vignette|Crâne du vieil homme . Les premiers hommes modernes en Europe sont les premières populations dHomo sapiens ou humains anatomiquement modernes en Europe, au Paléolithique supérieur, désignées en anglais par le sigle EEMH, pour Early European modern humans. Les fossiles de ces populations datent d'environ (), intervalle qui couvre les périodes du Bohunicien, de l'Aurignacien, du Gravettien, du Solutréen et du Magdalénien.
L'expression « hommes modernes » s'emploie par opposition à « humains archaïques », terme renvoyant à Homo heidelbergensis et Homo neanderthalensis qui ont vécu en Europe dans un intervalle compris entre environ et qui, après l'arrivée d'''Homo sapiens, ont disparu ou ont été absorbés dans sa lignée.
Les premiers hommes modernes en Europe étaient parfois désignés dans la littérature scientifique jusqu'à la fin des années 1990 par l'expression Hommes de Cro-Magnon, abandonnée depuis. Le nom commun de Cro-Magnon n'a pas de statut taxinomique formel, car « il ne fait référence ni à une espèce ou sous-espèce ni à une phase ou culture archéologique ».. L'expression de « Cro-Magnon » renvoie de manière limitée aux périodes postérieures au début de l'Aurignacien proprement dit, il y a environ .
Chronologie
vignette|Carte de la répartition des principaux sites aurignaciens antérieurs au dernier maximum glaciaire (antérieurs à ). Il y a eu, selon toute vraisemblance, plusieurs migrations et disparitions de l'Homme moderne (Homo sapiens) sur le continent européen. Au Paléolithique moyen, des fossiles d'humains modernes datés de ont été identifiés dans la grotte d'Apídima, en Grèce..
Les premiers indices d'une immigration humaine moderne en Europe au Paléolithique supérieur sont fournis par des traces de l'industrie bohunicienne des Balkans ; cette culture archéologique, qui apparaît il y a , est probablement dérivée de la culture émirienne levantine.. Les premiers fossiles dHomo sapiens en Europe remontent à environ ; ils ont été découverts en Bulgarie., en Italie. et en Grande-Bretagne.. On ne sait pas si ces premiers Hommes modernes sur le continent européen ont, lors de leur migration vers l'ouest, suivi le Danube ou longé la côte méditerranéenne (1σ CI). .. Il y a environ 45 à 44 000 ans, la culture proto-aurignacienne s'est répandue à travers l'Europe, descendant probablement de la culture ahmarienne du Proche-Orient.
En 2024, une équipe dirigée par Jean-Jacques Hublin annonce la découverte, dans la grotte d'Ilsenhöhle à Ranis (Allemagne), de fossiles d'Homo sapiens datant de plus de et décrits comme . Ils sont associés à la culture Lincombien-Ranisien-Jerzmanowicien (LRJ) qui a pour caractéristique de produire des pointes foliacées.. Ils appartiennent à la même population que celle de en Tchéquie. Cette lignée s'est éteinte laissant la place (vers AP) aux lignées Věstonice (Italie et Tchéquie) et Fournol (France et péninsule ibérique) . Seule cette dernière lignée a survécu au dernier maximum glaciaire et participe au peuplement actuel de l'Europe de l'Ouest. Les reconstitutions génétiques montrent que les chasseurs-cueilleurs européens, déjà hybridés avec les Néandertaliens, avaient conservé une peau foncée.
Il y a 40 000 ans, avec le début de l'évènement de Heinrich 4, l'Aurignacien proprement dit évolue en Europe centrale et méridionale et succède à d'autres cultures à travers le continent. La vague d'Hommes modernes de culture aurignacienne remplace les Hommes de Néandertal et leur culture moustérienne.. Dans la vallée du Danube, l'Aurignacien présente des sites très rares par rapport aux traditions postérieures jusqu'à il y a . À partir de cette époque, l'« Aurignacien typique » devient assez répandu ; il s'étend jusqu'à il y a 29 000 ans..
