Adrien-Jean-Quentin Beuchot, né le à Paris où il est mort le , est un bibliographe français.

Biographie Fils d’un avocat dijonnais nommé secrétaire de l’intendance de Lyon en 1781, le jeune Beuchot s’installe dans la ville à l’âge de huit ans. Il fait ses études au collège de la Trinité, tenu par les pères de l’Oratoire, où il côtoie de futurs grands noms des professions libérales. À peine sorti du collège, il travaille brièvement comme clerc de notaire à Lyon, avant de perdre son père en 1789..

À l’approche de la Révolution, dans un climat de guerre imminente, sa mère, redoutant qu’il ne soit enrôlé de force, l’oriente vers des études de médecine. En 1794, à vingt et un ans, il est nommé chirurgien-major au bataillon de volontaires de l’Isère. Après avoir exercé cette fonction pendant deux ou trois ans auprès de l’armée du Dauphiné, il démissionne dès que possible, cette situation correspondant manifestement peu à ses aspirations..

Retourné alors à Lyon, où sa mère était restée, il reprend du service dans une étude de notaire, où il retrouve d’anciens camarades de collège, jeunes gens brillants déjà engagés dans de belles carrières, qui deviennent ses amis : Dugas, le savant traducteur d’Homère ; , futur secrétaire perpétuel de l’Académie de Lyon et René de Thorigny, futur député et avocat général. C’est probablement aussi à Lyon, à cette époque, qu’il fait la connaissance de Casimir Périer.

Tout en rédigeant des actes chez le notaire, il cultive les lettres, composant chansons et poèmes. Il publie régulièrement ses articles et poèmes dans le Bulletin de Lyon, la rubrique littéraire des Petites Affiches du Rhône. Il fait ses premiers pas dans le journalisme au sein du Bulletin de Lyon, publication lancée par Ballanche père, et qui servait de supplément aux Petites Affiches de Lyon. Il y signait des articles de critique, parfois de son nom complet, parfois de ses initiales. Dès ces débuts, il fait preuve d’une érudition littéraire remarquable pour son âge et d’un style incisif, marqué par l’épigramme, une touche qu’il a conservée tout au long de sa carrière.

Vers le milieu de l’année 1801, l’absence de perspective d’avenir à Lyon le contraint à remonter dans sa ville, à 28 ans, afin de tenter sa chance dans les lettres. Il y éprouve d’abord de grandes difficultés financières et ne parvient à publier ses articles que dans le Courrier des spectacles dirigé par Édouard Lepan. Il envisage même, un temps, de devenir libraire, suivant l’exemple de certains de ses confrères. Il tâte également de la dramaturgie, mais le peu de souplesse de son caractère ne lui vaut que des refus.

Avant de se consacrer pleinement à l’écriture critique, il tente l’aventure théâtrale avec un vaudeville intitulé le Prisonnier à Londres ou les Préliminaires de paix (1802). La pièce est refusée à Paris puis sifflée lors de sa représentation à Lyon. Il s’essaie également à la critique d’art l’Enfant de six jours, guide des Étrangers au Muséum (ou le Dernier Venu), brochure satirique anonyme en vers de 20 pages offrant une critique du salon de l’an X. Cet opuscule a connu une seconde édition six semaines plus tard sous le titre les Crozites du Muséum, introduite par une épigramme en couplets raillant l’absence de renom du salon.

Selon ses contemporains, Beuchot excellait dans l’art du couplet, dans la lignée de Collé et de Panard. Il a signé notamment une pièce très estimée par Raynouard : la Chanson sur la nomination de Laujon à l’Institut (1807), sur l’air Toujours seule, qui est restée liée à l’histoire de l’Académie française. De 1801 à 1808, il publie sporadiquement dans divers recueils, sans pour autant améliorer sa situation financière. En 1803, il lance le Nouvel Almanach des Muses et collabore simultanément à la Décade philosophique aux côtés de Ginguené et d’Andrieux. Le tournant décisif a lieu en 1810 : lorsque le Michaud entreprend, en s’associant à son frère libraire Louis-Gabriel, sa Biographie universelle, il est invité à rejoindre l’équipe de rédaction grâce à l’appui de Ginguené. De ce moment, les soucis d’argent sont derrière lui.

Initialement conçue comme un outil de réaction contre-révolutionnaire et antiphilosophique, la Biographie universelle a néanmoins dû s’adapter, face à l’évolution inexorable du siècle. Contrairement aux intentions initiales de ses fondateurs, l’ouvrage a fini par intégrer une multitude de points de vue contradictoires, pour devenir moins partial grâce à la collaboration forcée d’auteurs issus de tous les courants politiques et philosophiques du début du , et refléter fidèlement les tensions intellectuelles et morales de son époque.

Alliant libre-pensée et érudition, Beuchot s’est distingué dans cette entreprise par une rigueur scientifique scrupuleuse, marque de fabrique de tous ses travaux ultérieurs, traitant chaque sujet avec une précision et une objectivité quasi sacrées. , a dit Quérard. La partie bibliographique de presque tous les autres lui appartiennent presque en totalité, et, sur cent informations fournies par cet érudit, il est rare d’en trouver une seule erronée. La collaboration de Beuchot à la Biographie universelle s’arrête au tome 48 : son exigence de rigueur, jugée trop couteuse par les éditeurs, l’aurait poussé à se retirer. Dès 1810, ses travaux, notamment dans la Décade et la Biographie, lui ont valu une réputation de bibliographe consommé.

