Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, né le à Paris, baptisé le en la chapelle du château de Versailles, et décédé à Paris le , est duc, pair de France, courtisan et mémorialiste. Il a pour parrain Louis XIV et pour marraine la reine Marie-Thérèse d'Autriche. , il fut un témoin essentiel de la fin du règne de Louis XIV et de la Régence.

Nostalgique d'un âge d'or de la monarchie, il se veut duc et pair professionnel, mais sa croyance en une est aussi l'affirmation d'une spiritualité. Théoricien de la hiérarchie sociale, il propose une vision intériorisée de l'inégalité qui trouve ses racines dans une très ancienne tradition. Imprécateur pugnace, irréductible, il prédit cependant la fin de la monarchie sous les coups de ceux qui veulent abattre , et dépeint la cour comme une esthétique de la norme aristocratique.

Son œuvre présente une grande diversité dans la composition de chaque texte, mais une grande cohérence dans la vision du mémorialiste et de l'historien d'un monde révolu, fantastique et obsédant. Pour sa culture de la parole, artiste et raffinée, sa liberté stylistique et sa subjectivité, Saint-Simon est considéré comme l'un des plus grands écrivains français du et ses Mémoires comme un monument de la littérature française.

Michelet exprime la séduction et la résistance que la vie, l'idéologie et l'œuvre de Saint-Simon peuvent inspirer : .

Biographie Origines et jeunesse Lignage

thumb|right|upright=0.5|Blason de la maison de Saint-Simon Louis de Rouvroy de Saint-Simon est le fils de Claude Rouvroy, 1er duc de Saint-Simon, lieutenant général des armées du Roi, gouverneur de Meulan, bailli et gouverneur de Senlis, grand louvetier de France, premier gentilhomme de la chambre du Roi, chevalier des ordres du Roi, et de sa seconde épouse, Charlotte de L'Aubespine, marquise de Ruffec. Il est le petit-fils de Louis de Rouvroy de Saint-Simon, gouverneur et bailli de Senlis, et de Denise de La Fontaine ; celui de François de L'aubespine, marquis de Châteauneuf, lieutenant général des armées du Roi, et d’Éléonore de Volvire, marquise de Ruffec.

. Selon le duc, les origines de sa famille sont dans le Vermandois depuis le , mais le mariage fondateur de sa maison est celui de Marguerite de Saint-Simon qui épouse Matthieu de Rouvroy, dit le Borgne, en 1333.

Sa branche familiale est un duché-pairie, mais depuis seulement quarante ans, créé par , et la profondeur de sa généalogie, l'ancienneté de sa noblesse, compensent cette promotion relativement récente. Le duc Claude, père du mémorialiste, garde une reconnaissance profonde pour ce roi et éduque son fils Louis dans la vénération de Louis le Juste.

Des études récentes de la généalogie de Louis révèlent d'autres parentés inattendues mais significatives dans sa biographie : parenté « sauvage » entre sa mère et « la Scarron », et cousinage de Louis et de Fénelon.

Naissance

François-Régis Bastide suggère que l'

vignette|upright=1.3|Acte de baptême de Saint-Simon, contresigné par le roi et de la reine, en bas à gauche. Archives du château de Versailles.

Saint-Simon passe bien d'autres détails sous silence, à commencer par son lieu de naissance, à l'hôtel Selvois, rue des Saints-Pères, aujourd'hui détruit. Le prénom donné au traduit également un point prestigieux entourant sa naissance : le , Louis est baptisé dans la chapelle de Versailles, .

Les Mémoires et surtout la Note sur la Maison de Saint-Simon laissent deviner, en revanche, les enjeux liés à cette naissance en plaçant le héros dans un . Claude de Rouvroy, né en 1607 et devenu duc et pair en , grâce à la faveur de Louis XIII, avait épousé en secondes noces Charlotte de L'Aubespine le . Les deux parents de Louis sont donc relativement âgés lorsqu'il vient au monde : le duc Claude a presque , et son épouse en a .

