Le parc de la Garenne ou parc royal de la Garenne de Nérac est un parc d'origine royale longé par la Baïse en Lot-et-Garonne.

L'endroit est d'abord une garenne royale dont l'aménagement débute à l'orée du siècle. Il devient rapidement un lieu prisé de la cour de Navarre, servant de lieu de promenade de chasse et de jeu, notamment pour le jeu de mail. Après la mort d'Henri IV, son état se dégrade et ses arbres sont régulièrement coupés. Le siècle marque le renouveau du parc. En effet, son exploitation comme réserve de bois est interdite et son accès devient plus aisé grâce aux travaux de Georges-Eugène Haussmann ; le parc est également devenu la propriété de la ville, il est par conséquent accessible à tous les promeneurs. C'est aussi à cette époque que sont découvertes des mosaïques romaines et que sont installés des aménagements destinés aux promeneurs (bancs, fontaines, kiosque, théâtre de plein air...). En 1909, le parc de la Garenne devient le premier site classé de la région Aquitaine, une protection étendue en 2020 aux Jardins du Roy situés de l'autre côté de la Baïse.

Du fait de son histoire riche, le parc est ponctué de fontaines très anciennes comme la fontaine du Dauphin (1602) et d'arbres parfois vieux de plus de 200 ans. C'est aussi un lieu abritant des espèces protégées.

Histoire

Un parc royal Le parc existe probablement depuis le Moyen Âge mais son aménagement a débuté à l'orée du siècle, sous l'impulsion d'Henri d'AlbretPanneaux de l'exposition commémorant le centenaire du classement du parc de la Garenne, 2009..

Henri d'Albret En 1510, Henri fait acquérir des terrains à proximité du château afin d'y aménager une garenne et un jardin. Il noue une relation d'amitié avec François et épouse sa sœur Marguerite de Navarre en 1527. François donne en héritage à Henri les biens des Armagnac dont avait hérité le duc d'Alençon, premier époux de Marguerite de Navarre ; et c'est ainsi que Henri d'Albret se trouve en possession du patrimoine de l'une des plus grandes familles de Gascogne. La garenne et le jardin s'étendent de part et d'autre de la Baïse et servent de lieu de promenade, de jeu, de chasses et de fêtes. Marguerite de Navarre y situe même certaines intrigues de son Heptaméron. Le parc n'est accessible que depuis la terrasse du château, c'est donc un espace privé, réservé à la famille royale et à ses proches.

Jeanne d'Albret et Antoine de Bourbon À l'époque, une demeure seigneuriale ne peut être envisagée sans un jardin de plaisance et c'est ainsi que Jeanne d'Albret et Antoine de Bourbon vont clore le parc d'un mur vers 1560. Ce premier parc s'étend alors jusqu'à la fontaine Saint-Jean, il est appelé . Par ailleurs, la fontaine Saint-Jean semble avoir été construite à cette époque.

Henri IV et Marguerite de Valois alt=|vignette|500x500px|Plan de la ville de Nérac. Le parc de la Garenne est appelé . Marguerite de Valois et Henri III de Navarre font un second enclos qui se prolonge jusqu'au bourg de Nazareth, formant l' qui s'étendait, comme aujourd'hui, le long de la Baïse. Marguerite de Valois décrit la création de l'allée dans ses mémoires :

Cette promenade, considérée à l'époque comme l'une des plus belles du royaume est également un lieu propice au jeu de mail. Après son couronnement en 1589, Henri IV ne revient plus sur les terres de son enfance et confie donc le domaine à sa sœur Catherine de Bourbon. Cette dernière poursuit les aménagements et le site est si réputé que William Shakespeare l'aurait choisi pour cadre de sa pièce Peines d'amour perdues dans les années 1595. Catherine invite également le calviniste Jacques II Androuet du Cerceau, contrôleur général des bâtiments du roi, qui donne un portrait du domaine perdu aujourd'hui. En cette fin de siècle, la garenne ne sert plus de lieu de chasse contrairement aux pratiques qui avaient cours sous Henri , c'est devenu un parc d'agrément, qui reste par ailleurs indépendant du Jardin du Roy. C'est un espace qui reçoit des aménagements destinés aux animaux comme un colombier et une étable pour les vaches à la fin des années 1570.

