Siebren Erik Hazelhoff Roelfzema RMWO, DFC ( - ) est un écrivain néerlandais devenu combattant de la résistance et pilote de la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale. Vers la fin de la guerre, il a été adjudant (assistant) de la reine Wilhelmine. Il a été fait chevalier de 4e classe de l'ordre militaire William. Il a gagné en célébrité auprès du grand public avec son livre , qui décrit son expérience pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui a inspiré un film et une comédie musicale.
Biographie Jeunesse vignette|L'adresse à Leyde où vivait Roelfzema en tant qu'étudiant. Erik Hazelhoff Roelfzema naît dans les anciennes Indes orientales néerlandaises à Surabaya, à Java, alors sous domination coloniale. Il est issu d'une famille de la haute bourgeoisie néerlandaise, répertoriée dans le . Il est le deuxième enfant de Siebren Erik Hazelhoff Roelfzema et de sa femme Cornelia Vreede, après une sœur, Ellen, née deux ans plus tôt.. Son père gère des plantations de caoutchouc et de café.. Dans les années 1930, la famille retourne aux Pays-Bas pour améliorer l’éducation des deux enfants. Ils s'installent d'abord à La Haye, puis déménagent à Wassenaar. Le jeune Roelfzema est membre de l'association de football de La Haye.
Il commence à écrire dès l'adolescence., et décide à l'âge de 16 ans de devenir écrivain.. Il fréquente l'Université de Leyde, où il rejoint la société étudiante Minerva. Durant son bizutage, il est accidentellement blessé par le président de Minerva, Ernst de Jonge, ancien rameur aux Jeux olympiques d'été de 1936, qui deviendra son ami...
Après un an d'études, Roelfzema s'embarque pour les États-Unis, qu'il traverse en auto-stop, ou clandestinement dans des trains de marchandise.. Il raconte cette expérience en 1939, dans le livre Rendez-vous à San Francisco, qui deviendra un best-seller aux Pays-Bas..
Début de guerre en Europe À son retour, il revient à l'université de Leyde poursuivre ses études. Quand la guerre éclate en , Roelfzema et ses camarades estiment que la Hollande restera neutre comme pendant la Première Guerre mondiale.. Lorsque l'Union Soviétique envahit la Finlande en novembre, il se rendit là-bas pour couvrir le conflit, en qualité de correspondant de guerre pour les journaux , et . Il en tirera le livre (Le feu qui couve).
Quand finit la guerre de Finlande en , il rentre chez lui et reprend à nouveau sa vie d'étudiant à Leyde. Le éclate la bataille des Pays-Bas, avec l'invasion du pays par la Wehrmacht. Roelfzema rejoint la réserve des forces armées néerlandaises mais la guerre se conclut par une victoire allemande au bout de cinq jours. La reine Wilhelmine des Pays-Bas s'enfuit à Londres, où elle établit son gouvernement en exil.
Roelfzema poursuit ses études pendant l'occupation, et s'implique dans la résistance néerlandaise. Le , l'université de Leyde se voit contrainte par l'Allemagne nazie de licencier tout son personnel juif. Le 26, le doyen de la faculté de droit, le professeur Rudolph Cleveringa, prononce un discours condamnant ces licenciements. Lui et plusieurs autres professeurs sont alors arrêtés., ce qui déclenche une grève de 48 heures des étudiants. En réponse, les Allemands font fermer l'université..
vignette|Reconstitution d'une cellule de l'« Oranje Hôtel ». En , Roelfzema écrit son « manifeste Leids », où il s'en prend à l'ordre nazi d'exclure les étudiants juifs des sociétés étudiantes, et appelle ses confrères étudiants de Leyde à résister à la politique de l'occupant.. Il fait imprimer le document dans la nuit du 14 au , à ses frais, et le poste avec onze de ses camarades dans toute la ville. Dix jours plus tard, le Conseil de l'Université demande aux étudiants de ne plus résister aux occupants allemands.., et Roelfzema l'accepte dans une réponse qu'il publie le . Mais en avril, il est arrêté par la Gestapo, et envoyé à l'« Oranje Hôtel », une prison politique allemande située à Schéveningue.