L'Aurignacien est progressivement remplacé par la culture gravettienne, mais on ne sait pas quand l'Aurignacien s'est éteint, car il est mal défini. Des outils « aurignacoïdes » ou « épiaurignaciens » tardifs sont datés de . On ne connaît pas avec certitude le lieu où la première occurrence de la culture gravettienne est identifiée ; ce pourrait être l'Allemagne il y a environ ., ou le dernier abri de roche Buran-Kaya III en Crimée il y a environ .. Dans les deux cas, l'apparition du Gravettien coïncide avec une baisse de température importante.. On ne sait pas non plus d'où vient le Gravettien, car il diffère considérablement de l'Aurignacien et ne peut donc pas en être issu. Pour rendre compte de la genèse gravettienne, les spécialistes invoquent en Europe centrale une évolution du Szélétien qui existait il y a (il s'est développé à partir du Bohunicien), ou des cultures ahmariennes ou apparentées, du Proche-Orient ou du Caucase, qui existaient à une époque antérieure à ..
Pendant la dernière glaciation, l'Europe serait restée isolée génétiquement du reste du monde jusqu'à il y a . vignette|250x250px| Zones refuges pour les Homo sapiens en Europe pendant le dernier maximum glaciaire il y a environ . Le refroidissement s'intensifie il y a environ 29 000 ans ; il culmine lors du dernier maximum glaciaire (, LGM) il y a environ ., période au cours de laquelle la Scandinavie, la région de la Baltique, les îles Britanniques et les Alpes sont couvertes de glaciers et la glace hivernale atteint la côte française. La majeure partie de l'Europe est alors un désert polaire ; sur la côte méditerranéenne s'étendent des steppes à mammouths et des steppes boisées. De larges pans de l'Europe étant inhabitables, deux cultures distinctes émergent, avec des technologies uniques permettant aux humains de s'adapter au nouvel environnement : le Solutréen, qui, dans le sud-ouest de l'Europe, invente de toutes nouvelles technologies, et l'Épigravettien, qui, de l'Italie à la plaine russe, adapte les précédentes technologies gravettiennes. Les peuples solutréens habitent la zone de pergélisol, tandis que les peuples épigravettiens (arrivés probablement des Balkans vers AP en Italie) semblent être restés dans des zones moins inhospitalières, et gelées de façon saisonnière seulement. Peu de sites datant de cette période sont connus aujourd'hui..
Les glaciers commencent à reculer il y a environ 20 000 ans ; le Magdalénien colonise l'Europe occidentale et centrale (succédant au Solutréen) au cours des deux mille années suivantes. À partir du début du Dryas, il y a environ , les traditions magdaléniennes finales se développent, à savoir l'Azilien, l'Hambourgien et le Creswellien.. Pendant le , des gènes plus orientaux apparaissent chez les Européens indigènes, indiquant la fin de l'isolement génétique de l'Europe de l'Ouest..
Les cultures du Magdalénien et de l'Épigravettien sont complètement remplacées par le Mésolithique au début de l'Holocène..
Il faudra attendre AP pour qu'une influence proche-orientale (néolithique) importante soit observable en Europe de l'Ouest.
Classifications au cours du vignette|Reconstitution de Cro-Magnon 1, 1916. Les premiers Hommes modernes européens ont été historiquement appelés « Cro-Magnons » dans la littérature scientifique jusqu'aux années 1990.. Le nom « Cro-Magnon » vient des 5 squelettes découverts par le paléontologue français Louis Lartet en 1868 dans l'abri sous-roche de Cro-Magnon, en France (Les Eyzies, en Dordogne)..
Des fossiles et des artefacts du Paléolithique étaient connus depuis des décennies, mais ils avaient été interprétés d'abord dans le cadre d'un modèle créationniste (le concept d'évolution n'ayant pas encore été inventé). Ainsi, le squelette fossile appelé la Dame rouge de Paviland, du sud du Pays de Galles, a été décrit en 1822 par le géologue Révérend William Buckland comme celui d'une habitante de la Grande-Bretagne romaine, Buckland supposant qu'aucun reste humain ne pouvait être antérieur au Déluge biblique. D'autres auteurs cependant ont soutenu que ce squelette était une preuve de l'existence de personnes antédiluviennes (d'avant le Déluge) en Grande-Bretagne ; le géologue Charles Lyell, figure du mouvement actualiste, qui gagnait du terrain, affirmait que les matériaux fossiles étaient bien antérieurs à la chronologie biblique..
