Le prince François-Louis de Bourbon, comte de La Marche, comte de Clermont et prince de La Roche-sur-YonTitre cédé, par permission royale, par la Grande Mademoiselle à la branche des Bourbon-Conti ., puis, à partir de 1685, , dit le Grand Conti, né à Paris le et décédé à Paris le , est un prince du sang de France, issu de la famille des Conti, branche cadette de la maison capétienne de Condé. Il s'illustra par une brillante carrière militaire, une intense vie intellectuelle, et fut élu roi de Pologne (quoiqu'il n'accédât jamais à cette fonction).
Il fut l'une des personnalités les plus remarquables du règne de et, selon Massillon, qui fera son oraison funèbre, l'« un des premiers hommes de son siècle pour la guerre, dans la vie civile et par la supériorité des lumières ».
Biographie Famille - Une personnalité séduisante François-Louis de Bourbon-Conti appartient à la Maison de Conti.
Fils cadet du prince Armand de Bourbon-Conti (1629-1666) ( de Conti ; frère cadet du Grand Condé), et de la princesse de Conti, née Anne-Marie Martinozzi, nièce du cardinal Mazarin, il est le frère cadet de (1661-1685) ( de Conti), et portera à son tour ce titre, comme de Conti, après la mort soudaine de son aîné, le . Il est baptisé le jour même de sa naissance en l'église Saint-Sulpice, avec, pour parrain, son oncle paternel Louis II de Bourbon-Condé, et pour marraine sa tante, la duchesse de Longueville.
C'est un enfant précoce, dont l'intelligence fut affinée par une excellente éducation, à la fois princière et humaniste. Il se distingue bientôt par son indépendance d'esprit, sa vivacité, l'agrément de ses manières et sa remarquable beauté physique. Le marquis de Sourches note dans ses Mémoires que « le Prince était très bien fait et avait l'esprit aussi agréable que le corps ; il donnait dans tous les plaisirs des gens de son âge, et même passait quelquefois au-delà des bornes. » Ces qualités, alliées à sa très haute naissance (un prince du sang, issu tout à la fois des maisons de Bourbon, de Condé et de Conti) en font un objet de méfiance pour , son arrière-grand-cousin, qui ne supporte pas qu« une tête dépasse trop » et qui, conséquemment, le tiendra à distance tout en ne cessant jamais de garder un œil sur lui. Cela est particulièrement prégnant lors de l'effroyable scandale qui entoure le jeune Comte de Vermandois, bâtard du Roi Soleil, entre 1681 et 1682 - bien que le très jeune François-Louis de Bourbon-Conti n'y ait eu aucun rôle déterminant - et sera encore accentué à la suite des prouesses militaires du jeune prince. Attachement du Grand Condé pour le futur Grand Conti François-Louis est très tôt orphelin. Son père meurt en 1666, quand il n'a que deux ans, et sa mère, à laquelle l'enfant est très attaché, en 1672, alors qu'il a huit ans. Par leurs testaments respectifs, ces derniers confient leurs deux fils aux soins de la duchesse de Longueville, leur tante paternelle, et du Grand Condé leur oncle, qui sera pour eux un tuteur, veillant soigneusement, et même affectueusement, à parfaire leur éducation et sauvegarder leur immense patrimoine mobilier et immobilier. Très vite, le Grand Condé s'attache particulièrement à François-Louis (futur « Grand Conti »), pressentant en lui son digne successeur dans la carrière des