Lîle Wrangel (en , ; en tchouktche : , Umqiḷir), est une île russe de la mer des Tchouktches, mer bordière de l'océan Arctique, à de la côte sibérienne dont elle est séparée par le détroit de Long (en ). La côte ouest de l'île borde la mer de Sibérie orientale. D'une longueur de et d'une largeur de , elle couvre une superficie de . L'île dépend administrativement du district autonome de Tchoukotka.
Toponyme En tchouktche, l'île se nomme (romanisé en Umqiḷir).
L'île doit son nom russe et français au baron Ferdinand von Wrangel (1797-1870), un explorateur ayant entrepris en vain trois voyages successifs (en 1821, 1822 et 1823) pour tenter de la découvrir après avoir observé des vols d'oiseaux se dirigeant vers le nord et interrogé la population des Tchouktches. L'île est baptisée en son honneur par le chasseur de baleines américain Thomas Long, qui en fait officiellement la découverte en 1867Route polaire - Entre mythes et découvertes de l'Arctique russe..
Histoire
Dans les années 1850, un marchand allemand, Eduard Dallman, à bord de son navire le Talbot, réussit à débarquer sur la côte est de l’île, mais ce fait ne sera connu que quinze ans plus tard, après la découverte de l'île en 1867 par le chasseur de baleines américain Thomas Long qui la reconnut à bord de son navire le Nile, et qui n'y débarqua donc pas.
En août 1881, les États-Unis revendiquent l'île, à une époque où les baleiniers américains sont nombreux. Une expédition russe, envoyée sur l'île en 1911, l'annexe en 1914, mais plusieurs pays, tirant profit de la guerre civile russe (1918-1920), déposent des prétentions sur le territoire. L'explorateur canadien d'origine islandaise Vilhjalmur Stefansson envoie une équipe sur l'île en 1921, avec l'intention de la revendiquer pour le Canada, mais, à l'exception d'un membre, Ada Blackjack, toute l'équipe périt.
En 1924, le brise-glace soviétique Krasny Oktyabr est envoyé par le gouvernement soviétique pour revendiquer l'île et expulser les étrangers qui s'y sont établisPaul-Émile Victor, Les Explorations polaires, tome IV de Histoire universelle des explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, .. Parti de Vladivostok le , il franchit le détroit de Béring le , se fraie un chemin à travers une banquise épaisse, atteint l'île à la baie Rogers le et hisse le drapeau soviétique le lendemain. Le voyage de retour vers la Tchoukotka est particulièrement difficile à cause de l'épaisseur de la glace, des vents de nord-ouest et du manque de charbon. Alors que le navire faisait ses préparatifs d'hivernage, un soudain radoucissement du temps lui permettra d'atteindre les eaux libres et de repasser le détroit de Béring le . Il se trouve de nouveau face à une barrière de glace et, le , débarque au petit port d'Ouelen où l'épave d'un schooner américain, abandonné là en 1923, lui fournit le bois nécessaire pour ses chaudières ; le capitaine Davydov en profite également pour acheter un stock de bois flotté accumulé par les TchouktchesNataly Marchenko, Russian Arctic Seas: Navigational conditions and accidents, Springer, 2012, p. 214-216 . À Wrangel, l'expédition soviétique expulse par la force une petite colonie d'Inuits établie là par les États-Unis en 1923 et réaffirme sa souveraineté.
La revendication des États-Unis n'a jamais été officiellement abandonnée, quoique Washington n'ait pas protesté contre le démantèlement de son poste. En 1926, l'URSS fonde une colonie permanente sur l'île, où se trouvent aujourd'hui un poste commercial et une station météorologique (Ouchakovskoïe). Le traité frontalier de 1990 entre les États-Unis et l'URSS met implicitement fin à la dispute. L'île a abrité une cité militaire et un aérodrome qui sont démantelés en 1992. Une nouvelle base nommée Étoile polaire est installée en 2014. C'est la première cité de ce type mise en service en Arctique. Son architecture permet aux militaires de se déplacer librement entre les bâtiments sans sortir. Elle est composée de blocs résidentiel, administratif et technique. Elle dispose également d’un accès à InternetArctique : la Russie rouvre une base militaire datant de l'époque soviétique. Le Marin, 16 septembre 2014..
Géographie
L'île est couverte dans sa partie centrale et méridionale par deux massifs montagneux érodés d'orientation est-ouest. Le point culminant de l'île, le mont Sovetskaïa (), est situé dans le sud. Les montagnes du centre sont parcourues par de nombreuses vallées protégées et bénéficiant de conditions climatiques comparativement plus clémentes durant le bref été arctique. La moitié nord de l'île consiste en de vastes plaines basses parsemées de nombreux lacs et cours d'eau (cinq d'entre eux ayant plus de de long). Des plaines de toundra moins étendues couvrent le littoral sud. Les rivages sont variés, avec de hautes falaises, des lagons côtiers, des marais et des plages de sable, rochers ou galets.
Écosystème
Le système naturel de la réserve de l'île Wrangel, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2004, comprend l'île Wrangel, l'île Herald, îlot rocheux situé à l'est de l'île Wrangel, et une zone maritime de autour de chaque île pour une superficie totale de .
L'île constitue également une écorégion terrestre selon la classification du Fonds mondial pour la nature sous le nom de « désert arctique de l'île Wrangel ». Elle appartient au biome de la toundra de l'écozone paléarctique.
