La communauté de la séduction est un ensemble de jeunes hommes hétérosexuels inspirés par le développement personnel, la programmation neuro-linguistique (PNL) et le coaching et mus par une idéologie antiféministe, qui, s'étant rencontrés sur Internet via des espaces spécifiques, s'échangent leurs conseils et leurs techniques de séduction des femmes pour reprendre le contrôle du désir féminin.
Ces groupes pratiquent et valorisent en particulier la drague de rue, au-delà des interactions à distance proposées par les services de rencontre (sous forme de sites web ou, depuis les années 2010, d'applications mobiles).
Certains individus jugés expérimentés s'autoproclament « pick-up artists » (PUA, littéralement « artistes de la drague ») ou « coachs en séduction » lorsqu'ils proposent des formations payantes (livres, vidéos, séminaires ou sessions de coaching personnalisé).
Les premiers groupes apparaissent aux États-Unis à la fin des années 1990, mais, trente ans plus tard, ce type de sociabilités existe dans tout l'Occident.
Histoire
Les premiers groupes relevant d'une « communauté de la séduction » apparaissent à la fin des années 1990 en Californie, notamment autour de Ross Jeffries, pratiquant l'hypnose et la programmation neuro-linguistiqueMagazine ISA, n°83, avril 2007, page 84., avant de se développer dans toute l'Amérique du Nord puis en Europe, grâce à l'essor concomitant des réseaux sociaux numériques, du développement personnel et du coaching.
Voués initialement à l'expression du malaise masculin et aux difficultés rencontrées par les hommes dans leur expérience de l'hétérosexualité, les groupes de parole se transforment rapidement en séminaires, animés par ceux qui se présentent comme les plus expérimentés et les plus érudits, chargés de transmettre leurs connaissances en matière de séduction. À ce premier développement du groupe autour d'un coaching qui s'est peu à peu professionnalisé, se juxtapose une pratique axée sur les sociabilités entre hommes autour des nouvelles technologies de l'information et de la communication et plus particulièrement des réseaux sociaux en ligne. En 1994, un groupe d'élèves de Ross Jeffries décide d'ouvrir le premier groupe de discussion en ligne de la communauté, alt.seduction.fast, dans le but de favoriser la circulation des informations entre les individus qui participaient alors aux différentes rencontres. Ces groupes de discussion ont surtout permis l'extension de la communauté à l'échelle internationale par le biais de l'ouverture de sites et de forums Internet favorisant l'échange entre les membres au niveau local afin de prolonger hors ligne les sociabilités nouées en ligne.
Ces groupes, au départ via la création de newsgroups appelés « lairs », ont pour but de partager des connaissances ou des techniques sans en faire un commerce.
Parmi les personnalités les plus médiatisées dans les années 2000, on relève Neil Strauss, auteur du livre The Game : Les secrets d'un virtuose de la drague (2006), et Erik Von Markovik, dit Mystery, qui écrit l'ouvrage The Mystery Method: How to Get Beautiful Women into Bed (2007).
Composition
La communauté de la séduction est composée exclusivement d'hommes hétérosexuels, généralement vingtenaires.
Organisation et géographie
La communauté de la séduction ne dispose pas de structure unitaire, mais fonctionne davantage comme un réseau de sites Internet autonomes répartis nationalement, voire régionalement, composant autant de foyers locaux de diffusion. Ces groupes possèdent des sites Internet spécifiques et organisent des réunions mensuelles dans des rues ou des bars, voire des séminaires dans les salons des grands hôtels ou dans des salles de conférence.
Internet est toutefois déprécié par les apprentis séducteurs qui revendiquent avoir acquis une certaine maîtrise dans l'exercice de la drague de rue. La rue passe ainsi pour être le plus ardu des territoires de drague, garantissant l'efficacité de l'apprentissage de la séduction. Seul « vrai challenge », la drague de rue permet une confrontation frontale au terrain, mêlant la maîtrise des contextes de séduction aux aléas des rencontres.
Économie
L'apprentissage de la séduction implique le plus souvent une participation financière pour bénéficier de l'accès aux ouvrages et aux vidéos spécialisées ainsi qu'à des cours dont le montant peut être conséquent (plus de 2 000 euros pour certaines prestations de coaching). La communauté de la séduction est donc un marché où les compétences en séduction s'échangent entre des « séducteurs confirmés » et des « séducteurs débutants ». Cette économie, immédiatement présente car elle conditionne l'accès puis l'adhésion au groupe, fait l'objet de contestations de la part des membres qui privilégient un système d'échanges fondé sur le don et la « solidarité masculine ». Le système valorisé est alors celui d'un apprentissage de la séduction circulant « gratuitement » entre les communautaires selon un cycle consistant à délivrer aux nouveaux arrivants ce que l'on aurait soi-même reçu gracieusement des membres plus expérimentés.
Idéologie
L'idéologie partagée par les membres de cette communauté est notamment étudiée dans les années 2010 par l'anthropologue française Mélanie Gourarier.
Antiféminisme
Les membres de la communauté de la séduction croient que l'égalité des sexes aurait été atteinte, voire poussée, par les féminismes de troisième et quatrième vagues, au point de produire une inégalité au détriment des hommes. Ils voient ainsi dans la maîtrise et l'appropriation de la séduction le moyen le plus efficace de (re)prendre le pouvoir sur les femmes.
Rapport à la séduction
Pour eux, la séduction est une ruse des femmes leur permettant de façonner un pouvoir capable de s'opposer à la force masculine qu'elles seraient parvenues à contenir et à contraindre. Comparée aux stratégies dictatoriales, c'est l'arme du contrôle qu'elles exerceraient sur les hommes pour les aliéner à leur consentement. L'approche des transactions de séduction développée dans ce contexte se fonde alors sur une inversion : pour reconquérir le pouvoir qu'ils auraient perdu, il appartient aux hommes de neutraliser la séduction féminine en devenant eux-mêmes séduisants afin de gouverner sur le désir féminin.
