Le procès des attentats de est un procès ouvert en pour juger des individus présumés de complicités dans les attentats de janvier 2015 en France (attaques de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l'Hyper Cacher). Ces événements ont entraîné la mort de dix-sept personnes. Quatorze individus sont jugées à Paris devant la cour d'assises spéciale. À titre exceptionnel, le procès est filmé dans son intégralité.
Les chefs d'accusation comprennent la complicité de crimes terroristes, le financement du terrorisme, l'association de malfaiteurs terroristes criminelle.
Faits
Les attentats de en France sont une série d'attaques terroristes islamistes qui se déroulent entre les et en France, qui visent la rédaction du journal Charlie Hebdo, des policiers et des clients d’une supérette casher, et au cours desquelles dix-sept personnes sont tuées et leurs trois assassins abattus par les forces de l'ordre.
Accusés Quatorze personnes sont soupçonnées d'avoir apporté une aide logistique aux terroristes. Elles encourent entre dix ans de prison et la réclusion criminelle à perpétuité.
Les trois accusés les plus connus du grand public, Hayat Boumeddiene, Mohamed Belhoucine et Mehdi Belhoucine, ne sont pas présents. Partis en zone irako-syrienne quelques jours avant les attentats, ils font l'objet d'un mandat d'arrêt depuis et sont jugés en leur absence.
Mohamed Belhoucine est condamné en 2014 à deux ans de prison pour avoir participé à une filière d’acheminement de jihadistes vers l’Afghanistan et le Pakistan. Il rencontre Amedy Coulibaly en prison. Il est soupçonné d’avoir rédigé le texte de revendication du terroriste de l’Hyper Cacher et d’avoir diffusé une vidéo après sa mort. Plusieurs sources d'information ont confirmé que Mohamed Belhoucine aurait été “tué au combat" tandis que son frère cadet Mehdi Belhoucine aurait succombé à une blessure de guerre mal soignée. Les frères Belhoucine sont “présumés morts” même si leur décès n’est pas « officiellement démontré » selon les juges.
Onze personnes sont présentes physiquement à l'audience.
Pour Jean-François Ricard, procureur national antiterroriste, le procès a « un double intérêt » : « approcher la vérité » et être « un moment d’expression » pour les victimes. Il conteste l’idée selon laquelle le procès des attentats de serait celui des « petites mains » et aurait moins d’intérêt compte tenu de ce que les assaillants, les frères Kouachi et Amédy Coulibaly, aient été tués après les attaques. Selon le procureur, .
Composition La Cour d'assises spéciale est une exception du droit français, compétente pour statuer sur les crimes commis en matière de terrorisme et de trafic de stupéfiants en bande organisée. Ainsi, le jury est constitué de magistrats professionnels. Le président est Régis de Jorna, premier président de chambre à la cour d’appel de Paris.
Avocats
Safya Akorri, avocate de la défense Michel Bouchat, avocat belge du Belgo-turc Metin Karasular Isabelle Coutant-Peyre, avocate d'Ali Riza Polat, proche d'Amedy Coulibaly. Patrick Klugman représente une dizaine de parties civiles, anciens otages d’Amedy Coulibaly. Fabian Louvaux, avocat belge du belge Michel Catino Richard Malka, avocat de la partie civile pour Charlie Hebdo
Contexte Plusieurs événements ont marqué le déroulement du procès.
Le , la veille de l'ouverture du procès, Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse à Beyrouth, défend« la liberté de blasphémer » en déclarant "Depuis les débuts de la Troisième République, il y a en France une liberté de blasphémer qui est attachée à la liberté de conscience. Je suis là pour protéger toutes ces libertés. Je n'ai pas à qualifier le choix de journalistes. J'ai juste à dire qu'en France on peut critiquer des gouvernants, un président, blasphémer (...)".
Le , la directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo, Marika Bret est exfiltrée de son domicile en raison de menaces djihadistes. Une exfiltration qui « traduit le niveau de tension inédit auquel nous sommes confrontés », note-t-elle, en soulignant « un niveau de haine hallucinant autour de Charlie Hebdo ».