La réserve de l’île Wrangel est un écosystème insulaire autonome. Il a subi un long processus d’évolution ininterrompu par la glaciation qui a recouvert la majeure partie de l’Arctique durant le Quaternaire. Le nombre et le type d’espèces de plantes endémiques, la diversité des communautés de plantes, la succession rapide et les mosaïques de types de la toundra, la présence de défenses et de crânes relativement récents de mammouths (l'île serait en effet le lieu où les derniers mammouths laineux auraient survécu, puis finalement disparu vers 2000 Claudine Cohen, The Fate of the Mammoth: Fossils, Myth, and History, 2002, University of Chicago Press, ), la gamme des types de terrains et des formations géologiques sur un petit espace géographique sont autant de témoins de l’histoire naturelle riche de Wrangel et de sa place unique dans l’évolution de l’Arctique.
En outre, le processus se poursuit, comme on peut l’observer, par exemple, avec les densités exceptionnellement élevées et les comportements particuliers des populations de lemmings de Wrangel par rapport aux autres populations arctiques ou dans les adaptations physiques des rennes de Wrangel qui pourraient désormais faire partie d’une population distincte de celles du continent. Les stratégies d’interaction entre les espèces sont extrêmement au point et sont visibles dans toute l’île, en particulier près des nids des harfangs des neiges, qui font office de protectorat pour d’autres espèces et de balises pour les espèces migratrices, autour des tanières des renards.
La réserve de l'île Wrangel jouit du plus haut niveau de biodiversité dans le haut Arctique. L'île est l'aire de nidification de la seule population asiatique de l'oie des neiges qui est en train de lentement se reconstituer à partir de niveaux extrêmement bas. Le milieu marin est un site de nourrissage de plus en plus important pour la baleine grise qui migre depuis le Mexique (certaines depuis un autre bien du patrimoine mondial, le sanctuaire de baleines d’El Vizcaíno au Mexique). Les îles abritent les plus grandes colonies d’oiseaux marins de la mer des Tchouktches et constituent les sites de nidification les plus septentrionaux pour plus de cent espèces d’oiseaux migrateurs, dont plusieurs en danger comme le faucon pèlerin. Elles possèdent d’importantes populations d’espèces d’oiseaux résidents de la toundra, mêlées à des espèces migratrices de l’Arctique et d’ailleurs et présentent la plus haute densité de tanières ancestrales de l’ours blanc.
L'île Wrangel s’enorgueillit de posséder la plus grande population de morses du Pacifique avec quelque qui se rassemblent en tout temps, dans l’une des importantes colonies côtières de l’île. Étant donné que l’île Wrangel contient une haute diversité d’habitats et de climats et que les conditions varient considérablement d’un endroit à l’autre, il n'y a pratiquement jamais eu d'échec total de la reproduction d’une espèce. Compte tenu de la relativement petite taille de la région, c'est extrêmement peu habituel dans le haut Arctique.
Les derniers mammouths thumb|gauche|Os de mammouths et de bœufs musqués sur l'île. Une étude conduite par des chercheurs de l'Université de Californie à Berkeley et publiée en mars 2017 par PLOS Genetics. a porté sur le dernier groupe d'environ laineux du genre Mammuthus primigenius survivants il y , isolés par la montée de la mer sur l'île plusieurs milliers d'années après le début de la déglaciation (qui a commencé il y a environ). On remarque que les mammouths ont survécu plusieurs siècles après la construction de la pyramide de Khéops..
Leur génome a été comparé à celui de mammouths continentaux vivant il y a . Selon les généticiens, celui des individus insulaires contenait un grand nombre de « mauvais gènes » (mutations délétères) et de codons anormaux susceptibles notamment d'avoir fait perdre à ces mammouths leur odorat, d’inhiber leur comportement sexuel et social. Une mutation dans une partie du génome (FOXQ1) s’est probablement traduite par une fourrure de même couleur, mais brillante (satinée) et translucide.
C’est une des rares études rétrospectives décrivant la façon dont les génomes changent à mesure qu'une espèce disparaît.
Ces mutations apparues après que les mammouths ont déjà disparu du continent ne semblent pas uniquement dues à la consanguinité mais surtout à une moindre sélection naturelle au sein d’une population réduite. Elles seront mieux comprises avec un plus grand nombre d’analyses génétiques, mais selon le paléontologue MacPheeRoss MacPhee, paléotologue à l'American Museum of Natural History de New York City, cette étude nous apprend peut-être quelque chose d'important sur ce qui se passe actuellement au sein des populations de mammifères menacées par ce type d’isolement et de raréfaction..
Climat thumb|redresse=2.2|centre|Commencement de la débâcle sur les côtes de Wrangel, 5 juillet 2001. L'île Wrangel bénéficie d'un climat de type polaire. Les hivers sont très froids et les étés sont très frais. En février, le mois le plus froid, la température moyenne journalière est voisine de . En juillet, le mois le plus chaud, la température moyenne journalière excède légèrement . Les eaux froides de l'océan glacial Arctique jouent un rôle modérateur et contribuent à maintenir des températures basses toute l'année. Les précipitations sont faibles et ont lieu essentiellement en été. La neige ne recouvre le sol que 79 jours par an en moyenne. Le vent souffle avec vigueur une bonne partie de l'année (vitesse annuelle moyenne du vent : ). Le brouillard est fréquent.
Température record la plus froide : (décembre 1926) Température record la plus chaude : (juillet 1927) Nombre moyen de jours avec de la neige dans l'année : 158 Nombre moyen de jours de pluie dans l'année : 57 Nombre moyen de jours avec de l'orage dans l'année : 0 Nombre moyen de jours avec du blizzard dans l'année : 71 Nombre moyen de jours avec du brouillard dans l'année : 69
Tourisme Des habitations modulaires ont été construites sur l'île en 2012 et ont dû accueillir leurs premiers touristes durant la saison 2013.
Notes et références
Articles connexes Îles de l'Arctique russe Liste des îles de Russie
Liens externes
Site de l'UNESCO Biodiversité de l'île Wrangel
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