Alors que la bibliographie était jadis simple en raison du nombre limité de manuscrits, l’imprimerie en a fait une science vaste et complexe, obligeant même les plus érudits à s’appuyer sur des catalogues et des outils matériels. Pour organiser cette profusion, le décret du a imposé la publication d’un bulletin officiel recensant systématiquement chaque ouvrage imprimé (titre, lieu, date, format, prix, auteurs, tirage), rendant ainsi nécessaire la création d’un journal spécialisé, véritable « état civil » du livre. Nommé rédacteur de la Bibliographie de la France par la Direction de la Librairie, fonction qu’il exercera avec zèle et autorité pendant environ 41 ans, il fait de cette publication officielle placée sous la surveillance de la direction de la librairie, un véritable répertoire scientifique..

Hostile à l’Empire, comme Carnot ou Daunou, il s’indigne, en 1814, de voir les anciens courtisans de Napoléon se muer en ses plus virulents détracteurs une fois celui-ci tombé. Il dénonce cette hypocrisie dans l’Oraison funèbre de Buonaparte, satire regroupant les adulations autrefois publiées dans le Moniteur par ces mêmes opportunistes.. L’ouvrage, qualifié par Beuchot lui-même de « seconde édition » (la première étant, selon lui, les articles officiels du Moniteur de l’époque impériale), a connu un succès immédiat avec cinq éditions successives.

Alors que la liberté de la presse s’impose, au lendemain de la défaite, en 1814, comme une priorité, Beuchot est l’un des premiers à la défendre avec Liberté de la presse !, brochure de 24 pages.. Lors des Cent-Jours, il réaffirme son engagement citoyen dans un court texte de 12 pages, imprégné de l’esprit de 1789 : Opinion d’un Français sur l’acte additionnel aux Constitutions de l’Empire..

En 1815, il publie anonymement son Dictionnaire des Immobiles, en réaction au Dictionnaire des Girouettes de César de Proisy d'Eppe, qui fustigeait les opportunistes ayant changé de camp au gré des régimes.. Dans son ouvrage, Beuchot propose, au contraire, un éloge des « immobiles », entendu au sens de citoyens restés fidèles à leurs convictions, tels que La Fayette, Daunou ou Lanjuinais. Aussi son ouvrage, ne fait-il que 48 pages, alors que le Dictionnaire des Girouettes en fait 444..

Sur le plan politique, le Mérite des Femmes, fragment posthume inédit de Legouvé, découvert le , mérite également d’être cité. Publié deux jours plus tard, ce poème écrit dans la foulée faisait finement allusion à l’évasion de La Valette et en appelait à l’ de Louis XVIIIDans les faits, cette royale a pris la forme d’une saisie immédiate de l’opuscule par la police. Seuls dix-huit exemplaires ont échappé à la confiscation..

L’œuvre majeure à laquelle il a attaché son nom est son édition des œuvres complètes de Voltaire, dont il avait supervisé, dès 1817, une première édition au format in-18 publiée par la veuve Perronneau. Un conflit éditorial ayant conduit à son remplacement par Louis Du Bois, il a lancé son propre projet d’édition monumentale commencé en 1829 et achevé en 1834. Cette édition comptant 70 volumes in-8º publiée chez Lefèvre a dû être reconnue comme une référence savante qui a durablement influencé la réception de Voltaire. Il a édité la quinzième édition du Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle. Il a également dirigé la publication des Œuvres choisies de Lesage (1820) et des Aventures de Télémaque (1829), accompagnées de notices imprimées séparément en tirage limité.

Décoré de la Légion d’honneur, le , il a été élu bibliothécaire de la Chambre des députés le , à la suite du départ de son prédécesseur fin 1833. Il a occupé ce poste jusqu’à sa retraite, forcée par des problèmes de santé en 1850. Il a laissé une correspondance majeure avec Boissonnade et Ballanche, dont les originaux ont été légués par son gendre Louis Barbier, ancien conservateur de la bibliothèque du Louvre, à la Bibliothèque nationale.

Décoré de la Légion d’honneur, le , et, la chambre des députés ayant perdu son bibliothécaire à la fin de 1833, il a été élu au scrutin, le , pour en remplir les fonctions auprès d’elle., jusqu’à ce que sa santé ne le contraigne à prendre sa retraite, en 1850..

Publications Nouveau Nécrologe des hommes nés en France ou qui ont écrit en français, morts depuis le , Paris, 1812, in-8º. Liberté de la Presse, 1814, in-8º. . .

. . Réflexions sur les lois concernant la propriété littéraire, 1817, in-8º. Notice sur Fénelon, suivie d’une liste chronologique de ses écrits, 1831, in-8º. Catalogue de la bibliothèque Voltairienne, collection unique restée en manuscrit, comprenant les éditions originales et les principales réimpressions de chacun des ouvrages de Voltaire, avec les satires, critiques, parodies, apologies, etc., sur Voltaire.

Notes et références Notes

Références

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