Jean Vénitien est un peintre et illustrateur français né le à Constantine (Algérie) et mort le à Paris.
Influencé par le postimpressionnisme et proche des peintres de la réalité poétique, une part de son œuvre (de 1946 aux années 1950) le rangea d'abord, avec André Fougeron, Boris Taslitzky et Jean Amblard, parmi les tenants du réalisme socialiste en France.
Biographie vignette|120px|Alger, la basse casbah. L'Algérois vignette|redresse|l'École supérieure des beaux-arts d'Alger. De lointaine ascendance italienne Jean Vénitien naît à Constantine de l'union de Paul Vénitien, géomètre, et d'Alix Giraudet (morte en 1932). Il est encore tout jeune enfant lorsque ses parents partent s'installer dans la basse casbah d'Alger où Paul Vénitien devient décorateur de scène, notamment pour l'opéra d'Alger. Mobilisé au cours de la Première Guerre mondiale, ce dernier meurt, âgé de 33 ans, en 1919 des suites des inhalations de gaz de combat, faisant que Jean devient en novembre de cette année-là pupille de la Nation. Tout en poursuivant ses études secondaires, il suit les cours de l'École supérieure des beaux-arts d'Alger. vignette|redresse|Paris, l'École nationale supérieure des beaux-arts. vignette|redresse|Paris, square Desnouettes Le Montmartrois Jean Vénitien arrive à Paris en 1931 et entre dans la section peinture de l'École nationale supérieure des beaux-arts, portant aussitôt et durablement un vif intérêt pour la règle du nombre d'or appliquée à la peinture. MontmartroisAndré Roussard, Dictionnaire des peintres à Montmartre, Éditions André Roussard, 1999., il épouse en 1931 une jeune fille originaire d'URSS et du nom de Tarkanoff (un fils, Jacques, leur naîtra en 1945), tandis qu'une bourse du Gouvernement de l'Algérie, qui lui attribuera son prix annuel en 1932, le soutient dans ses études : il est de la sorte également admis en 1932 à l'École nationale supérieure des arts décoratifs. Ces études qu'il finance en effectuant des travaux de peinture en bâtiment sont interrompues par son service militaire où il est brigadier-chef dans le train des équipages.
La première attirance politique nationaliste de Jean Vénitien pour les Croix-de-Feu du colonel François de La Rocque le fait adhérer durant quatre mois de l'année 1935 à la Ligue des Volontaires Nationaux, avant que les amitiés russes de son épouse ne fasse glisser sa sympathie vers l'extrême gauche. En peinture, il côtoie les peintres de la réalité poétique (Maurice Brianchon, Christian Caillard, Jules Cavaillès, Raymond Legueult, Roger Limouse, Roland Oudot, André Planson, Kostia Terechkovitch, commence à se faire un nom en tant que portraitiste et à participer aux salons parisiens (Salon des Tuileries, Salon des indépendants, Salon d'automne).
C'est à son retour de mobilisation de 1939 en Algérie, dans le Service auxiliaire du train des équipages, que Jean Vénitien, avec son épouse, se rapproche du communisme. S'il évoquera lui-même l'exécution de deux artistes peintres communistes par l'occupant allemand comme initiateur de son militantisme, il n'adhère au Parti communiste français qu'en , son engagement dans l'Union des arts plastiques (syndicat des peintres d'obédience communiste dont le secrétaire général est son ami André Fougeron) suivant peu après. Installé au 4, square Desnouettes dans le , il est dès 1945 professeur de dessin et d'anatomie à l'Institut des hautes études cinématographiques encadré alors par d'autres militants communistes comme Georges Sadoul et Léon Moussinac, puis, au début des années 1950, professeur de dessin délégué à la Ville de Paris et à l'école communale de la rue de la Fraternité à Romainville. L'art du portrait : réalisme socialiste et dissemblance Les expositions collectives d'artistes communistes auxquelles va alors participer Jean Vénitien, notamment à la Maison des Métallurgistes à Paris, ses toiles militantes comme Le Fusillé, Le Jugement de Paris, Nous voulons la paix Tableau reproduit dans Les Lettres françaises, , ., Jacques Duclos à la tribune Pierre Daix, J'ai cru au matin, collection « Vécu », Robert Laffont, 1976, . Jeannine Vergès-Leroux, Au service du Parti - Le parti communiste, les intellectuels et la culture (1944-1956), Librairie Arthème Fayard / Éditions de Minuit, 1983, ., La Mort de Marx, La Mort d'Alfred Gadois, sont significatives de sa représentativité du réalisme socialiste en France que tant Francis Parent et Raymond Perrot, qui distinguent en lui Francis Parent et Raymond Perrot, Le Salon de la Jeune Peinture. Une histoire, 1953-1983, Éditions Jeune Peinture / Imprimeurs libres, 1983, ., que Bernard DorivalBernard Dorival, Les peintres du . Du cubisme à l'abstraction, 1914-1957, Éditions Pierre Tisné, 1957, . ou encore le Dictionnaire BénézitDictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, vol.14, . s'accordent à retenir comme trait dominant de son historicité.