Le , un ressortissant d’origine pakistanaise blesse grièvement à l'arme blanche deux personnes près des anciens locaux de « Charlie Hebdo ». Lors de son interpellation, il déclare aux enquêteurs avoir regardé avant l’attaque des « vidéos en provenance du Pakistan » concernant la republication, début septembre, par Charlie Hebdo des caricatures de Mahomet. Lors de sa garde à vue, Hassan A. « assume son acte, qu’il situe dans le contexte de la republication des caricatures (de Charlie Hebdo), qu’il n’a pas supportée ». Plusieurs personnes en contact avec l’assaillant sont également soupçonnées d’avoir été informées de son projet et de l'avoir influencer pour son passage à l’acte.
Après la décapitation du professeur Samuel Paty, le , la cour d'assises spéciale de Paris « tient à exprimer son émotion suite à l'assassinat de Samuel Paty » selon les déclarations du président Régis de Jorna.
Chronologie du procès
Les audiences sont prévues du au soit . Au total, sont cités à l'audience ainsi que .
Les trois premiers jours du procès sont consacrés au rapport du président et à l'examen de la personnalité des accusés. Durant les trois semaines suivantes, les audiences sont consacrés aux victimes des attentats et les familles des , dessinateurs, policiers, clients et employé de l'Hyper Cacher abattus par les terroristes.
Septembre 2020
Le , le premier jour du procès est consacré à la lecture de la « présentation du rapport » durant quatre heures par le président et son premier assesseur, qui qualifie l’ensemble des faits criminels survenus durant le , et .
Le , au troisième jour du procès, Ali Riza Polat, franco-turc de , est le principal accusé. Il est soupçonné d'avoir aidé Amedy Coulibaly. Lors de l'audience, il nie toute responsabilité et se dit victime de .
L'audience du est consacré à Simon Fieschi, webmaster de l’hebdomadaire, gravement blessé par deux balles. Hospitalisé durant neuf mois et se déplaçant toujours à l'aide d'une béquille, il décrit une longue rééducation et des douleurs permanentes. Il est la première victime touché par deux balles et livre un témoignage parcellaire de l'entrée des frères Kouachi dans les locaux de Charlie Hebdo.
Les témoignages suivants sont ceux des journalistes Laurent Sourisseau dit Riss et Fabrice Nicolino qui ont appelé à défendre la liberté d'expression du journal, toujours menacé cinq ans après. Fabrice Nicolino a déploré le manque de solidarité du milieu journalistique et fustige les suspicions de racisme et d'islamophobie en déclarant .
Laurent Sourisseau dit Riss, actuel directeur de publication a déploré . Les familles de Jean Cabut dit Cabu, Philippe Honoré et Stéphane Charbonnier dit Charb ont décrit, à leurs tours, les personnalités des victimes.
Le et , les audiences sont consacrés à l’examen des faits relatifs l'assassinat de la policière Clarissa Jean-Philippe à Montrouge. Arrivée de Martinique, Marie-Louisa Jean-Philippe a rendu hommage à sa fille et déclare avoir attendu cinq ans le procès pour .
Lors de l'audition de Michel Faury, ancien chef de la police judiciaire des Hauts-de-Seine, déclare être que Amedy Coulibaly se soit trompé de chemin et qu'il vise initialement l'école juive Yaguel-Yaacov à proximité des faits. Il serait tombé par hasard sur Clarissa Jean-Philippe.
Le , un enquêteur de la DGSI témoigne en évoquant un signalement un voyage à l'étranger de Chérif Kouachi en 2011 pour rendre visite à Peter Cherif. Il déclare également que les frères Kouachi sont suivis et écoutés par les services de renseignement jusqu'en 2014. Compte tenu qu', les écoutes téléphoniques et les filatures ponctuelles des frères Kouachi sont interrompues après 2014. Durant cette période, des centaines de jeunes candidats au djihad partaient en Syrie, les services ayant considérés que Chérif Kouachi, ne sont pas alors un objectif prioritaire.