Du premier mariage de son père, le , avec Diane Henriette de Budos, décédée en 1670, Saint-Simon a une demi-sœur prénommée Marie-Gabrielle. Née le , elle a vingt-huit ans de plus que lui. Il naît ainsi dans une solitude entière, par , qu'il ressent comme un malheur.

Éducation

thumb|left|upright=1.5|Louis-Nicolas Van Blarenberghe, Château Saint-Simon façade Sud (vers 1750), musée de Boston. L'enfance de Saint-Simon est mal connue. Le mémorialiste résume lui-même ses années de formation en une phrase tranchante : . considère François-Régis Bastide, où est d'aller tous les ans à Saint-Denis, le , pour le service en l'honneur de Louis le Juste Le jeune garçon, titré vidame de Chartres, assiste également avec son père à des obsèques royales et princières : .

L'enfant reçoit de sa mère une éducation austère et solitaire, qu'il décrit comme . Tout en étudiant le latin et les sciences avec un gouverneur et un précepteur disciple de Malebranche, Saint-Simon se considère . Dans le même temps, son père lui enseigne la généalogie et les alliances des grandes familles, l'étiquette de cour et les divers rangs de préséance au parlement, qui définissent une grande part de sa personnalité. La pairie que lui transmettra son père se double d'une véritable dévotion à l'égard de celui qui fut à l'origine de l'érection de la duché-pairie de Saint-Simon, Louis XIII, dit le Juste, parce qu'il avait su respecter "les lois les plus saintes et les plus inviolables" du royaume. Parmi les rares faits notables de cette , il faut citer les visites, et les séjours durant la quinzaine de Pâques, qu'il fait régulièrement au monastère de La Trappe. Cette abbaye est proche du château familial de La Ferté-Vidame, et l'abbé de Rancé qui vient d'y introduire une stricte réforme est un ami de son père: il sera considéré par Saint-Simon comme son père spirituel : .

Ainsi, , selon François-Régis Bastide : . Il est remarquable, en effet, que le seul souvenir d'enfance de l'écrivain s'articule autour d'un rire sous cape, à propos du chevalier d'Aubigné, frère de Madame de Maintenon. Yves Coirault relève comme : ce souvenir a probablement contribué à la vocation du futur mémorialiste et à son goût pour les portraits littéraires.

Autoportrait

gauche|vignette|redresse|Portrait du duc de Saint-Simon à 10 ans, par Hyacinthe Rigaud (1685), musée des Beaux-Arts de Chartres. Saint-Simon refuse explicitement de se décrire par son caractère, en parlant de lui-même : .

Delphine de Garidel a rassemblé les traits, épars dans les Mémoires, qui permettent d'esquisser un autoportrait de Saint-Simon, au moins le masque qu'il désire présenter. Il se dit ainsi petit et délicat, d'une figure peu avantageuse. Peu doué pour l'arithmétique (ce qui expliquerait sa défiance plus tard du monde de la finance), il avoue une froideur pour les lettres ; pudique (), moral () et sensible.

Dans les Mémoires, d'autres personnages évoquent la personnalité de l'auteur, capable aussi de haine et de méchanceté. En premier lieu Louis XIV lui-même, qui le souligne par ces mots et il apparaît à ses contemporains effectivement comme un homme . Ce trait de caractère est confirmé par le duc de Luynes dans une correspondance : , et finalement par Saint-Simon lui-même qui reconnaît avoir . Une certaine perversité lui donne la satisfaction d'aller annoncer lui-même la défaite des bâtards à leur sœur la duchesse d'Orléans, ou l'exil de Jérôme de Pontchartrain à son père, après avoir contribué à leur disgrâce. Sa ténacité dans ses obsessions et ses haines est soulignée par le duc d'Orléans.

Le contenu de sa bibliothèque (6 233 ouvrages recensés à sa mort) complète le portrait par des indications sur ses centres d'intérêt et ses recherches intellectuelles. On y trouve en particulier des livres de généalogie, abondants, des biographies de premiers ministres, des traités d'architecture, des traités de nécromancie, sur la cabale ou l'occultisme, et des ouvrages pieux de la Trappe, ou les ouvrages de Baltasar Gracián.

