alt=Édifice en forme de dôme sur un entablement soutenu par des colonnes entourant une porte centrale.|vignette|Tempietto de Bramante.
La Renaissance romaine commence à Rome dans les années 1440 et connait son apogée entre 1508 et 1520 en peinture, en sculpture et en architecture, lorsque la cité papale est le lieu de production artistique le plus important de tout le continent, avec la présence de maîtres qui ont laissé une marque indélébile sur l’art figuratif occidental, comme Michel-Ange et Raphaël, en réalisant un certain nombre d'œuvres et en projetant des ouvrages qui condensent les traits essentiels de la version moderne du « classicisme ».
Pendant toute cette période, la production artistique n'y est presque jamais le fait d’artistes locaux, mais celle d’artistes étrangers qui trouvent un terrain prospère à leurs ambitions et dont les compétences sont utilisées pour la réalisation de commandes importantes.
Le pouvoir romain par rapport aux autres cours et états italiens à pour ambition d'affirmer une autorité spirituelle et religieuse et dans le domaine temporel une puissance politique en qualité de suzerain de territoires. Alors que les états du nord de la péninsule comme Ferrare, Florence, Milan et Venise entre-autres voient leurs écoles de peinture et de statuaire se développer, leurs églises et palais se multiplier, leurs cercles de lettrés et de savants s'élargir, Rome ne sécrète aucun artiste majeur, ne livre aucune spéculation philosophique et ne tire aucun savoir critique de ses monuments antiques.
C'est le pape qui en 1420 jette les bases de la renaissance à Rome. Son objectif est de redonner à la cité son lustre, adoptant le langage de l'antiquité, se drapant dans son ancienne grandeur impériale. la ville commence alors à être le pôle d'attraction pour les artistes souhaitant étudier le classicisme de ses ruines comme les Florentins Brunelleschi et Donatello qui se rendent à Rome et y retournent plusieurs fois pour trouver l'inspiration comme Leon Battista Alberti en 1431 pour observer et analyser les monuments antiques avec l'œil de l'architecte.
De nombreux travaux sont lancés en vue du jubilé de 1450 et les revenus garantis par les célébrations permettent d'attirer dans la ville un grand nombre d'artistes comme Vivarini, les ombriens Bartolomeo di Tommaso da Foligno et Benedetto Bonfigli, les toscans Andrea del Castagno et Piero della Francesca.
Avec débute la reconstruction et la décoration de la chapelle palatine du Vatican (chapelle Sixtine) avec , Sandro Botticelli, Domenico Ghirlandaio et Cosimo Rosselli. Le premier séjour du jeune Michel-Ange à Rome a lieu sous le pontificat d'. (1503) reprend les projets de rénovation en appelant des artistes comme Bramante, Michel-Ange et Raphaël.
Le bref pontificat d' marque l'arrêt de toute l’activité artistique. La mort de Raphaël et un fléau qui ravage la ville tout au long de l'année 1523 provoquent le départ des meilleurs artistes. reprend les travaux dans les palais papaux et Parmigianino et Rosso Fiorentino satisfont les goûts des clients les plus avant-gardistes.
Le sac de Rome est vécu comme la fin d'une époque avec les départs précipités de peintres et de sculpteurs qui choisissent des cités et des cours plus propices à leur travail et est lu comme un signe de l'avènement prochain de l'Antéchrist. Au bout de quelques années des artistes comme Michel-Ange rentrent de Florence, mais l'inspiration et le style se sont infléchis apportant la thématique traditionnelle du Jugement dernier. En peinture et en sculpture, le maniérisme voit le jour, ce terme apparait chez les historiens de l'art à la fin du .
Contexte Le pouvoir romain a son ambition propre par rapport aux autres cours et états italiens, celle d'affirmer son autorité spirituelle, sa splendeur religieuse, et sa puissance politique dans le domaine temporel en qualité de suzerain de territoires. Le est une période d'abandon et de misère pour la ville de Rome du fait de l'absence des papes qui sont installés à Avignon. La population atteint alors un creux historique. Lorsqu'en 1377, Grégoire XI est de retour à Rome, il trouve une ville en proie à l'anarchie du fait des luttes entre factions nobles et populaires. Les pouvoirs doctrinaux et politiques du pontife, plus formels que réels, doivent être renforcés. Quarante années d'instabilité s'ensuivent, caractérisées au niveau local par un conflit de pouvoir entre la municipalité et la papauté, et au niveau international par le Grand Schisme d'Occident entre les papes romains et les antipapes.
Alors que les états du nord de la péninsule comme Ferrare, Florence, Milan, Padoue, Urbino ou Venise voient leurs écoles de peinture et de statuaire se développer, leurs églises et palais se multiplier, leurs cercles de lettrés et de savants s'élargir, Rome ne sécrète aucun artiste majeur, ne livre aucune spéculation philosophique et ne tire aucun savoir critique de ses monuments antiques. Seul exception, le de Giovanni Dondi (1330-1380), qui présente les monuments sans les travestir des habituelles légendes qui les entourent. Les peintres et les sculpteurs les plus doués ne font qu'y passer pour découvrir les édifices antiques, les statues retrouvées, mais peu y restent pour travailler.
Absence d'« école » romaine L'histoire de la peinture romaine de la Renaissance se caractérise par l'impossibilité d'y installer une « école » picturale, au Trecento comme au Quattrocento. Au départ, Boniface VIII (1294-1303) parvint toutefois à attirer dans la cité les esprits les plus vivants de la Chrétienté et à faire du jubilé de 1300 l'un des plus mémorables de l'Église romaine. Les œuvres que le Romain Pietro Cavallini y exécute sont presque plus modernes que celles de Cimabue, son contemporain. Il inaugure alors une alternative à la « grande manière » de Giotto et les conséquences s'en font sentir au loin, jusque dans l'école de Rimini. Les exemples de la sculpture romaine de l'Antiquité tardive y sont aussi bien compris.