Rappelant pour sa part le propos d'André Stil - André Stil, André Fougeron - le pays des mines, préface du catalogue d'exposition, Fédération régionale des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, Lens, 1951, . - Jeannine Verdès-Leroux situe communément deux tableaux (tous deux contemporains du Portrait de Staline par Pablo Picasso) - Hommage à Marcel Cachin d'André Fougeron et Jacques Duclos à la tribune de Jean Vénitien - comme peints et comme archétypaux de la charge que reçoivent les artistes engagés de . On observe ainsi que dans ces deux toiles, . Cette relégation en seconde importance du "ressemblant" consterne cependant un Pierre Daix qui restitue son regard désapprobateur sur les deux mêmes toiles : .
Après avoir peint un Portrait de Jules Moch qui lui est reproché, après également avoir participé à plusieurs voyages organisés en Europe de l'Est par le PCF, Jean Vénitien s'éloigne de celui-ci à partir de 1955. En 1958, avec sa nouvelle compagne, Marcelle Capy, il s'installe définitivement au prieuré Saint-Saturnin de Chevreuse qu'il va s'employer à sauver de la ruine.
Le Chevrotin vignette|redresse|Saint-Antoine-l'Abbaye. Ami de Roger Limouse, sa peinture va alors, outre des portraits majoritairement féminins et des natures mortes, s'orienter essentiellement vers le paysage à la faveur de ses nombreuses villégiatures en France (Arcachon, Pornic, Évian, Marcilly-sur-Eure, les bords de Seine, les environs de Saint-Antoine-l'Abbaye, village de l'Isère où il acquiert une résidence) et en Belgique (Bruges). À l'instar de chez Michel-Henry, des toiles associent un bouquet de fleurs au premier plan à un paysage en arrière-plan. Il est dans les années 1980 professeur à l'École nationale supérieure des beaux-arts où son enseignement fait encore ressortir sa passion pour la règle du nombre d'or. Il meurt en au prieuré Saint-Saturnin qui, après avoir été son atelier durant quinze ans, deviendra un centre d'art contemporain.
Contributions bibliophiliques Henri Bassis, Bonheur en tête, portrait d'Henri Bassis par Jean Vénitien en frontispice, dix exemplaires numérotés constituant l'édition originale, Pierre Seghers éditeur, 1953 (consulter en ligne). Pierre Osenat (préface de Jacques Prévert), Poèmes choisis, illustrations de Jean Vénitien et Guillemette Morand, Éditions Armand Henneuse, Paris, 1969. Raymond Nacenta mentionne une édition du livre Et l'acier fut trempé de Nicolaï Ostrovski illustrée par Jean Vénitien sans préciser le nom de l'éditeur ni la date de parution. Ce livre semble introuvable aujourd'hui Raymond Nacenta, School of Paris - The painters and the artistic climate of Paris since 1910, Oldbourne Press, 1960..
Expositions Expositions personnelles vignette|redresse|Chevreuse, le prieuré Saint-Saturnin. Galerie Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1944. Eric Galleries, New York, à partir de 1964. Galerie Durand-Ruel, Paris, 1966. Frank Partridge Gallery, New York, « A cocktail preview of paintings by Jean Vénitien at the Frank Partridge Gallery », The New York Times, 30 mars 1967, .. Séchoir à peaux, Chevreuse, novembre-, . Jean Vénitien. Rétrospective, Centre d'art contemporain du prieuré Saint-Saturnin, Chevreuse, mai-, avril-. Château de Belleville, Gif-sur-Yvette, .