Prémices du courtisan mémorialiste Un ami d'enfance

Philippe d'Orléans, futur régent, est né le . Saint-Simon est donc . La relation nouée entre les deux jeunes garçons devient , que les Mémoires ne vont pas au-delà de 1723, lorsque le Régent meurt.

Si elle ne va pas jusqu'à la camaraderie cette amitié devient complice dans les cabales où l'un et l'autre se trouvent mêlés, inquiète des faux pas de préséance que le prince pourrait faire, affectueuse et réciproque, lorsque le duc et pair est tenté de se retirer.

Surtout, la fidélité de Saint-Simon envers Philippe d'Orléans est inébranlable, même dans les pires moments de sa défaveur auprès de Louis XIV. S'ils se brouillent parfois c'est , à tel point que François-Régis Bastide y voit , en 1715.

Premier texte fondateur

vignette|upright=0.6|left|Première page des Obsèques par Saint-Simon. Paris, Bibliothèque nationale de France. La princesse Marie-Anne de Bavière, épouse du grand Dauphin, meurt le . Saint-Simon donne une relation de ses funérailles, , dont le titre est déjà significatif : .

Dans ce texte, , composé en manière de remerciement Saint-Simon remarque une foule de détails de préséance et François-Régis Bastide le souligne : . De cette première esquisse aux grands tableaux de cour des Mémoires, Saint-Simon conserve où se trouve même une définition de la révérence.

La hiérarchie, son caractère sacré, constituent le fondement de l'idéologie de Saint-Simon, et Emmanuel Le Roy Ladurie rappelle que .

Une épouse du plus excellent conseil

En 1694, fils unique, il est pressé par sa mère de se marier, et il demande au duc de Beauvilliers la main de l'aînée ou de la troisième de ses huit filles ; le mariage ne put se faire ("j'allai chercher à me consoler à la Trappe"), mais cette démarche est le début de entre les deux ducs. thumb|upright=0.6|Marie-Gabrielle de Durfort Le , il épouse , qui le commanda pendant les campagnes du Rhin et dont la mère, née Frémont, vient d’une famille roturière et fournit une dot importante. Sa vie durant, son épouse fera preuve d'incomparables vertus par .

Le couple reste très uni par , jusqu'à la mort de Marie-Gabrielle. Leur mariage, bien qu'arrangé comme le veut l’époque, fait de Saint-Simon . Les finances , le duc en laisse le soin à son épouse, qui le soutient également dans ses périodes de doute, ce qui fait dire au duc :

Le naît sa première fille, Charlotte. Cette naissance est suivie de celles des deux fils de Saint-Simon, Jacques-Louis le et Armand le .

Carrière militaire

thumb|upright=0.6|left|Saint-Simon à seize ans par Hyacinthe Rigaud, 1691 L'éducation de Saint-Simon ne néglige pas les exercices physiques, équitation et escrime, et il manifeste le désir de servir à l’armée. En 1691, alors qu’il a , son père, déjà âgé (il a ), qui s'est installé dans un modeste hôtel particulier de Versailles, intrigue à la Cour pour le faire entrer dans les mousquetaires gris. Emmanuel Le Roy Ladurie remarque qu'il terminera sa carrière militaire peu après que son père, décédé, n'est plus là .

Il est présenté à Louis XIV par l'entremise du chirurgien du roi, ami de Claude de Rouvroy ; le roi le Mémoires de Saint-Simon sur wikisource.org, mais accepte son entrée chez les mousquetaires gris. Il participe ainsi comme chef de bataillon en 1692 au siège de Namur puis en 1693 à la bataille de Neerwinden. Peu de temps après, Louis achète le Royal-Carabiniers grâce à son ami le duc de Beauvilliers, et devient mestre de camp. En 1697, il participe à une expédition en Alsace sous le commandement du maréchal de Choiseul. C’est son dernier séjour aux armées : il supporte de plus en plus mal l’obligation qui lui est faite de passer deux mois par an avec son régiment. Le sien est réformé, il n’est plus que « mestre de camp à la suite », sous les ordres d’un simple gentilhomme.