Les Allemands rouvrent l'université de Leyde pendant dix jours, dont Roelfzema profite pour passer son doctorat en droit, le . Il est le premier de sa classe à obtenir le diplôme. Après la nouvelle fermeture de l'université, il parvient à s'enfuir pour l'Angleterre. Il s'embarque pour cela sur le cargo suisse SS St. Cergue, avec quelques camarades dont le futur pilote Bram van der Stok et Peter Tazelaar, mais le navire est intercepté en mer du Nord par le croiseur britannique , qui le soupçonne de servir aux ravitaillements allemands. Le SS St. Cergue se voit ainsi débarqué à Tórshavn, dans les îles Féroé, où Roelfzema parvient à convaincre le capitaine britannique de les conduire en Grande-Bretagne..
Missions pour le MIV vignette| Un bateau lance-torpilles à moteur britannique similaire à ceux utilisés par les « Mews ». À Londres, Roelfzema s'implique dans un groupe de services secrets de jeunes Néerlandais en fuite baptisés « Mews », du nom de Chester Square Mews, le quartier de la ville où ils résident. Le groupe est mené par François van 't Sant, directeur du Service néerlandais de renseignement et de sécurité militaires (MIV, Militaire Inlichtingen- en Veiligheidsdienst), et ses agents sont formés sous la direction du colonel Euan Rabagliati du MI9. Cette mission s'inscrit dans l'opération « Contact Holland », qui vise à établir des contacts avec les groupes disparates de résistance néerlandaise, de les soutenir, et de coordonner leurs actions aux Pays-Bas. Les agents ainsi formés étaient généralement renvoyés au pays par parachute, ce qui était risqué, en plus d'être coûteux en matière d'entraînement. Roelfzema, Tazelaar et un autre camarade proposent alors une méthode alternative par voie maritime, à l'aide d'un bateau-torpille à moteur pour traverser la Manche, puis d'un petit bateau à rames pour conclure le trajet.
Van 't Sant accepte et transfère le contrôle du MIV au colonel Mattheus de Bruyne, de la Marine royale néerlandaise. Mais ce dernier manque d'expérience dans le renseignement. Tandis que ses agents sont souvent arrêtés, et continuent pourtant de transmettre des messages, mais sans y inclure les erreurs servant de signature que la procédure leur impose, de Bruyne ne réalise pas qu'ils agissent désormais sous contrôle allemand. Croyant à de simples oublis, il n'interrompt pas le contact comme il est supposé le faire. De Bruyne commettra d'autres erreurs de jugement, qui à terme permettront aux renseignements nazis de remonter jusqu'à lui, avant de le faire envoyer en camps de concentration et de le remplacer par un Allemand.
Pour sa première mission aux Pays-Bas, Roelfzema est associé à Peter Tazelaar pour livrer du matériel de radio, et ramener deux hommes en Angleterre, auprès du gouvernement en exil néerlandais. Il sait qu'une grande fête a lieu chaque vendredi à l'hôtel Kurhaus de Schéveningue, où l'armée allemande a pris ses quartiers. Les deux hommes décident de s'approcher de la station balnéaire tard dans la nuit du , et de débarquer Tazelaar à l'aide d'un petit dériveur..
vignette|L'hôtel Kurhaus à Schéveningue. A terre, Tazelaar retire sa combinaison, sous laquelle apparaît un smoking noir, et Roelfzema lui verse une grosse rasade de cognac dessus. Ainsi pris pour un fêtard ivre, Tazelaar passe sans difficulté devant les sentinelles postées autour de l'hôtel. À son retour sur la plage deux mois plus tard, il échappe de justesse à une intervention de la et, ne parvenant à reprendre contact avec les Britanniques, se lance dans un voyage de trois mois à travers la Belgique, la France, la Suisse, l'Espagne et le Portugal pour enfin rejoindre l'Angleterre.