La tradition locale se renouvelle au début du Quattrocento par la venue à Rome de Giotto, Masaccio, Fra Angelico ou encore Piero della Francesca. En 1481, réunit l'élite artistique florentine et ombrienne pour le grand cycle de sa chapelle dont les murs latéraux constituent comme une synthèse de la peinture moderne de l'époque.
Si les grandes familles ne manquent pas à Rome, il n'y a pas de prince véritable qui puisse organiser l'ensemble de la cité selon une politique cohérente et relativement durable. Jusqu'au , Rome, qui n'a ni place du Dôme, ni place communale, ni grande place du marché comme de nombreuses petites villes, n'est pas une « cité » à proprement parler. Son histoire picturale est déterminée par l'histoire des papes eux-mêmes. Rome est un pôle d'attraction incontestable pour les artistes, mais il faut encore que les papes les appellent. Or, les changements de pontife impliquent le plus souvent des changements d'orientation politique et culturelle : le pouvoir est assuré d'une continuité institutionnelle, mais pas nécessairement culturelle. Une fois élu, le pape devient le « prince » de Rome, mais il manque toujours la continuité familiale qui assure souvent ailleurs la persévérance des projets artistiques. Rome n'est pas non plus une République, et ce statut politique profondément ambigu explique largement la discontinuité des programmes artistiques, et la difficulté avec laquelle une culture à proprement romaine peut apparaitre.
(1417-1431)
À la suite d'un accord entre les différentes parties, , membre de la famille Colonna est élu pape. Il réussit à rétablir l'ordre dans la ville et jette les bases de sa renaissance.. Réinstallé au Siège Apostolique en 1420, il est le premier pape en mesure assurer le renouveau de la ville, à la fois en termes urbanistiques et artistiques. La ville a alors besoin d'être reconnue seule capitale de la chrétienté. De petit bourg marchand et lieu de pèlerinage modeste, elle se transforme lentement en une ville dont les splendeurs architecturales peuvent rivaliser avec Naples, Florence et Milan. Elle adopte pour cela le langage de l'antiquité, se drapant dans son ancienne grandeur impériale. Outre les papes, de puissantes familles baronniales et de riches cardinaux de la cour papale sont les grands mécènes des arts et des lettres. Dans la hiérarchie sociale, les cardinaux se situent au même rang que les princes et nombre d'entre eux ont même leur propre cour.. En 1423, un jubilé est annoncé pour célébrer la renaissance de l'Urbs. Son objectif est de redonner à la cité son lustre, avec également un but politique précis : proclamer le pontife comme le continuateur et l'héritier direct de la splendeur de la Rome impériale retrouvée..
Les premiers chantiers à entreprendre concernent essentiellement les deux pôles du Latran (avec les fresques perdues de la basilique Saint-Jean-de-Latran où Gentile da Fabriano et Pisanello travaillent entre 1425 et 1430) et du Vatican, où la résidence papale est transférée et qui devient un immense chantier, amorçant la transformation de la zone au-delà du Tibre jusqu'alors considérée comme une zone périphérique.
Entre-temps, la ville commence à être un pôle d'attraction pour les artistes souhaitant étudier et se confronter au classicisme de ses ruines. Le plus ancien voyage connu d’artistes étrangers venus pour rechercher et étudier les aspects et les techniques de l'art romain antique, est celui de 1402, lorsque les Florentins Brunelleschi et Donatello se rendent à Rome, et y retournent plusieurs fois pour trouver l'inspiration..
Pisanello et ses assistants s’inspirent également fréquemment des vestiges antiques, mais leur démarche se rapproche plutôt du catalogage. Ils sont intéressés par l'acquisition de modèles des répertoires les plus variés pour les exploiter plus tard dans différentes compositions et combinaisons, sans chercher particulièrement à comprendre l'essence de l'art antique.
Le pape, qui est resté à Florence, invite des artistes locaux, tels que Masaccio et Masolino da Panicale, à participer à son programme. L'apport novateur du premier est interrompu par sa mort prématurée.. On ne peut pas parler d'une « école romaine » car les interventions des artistes, presque exclusivement étrangers, sont encore essentiellement liées à leurs matrices culturelles respectives, sans liens spécifiques ni directions communes.
(1431-1447)
est, comme son prédécesseur, un homme cultivé et raffiné, qui voyage beaucoup et qui connait les nouveautés artistiques de Florence et d'autres villes italiennes. Le concile de Bâle sanctionne la défaite des thèses conciliaristes et réaffirme l’ordre monarchique de la papauté. Le schisme d’Orient semble trouver une issue à Florence, quoique de manière éphémère. Dans ce contexte, il lui est possible de poursuivre les travaux de restauration des basiliques romaines. Il appelle des artistes pour décorer la ville dont en 1445, l'humaniste dit Le Filarète, pour achever les portes de bronze de Saint-Pierre dans un style inspiré par l'Antiquité.
Peu de temps après, Fra Angelico arrive dans la cité pontificale, où il commence une série de grandes fresques à Saint-Pierre désormais perdues. Le Français Jean Fouquet témoigne par sa présence de l'intérêt croissant pour la peinture flamande et nordique en général. Bien que la durée du pontificat d' ne lui permette pas de mettre pleinement en œuvre ses projets, Rome commence à devenir une terre fertile pour les rencontres entre artistes de différentes écoles, qui conduit bientôt à un style commun et, pour la première fois, qualifiable de « romain ».