L'Association de parents pour l'évolution de l'enseignement catholique (APEEC) est une association française créée à Nantes en 1972 et dissoute en 1998. La fédération nationale FNAPEEC-École Ouverte comptait une représentation dans 26 départements en 1981. Les archives sont déposées aux AD44fonds cotés 342 J.
Historique Les préalables : mai 68, Cercle Jean-XXIII, ACMEC
C'est en , à la faculté des Lettres de Nantes, que se retrouvent des personnalités très diverses sur le thème de la « démocratisation de l'enseignement » : enseignants et parents du public et du privé, dont bientôt certains syndiqués CFDT de l'enseignement privé munis d'un mandat de leur organisation. Dans le prolongement du « Cercle Jean-XXIII » fondé par Guy Goureaux en 1964Guy Gouraux « le Cercle Jean XXIII, des catholiques en liberté, Nantes 1963-1980 », Ouest-France, 19 octobre 2015 , les discussions du « colloque de Nantes », comme il s'est appelé, vont se poursuivre plusieurs années sur le projet d'une école nouvelle, unique, ouverte à tous les courants de pensée. Dès 1964, Pierre Sécher, président national de l'ACMEC (Action catholique des membres de l'enseignement chrétien) écrivait dans le bulletin de mars : « Les structures de l'École chrétienne doivent être remises en cause, sans cesse d'ailleurs »Bulletin de mars 1964 de l'Action catholique des membres de l'Enseignement chrétien..
En 1970, à Nantes, un tract sur ce sujet est distribué à l'entrée du rassemblement national de l'Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (APEL), alors seule association de parents dans l'enseignement catholique. Sur ce thème non prévu à l'ordre du jour, 80 délégués se regroupent, dont les conclusions ne seront pas publiées.
1972 : première création d'une APEEC
Leur position n'étant toujours pas admise, la création de l'APEEC est déposée à la préfecture de Nantes le . Marcel Boucard, dans L'Écharde, écrit en 1991 : « Une autre association tenta en force de faire sa place au soleil. Elle n'y est pas encore parvenue ».Presse Océan, 22/11/1991 rubrique Éducation, « un livre un débat, et toujours la recherche du dialogue ». Dans l'enseignement catholique, écrit-il, « seul un syndicat, la CFDT, hâtivement accusé de sédition et déclaré hors-la-loi, osa et ose encore faire entendre une voix discordante ». Jean-Paul Visse, dans La Question scolaire 1975-1984, écrit : « En 1974, un syndicat, le FEP-CFDT, et une association de parents d'élèves, l'APEEC, qui ont opté pour une société de type socialiste, ont fait le choix de l'unification et de la rénovation du système scolaire ». .
Selon Guy Goureaux et Jacques Ricot, « dès 1972, l'APEEC de Loire-Atlantique recueillait 500 adhésions et des réactions très favorables se faisaient jour dans diverses autres régions (Côte du Nord, Finistère, Nord, Loire...) ».
1976 : reconnaissance officielle
En 1976 les autorités académiques reconnaissent l'APEEC comme association représentative en particulier en Loire-Atlantique, en Morbihan, dans le Nord et d'autres départements de l'Ouest et du Nord, avec toutes les prérogatives dont jouissent les autres associations de parents Vincente Lloret Bedmar, «Las organizaciones de padres de alumnos en la ensenanza libre franceza » , Université de Séville 1987 ISSN 0210-4679, ISSN-e 2255-1042. Dans La Croix, Jacques Ameline écrit : La Croix, 05/11/1976 Boîte aux lettres « l'enseignement catholique contesté : des parents pour l'évolution de l'enseignement catholique ».
