Le désastre du Valley Parade est un incendie qui se produit le samedi , au Valley Parade de Bradford, le stade de Bradford City, lors d’un match de football de troisième division anglaise. La catastrophe cause la mort de 56 spectateurs et fait au moins 265 blessés. Le stade est alors connu pour la vétusté de sa conception et de ses installations, notamment le toit en bois de la tribune principale. Des avertissements avaient auparavant été émis concernant l’importante accumulation de détritus dans la cavité située sous cette tribune. Celle-ci avait officiellement été déclarée dangereuse et devait être remplacée par une structure en acier à l’issue de la saison.

La rencontre opposant Bradford City à Lincoln City, dernier match de la saison, commence dans une atmosphère festive, marquée par la remise du trophée de champion de troisième division à Bradford City. À , le commentateur de télévision John Helm signale la présence d’un petit incendie dans la tribune principale ; en moins de quatre minutes, attisé par des conditions venteuses, le feu embrase l’ensemble de la tribune. La panique s’installe : une partie de la foule parvient à s’échapper en envahissant la pelouse, tandis que d’autres spectateurs, situés à l’arrière de la tribune, tentent en vain de forcer des issues de secours verrouillées. De nombreuses victimes meurent brûlées près des tourniquets, eux aussi fermés après le coup d’envoi. De nombreux actes de bravoure sont signalés, plus de cinquante personnes recevant par la suite des distinctions ou des éloges de la police pour leur courage.

La catastrophe entraîne l’adoption de normes de sécurité beaucoup plus strictes dans les stades du Royaume-Uni, notamment l’interdiction de la construction de nouvelles tribunes en bois. Elle constitue également un élément déclencheur de la vaste rénovation et de la modernisation de nombreux stades de football britanniques au cours des trente années suivantes. Bradford City continue de soutenir l’unité des grands brûlés de Bradford (), rattachée à l’université de Bradford, en tant qu’association caritative officielle du club.

Contexte Valley Parade, situé à Bradford dans le Yorkshire de l'Ouest, est construit en 1886 et devient initialement le stade du . Depuis la fondation de Bradford City en 1903, le club y dispute ses rencontres à domicile. L’aire de jeu et les tribunes sont alors très rudimentaires, mais l’enceinte peut accueillir jusqu’à . Lors de la création du club de football, le stade connaît peu de modifications et ne dispose d’aucune tribune couverte. Toutefois, après la promotion de Bradford City en première division en 1908, les dirigeants du club autorisent un programme de modernisation. L’architecte spécialisé Archibald Leitch est chargé des travaux, achevés en 1911. Ceux-ci comprennent la construction d’une tribune principale pouvant accueillir assis, ainsi qu’un paddock situé à l’avant offrant une capacité supplémentaire de debout. Cette tribune principale se distingue pour l’époque par son implantation sur le flanc d’une colline : toutes ses entrées se situent à l’arrière et se trouvent à un niveau plus élevé que le reste du stade.

vignette|droite|Tribune principale de Valley Parade en 1982. Malgré certaines modifications apportées à d’autres parties du stade, la tribune principale demeure inchangée jusqu’en 1985. L’écrivain et spécialiste des stades de football Simon Inglis décrit la vue depuis cette tribune comme « comparable à un match observé depuis le poste de pilotage d’un Sopwith Camel », en raison de ses supports et de ses poutres devenus obsolètes. Il alerte toutefois le club sur l’accumulation de détritus sous la tribune, due à un espace laissé entre les gradins. Des travaux de réparation sont entrepris, mais en , un ingénieur du conseil du comté adresse un nouvel avertissement, lié cette fois aux projets du club de solliciter des subventions pour des améliorations du stade. Une lettre du conseil précise que les problèmes « doivent être corrigés dans les plus brefs délais » ; une seconde souligne qu’« une cigarette jetée avec négligence pourrait présenter un risque d’incendie ». En , les intentions du club deviennent plus évidentes avec la livraison d’éléments en acier destinés à la construction d’un nouveau toit.

