterbe, ou encore CivitavecchiaHuault-Nesme Laurence, Italiens pittoresques. 1888-1893 Instantanés de Gabrielle Hébert, catalogue d’exposition du musée Hébert, La Tronche 2013.. Ils effectuent ensuite un périple d’un mois et demi en Espagne et dans le Pays basque.
À la mort de son mari en 1908, elle rassemble ses œuvres en vue de la création d'un musée, qui deviendra le musée Hébert, sis dans leur maison de La Tronche.. Elle y meurt en 1934, la veille de l'inauguration du musée..
Descendance Gabrielle Hébert est la mère adoptive de l’essayiste et traducteur René Patris d’Uckermann, né en 1897 à Bouresse et mort à Antibes en 1992. En tant qu'héritier, il fait don de l’ensemble du domaine ainsi que des collections au département de l'Isère, en conservant un droit d’usufruit jusqu’à sa mort en 1992.
Œuvre Gabrielle Hébert pratique la photographie de 1888 à 1896, mais aussi de manière plus réduite entre 1908 et 1910. Ses compositions sont soignées et son style précis.
Débuts En tant que jeune femme de l’aristocratie allemande, Gabrielle Hébert a un rapport ordinaire avec la photographie avant 1888, car elle se fait photographier dans des studios professionnels, selon les habitudes de la haute société. Elle a été photographiée aux côtés de ses sœurs notamment par Otto Mayer, appartenant au studio Thiele de Dresde.
Elle commence à pratiquer la photographie en 1888. Son premier appareil photographique aurait été une chambre portable. Faisant partie du milieu artistique français actif à Rome, elle aurait été initiée à la photographie par les frères Giuseppe Napoleone et Luigi Primoli, membres de la famille de la Princesse Mathilde, proches de son mari.
Elle documente ses débuts dans la pratique photographique dans des notes datant de , où elle décrit ses cours avec Cesare Vasari, fondateur et directeur du Studio fotografico Vasari à partir de 1875. Elle apprend et crée notamment aux côtés du peintre Alexis Axilette, pensionnaire de la villa Médicis et ancien retoucheur d’un studio photographique à Angers, dans un milieu alors essentiellement masculin. Elle aurait ainsi côtoyé le Antico Caffè Greco à Rome, aujourd’hui monument d'intérêt historique, lieu fréquenté par les adeptes de la photographie.
Sujets alt=Paysans italiens et leurs chèvres, photographiés par Gabrielle Hébert vers 1895.|vignette|Paysans italiens, vers 1895Photo : Gabrielle Hébert.. Les photographies de Gabrielle Hébert documentent en particulier les voyages qu'elle effectue avec son mari, par exemple en Espagne ou en Italie..Ses sujets alternent entre des scènes de vie quotidienne, urbaine ou rurale, des paysages, et des monuments du patrimoine historique, mais aussi des scènes de sa vie intime avec son mari, dont il est souvent le sujet principal. Elle représente de plus le microcosme de la société bourgeoise et ses propres loisirs, typiques de la classe sociale prospère à laquelle elle appartient, comme par exemple avec sa photographie Lory, Elsa Albrizzi et sa fille Dada sur une barque sur le lac d’EnghienNon daté, 9,6 x 9,8 cm..
La nature occupe une grande place dans ses photographies : elle s’inspire donc des jardins de la villa Médicis, ses allées, ses haies, ainsi que de la campagne romaineHuault-Nesme Laurence, Instantanés à la villa Médicis par Gabrielle Hébert 1888-1895, catalogue d'exposition du Musée Hébert, La Tronche 2008.. Elle photographie également des paysages de neige, particulièrement complexes à réaliser sur le plan technique.
Elle effectue de nombreuses photographies rendant également compte de la pratique du voyage au , et particulièrement le voyage en train. Elle met en scène cette pratique, en représentant le mouvement, le flou et le paysage.
Ernest Hébert, peintre et modèle La présence de son mari Ernest Hébert est particulièrement palpable dans l’œuvre de cette photographe. Parfois représenté frontalement, parfois en plein travail, il est également présent en creux dans l’œuvre de Gabrielle, car elle représente de nombreuses fois son atelier, ses modèles, ses séances de poses… Ces photographies témoignent de l’admiration que son épouse lui porte tout au long de leur relation, comme le montrent ses nombreux clichés où le peintre pose en majesté, entouré de ses attributs d’artiste, comme le chevalet, la palette, les pinceaux. Souvent vêtu d’une simple robe de chambre pour peindre et représenté de cette façon par Gabrielle, cette dernière offre de plus une vision singulière sur l’intimité de leur couple. Elle réalise des tirages de ses œuvres, à l’instar du Sommeil de l’Enfant-Jésus.
