Alix Payen, née Milliet le au Mans et morte le à Paris, est une ambulancière communarde française. Elle est connue pour la correspondance qu'elle a entretenue avec sa famille et qui a été publiée après sa mort.

Issue d'une famille bourgeoise, républicaine et fouriériste, Alix Payen grandit en Savoie exilée du régime de Napoléon . Elle s'établit en 1861 dans le de Paris, après s'être mariée à l'âge de à Henri Payen, un sergent de la Garde nationale.

La guerre de 1870 contre l'Allemagne perdue, la Garde nationale participe à l'insurrection de la Commune de Paris et subit un siège de l'armée régulière, dite versaillaise. Elle part aux côtés des insurrectionnels, aux côtés de son mari. Elle s'engage comme ambulancière au sein du de la . Pendant un mois, d'avril à , elle est présente au fort d'Issy, au fort de Vanves, dans les tranchées de Clamart, à Levallois puis à Neuilly. Son mari blessé et atteint du tétanos, elle se retire à Paris à la fin du mois de mai pour veiller sur lui. Il meurt durant les derniers jours de la Commune. Elle parvient à échapper à la répression versaillaise.

Durant son engagement, Alix Payen maintient une correspondance régulière avec sa famille. Avec un œil bourgeois, elle décrit les conditions difficiles, le manque de vivres ou d'équipement. Elle raconte les affrontements comme la vie au sein de son bataillon. À Paris intra muros, sa mère et sa sœur témoignent de leur quotidien sous la Commune. Ses lettres, rare témoignage contemporain, rendent compte de la participation des femmes aux combats et de la place qu'elles y eurent, ambiguës entre l'outrepassement d'un espace réservé aux hommes et l'acceptation de la domination masculine, à travers les devoirs imposés à l'épouse qui suit son mari.

Après la Commune, sans fortune, Alix Payen retourne habiter chez ses parents à Paris. Elle tente de vivre seule de petits travaux dans l'art, avant de connaître un second, mais court, mariage en 1880. Elle passe les trente dernières années de sa vie auprès de sa famille, réunie à la Colonie, un phalanstère fouriériste situé dans la forêt de Rambouillet. Elle meurt en 1903, à l'âge de .

Après sa mort, sa correspondance est publiée en 1910 par Paul Milliet, frère d'Alix Payen, au sein d'une biographie familiale dans les Cahiers de la Quinzaine dirigés par Charles Péguy, puis en 2020 dans un ouvrage que lui a consacré Michèle Audin.

Vie jusqu'en 1870 Famille

Alix Payen naît Louise Alix Milliet en 1842 au Mans, dans le département de la Sarthe. Elle est la fille de Louise de Tucé, issue d'une famille mancelle aristocrate et aisée, et de Félix Milliet, un rentier moins fortuné originaire de la Drôme, qui, peu après sa naissance, démissionne de l'armée pour vivre auprès de sa famille.

Elle a deux frères, Fernand (1840-1885), militaire envoyé en Algérie et au Mexique, et Paul (1844-1918), peintre et biographe de la famille, ainsi que deux sœurs. La première, prénommée Jeanne (1848-1854), meurt dans son enfance, et la seconde, Louise (1854-1929), est artiste. La famille vit au Mans, dans une maison qu'elle a fait édifier à proximité de celle de la famille Tucé.

Exil politique en Savoie

Républicains, Félix et Louise Milliet suivent tous deux les préceptes du socialiste utopique Charles Fourier. Félix Milliet développe un socialisme , où il reste bourgeois et s'oppose à la lutte des classes. Il exprime ses idées dans des chansons qu'il fait publier et est élu capitaine de la Garde nationale du Mans.