Expositions collectives vignette|redresse|La Maison des Métallurgistes à Paris. Salon des indépendants, Paris, à partir de 1940. Salon d'automne, Paris, 1941 Patrick-F. Barrer, « L'Histoire du Salon d'automne de 1903 à nos jours », Arts et Images du Monde, 1992, ., 1953Gérard Singer, « Toutes les couleurs de l'automne », Les Leettres françaises, 12 novembre 1953, . Treize peintres et sculpteurs contemporains, galerie Charpentier, Paris, 1942. Salon des Tuileries, Musée d'art moderne de la ville de Paris, juin-, juin- Musée d'art moderne de la ville de Paris, Salon des Tuileries - XXIe exposition, catalogue, n°552, .. Jean Amblard, Édouard Pignon, Gérard Singer, Jean Vénitien, Maison des Métallurgistes, Paris, 1950Szymon Piotr Kubiak, Loin de Moscou. Gérard Singer et l'art engagé, Êditions de la Maison des sciences de l'homme, Centre allemand d'histoire de l'art, Paris, 2020, .. De Marx à Staline. Bernard Damiano, André Fougeron, Fernand Léger, Mireille Miailhe, Pablo Picasso, Édouard Pignon, Paul Rebeyrolle, Jean Vénitien…, Maison des Métallurgistes, Paris, (tableau exposé : La Mort de Marx)..
Citations - Jean Vénitien, 1990Dit par Jean Vénitien dans le film d'Alain Rémond Jean Vénitien, l'homme à la casquette rouge, AAA Radio Vidéo, 1990.
Récompenses Prix du Gouvernement de l'Algérie, 1932Claude Pennetier (dir.), Le Maitron. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, vol.12, Éditions de l'Atelier, 2016..
Collections publiques
Algérie Alger, musée national des Beaux-Arts. Constantine, musée national Cirta : Femme au masque, huile sur toile 116x73cm, vers 1947Centre national des arts plastiques, "Femme au masque" dans les collections.
États-Unis Charlottesville, .
France vignette|redresse|Chevreuse, le prieuré Saint-Saturnin Chevreuse : mairie ; prieuré Saint-Saturnin. Paris : musée d'Art moderne de Paris ; musée national d'Art moderne. Puteaux, Fonds national d'art contemporain : Nature morte aux fruits, huile sur toile 27x41cm, vers 1941Fonds national d'art contemporain, "Nature morte aux fruits" dans les collections ; Femme à la mandoline, huile sur toile 73x60cm, vers 1942Fonds national d'art contemporain, "Femme à la mandoline" dans les collections ; Les transformateurs, huile sur toile 65x81cm, avant 1954Fonds national d'art contemporain, "Les transformateurs" dans les collections.
Roumanie Bucarest, musée national d'Art de Roumanie.
Notes et références
Annexes Bibliographie Pierre Daix, « Le Sultan du Maroc n'est pas une tache de couleur », Les Lettres françaises, 18 novembre 1954, (lire en ligne). Bernard Dorival, Les peintres du . Du cubisme à l'abstraction, 1914-1957, Éditions Pierre Tisné, Paris, 1957. Raymond Nacenta, School of Paris - The painters and the artistic climate of Paris since 1910, Oldbourne Press, Londres, 1960. Jean Vénitien, Partridge Fine Arts Ltd., New York, 1967. Pierre Daix, J'ai cru au matin, collection « Vécu », Robert Laffont, 1976. Denis Milhau, « Présupposés théoriques et contradictoires du nouveau réalisme socialiste en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale », Art et idéologies. L'art en Occident, 1945-1949. Actes du 3e colloque d'histoire de l'art contemporain tenu au Musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne les 18, 19 et , Centre interdisciplinaire d'étude et de recherche sur l'expression contemporaine / Imprimerie Le Hénaff, Saint-Étienne, 1978 (consulter en ligne). Jeannine Verdès-Leroux, « L'art de parti. Le Parti communiste français et ses peintres, 1947-1954 », Les fonctions de l'art, Actes de la recherche en sciences sociales, , 1979. Jeannine Verdès-Leroux, Au service du Parti - Le parti communiste, les intellectuels et la culture (1944-1956), Librairie Arthème Fayard / Éditions de Minuit, 1983.