Le sacre d'Henri IV est la cérémonie religieuse par laquelle Henri IV, successeur légitime au trône de France depuis la mort d'Henri III en 1589, est solennellement couronné roi de droit divin. La cérémonie du sacre est célébrée le dimanche dans la cathédrale Notre-Dame de Chartres sous l'office de l'évêque Nicolas de Thou.
Contexte Héritage du trône de France et abjuration
En 1574, Henri III accède au trône. Il s'oppose d'une part aux protestants et d'autre part aux ultra-catholiques de la Ligue, menés par les Guise. Les deux camps veulent l'un comme l'autre .
En , commandite l'assassinat des Guise (le duc et le cardinal), qui ont l'ambition d'accéder au trône. Les deux Guise assassinés, Henri de Valois, contraint de composer avec le camp protestant, se coalise avec leur chef, son cousin Henri de Navarre et le confirme comme premier prétendant au trône. Cette alliance est contestée par une grande partie des catholiques et quelques prélats prônent d'Henri III.
Après l'assassinat d'Henri III, en 1589, Henri de Navarre hérite du trône. Bien qu'il rassemble autour de lui des catholiques loyalistes, Henri IV, qui possède , toujours protestant, n'arrive pas à être légitimé par la majeure partie du royaume.
En , après un long siège de , Henri IV prend possession de Chartres, important centre d'approvisionnement de la capitale et deuxième ville partisane de la Ligue. D'autres places fortes suivent en 1591, 92 et 93. Dès lors, très vite, afin de parachever sa conquête du royaume, sa conversion au culte catholique devient l'unique voie possible. Il abjure ainsi sa religion le . Pour autant, la conversion du roi suscite, chez des contemporains d'Henri IV et en particulier chez le théologien Jean Boucher, des controverses et des méditations sur la conception de la monarchie en France face au protestantisme et la problématique du sacre du roi reste au cœur des préoccupations. Boucher, dans ses Sermonts, juge ainsi que l'abjuration d'Henri IV est ..
Choix du lieu de sacre Après cette conversion il s'agit, pour le conseil royal, de faire couronner Henri de Navarre de manière solennelle, à l'instar de ses prédécesseurs.
Reims est à cette époque aux mains des ligueurs et ne peut être prise par les armes et les conservées à Saint-Denis ont fait l'objet d'une destruction. En outre, les historiographes proches d'Henri IV, ainsi que ses conseillers, remarquent que d'autres édifices religieux que la cathédrale de Reims ont été précédemment des lieux de sacre, tel que la cathédrale d'Orléans pour le couronnement de Louis VI.. Henri IV, qui projette depuis plusieurs années de se faire solennellement couronner, envisage un temps d'effectuer la cérémonie du sacre dans la basilique de Saint-Denis, juste après sa conversion. Cette perspective, estimée un peu hâtive, n'est finalement pas retenue.
Compte tenu de la position géographique et du contexte militaire de Chartres, à présent assujettie au pouvoir royal, mais également en raison du , le choix du lieu de sacre du roi se porte sur la cathédrale Notre-Dame de Chartres. Cette décision est prise début . Le suivant, un contrat est passé pour faire aménager l'édifice religieux. La date de la cérémonie de sacre est entérinée pour le ..
Fin 1593 et début 1594 : un contexte politique favorable Au début de l'année 1594, la majeure partie du bas et haut clergé est alors favorable à Henri IV. et soutiennent le roi, tandis que et , favorables à la Ligue, s'opposent à lui.
Du côté de la haute noblesse, le roi donne à Henri de Montmorency le titre de premier connétable de France, en ...... Le duc de Montmorency, allié d'obédience catholique et haute personnalité du Languedoc, représente en outre une maison ayant .
Enfin, alors que les préparatifs de la cérémonie sont en cours, un événement vient conforter la résolution d'Henri IV de se faire sacrer : le , Lyon, qui était aux mains de la Ligue et du duc de Nemours depuis 1589, est reprise par les partisans royalistes, avec à leur tête l'échevin Jacques Jacquet... Lors de la reddition des ligueurs sur la ville, la population lyonnaise clame : .