La saison 1984-1985 figure parmi les plus réussies de l’histoire de Bradford City. Le club remporte le titre de champion grâce à une victoire 2-0 contre les Bolton Wanderers lors de l’avant-dernier match de la saison. En conséquence, le capitaine reçoit le trophée de la ligue avant le dernier match de la saison, disputé contre Lincoln City, à Valley Parade le . Il s’agit du premier trophée de championnat remporté par le club depuis 1929. À cette occasion, sont présents dans le stade, soit près du double de l’affluence moyenne de la saison, établie à , dont environ 3 000 installés dans la tribune principale. Parmi le public figurent des personnalités locales ainsi que des délégations venues de trois villes jumelées avec Bradford : Verviers en Belgique, ainsi que Mönchengladbach et Hamm en Allemagne de l’Ouest.

Le quotidien Telegraph & Argus de Bradford publie pour le un numéro souvenir intitulé « ». Celui-ci détaille les travaux de sécurité devant être entrepris à Valley Parade à la suite de la promotion du club, qualifiant le stade d’« inadéquat à bien des égards au regard des exigences modernes ». L’article annonce l’installation de structures en acier dans la toiture ainsi que le remplacement des gradins en bois par du béton. Le coût de ces travaux est alors estimé à 400 000 livres sterling.

L'incendie Le coup d’envoi de la rencontre est donné à . Après quarante minutes de jeu en première période, le score est toujours de 0-0, dans un match décrit comme terne, aucune des deux équipes ne se montrant réellement dangereuse.

À , soit cinq minutes avant la mi-temps, le premier signe d’un incendie — une lueur incandescente — est aperçu à trois rangées du fond du bloc G, comme le rapporte le commentateur de télévision John Helm. Celui-ci décrit par la suite l’origine du feu lors d’un entretien accordé au Daily Express :

Un témoin observe des papiers ou des débris en train de brûler à une vingtaine de centimètres sous le plancher. Les tribunes ne disposent pas d’escaliers, ce qui a permis une accumulation importante de déchets et de papiers dans l’espace sous les gradins. Des spectateurs déclarent ressentir une chaleur croissante sous leurs pieds ; l’un d’eux se rend à l’arrière de la tribune pour chercher un extincteur, mais n’en trouve aucun. Un policier crie à un collègue pour demander un extincteur, mais son appel est mal compris et les pompiers sont alertés à la place. L’appel est enregistré à .

L’incendie se propage extrêmement rapidement et les flammes deviennent visibles. La police commence à évacuer la tribune. Alors que le feu se développe, la structure en bois de la tribune et sa toiture — recouverte de couches de feutre bitumineux hautement inflammable — s’embrasent à leur tour. Des poutres en feu et des matériaux fondus tombent du toit sur les spectateurs et les sièges en contrebas, tandis qu’une épaisse fumée noire envahit le passage situé derrière la tribune, où de nombreux spectateurs tentent de fuir. Un témoin déclare à la BBC : . Alors que les spectateurs commencent à franchir le muret séparant la tribune du terrain, le juge de touche informe l’arbitre Norman Glover, qui interrompt le match alors qu’il reste trois minutes à jouer avant la mi-temps. Il faut 270 secondes pour que la tribune soit entièrement détruite par les flammes.