Des scientifiques du , lecteurs de L'Origine des espèces (1859) de Charles Darwin, et partisans d'un classement racial de l'espèce humaine, ont distingué des sous-espèces et sous-races putatives d'Hommes modernes en se fondant sur des mesures pseudoscientifiques, inspirées de l'anthropométrie, de la physiognomonie et de la phrénologie, ceci jusqu'au .. Ils s'inscrivaient dans la continuité du Système de la Nature de Carl von Linné qui déjà, en 1735, classait les Homo sapiens en sous-espèces ou races en fonction de leurs comportements supposés et selon des critères racistes : Linné distinguait ainsi « Homo sapiens Europaeus » (origine européenne, régi par des lois), « Homo sapiens Afer » (origine africaine, régi par l'impulsion), « H. s. Asiaticus » (origine asiatique, régi par les opinions) et « H. s. Americanus » (descendance amérindienne, régi par les coutumes).. Le système de classification raciale est rapidement étendu aux spécimens fossiles de premiers Hommes modernes européens et à ceux de Néandertaliens dès que leur ancienneté est reconnue. Des sous-races supposées de la « race Cro-Magnon » comprennent « H. pre-aethiopicus » pour un crâne de Dordogne qui avait des « affinités éthiopiennes », « H. predmosti » ou « H. predmostensis » pour une série de crânes de Brno, en République tchèque, prétendument transitoire entre les Néandertaliens et les premiers Hommes modernes européens , « H. mentonensis » pour un crâne de Menton, en France , « H. grimaldensis » pour l'Homme de Grimaldi et d'autres squelettes près de Grimaldi, à Monaco , et « H. aurignacensis » ou « H. a. Hauseri » pour le crâne de Combe-Capelle..
Les arcades sourcilières proéminentes ont été classées comme un trait hérité des singes et par conséquent, les Néandertaliens (ainsi que les Australiens aborigènes) ont été considérés comme une race inférieure, naturellement conquise par une race européenne supérieure. Joseph Deniker et William Z. Ripley font partie de ces anthropologues qui établissent une classification raciste des Homo sapiens : en 1900, ils présentent les premiers Hommes modernes européens comme des proto-aryens grands et intelligents, venus de Scandinavie et d'Allemagne, supérieurs aux autres « races ». D'autres théories raciales évoquent des races ou sous-espèces devenant progressivement plus légères, plus blondes et supérieures, évoluant en Europe centrale et s'étendant par vagues pour remplacer leurs ancêtres plus sombres, processus dont l'aboutissement serait la « race nordique ». De telles théories s'accordaient avec le nordicisme et le pangermanisme (c'est-à-dire l'idéologie de la suprématie aryenne), qui ont gagné en popularité juste avant la Première Guerre mondiale, puis qui ont servi aux nazis pour justifier la conquête de l'Europe et l'exaltation du peuple allemand pendant la Seconde Guerre mondiale . La stature était un des critères retenus pour distinguer ces sous-races, de sorte que les premiers Hommes modernes européens plus grands, tels que les spécimens des sites français de Cro-Magnon, Paviland et Grimaldi étaient classés comme ancestraux de la « race nordique », tandis que les plus petits étaient considérés comme les précurseurs de la « race méditerranéenne » ou des « Esquimoïdes ».. Dans les années 1940, le mouvement positiviste, qui s'est battu contre les idéologies politiques qui grèvent la science et qui avait pris son essor environ un siècle plus tôt, gagne le soutien de l'anthropologie européenne ; l'association de l'idéologie raciste et du nazisme contribue à rendre la raciologie obsolète .
Biologie Attributs physiques