Préparatifs du sacre Aménagement de la cathédrale de Chartres
Matériaux, main-d'œuvre et contrat vignette|upright=1.2|Bas du contrat d'aménagement de la cathédrale pour le sacre d'. Les pièces de bois et les clous nécessaires à l'aménagement de la cathédrale sont fournis par un marchand de bois, Pierre Gemond.. Le montant des matériaux s'élève à un total de et sont payés en trois versements. Les travaux sont confiés à deux charpentiers, Jehan Marolles et Claude Bedion, ainsi qu'à un menuisier, Toussaint Lehongre. Les rémunérations des trois artisans de Chartres s'élèvent à coût total de et sont également versées en trois tranches. Afin de prévenir toutes contestations du contrat passé avec les deux représentants du roi , les artisans réalisent un partenariat avec Jean Baudoyn, un menuisier fournisseur de la couronne (menuisier ordinaire du roi).
Le contrat passé avec les chartrains comporte deux clauses remarquables : la première stipule que artisans et marchand de bois seraient indemnisés si le roi venait à décider de ne pas se faire sacrer dans la cathédrale de Chartres ; la seconde clause, probablement en raison de l'état des caisses royales, spécifie que la rémunération des chartrains soit cautionnée par les biens possédés par les délégués royaux.
État des lieux L'état de la cathédrale de Chartres en 1594 et celui de l'édifice quatre siècles plus tard, sont, peu ou prou, quasiment identiques. Toutefois, l'édifice religieux, et notamment son chœur, présente quelques différences notables.
À l'époque du sacre, la clôture de chœur n'est pas achevée : sur les quarante groupes de statues, et leurs niches n'ont pas encore été sculptés. Le jubé, également appelé le pulpitre, détruit en 1763, forme un cloisonnement de de long sur de large entre la nef et le chœur.. Par ailleurs, le groupe de statuaire sculpté par Charles-Antoine Bridan dans les années 1770 et représentant l'Assomption de Marie ne trône pas encore sur le maître-autel. À la place, se tient une statue de la Vierge conçue en argent, dorée à la feuille et encadrée par des colonnes faites en cuivre, lesquelles sont couronnées par des anges tenant un flambeau. D'autre part, des tissus de noble facture sont tendus sur le grand autel et le ciborium est accroché à une .
Extérieurement, la cathédrale est recouverte d'un toit fait en plomb et non en cuivre, tandis qu'un clocher, de petite taille, s'élève alors à l'aplomb de la croisée du transept.
Travaux Les travaux débutent le et sont achevés avant le suivant. Les travaux d'aménagement consistent, principalement, d'une part à accroître la capacité d'accueil du chœur de l'édifice et d'autre part à surmonter le manque de visibilité du roi par le peuple provoqué par la masse du jubé, la nef étant le lieu où doit siéger le grand public et le chœur étant le lieu dans lequel siègent les hauts dignitaires du royaume et où se tient la cérémonie du sacre. Les données et informations permettant de restituer les aménagements de l'édifice sont fournies par deux documents : le contrat conclu entre les chartrains et les représentants du roi et le compte rendu de la cérémonie, écrit par De Thou.
Le jubé est entièrement recouvert par un plancher en bois. Cette structure est supportée par . Le plancher est surmonté d'une estrade dont l'accès est réalisé par un escalier de trois ou quatre marches. Durant la seconde phase de la cérémonie, cette estrade, ou pupitre, munie d'un siège destiné au roi et de bancs pour les pairs du royaume, permettra à Henri IV d'être visible à hauteur de poitrine non seulement du grand public se trouvant dans la nef, mais également de l'assemblée de dignitaires placée dans le chœur. Des saillies sont pratiquées entre les deux tribunes du chœur et le plancher couvrant le jubé, permettant d'exhausser des accès entre ces structures.
