Le Père Duchesne est le titre de différents journaux qui ont paru sous plusieurs plumes durant la Révolution française. Le plus populaire était celui de Jacques-René Hébert, qui en a fait paraître de jusqu’à onze jours avant sa mort à la guillotine, survenue le 4 germinal An II ().

Histoire Né dans les foires du , le père Duchesne était un personnage type représentant l’homme du peuple toujours empressé à dénoncer les abus et les injustices..

On trouve ce personnage imaginaire, véritable stéréotype, dans un texte intitulé Le Plat de Carnaval ainsi qu’un opuscule anonyme de intitulé Voyage du père Duchesne à Versailles ou La Colère du père Duchesne, à l’aspect des abus, la même année.. Cette même année, plusieurs pamphlets avaient été publiés sous ce nom.

En 1790, un employé de la poste aux lettres du nom d’Antoine-François Lemaire et l’abbé Jean-Charles Jumel (nommé rédacteur en chef le ) avaient lancé des journaux ayant recours au pseudonyme fictif du père Duchesne, situé rue du Vieux-Colombier. En , Hébert commence sa série chez l'imprimeur Tremblay. Un troisième père Duchesne parut sous la direction de l'abbé Robin, lié au club des Cordeliers et dit « de la place Henri IV », également dirigé par un ecclésiastique, et ancien censeur royal, qui débute le , imprimé par Anne Félicité ColombeOuzi Elyada, « La mise au pilori de l'abbé Maury : imaginaire comique et mythe de l'antihéros pendant la Révolution française », in: Annales historiques de la Révolution française, 2005/3 (n° 341) – lire sur Cairn. « Anne Félicité Colombe », in: Dominique Godineau, The Women of Paris and their French Revolution, Berkeley, UCP, 1998, — sur Google Livres..

Une concurrence parfois féroce naît entre ces différentes publications plus ou moins homonymes, à coup d'invectives et de plagiats. On trouve même des « Mère Duchesne ». Mais c'est celui d’Hébert, que les colporteurs de rue vendaient en criant : , et qui s’est distingué par la violence qui a caractérisé son style..

De 1790 à 1791, le père Duchesne était constitutionnel et faisait l’éloge du roi et de La Fayette, blâmant Marie-Antoinette et Marat et réservant ses foudres à l’abbé Maury grand défenseur de l’autorité pontificale contre la constitution civile du clergé. Le gouvernement a fait imprimer en 1792 certains de ses numéros aux dépens de la République afin de les faire distribuer dans les armées, en vue de sortir les soldats d’une torpeur jugée dangereuse pour le salut de la chose publique..

À l’origine, la publication, effectuée chez l’imprimeur Denis Tremblay, se faisait sur huit pages non numérotées dans le format in-8°, paraissant quatre fois par décade et coûtant cinquante sous par mois. La première page de chaque numéro était surmontée d’une vignette représentant le père Duchesne une pipe et une carotte de tabac à la main avec cette épigraphe : « Je suis le véritable père Duchesne, foutre. » et deux croix de Malte de chaque côté. Le numérotage du journal commença au premier numéro de . À partir du numéro 13, il copie la vignette (cf. ci-dessous) d’un autre père Duchesne, celui de Jumel, qui se publiait rue du Vieux-Colombier, qui représente un homme à moustache, sabre au côté et une hache levée sur un prêtre qui le supplie à deux mains et auquel il adresse la menace « memento mori » : ce prêtre figure l'abbé Maury, principale cible de Hébert. À la fin de chaque feuille sont deux fourneaux, dont l’un est renversé. Ce dernier emblème représentait la profession du père Duchesne, qui se disait vieux marchand de fourneaux..

À partir du numéro 138, Hébert se sépare de son éditeur Tremblay qui publie lui-même quelques contrefaçons. Une fois Hébert guillotiné, ses ennemis soulagés s’en donneront à cœur joie avec des parodies comme la Grande Colère du père Duchesne, en voyant tomber sa tête par la fenêtre nationale.. D’autres, tel Saint-Venant avec « Moustache sans peur », s’efforceront d’écrire dans l’esprit du temps avec de nouvelles parodies dans le même style ordurier qui le caractérisait.. Lebon en publia un en 1797. Damane publia trente-deux numéros sous ce nom à Commune-Affranchie..