Après la mort d'Henri IV En 1610, alors qu'Henri IV meurt assassiné par Ravaillac, le domaine se voit rattaché à la Couronne de France. Nérac demeure cependant un lieu important pour les dernières guerres de religion et alors que Henri de Rohan s'oppose à la restitution des biens de l’Église catholique en Béarn le ; une véritable insurrection s'empare de la ville et chasse les catholiques. Au cours de cette insurrection, la fontaine des Poupettes est détériorée et les arbres des parcs et jardins du roi sont coupés. La cité est assiégée par les troupes royales et finit par capituler le .

Le roi Louis XIII, fil d'Henri IV, se rend à Nérac du 27 au et fait démolir les murailles de la ville en guise de représailles ; un sort que connaissent toutes les cités protestantes.

La garenne et les jardins sont dégradés par les crues régulières de la Baïse, M. Morin (rédacteur d'un rapport à la duchesse de Bouillon) écrit en 1654 : . De grands travaux de défrichement et de replantage sont alors engagés et le jardin d'agrément des rois de Navarre devient un jardin planté d'espèces utilitaires. Dès l'année 1655 les vieux arbres peu productifs et morts pour la plupart sont déracinés et les trous sont rebouchés. On y plante à la place des arbres fruitiers tels que des cerisiers, figuiers et pruniers qui sont disposés de manière rationalisée. Quant au parc de la Garenne, les fontaines qui ponctuent son parcours font l'objet de restaurations. Il conserve l'agencement qu'il avait du temps de la reine Margot avec la fameuse allée des 3 000 pas qui longe la Baïse. Les ormes plantés dans les années 1580 sont alors en pleine croissance et rythment donc avantageusement le parcours. Le jardin et le parc de la Garenne sont dorénavant surveillés par des gardes et il est interdit d'y couper des arbres.

Au siècle Robert de Hesseln, dans son Dictionnaire Universel de la France (1771), décrit le parc de la Garenne avec un certain enthousiasme :

Cependant le bois du parc de la Garenne est peu exploité et surtout, il est victime de coupes illégales qui lui ôtent les deux tiers de sa valeur. Ce problème des coupes illégales dure depuis François et concerne tout le royaume mais la situation s'aggrave au en raison de la croissance de la population.

Après la Révolution En 1793, des ailes du château sont rasées. En 1795 les Jardins du Roy sont vendus par lots aux enchères, puis c'est au tour de la Garenne d'être proposée aux enchères, par lots également. La garenne est achetée par la commune grâce à un décret de Napoléon daté du . Le parc de la Garenne est alors divisé en deux parties, l'une étant dévolue à la promenade publique et l'autre, constituant une réserve de bois exploitable et régulée par l'administration forestière. Cependant un arrêté du vient mettre un terme à cette division et consacre l'entièreté du parc de la Garenne à l'agrément des citadins ; le sol y est nivelé, sablé, et ponctué de bancs.

Le parc de la Garenne devient un lieu privilégié pour les festivités publiques, notamment la fête annuelle organisée en l'honneur du et un lieu d'entraînement pour la Garde Nationale.