Deux escaliers, d'environ de large, sont mis en œuvre entre l'estrade et le chœur. Leurs limons, supportés par des pieds-droits et des arcades, mesurent environ de long pour une épaisseur de et une largeur de . La construction de ces deux escaliers charpentés implique que les escaliers d'origine partant du jubé sont peut-être alors soit en mauvais état, soit pas assez vastes, soit d'une hauteur insuffisante pour atteindre le plancher.
Au sein du chœur, deux tribunes sont disposées le long des côtés latéraux. Ces galeries, qui comportent chacune , se déploient sur une longueur de et une largeur de . En façade, les deux tribunes sont munies de s pour empêcher les chutes des spectateurs, tandis que des parois de de haut sont fixées au fond, afin que les participants ne puissent accéder aux gradins via le tour de chœur. Les tribunes sont chacune soutenues par deux séries de pieds-droits . Les pieds-droits sont distants d'environ les uns des autres.
Pour accéder aux tribunes, deux autres escaliers, conçus aux mêmes dimensions que ceux montant du chœur à l'estrade, sont ajoutés en arrière et à l'extérieur du chœur.
Décoration du chœur et mobilier alt=Tapisserie Moïse devant le buisson ardent, musée des beaux-arts de Chartres.|gauche|vignette|Tapisserie Moïse devant le buisson ardent. vignette|Tapisserie Moïse et Aaron se rendant chez le Pharaon tendue dans le chœur de la cathédrale lors du sacre d'Henri IV ; œuvre attribuée au bruxellois Martin Reymbouts. Les documents (récit de l'évêque de Thou et marché d'aménagement de la cathédrale) fournissent peu de détails sur la décoration du chœur, mais elle paraît être globalement abondante et opulente. Elle consiste essentiellement en de nombreux tapis et tapisseries tendus sur les murs, au sol ainsi que sur bancs et chaises. Le chœur, la partie de la cathédrale où se déroule la cérémonie proprement dite, est ainsi décorée de tapisseries appartenant au roi et de tapisseries provenant du trésor de Chartres..
Le corpus de tapisseries du chapitre de la cathédrale, commandées puis données par de Thou le , parent l'intérieur de l'édifice lors du sacre d'Henri IV ainsi que pour les autres cérémonies d'importance, notamment les fêtes religieuses... Les tapisseries du trésor de Chartres achetées par l'évêque comportent . Dix d'entre elles, faites en laine et en soie et dont le périmètre est de , représentent des scènes de la vie de Moïse, d'après des tableaux de Raphaël et ont été tissées dans l'atelier bruxellois de Martin Reymbouts, décrites et mentionnées par André Félibien...... Il n'y a plus de traces de cinq des tapisseries évoquant les scènes de la vie de Moïse. Les cinq autres tapisseries encore visibles, dont l'existence est encore attestée, sont conservées au musée des Beaux-Arts de Chartres et sont intitulées : Le buisson ardent, Moïse faisant jaillir l'eau du rocher, Moïse et Pharaon, La Manne dans le désert et Le Passage de la Mer Rouge.. La onzième pièce de tapisserie commandée par de Thou évoque la scène de l'Adoration des mages.
Deux fauteuils, l'un pour , l'autre pour Nicolas de Thou, sont disposés sur la gauche de l'autel. Ces deux fauteuils se trouvent en vis-à-vis et sont distants de plus d'un mètre l'un de l'autre. Le fauteuil d' est recouvert d'un dais de et rehaussé de . Un appui d'oratoire, tendu d'une étoffe en toile en argent damassée et décorée de feuilles rouges, est aménagé entre les deux sièges. Le siège destiné au connétable, un escabeau sur lequel est tendue d'une étoffe en satin bleu orné de fleur de lys, est placé juste à l'arrière du dais royal. Le siège du chancelier, également sans dossier ni bras et recouvert de la même pièce d'étoffe, est installé derrière celui du connétable, à un mètre de distance. Les sièges du grand maître de la chambre du roi, du grand chambellan et du premier gentilhomme de la chambre sont successivement disposés à l'arrière de celui du chancelier. Le trône du roi, placé sur l'estrade du jubé, est encadré de part et d'autre par les sièges destinés aux représentants des pairs de France.