Les premières rencontres nationales
En 1978 à Carquefou, près de Nantes, a lieu la première rencontre nationale des APEEC. En conclusion, trois départements (44, 56 et 69) sont mandatés pour rédiger une charte, qui sera adoptée à Paris en octobre. Les trois points essentiels sont une pédagogie ouverte, une éducation de la foi déscolarisée et l'évolution interne de l'enseignement catholique. Ainsi est élaboré un projet mobilisateur d'école unique, accueillante à tous les courants de pensée : tolérance, liberté, dialogue, ouverture, pluralisme interne : « ensemble bâtir l'école dans un service scolaire unifié ».
En à Rennes, 120 participants débattent de la mise œuvre de la charte, qui restera définitivement le texte de référence de l'association. Suivront les rencontres de à Laval, à Tourcoing et à Saint-Brieuc.
1981 : rencontre avec le ministre Alain Savary
En 1981, après l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, le ministre de l'Éducation nationale Alain Savary est chargé de la mise en place d'un grand service public d'éducation : le , il rencontre des responsables départementaux de l'APEEC : « il s'agit dans l'intérêt des enfants et des familles de rétablir la paix scolaire »..
1981 : création de la Fédération nationale
La Fédération nationale FNAPEEC-École Ouverte voit le jour le , comptant 26 départements, qui seront représentés à la rencontre de Pontivy en et adoptent le texte des « propositions pour un nouveau service unifié, rénové, laïque et pluraliste », que les représentants de la FNAPEEC déposent au ministère dans le cadre des consultations du projet Savary.
Le au Mans, la FNAPEEC s'exprime « sur un nouveau projet pour une carte scolaire unique, un projet d'école unique expérimental en zone rurale et des propositions suggérées par le ministre (Savary) ».
En 1983, La Dépêche du Midi écrit : .
1984 : le projet Savary
L'APEEC juge le projet de loi Savary positif mais nettement insuffisant concernant la participation des parents et le rapprochement des deux systèmes concurrents, public et privéLa Croix, 21 avril 1984, : « Des réactions au projet de loi : l'APEEC juge le projet positif mais nettement insuffisant ». Bruno Poucet affirme dans Entre l'Église et la République (1998) : .
Après le retrait du Projet Savary
En 1985, en Franche-Comté, Mesdames Schuller et Ponçot font savoir à la presse que « l'APEEC veut battre en brèche le monopole de l'APEL »« Nouvelle association de parents du privé : l'APEEC veut battre le monopole de l'APEL », L'Est Républicain, 12 mars 1985..
En 1986 à Paris, l'Assemblée générale de la FNAPEEC conteste le monopole de l'UNAPEL pour la représentation des parents du privé et fait des propositions sur les rythmes scolaires« La FNAPEEC a quinze ans : s'unir pour le bien de l'enfant », Ouest-France, 26 novembre 1987, p. 2.
En 1987 à Reims, Jean-Paul Boissonnot, président, interroge : « Pourquoi deux associations de parents ne pourraient-elles pas exister à l'intérieur de l'Enseignement catholique ? »« M. Boissonnot, président de la FNAPEEC », rubrique « Éducation », Le Monde, 27 mai 1986.
Dans la revue nationale Témoignage ACO de , René Boiteau écrit : « L'APEEC qui a avant tout le souci des plus pauvres, ne cesse de mettre en confrontation l'institution école catholique et le message évangélique... Par la ténacité de ses responsables, l'APEEC secoue et interpelle »Témoignage ACO, décembre 1989, p. 2..
La même année, à Muzillac (Morbihan), APEL et APEEC se confrontent cordialement dans un scrutin à la proportionnelle inédit pour l'enseignement catholique : la volonté commune des parents de coopérer pour le bien des enfants a raison petit à petit des dernières réticencesLa Croix, rubrique « Vivre ensemble », 29 octobre 1989.