Octobre 2020
Début , les interrogatoires des quatorze accusés débutent. Le premier accusé à comparaitre est Willy Prevost, poursuivi pour « participation à une association de malfaiteurs terroriste » et ami d'enfance d'Amedy Coulibaly. Il admet avoir rendu des services à Amedy Coulibaly dont l'acquisition d'un armurerie, un couteau, des Taser, des gilets tactiques et des gazeuses. Début , il achète un véhicule Renault Scénic d’occasion qu’Amedy Coulibaly repère sur un site marchand. Celui-ci lui demande également de lui trouver un garage capable de retirer le traceur de sa moto Suzuki. Le , Amedy Coulibaly va garer cette même moto dans une rue proche de l’école-synagogue de Montrouge (Hauts-de-Seine) avant d’abattre dans la rue la policière municipale Clarissa Jean-Philippe. Le lendemain, au volant du Scénic, il se rend à l’Hyper Cacher de Vincennes, tue quatre personnes et retient en otage dix-sept personnes. Willy Prevost reconnait l'aide logistique mais affirme ne pas avoir eu connaissances des projets terroristes et de la radicalisation d'Amedy Coulibaly. De même, le lendemain du procès, Christophe Raumel comparaît libre, sous contrôle judiciaire. Après avoir passé trois ans et trois mois en détention provisoire, aucun élément n'a permis d'établir qu'il a eu connaissance de l'idéologie radicale d'Amedy Coulibaly. Il admet avoir participé à l'achat de matériel pour Amedy Coulibaly mais sans avoir connaissance des projets terroristes.
Le même jour, la veuve de Chérif Kouachi explique que le matin du , son frère Saïd est venu à leur domicile. Pratiquant un islam rigoriste, elle ne peut pas rester dans la même pièce qu'un autre homme à l'exception de son mari. Ainsi, Chérif Kouachi lui annonce qu'ils partent avec son frère Saïd. Puis, la veuve de Saïd Kouachi décrit un L'assesseur cite une sœur des Kouachi déclarant aux enquêteurs que . La veuve de Saïd Kouachi minimise en déclarant que . Concernant les caricatures, elle déclare .
Le , Amar Ramdani est interrogé sur ses contacts réguliers qu'il a entretenu avec Amedy Coulibaly. Il est soupçonné d’être l’un des convoyeurs, en compagnie de son cousin Saïd Makhlouf, de la cargaison d’armes achetée par Amedy Coulibaly à l’automne 2014 auprès du revendeur lillois Claude Hermant (condamné à 8 ans de prison pour trafic d'armes en bande organisée lors d'un procès disjoint). Ses anciennes compagnes sont venues témoigner sur sa personnalité. L'une déclare qu'Amar Ramdani pratique l’islam avec plus d’assiduité à sa sortie de prison. Selon elle, leur liaison prend fin en déclarant . Il rencontre par la suite une adjudante-chef de la gendarmerie. Par la suite, elle est radiée en pour avoir consulter dans l’illégalité les fichiers policiers pour connaitre le passé judiciaire d’Amar Ramdani. À la barre, elle raconte sa conversion à l'islam sunnite et la journée du quand Amar Ramdani se précipite à son domicile pour lui demander conseil. Elle déclare que .
Au ternte-et-unième jour du procès, la cour interroge l’accusé Nezar Mickaël Pastor Alwatik. Le , il a passé plus de cinq heures en voiture avec Coulibaly, parcourant la région parisienne ce dernier rencontrant alors tous ses interlocuteurs logistiques : Polat, Ramdani et Prévost. Il découvre dans le coffre un sac rempli d’armes et les touche, ainsi explique-t-il la trace de son ADN. Il justifie ses multiples versions et mensonges qui ont été guidés par la peur. Il admet être devenu ami avec Coulibaly, à la prison de Villepinte entre 2010 et 2013 et sont restés proches jusqu'à . Coulibaly lui aurait mis en contact avec une "femme religieuse" et salafiste. Il se marie malgré l'opposition de sa mère. Le couple connait des difficultés. Lors de son témoignage, elle décrit une scène où Pastor a invité Coulibaly et sa compagne, Hayat Boumeddienne accompagné par Mohamed Belhoucine (qui s’est enfui en Syrie la veille des attentats).