armes. Le duc de Saint-Simon note que, pour le jeune François-Louis, « Monsieur le Prince le héros [le Grand Condé] ne se cachait pas d'une prédilection au-dessus de ses propres enfants ; il fut la consolation de ses dernières années ».. Massillon se montre plus précis : « Un si beau naturel, et de si grandes espérances dans ce neveu si chéri, tiraient des yeux du Prince de Condé, des larmes de joie, d'admiration, et de tendresse : il se voyait revivre en lui. Il y retrouvait toutes ses rares qualités, (osons le dire après lui) sans y retrouver ses défauts. La nature même avait tracé jusques dans la ressemblance de leur visage, celle de leur âme. En le formant, il achève, il embellit sa propre image. » Enfin Dangeau, analysant dans son Journal les raisons de la jalousie du duc de Vendôme et de son frère le Grand Prieur à l'égard des prouesses militaires du Grand Conti, note que ce dernier « était comme le cœur de son oncle [le Grand Condé], et le plus aimable, et le plus séducteur des humains »Journal de Dangeau (), in .. Affaire du Comte de Vermandois et disgrâce passagère (1681-1682) vignette|Le Grand Condé, héros de la bataille de Rocroi (par Antoine Coysevox). Oncle et tuteur du futur Grand Conti, il verra en lui son digne successeur dans la gloire des armes.C'est en qu'éclate l'affaire du jeune Comte de Vermandois, bâtard légitimé du Roi et de . Le très jeune François-Louis (à peine 17 ans) n'y a joué aucun rôle direct, l'affaire étant surtout le fait du « cercle » homosexuel qui gravite autour de Monsieur, frère du Roi - dont le fameux chevalier de Lorraine. Quoique conscient de cela, , refuse de sévir directement contre l'entourage de son frère, fils de France ; aussi choisit-il, pour des raisons politiques, de décharger sa fureur de père offensé et de monarque irrité sur le comte de Vermandois, son bâtard, et sur les nobles et princes du sang qui se trouveraient mêlés à l'affaire, même à tort. Le Roi convoque son fils qui, intimidé, lui donne des noms, dont celui de François-Louis. y voit un prétexte pour renforcer son contrôle des princes du sang, singulièrement ceux de la prestigieuse mais séditieuse branche de Condé, dont il n'oublie pas le rôle dans la Fronde. François-Louis se voit ordonner de s'exiler à Chantilly, auprès de son oncle le Grand Condé« Le commencement du mois de juin fut signalé par l'exil d'un grand nombre de personnes considérables accusées de débauches ultramontaines [homosexuelles] ; le Roi ne les chassa pas de la cour tous à la fois, mais il exila d'abord le prince de La Roche-sur-Yon, qu'il envoya à Chantilly auprès de Monsieur le Prince, son oncle ; puis (…). Tous ces jeunes gens avaient poussé leurs débauches dans des excès horribles, et la cour était devenue une petite Sodome. Ils y avaient même fortement engagés le comte de Vermandois, amiral de France, fils naturel du Roi et de la duchesse de La Vallière, lequel n'avait que quatorze ans, et ce fut ce qui les perdit, car ce prince, étant pressé par le Roi, les dénonça tous. » , et .. Il y vit un exil doré durant une année environ. En , son oncle, de passage à Versailles, demande à le retour de son neveu à la Cour. Le Roi y consent et reçoit le prince très gracieusement - ne pouvant s'abstenir, néanmoins, d'une petite réprimande.