En 1992, dans un communiqué de presse, José Laleeuw, président FNAPEEC, affirme : « Le mur de la honte que la structure persiste à édifier pour nous tenir hors de l'école de nos enfants ne nous empêche pas d'exister ». Un mur est effectivement tapissé par la FNAPEEC sur l'entrée de l'Enseignement catholique, où le père Cloupet, responsable national, était attendu : « J'y vois - dit-il dans Ouest France - un signe de vitalité, je reçois les APEEC, mais il en va autrement pour qu'ils soient reconnus au comité national ».
Présidents APEEC 44 : 1972 Jean Desmas
FNAPEEC :
1981 : Jacques Ameline (44) 1982 : Marc Trégouet (44) 1983-1986 : Marcel Carteau (56) 1986-1992 : Jean-Paul Boissonnot (85) À partir de 1992 : José Laleeuw (59)
Convictions Une enquête proposée aux adhérents en 1976Michel Rio, « Une espérance ou un rêve fou », mémoire C2 de sciences de l'éducation, 1981, p. 14. permet de constater qu'ils sont de couches sociales moyennes. Un fort pourcentage d'enseignants s'explique du fait qu'ils sont les premiers concernés. Ce sont des militants et le projet de l'APEEC rejoignait celui de la CFDT sur l'école. Selon Michel Rio : « Considérés avec suspicion, voire une franche hostilité […] il faut des gens fortement motivés […] pour faire un tel choix ». Ainsi ont-ils le sentiment que l'école catholique les empêche de vivre la vocation missionnaire de l'Église solidaire des plus défavorisés. En conclusion de l'enquête, l'APEEC exprime le risque « de voir demain une école catholique livrée aux forces traditionnelles et conservatrices... ».
Positions des évêques Les évêques en charge nationale du monde scolaire, Pailler et Honoré, refusent officiellement de rencontrer les responsables de l'APEECMichel Rio, o.c., : citation de La Croix du 8 mars 1979.. En revanche, outre Panafieu déjà cité, l'évêque de Nantes Marcus rencontrera longuement en privé une douzaine de familles adhérentes, avec comme conclusion que les évêques africains lui conseillaient de ne rien changer en particulier par rapport à la catéchèse. Le , Gaillot, qui n'avait pas signé le texte épiscopal « Gagner la paix »« Évreux : une bombe pour des bulles ; apaisement du conflit entre Gaillot et l'enseignement catholique diocésain ; la signature d'un évêque au bas d'une pétition remue la vie du diocèse », La Croix, 6 février 1985., écrit à l'APEEC .
Diversité des actions départementales Les APEEC, malgré les difficultés rencontrées pour se faire reconnaître dans l'enseignement catholique, n'ont de cesse de travailler vers une action commune entre enseignement public et privé, et d'autre part d'agir dans les écoles pour coller aux réalités pour plus d'égalité.
La rencontre nationale de , à Angers, est l'occasion de faire un bilanMichel Rio, o.c., . dans les divers départements ; à titre d'exemples :
en 59, forte implantation, l'APEEC est admis dans les comités de parents avec débats sur les rythmes scolaires ; en 44, réflexion critique sur les nouveaux statuts des organismes de gestions (OGEC), rencontre avec le directeur diocésain, fortes réactions subies lors de la distribution des tracts d'adhésion à la porte des écoles ; en 56, action positive concernant les transports scolaires en milieu rural après intervention auprès au conseil général, enquête sur les inégalités financières des parents ; en 73, participation aux commissions d'homologation d'entrée en ; en 29, diffusion d'un dossier sur l'éducation ; en 49, action en faveur des enfants défavorisés par création de GAPP pour l'aide psycho-pédagogique.
Dissolution En 1992, les nouveaux statuts de l'Enseignement catholique précisent (article 54) : « Les parents restent représentés par l'UNAPEL et uniquement par elle ». René Boiteau, président de l'APEEC 44, dépose officiellement la dissolution de l'APEEC en préfecture de Nantes en 1998Journal Officiel, 19 décembre 1998, , 1502..
Notes et références
Catégorie:Association française fondée en 1972 Catégorie:Association française disparue en 1998