Haussmann à Nérac vignette|500x500px|Plan général de la ville de Nérac en 1833. Les percées haussmanniennes sont représentées en rouge. Le parc de la Garenne est traversé par l'avenue haussmannienne et la partie qui se trouve à droite de cette avenue ne fait dès lors plus partie du parc. Georges Eugène Haussmann, le futur auteur des percées haussmanniennes de Paris devient sous-préfet de Nérac en 1832, à l'âge de 23 ans. Il manifeste déjà à cette époque un fort intérêt pour la modernisation des voies de communication qu'il traduit dans son action sur la ville de Nérac. Au moment où il prend ses fonctions, Haussmann hérite d'une situation particulière ; une grande partie du château a été rasée et laisse donc un espace vide, le pont qui le reliait au parc de la Garenne est vétuste et surtout, il n'y a pas de liaison directe entre Nérac et Agen. Afin de faciliter la liaison entre Nérac et Agen, il fait percer la route d'Agen qui traverse une partie du parc de la Garenne sous la forme d'une avenue bordée d'arbres, séparant le Petit Nérac du parc de la Garenne. Il crée également une voie traversant le centre historique de Nérac et relie cette voie à la route d'Agen en suivant le tracé des anciennes douves du château. Enfin, le pont qui reliait autrefois le château à la garenne est remplacé par le Pont Neuf, dont l'édification est confiée à Jacques-Samuel de Bourousse de Laffore, constitué d'une seule arche en anse de panier et achevé en 1837.

Découvertes authentiques et authentiques impostures

En 1833, Maximilien Théodore Chrétin, professeur de dessin à Nérac procède à des fouilles archéologiques dans le parc et découvre une villa gallo-romaine. Quoique la découverte fut authentique, Chrétin l’accompagne d'un véritable travail de faussaire en créant de toutes pièces des inscriptions épigraphiques telle l'énigmatique qui ne signifie rien de moins que . Il crée une douzaine d’inscriptions et de médaillons, tous en rapport avec l'empereur romain Tétricus. De même il invente une épouse à cet empereur qu'il prénomme Néra, pour faire découler le nom de la ville de Nérac du nom de l'épouse de l'empereur. Avec cette duperie, il réussit à confondre Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques. À la suite de cette supercherie, les fouilles sont abandonnées en 1847 et ne reprennent qu'en 1966. Les mosaïques découvertes sont authentiques et elles étaient visibles des passants au siècle grâce à des édifices de protection. Mais elles se détérioraient au contact de l'air et c'est pourquoi le conseil municipal les a recouvertes de terre en 1847. Les plus grandes furent par la suite transportées à la mairie où elles sont encore exposées aujourd'hui tandis que la plus petite est encore visible dans le parc.

Le parc de la Garenne à la Belle Époque vignette|Faubet (architecte), kiosque, 1894. La fin du siècle marque une prise de conscience de l'important passé du parc de la Garenne et par la même occasion une idéalisation de ce passé. Ainsi, des constructions fleurissent aux abords de la promenade, tout en faisant des références explicites au passé. C'est le cas par exemple de la grotte de Fleurette (1896) ou encore de la fontaine des Marguerites (1903), érigée à la mémoire de Marguerite de Navarre et Marguerite de Valois. Cette glorification du passé trouve son apogée dans un projet de station thermale en 1931 qui n'était pas sans rapport avec les découvertes archéologiques réalisées cent ans plus tôt.

D'autres constructions émergent sans référence particulière au passé, pour le seul agrément. C'est le cas du théâtre de la nature prenant place derrière la fontaine du Dauphin conçu pour accueillir 2 600 spectateurs et qui consiste en une scène bétonnée entourée de végétation disposée de manière à servir de coulisse. Ce lieu inauguré en 1907 sert alors de café-concert et de grandes représentations d'opérettes y sont données jusqu'en 1966 dont le drame lyrique de Fleurette, joué en présence de son auteur Eugène Pujol et dirigé par Gaston Poulet, alors directeur du Conservatoire de Bordeaux. Le , c'est Carmen de Bizet qui est jouée devant 4 000 personnes.

Le kiosque et le chalet appelé sont également des constructions destinées à l'agrément, datées de 1894.

Premier site classé en Aquitaine vignette|500x500px|Paul-Émile Bonhotal, L'allée de la Garenne et de la fontaine du Dauphin à Nérac, 1905-1906, Nérac, Château-musée Henri IV.