À partir de 1793, l’imprimerie du Père Duchesne fut installée dans la Cour des Miracles, mentionnée dans l’impressum comme « rue Neuve-de-l’Égalité, cour des Miracles » (nos 188-312), puis « cour des Forges de Bonne-Nouvelle » (nos 313-355). Cette localisation relevait de la section Bonne-Nouvelle, dont le territoire englobait la Cour des MiraclesInventaire après l’arrestation d’Hébert, mentionnant la location d’un immeuble « cour des Miracles » partagé avec le maître-imprimeur Marquet, cité dans Archives parlementaires de 1787 à 1860, 1re série, t. 85, Paris, 1913, p. 303-304.Le Père Duchesne, nos 188-312 (« rue Neuve-de-l’Égalité, cour des Miracles »), puis nos 313-355 (« cour des Forges de Bonne-Nouvelle »), consultables dans Gallica (BNF). Voir aussi le plan de la section Bonne-Nouvelle dans l’Almanach national pour l’an II, Paris, 1793, qui inclut la Cour des Miracles. .

Style vignette|Père Duchesne foutre..., estampe rehaussée, auteur anonyme, vers 1790, BNF. Destinés à être criés dans les rues, les sommaires qui précédaient les numéros du Père Duchesne étaient conçus en termes propres à piquer la curiosité publique. Ainsi, on criait : —

Être signalé comme ennemi de la république dans le Père Duchesne se soldait souvent par une fin à la guillotine. En effet, celui-ci n’hésitait jamais à demander, selon ses termes, que le « carrosse à trente-six portières » emmène tel ou tel « crapaud du Marais » « éternuer dans le sac », « demander l’heure au vasistas », « essayer la cravate à Capet ».

Le père Duchesne exprime sa joie à la nouvelle de la reprise de Toulon, en , en ces termes :

Postérité Après la mort d’Hébert, le titre a reparu avec toutes sortes de variantes (La Mère Duchesne, Les Fils du père Duchesne) au moins une centaine de fois depuis 1790, notamment pendant la révolution de 1848 et la Commune de Paris de 1871. Il a ainsi paru, du au , sous la plume d’Eugène Vermersch, Maxime Vuillaume et Alphonse Humbert, 68 livraisons du Père Duchêne.. Il a également paru, du au , dix numéros du Fils du père Duchêne illustré.

À partir de la fin du siècle, père Duchesne devient une figure blanquiste puis anarchiste avec La Chanson du Père Duchesne, composition anonyme de 1892 encore en vogue chez les militants des années 1960.

Par ailleurs, une grande partie des expressions du Père Duchesne d’Hébert sont passées dans l’usage courant ou argotique : les mots « daron » et « daronne » pour désigner Louis XVI et Marie-Antoinette ; les expressions « avoir du plomb dans la tête », « foutre le camp », « faire la pluie et le beau temps », et « n’y voir que du feu ».

Iconographie

Chanson

COMPLAINTE DU PÈRE DUCHESNE

Air : C’est aujourd’hui mon jour de barbe ;

Ou, Vaudeville de la soirée orageuse

Comme quoi le père Duchesne s’est trompé de chemin.

Couplet

O vous tous témoins de ma mort Si je suis ici, c’est ma faute : Je comptais sur un autre sort Hélas ! Je comptais sur un autre sort Je me suis vu pris comme un sot Et cette misérable affaire, Me fait monter à l’échafaud, Croyant monter au ministère

Comme quoi le père Duchesne sera dedans

Couplet Grâces à mes efforts nouveaux La guerre seroit allumée Si la flamme de mes fourneaux Ne s’étoit changée en fumée ; En flattant mon projet maudit, D’une réussite parfaite, J’avois déjà perdu l’esprit Aujourd’hui je perdrai la tête.

Sources primaires Textes en ligne . . . . . . . . . Le Père Duchesne sur Gallica. Numéros 260 à 355 sur scribd.

Livraisons du père Duchesne n’émanant pas de Jacques Hébert .

Livraisons contre Jacques Hébert . .

Livraisons du père Duchesne contre Jacques Hébert . .

Autres publications contre Jacques Hébert . Procès des conspirateurs Hébert, Ronsin, Vincent et complices : condamnés à la peine de mort part le Tribunal Révolutionnaire, le 4 germinal, l’an 2 de la République et exécutés le même jour : suivi du précis de la vie du père Duchesne, Paris, Imprimerie du Tribunal révolutionnaire, Caillot, 1794.

Bibliographie

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Notes et références Notes

Références

Liens externes

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