Roelfzema aura mené une quinzaine de ces missions de « réinsertion », souvent extrêmement dangereuses, longeant les côtes des Pays-Bas à bord de petits bateaux. Rapidement, on le nomme responsable des opérations, en lui adjoignant un lieutenant de la Royal Navy pour diriger leur torpilleur principal. Les missions ont généralement lieu par nuit de nouvelle lune, pour profiter d'une obscurité durant laquelle Roelfzema accompagne le débarqué jusqu'à la plage. Au total, 108 ressortissants néerlandais seront ainsi renvoyés au pays par voie maritime ou en parachute, la moitié seulement survivant finalement au conflit.
Le , l'équipe de Roelfzema effectue une infiltration pour tenter de ramener de Katwijk son ami Ernst de Jonge. Mais Roelfzema suspecte une trahison de la part de sympathisants nazis parmi les officiers du gouvernement d'exil. Environ trois mois plus tard, la Gestapo intercepte un courrier pour l'Angleterre, où De Jonge livre des rapports détaillés sur trois microfilms. De Jonge en est informé, mais refuse de se cacher, et le , lui et deux autres agents sont arrêtés dans un appartement de Rotterdam, puis envoyés à Assen. De là, de Jonge est transféré avec 52 prisonniers au camp de concentration de Rawicz, en Pologne. Il y mourra en , sans avoir jamais pu reprendre contact avec Roelfzema.
La capture de de Jonge pousse Roelfzema a se plaindre de son chef de Bruyne. En réponse, celui-ci le défère en cour martiale, mais la reine Wilhelmine intervient et fait annuler la procédure. Au cours de l'été qui suit, elle décerne à Roelfzema l'Ordre militaire de Guillaume, plus haute distinction des Pays-Bas. Mais, lassé des services secrets, Roelfzema démissionne et se porte volontaire pour intégrer la Royal Air Force.
L'historien militaire britannique Michael R. D. Foot a depuis confirmé l'infiltration des réseaux néerlandais du Special Operations Executive par les espions allemands, malgré les dénégations de celui-ci pendant la guerre, et d'autres affaires ont été révélées, comme la capture en de deux agents du Secret Intelligence Service britannique, le capitaine Sigismund Payne Best et le major Richard Henry Stevens, lors de l'incident de Venlo. Cette affaire s'était conclue par l'arrestation d'une cinquantaine d'agents britanniques et néerlandais par l' et le au cours de l'opération Pôle Nord.
Missions pour la RAF vignette|Largage de fusées éclairantes sur Berlin à partir d'un bombardier DH.98 Mosquito. Pour intégrer la Royal Air Force, Roelfzema, qui souffre de myopie, triche au test de vision en s'aidant discrètement d'une lentille optique. Il est reçu, et envoyé dans une école de pilotage au Canada, où il s'entraîne à bord d'un chasseur monoplace. À l'issue du stage, il repart muni des boutons de manchette en or remis au meilleur élève de son groupe.
De retour en Angleterre, il se trouve néanmoins mis à l'écart, du fait de son inexpérience. Mais il est repéré par Hamish Mahaddie, un commandant d'escadre à la recherche de nouveaux pilotes. Après quelque hésitation, celui-ci décide de l'engager au sein du groupe d'élite Pathfinder de la Royal Air Force Bomber Command, pour copiloter un De Havilland DH.98 Mosquito au cours de missions de nuit.
Roelfzema rejoint l'escadron . Son avion n'est pas armé, et compte sur sa vitesse pour échapper aux chasseurs nocturnes allemands. Il effectuera 72 sorties sans être relevé, là où ses collègues du groupe Pathfinder en faisaient d'ordinaire entre 45 et 60, et les autres du Bomber Command environ 30. 25 de ces missions ont eu lieu au-dessus de la très défendue Berlin. À l'issue de son service, la RAF lui décernera la Distinguished Flying Cross.
Durant ses missions, Roelfzema a côtoyé des Danois, des Polonais, et d'autres ressortissants de pays occupés par le Troisième Reich. Il les considérait comme des frères d'armes, et avouera plus tard avoir beaucoup apprécié cette expérience d'ouverture.
Adjudant auprès de la reine vignette|Atterrissage de la reine Wilhelmine et de sa fille, la princesse Juliana, accompagnées des adjudants Erik Hazelhoff Roelfzema (à gauche) et Peter Tazelaar (à droite), à Gilze en Rijen, près de Bréda, le 2 mai 1945.