Persécuté comme l'étaient tous les républicains de Sarthe., Félix Milliet fuit, avec son épouse et ses enfants, le coup d'État du de Louis-Napoléon Bonaparte. Ils vendent leurs propriétés et confient leur dernière-née, Jeanne, à sa grand-mère. Ils s'installent en Suisse, à Genève, puis fuient de nouveau, pour la ville montagneuse de Samoëns, située dans le royaume de Sardaigne. Dans un principe fouriériste, les filles suivent la même instruction que leurs frères, vont à l'école et aux cours d'instruction religieuse. Ainsi, Alix Milliet va à l'école chez les Sœurs. Elle fait à Samoëns sa première communion, le , avant que la famille ne déménage de nouveau, cette fois-ci pour Bonneville, où l'éducation dispensée est jugée plus complète. Sa petite sœur Jeanne, la benjamine, que sa mère Louise a ramenée depuis peu parmi eux, meurt à l'automne d'une maladie non identifiée. Les Milliet envisagent un temps de rejoindre le phalanstère La Réunion, fondé en 1855 outre-Atlantique, au Texas, par Victor Considerant.

À la fin de la décennie, la famille Milliet revient à Genève, où elle est autorisée à séjourner. Le , Alix Milliet épouse Henri Payen (1836-1871), le fils d'Adolphe Payen, un fabricant de bijoux parisien. Elle le rencontre par l'intermédiaire de son amie d'enfance Suzanne Reynaud (fille de l'horloger-bijoutier Paul Alexandre Reynaud), qui a épousé Alphonse Glatou, un proche d'Henri et dessinateur pour la fabrique d'Adolphe Payen. C'est en suivant son ami à Genève qu'Henri Payen rencontre sa future épouse. Ils se marient à Genève, à la mairie et à l'église. Elle a alors , lui .

Vie à Paris gauche|vignette|redresse|alt=Portrait d'Henri Payen, coupé en-dessous du tronc. Il est habillé en costume, avec nœud-papillon. Le regard sur la gauche, il est accoudé sur une pile de livres.|Portrait d'Henri Payen. vignette|redresse|alt=Cadre ovale, composé d'une petite illustration au centre entourée d'une dizaine de médaillon qui occupent la plus grande partie du cadre. L'illustration centrale représente une dizaine de personnages, dont certaines dansent, ainsi que deux anges.|Cadre en filigrane et émaux, création d'Henri Payen présentée à l'Exposition universelle de 1862 à Londres.

Alix et Henri Payen partent pour Paris et s'établissent dans le . En dix ans, ils déménagent par trois fois. Toujours à proximité du Château-d'Eau, ils sont domiciliés, au moins jusqu'en 1863, au boulevard de Strasbourg, puis en 1865 au de Magenta et enfin, en 1870 au Martel.

Avec son mari, Alix Payen vit seule, éloignée de sa famille, mais reste en contact étroit avec sa mère, à qui elle rend visite et avec qui elle correspond. Quelque temps après, profitant d'une amnistie générale prononcée en 1859, la famille Milliet revient dans l'Hexagone et prend elle aussi domicile à Paris, au Saint-Michel. Elle participe également à la vie de la Colonie, une communauté fouriériste établie à Condé-sur-Vesgre en Seine-et-Oise, dans la forêt de Rambouillet. Louise Milliet mère y devient administratrice.

Ouvrier-artisan bijoutier, Henri Payen s'établit à son compte. Il ouvre sa propre fabrique, indépendante de celle de son père, avec qui il travaillait jusqu'alors. Cependant, à l'opposé de son talent d'orfèvre, il est mauvais administrateur et dilapide la dot de son épouse. Celle-ci, qui s'élevait à lors du mariage en 1861, est placée chez un notaire genevois en mais n'existe plus dix ans après. Ils tentent d'avoir des enfants, sans succès.

Ambulancière pour la Commune de Paris Le siège de Paris vignette|gauche|alt=Peinture représentant un bivouac de soldats de l'armée française. Ils occupent la moitié inférieure du tableau, l'autre est occupé par un important nuage gris. Des dizaines de soldats sont debout, en uniforme ou emmitouflés dans des couvertures ; quelques-uns dorment sur le sol ou dans une petite tranchée. Derrière eux, il ne subsiste plus aucune végétation. À l'arrière-plan, une grande bâtisse, dont il ne reste plus que des pans de mur.|Bivouac après le combat du Bourget, , huile sur toile par Alphonse de Neuville en 1873, conservée au musée d'Orsay.Paul Milliet participe à la bataille du Bourget. vignette|gauche|alt=Vue du soulèvement depuis un toit parisien. Des centaines de personnes s'agitent sur la place de l'hôtel de ville : la plupart fuient, certains tirent au fusil et d'autres sont au sol. On tire aussi depuis l'ensemble des maisons entourant la place. Depuis l'hôtel, toutes les fenêtres sont occupées par des soldats faisant feu.|La mère et la plus jeune sœur d'Alix Payen assistent au soulèvement du . La garde mobile bretonne tire depuis l'hôtel de ville sur la foule et la Garde nationale.Auteur inconnu. La confédération de l'Allemagne du Nord et le Second Empire français de entrent en guerre en . Celle-ci se solde par la chute de l'empereur et un siège de Paris, débuté en et clos le de l'année suivante, qui voit la défaite de la République française naissante, alors dirigée par les monarchistes.