Rapport à la galanterie
Pour les membres de la communauté de la séduction, la galanterie, pratiquée par les « nice guys » (littéralement « hommes gentils »), n'est pas une solution à leur mal-être, mais au contraire une forme de soumission au féminisme ; il convient dès lors d'adopter d'autres pratiques plus efficaces pour prendre ou reprendre le contrôle.
Objectifs et contenus pseudo-didactiques
Certains individus qui s'autoproclament « coachs en séduction » affirment, en s'adressant surtout aux hommes, qu'il est nécessaire de maîtriser certains codes pour draguer sur les services de rencontre (sites et applications), notamment en devenant une version « améliorée » de soi-même.
Habituellement poursuivants, les séducteurs aspirent à devenir poursuivis, s'appropriant le pouvoir féminin de débouter ou de donner suite aux avances.
Par l'intermédiaire du coaching, la Communauté de la séduction développe tout un dispositif qui vise l'apprentissage de la gestion des émotions, gestion perçue comme nécessaire au devenir masculin.
Principes généraux
La communauté a développé une certaine théorie autour de la séduction, la considérant comme une technique scientifique..
Ainsi, selon la communauté, le premier principe est d’oublier la séduction romantique, à base de compliments (du type : « Ton père a volé les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux »). Au contraire, une phrase un peu déstabilisante aura plus d’effet (par exemple « Sympa tes ongles, ce sont des vrais ? »). Il s'agit du « push and pull », c'est-à-dire d'un compliment immédiatement contrebalancé par une remarque déplacée..
Selon certain coach, pour devenir un bon séducteur, les hommes doivent apprendre les traits du « mâle dominant » : se lier aisément avec d’autres personnes, être bien habillés….
La drague de rue ou est considérée pour certain comme . Considérée comme le territoire le plus difficile où pratiquer, le séducteur qui se confronte à la rue .
Coaching en séduction
Surfant sur la vague du développement personnel, les coachs sont généralement des personnes issues de la communauté, qui proposent une offre commerciale. Chacun propose sa théorie et sa méthode sous forme d’e-book, de DVD, de séminaires, de séances pratiques sur le terrain (dans les bars, et les boîtes de nuit). Ils s’adressent en principe aux personnes ayant des difficultés à séduire.. Certains cours sont considérés comme plus avancés, comme la drague de rue..
Certains coachs américains sont mondialement connus.
Ross Jeffries, reconnu comme le fondateur de la communauté, a créé la « Speed Seduction ». Il se base sur la programmation neuro-linguistique. Cependant il a rarement été vu à l’œuvre, et ses techniques sont parfois qualifiées de manipulation..
Mystery est le théoricien de la séduction. Auteur de livres (The Mystery Method: How to Get Beautiful Women into Bed) et de DVD, il a mis au point une méthode qui consiste à approcher une « cible » alors qu’elle est dans un groupe. Tandis qu’il se rend intéressant auprès du groupe, il ignore la cible, puis lui donne l’occasion de se mettre en valeur. Plus tard il s’arrange pour la sortir du groupe, et à créer une tension sexuelle. Il a également prévu diverses solutions pour éviter la « résistance de dernière minute ». Dans The Game, il est présenté comme une personne en manque affectif, incapable de construire une relation ; il a fait plusieurs dépressions et un séjour en hôpital psychiatrique. Il intervient dans l'émission ..
David DeAngelo est un ancien élève de Ross Jeffries. Selon lui les hommes ne doivent pas être gentils et romantiques, mais plutôt décidés et provocateurs ; les femmes devront alors entrer dans le jeu afin de séduire un homme qui sera pour elle le gros lot. Il conseille aux hommes d’être « macho marrant »..
Neil Strauss est un élève de Mystery, notamment connu pour avoir écrit The Game. Journaliste au New York Times, il se décrit lui-même comme un ancien timide au physique ingrat. Il a pourtant eu de nombreuses relations avec des femmes et a créé ses propres techniques..
Les coachs français préfèrent en général délaisser le côté technique, et présentent la séduction comme un art, s’inspirant des figures du dandy ou du gentleman..
Débats Neil Strauss dénonce lui-même, dans The Game, la tendance à la déshumanisation de la séduction.
Certains courant de pensée féministes réfutent l’idée selon laquelle les femmes sont « programmées » pour être attirées par certaines caractéristiques chez les hommes et dénoncent l’« inhumanité » de ces pratiques . Elles contestent que les hommes et les femmes seraient fondamentalement différents en s'appuyant sur les travaux en études de genre.
Cependant, contrairement à ce que suggèrent ces courants, un large corpus de recherches en biologie évolutive, neurosciences et psychologie expérimentale confirme l’existence de différences moyennes entre les hommes et les femmes, tant au niveau du cerveau que du comportement. Par exemple, des travaux en psychologie évolutionnaire (David Buss) montrent des préférences sexuelles distinctes et récurrentes à travers les cultures ; en neurosciences, des études comme celles de Simon Baron-Cohen ou Larry Cahill mettent en évidence des différences de structure, de latéralisation et de fonctionnement cérébral selon le sexe, notamment dans le traitement des émotions ou la cognition spatialeDavid M. Buss, Sexual Strategies Theory (1994–2021)
Simon Baron-Cohen, The Essential Difference (2003)
Larry Cahill, Amygdala Lateralization (2006)
Jacques Balthazart, Testosterone and Brain Sexual Differentiation (2012)
Louann Brizendine, The Female Brain (2006), The Male Brain (2010)