La majorité de son œuvre photographique représente ainsi son mari : on peut citer les photographies suivantes à titre d'exemple. Ernest Hébert au travail dans son atelier de la villa Médicis, 1885-18967,6 x 11,1 cm (photo), 10 x 13 (carton). Ernest Hébert assis dans son atelier, 19089,3 x 9,5 cm (photo). Ernest Hébert, assis dans un fauteuil roulant en rotin, peignant devant son chevalet, 19088,6 x 8,7 cm.
Le quotidien à la villa Médicis On trouve également dans sa collection des clichés qui témoignent de façon unique de la vie des pensionnaires de la villa Médicis à Rome la fin du ., en représentant la vie quotidienne et le travail d’Ernest Hébert, notamment lors de son deuxième directorat à l’Académie de France, entre 1885 et 1890. Mais cette photographe illustre aussi la vie et l’implication des modèles du peintre, par exemple son modèle Amelia, qu’elle représente en compagnie d’Hébert.
Elle photographie également le travail en atelier des pensionnaires de l’Académie de France, dont Alexis Axilette, avec qui elle collabore, mais aussi les sculpteurs Joseph Gardet et Denys Puech, à l'instar de la photographie suivante : Rome, villa Médicis : Joseph Gardet faisant le buste d'Alexis Axilette, 1886-18898 x 11,3 cm..
On trouve ainsi dans les fonds qui lui sont consacrés, des photographies représentant La Sirène de Puech ou encore le Tireur d’Arc de Gardet. Elle immortalise de plus les visites d’aristocrates de passage à la Villa, comme la princesse Mathilde ou l’ambassadeur Auguste Gérard.
Photographies de voyage alt=La villa Médicis à Rome, photographiée par Gabrielle Hébert en 1891.|vignette|La villa Médicis à Rome, en 1891. Son œuvre revêt également une grande dimension documentaire, en retranscrivant la vie simple de paysans et paysannes italiens, dans une grande spontanéité, par exemple dans ses clichés de marchés ciociare, ou ceux représentant des paysans au sein de la campagne italienne, entourés de bétails. Ces clichés sont loin de l’image idyllique souvent prêtée à l’Italie. Lors de leurs nombreuses excursions dans différentes régions italiennes, elle photographie notamment la villa Lante de Bagnaia, la cathédrale Santa Maria d’Anagni, les temples de Sélinonte et d’Agrigente, les Marais pontins… Lorsqu’elle réalise des photographies sur ces différents lieux, celles-ci sont souvent suivis d’un dessin ou d’une aquarelle de son mari. De plus, elles constituent un véritable témoignage du tourisme à la fin de ce siècle.
A l’automne 1898, le couple entreprend donc un circuit entre plusieurs villes du Pays basque dont Biarritz, où Gabrielle documente la ville à la fin du , en réalisant lors de ce voyage 279 photographiesIssabayeva Nadina, « Lire et exposer la photographie de voyage ancienne. Photographies d’Espagne de Gabrielle Hébert (octobre-novembre 1898) », mémoire de master, UGA, Grenoble 2020., et montre un intérêt pour l’architecture.
A l’occasion de ce voyage, elle acquiert un nouvel appareil photo de la marque Kodak, vraisemblablement un Bulls Eye ou un Bullet Kodak spécial. Elle photographie les promenades en bord de mer et plusieurs monuments historiques, dont l’ancienne chapelle Saint Eugénie, au début de la destruction de l’église. En prolongeant leur voyage jusqu’en Espagne, le couple se rend à Fontarrabie, où Gabrielle documente l’ancienne forteresse espagnole, la Puerta de Santa Maria, ou encore le port de la ville. Ils se rendent ensuite à Burgos, connue pour Santa Maria, sa cathédrale gothique, représentée par ses photographies, puis visitent Madrid, Tolède, San Lorenzo de El Escorial, Séville, Grenade… Elle représente également la population espagnole, dont des paysans, des gitans à Grenade, des enfants à Tolède, la foule à Madrid…
Cette période a donné lieu à des photographies telles que : Madrid, 28 octobre 1898. Arène de Goya (détruite en 1934), aristotype à la gélatine. Tolède, 31 octobre 1898. Calle del Barrio Rey vue depuis la Plaza de Zocodover, aristotype à la gélatine. Burgos, 1898. Cathédrale Sainte-Marie de Burgos vue depuis Calle de Fernán González, aristotype à la gélatine.
Les nus