Aucun extincteur n’est disponible dans les couloirs de la tribune, par crainte de vandalisme. Un spectateur se rend au club-house pour en chercher un, mais est rapidement incommodé par la fumée et gêné par la foule cherchant à s’échapper. Les supporters fuient soit vers l’arrière de la tribune, soit vers la pelouse. L’absence de barrières périphériques empêche la formation d’un mouvement de foule écrasant, contrairement à ce qui se produira lors de la catastrophe d'Hillsborough en 1989. La majorité des issues situées à l’arrière de la tribune sont verrouillées ou fermées, et aucun stadier n’est présent pour les ouvrir. Toutefois, sept sorties sont forcées ou découvertes ouvertes. Trois hommes enfoncent une porte, et au moins une autre est ouverte par des personnes se trouvant à l’extérieur, ce qui contribue à éviter un nombre de victimes plus élevé. À l’avant de la tribune, des hommes lancent des enfants par-dessus le mur pour leur permettre de s’échapper. La plupart des personnes parvenant à rejoindre la pelouse survivent.

Les personnes ayant échappé aux flammes tentent ensuite de porter secours à d’autres supporters, aidées par des policiers. Un homme escalade des sièges en feu pour venir en aide à un spectateur, tout comme le joueur . Un agent de police guide des supporters vers une sortie, qu’il découvre finalement fermée, et doit rebrousser chemin. L’entraîneur de Bradford City, Terry Yorath, dont la famille se trouve dans la tribune, pénètre sur le terrain pour aider à l’évacuation. Un autre joueur inspecte les bureaux afin de s’assurer que personne ne s’y trouve. Un supporter éteint les flammes sur un autre en lui couvrant la tête avec son pull. Les rescapés sont accueillis dans des habitations voisines et dans un pub, où la télévision diffuse l’émission , qui retransmet les images filmées de l’incendie environ une heure après les faits.

Les pompiers arrivent sur les lieux quatre minutes après avoir été alertés. Toutefois, la tribune est déjà entièrement consumée et ils font face à des flammes de grande ampleur ainsi qu’à une fumée extrêmement dense. De nombreux spectateurs nécessitant encore une assistance, ils ne peuvent pas immédiatement s’attaquer au foyer principal de l’incendie. La tribune principale est totalement détruite, ne laissant subsister que des sièges calcinés, des lampes et des barrières métalliques. Certaines victimes sont retrouvées assises, recouvertes de débris de bâches tombées du toit. La police poursuit les opérations jusqu’à 4 heures du matin le lendemain, sous éclairage artificiel, afin de récupérer l’ensemble des corps. Quelques heures après le début de l’incendie, il est établi que 56 personnes ont perdu la vie, la plupart par inhalation de fumée, bien que certaines aient survécu jusqu’à leur admission à l’hôpital.

Victimes droite|vignette|Mémorial dans le centre-ville de Bradford.Parmi les 56 personnes décédées dans l’incendie, 54 sont des supporters de Bradford City et deux soutiennent Lincoln City. Les victimes comprennent trois personnes ayant tenté de s’échapper par les toilettes, 27 retrouvées près de la sortie K et des tourniquets 6 à 9 situés à l’arrière central de la tribune, ainsi que deux personnes âgées décédées à leur place. Certaines victimes sont écrasées alors qu’elles tentent de ramper sous les tourniquets pour fuir. Un ancien ouvrier du textile parvient à rejoindre la pelouse, mais il est entièrement en flammes de la tête aux pieds. Des personnes l’entourent et étouffent le feu pour l’éteindre, mais il succombe ultérieurement à ses blessures à l’hôpital. Parmi les victimes, 11 ont moins de 18 ans et 23 sont âgées de 65 ans ou plus. La plus âgée est Sam Firth, ancien président du club, âgé de 86 ans.

Plus de 265 supporters sont blessés lors de la catastrophe.

Enquête et justice

Enquête Popplewell L’enquête sur la catastrophe, présidée par Sir et connue sous le nom de , conduit à l’adoption de nouvelles mesures législatives visant à améliorer la sécurité dans les stades de football au Royaume-Uni. Parmi ses principales conclusions figurent l’interdiction de la construction de nouvelles tribunes en bois dans l’ensemble des installations sportives du pays, la fermeture immédiate des tribunes en bois jugées dangereuses et l’interdiction de fumer dans les tribunes en bois encore en service.