Prouesses militaires en Flandre, au Luxembourg et en Hongrie (1683-1694)
vignette|gauche|Le Grand Conti vers 1688. En 1683, François-Louis de Bourbon-Conti participe avec son frère ( de Conti) aux sièges de Courtrai et de Dixmude, et se distingue l'année suivante au siège de Luxembourg en fonçant à la tête de ses grenadiers à l'assaut d'un bastion, qu'il finit par prendre. Ses talents militaires commencent à briller, d'autant qu'il est très aimé des soldats qu'il commande. Ses nouveaux exploits durant les campagnes d'Allemagne et des Pays-Bas lui valent d'être surnommé « Grand Conti », en référence au surnom du « Grand Condé » acquis à l'issue de la fameuse bataille de Rocroi de 1643. Celui-ci est très fier de son neveu :
Entretemps, en , François-Louis avait reçu du roi l'autorisation de se porter volontaire, avec son frère aîné, pour rejoindre l'état-major de l'empereur Léopold en Hongrie, dans la défense de la chrétienté contre l'Empire ottoman qui occupe le sud du pays (il en sera définitivement chassé en 1699). « La gloire, dit Massillon, l'y attend » ; d'abord à Novigrad, où, par une fulgurante charge à la tête de ses hommes, il sauve de justesse, d'une mort certaine, un groupe d'officiers impériaux qui s'étaient engagés dans une escarmouche téméraire ; ensuite à Neuhäusel où, « couvert de poussière et de gloire », chargeant à la tête de son bataillon, il culbute une compagnie ennemie, hommes et chevaux, dans un fossé abrupt que cachait le terrain. C'est à Neuhäusel encore que l'électeur de Bavière Maximilien-Emmanuel, ébloui par tant de prouesses et de qualités, se lie d'amitié avec le Grand Conti - ce qui le pousse à l'avenir vers une politique constamment pro-française. A Gran, enfin, le Grand Conti s'expose à de multiples blessures :
Mais là commence la dangereuse affaire des « Lettres impertinentes de Hongrie », qui marque durablement les relations personnelles du Grand Conti avec , tout comme les affaires de la Fronde, pourtant beaucoup plus graves, avaient naguère marqué les relations du Roi avec le Grand Condé.
Les lettres « impertinentes » de Hongrie (1685-1686) Nouvelle disgrâce passagère C'est d'Esztergom, en Hongrie, que le Grand Conti, se reposant entre les actions militaires, écrit quelques lettres qui allaient être considérées à Versailles comme « impertinentes », à sa belle-sœur, l'épouse de son frère, la princesse de Conti, fille naturelle de et de . Sa belle-sœur lui répond pourtant familièrement, sur le même ton badin. Dans ces lettres tout à fait privées, pour plaisanter un peu, François-Louis appelle parfois « le roi du théâtre » ; ces lettres, tout de même adressées à une fille du roi, et bien que celle-ci n'en veuille absolument pas à son jeune beau-frère, sont interceptées par la police royale et vite mises, telles qu'elles, sous les yeux du Roi Soleil. Ce persiflage, bien que candide et humoristique, vaut à François-Louis, dès son retour de Hongrie, et bien que couvert de gloire pour la France, d'être de nouveau sèchement exilé à Chantilly, chez son oncle Condé. Avec, cette fois, la consigne de ne pas en sortir jusqu'à nouvel ordre. Dans l'immense domaine princier de Chantilly, François-Louis passe de nouveau des jours heureux, d'exil doré auprès de Condé, fier et charmé d'avoir sous son toit ce glorieux neveu. Cependant, le , François-Louis y a un grave accident : un grand cerf fonce sur lui et le blesse largement au front, durant une chasse à courre qu'il suivait en simple promenade à cheval (quoique guerrier, le Grand Conti, dans la vie privée, n'aimait ni la chasse ni la mort des animaux). Le cerf, aux abois, déboula soudain sur lui. Il fut « choqué et renversé, dans un extrême péril de la vie, avec une large blessure entre l'œil et la tempe » ; informé, lui dépêche aussitôt son Premier Chirurgien, Charles-François Félix, qui coud la plaie de nombreux points de suture et assure que le prince survivra. Il en conservera sa vie durant une cicatrice allant de l'œil à l'oreille. C'est au cours de cet exil au château de Chantilly qu'il devient, subitement, le mois suivant, le , par la mort imprévue de son frère, Louis-Armand, qui meurt de la variole (appelée à l'époque « petite vérole »), le . Cet événement le bouleverse, tant il était attaché à ce frère aîné, et le plonge dans la désolation. Cette mort peine d'ailleurs toute la cour, et notamment , dont Louis-Armand était le gendre. À dater du , François-Louis quitte la titulature de « Prince de La Roche-sur-Yon » et devient officiellement « Prince de Conti » en titre. Mais , malgré ce deuil, le maintient encore en exil. Apparent pardon