vignette|alt=Gravure représentant deux lignées de soldats français marchant de nuit dans un paysage vallonné et sans végétation. On ne distingue d'eux que la pointe de leurs armes. À l'arrière-plan, la plupart des habitations sont en feu.|Attaque de nuit (Moulin Saquet), aquatinte par Léopold Desbrosses en 1871, conservée au British Museum.Représentation de la guerre à Vitry. Sergents de la Garde nationale, Henri Payen et Paul Milliet, petit frère d'Alix Payen, reçoivent une affectation différente durant le siège. Paul, actif au combat depuis au sein de la du génie de l'armée de Paris, est affecté successivement au plateau d'Avron, à Pantin, au Bourget en puis à Buzenval en . Henri Payen combat dans un bataillon de quartier, au sein duquel il retrouve ses voisins et ses proches. Sa belle-sœur Louise rapporte dans une lettre du qu'il part à Vitry.

De Condé-sur-Vesgre, Louise Milliet regagne Paris afin d'être auprès de ses enfants, et emmène avec elle sa plus jeune fille, elle aussi prénommée Louise et âgée de . A contrario, le père, Félix Milliet, qui approche des reste lui à la Colonie. Alix Payen se trouve déjà à Paris. À l'arrière des combats, elle est mobilisée et participe à la fabrication de passe-montagnes.

En , sa mère et sa benjamine quittent le boulevard Saint-Michel, où elles résident, pour la rejoindre. Elles fuient les bombardements, qui touchent davantage la rive gauche que la rive droite, et plus particulièrement leur quartier. Lors de leur dernier déménagement, une douzaine de jours plus tard, elles assistent au soulèvement du mais qui échoue.

Le gouvernement de la Défense nationale capitule et signe l'armistice avec l'Allemagne le . Les hommes reviennent et la famille peut se réunir. Le , un laissez-passer autorise Alix Payen à se rendre à Condé-sur-Vesgre pour ; on ne sait si elle l'utilise. Au moins une partie de la famille retourne à la Colonie.

Vie sous le Paris communard vignette|alt= Aquarelle de Jean-Baptiste Arnaud-Durbec représentant la construction d'une barricade place Blanche le 19 mars 1871. Au premier plan, on distingue des gens dont un homme habillé d'un haut rouge courbé et armé d'une pioche pour desceller les pavés mis en place plus loin par ses camarades. Deux enfants sont allongés juste derrière la barricade de pavés, on distingue sur le côté droit inférieur du tableau au premier plan une femme qui tend un objet à un homme à genou, un balai reposant sur le sol derrière elle. Sur la gauche, un homme assis sur une paillasse semble casser la croûte, une femme et un chien assis à côté de lui. Trois hommes discutent sur le côté droit du tableau, et les autres personnages au second plan sont en train de placer les pavés pour élever la barricade. On distingue au-delà de la barricade située à l'ombre la place ensoleillée, avec des bâtiments. L'aquarelle est conservée au musée Carnavalet à Paris.|Construction d'une barricade place Blanche le , aquarelle de Jean-Baptiste Arnaud-Durbec. Conservée au musée Carnavalet à Paris. vignette|alt=Arrière d'une lettre, portant l'oblitération suivante : "Saint-Denis-sur-Seine (60) 15 mai 1871". Elle est adressée à : "Monsieur Milliet à la Colonie de Condé sur Vesgre."|Lettre adressée à Félix Milliet, passée à Saint-Denis le .