vignette|150px|Un clap aux couleurs du drapeau est-allemand. Le cinéma est-allemand englobe le cinéma d'après-guerre en zone d'occupation soviétique en Allemagne (1945 — 1949) ainsi que la production cinématographique nationale de la République démocratique allemande ou Allemagne de l'Est (1949 — 1990).
Histoire Zone d'occupation soviétique en Allemagne (1945-1949) Après sa défaite lors de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne en ruines a été divisée en quatre zones d'occupation administrées par les Alliés. Les nouveaux États, la République fédérale d'Allemagne et la République démocratique allemande, n'ont été proclamés qu'en 1949. L'Allemagne était en fait en train d'être reconstruite à partir de zéro ; en 1947, le réalisateur italien Roberto Rossellini a tourné le film Allemagne année zéro dans Berlin en ruines, ce qui a en partie contribué à ce que la première année d'après-guerre de l'Allemagne soit connue sous le nom d'« année zéro ». Dans la zone d'occupation soviétique, les principales capacités de production cinématographique d'avant-guerre sont restées intactes, notamment le studio Universum Film AG (UFA) à Babelsberg. Cela a également facilité la tâche des Alliés dans la décartellisation de la production cinématographique dans la zone d'occupation occidentale, qu'ils considéraient comme une étape nécessaire à la création d'un nouveau cinéma non propagandiste. Munich et Hambourg remplacent alors Berlin comme centres de production cinématographique à l'Ouest.
En , le studio cinématographique Deutsche Film AG (DEFA) est fondé à Potsdam, occupée par les troupes soviétiques. À cette époque, le premier film allemand d'après-guerre, Les assassins sont parmi nous de Wolfgang Staudte, qui racontait la rencontre d'une ancienne prisonnière d'un camp de concentration et d'un criminel nazi après la guerre. Ce film fut le précurseur du trümmerfilm ou « cinéma des décombres », dont le thème principal était la réflexion sur la catastrophe qui avait frappé l'Allemagne et le dépassement du passé nazi. L'actrice Hildegard Knef, l'une des principales vedettes du cinéma allemand d'après-guerre, a incarné à l'écran l'archétype de la « femme des décombres » (à la fin de la guerre, de nombreuses femmes étaient en effet employées au déblaiement des décombres des bâtiments détruits). Les assassins sont parmi nous, tout comme les films suivants produits par la DEFA Mariage dans l'ombre de Kurt Maetzig (1947, inspiré par l'histoire de la mort de Joachim Gottschalk et de sa femme juive Meta Wolff), L'Affaire Blum d'Erich Engel (1948), J'ai trahi Hitler (1949) de Staudte étaient le fruit d'une volonté sincère de leurs créateurs d'éduquer le grand public et de susciter un rejet du passé nazi.
vignette|L'affiche du film L'Affaire Blum à la devanture d'un cinéma de Berlin lors de sa sortie en 1948. Dans l'ensemble, la différence entre les trümmerfilm des zones occidentale et orientale résidait dans le fait que les cinéastes de la DEFA, issus pour la plupart du mouvement de gauche, cherchaient à réfléchir aux causes de l'émergence du nazisme, tandis que dans la zone occidentale, les films réalisés principalement tournés vers l'avenir, dépeignant la renaissance d'une vie pacifique et évitant les questions les plus délicates (par exemple, … und über uns der Himmel de Josef von Báky et Mémoire d'une auto d'Helmut Käutner, tous deux datant de 1947). Selon l'expression de Chris Marker : « Bien que la guerre et les défaites aient touché tout le monde de la même manière, les cinéastes de l'Est tentent, bien que de manière trop générale, de déterminer les causes politiques et les responsabilités concrètes, tandis que les cinéastes de l'Ouest accusent le destin, le Kaiser, Odin, Méphistophélès, Adam et Dieu lui-même ». Dans la zone d'occupation occidentale, les réalisateurs des films les plus odieux de la période nazie ont également eu la possibilité de travailler : dès 1949, Wolfgang Liebeneiner a adapté au cinéma la pièce antifasciste de Wolfgang Borchert Derhinter der Tür ( « Derrière la porte ») sous le titre Liebe 47, et Veit Harlan reprit le travail en 1951 après une série de procès au cours desquels il fut acquitté.
République démocratique allemande (1949-1990) L'histoire du cinéma en RDA est marquée par une alternance constante entre des périodes de dictature idéologique stricte et des périodes de relative libéralisation. Au total, la DEFA a produit quelque 900 longs métrages au cours de son existence, ainsi qu'environ 800 films d'animation et plus de 3 000 documentaires et courts métrages. De 1946 à 1990, cela fait près de 20 longs métrages par an, ce qui est peu si l'on considère que, par exemple, plus d'un millier de films ont été produits en Allemagne pendant les 12 années du régime nazi. Pour qu'un film puisse être produit puis projeté sur les écrans, il fallait obtenir l'accord de nombreuses instances, tant au sein des studios de cinéma que des organes du parti socialiste unifié d'Allemagne (SED). Cependant, le cinéma était souvent utilisé comme moyen de lancer un débat public sur une question donnée, et des films assez controversés étaient alors autorisés.
La DEFA a créé des divisions chargées de la production de films de fiction, de documentaires et de films d'animation. À partir de 1954, la RDA s'est dotée d'une , un organisme public chargé de réglementer la production cinématographique et dirigé par un fonctionnaire ayant le rang de vice-ministre de la Culture. Parallèlement, l'appareil du SED disposait de son propre fonctionnaire chargé de la production cinématographique, qui contrôlait à la fois la DEFA et la Hauptverwaltung Film.
Années 1950 vignette|Le cinéaste Wolfgang Staudte en 1955. Au cours des premières années d'existence de la RDA, on continua à tourner des films consacrés à la réflexion sur le passé nazi et à son dépassement : Le Conseil des dieux (1950) de Kurt Maetzig, Le Sujet de Sa Majesté (1951) de Wolfgang Staudte Большая Российская энциклопедия: В 30 т. / Председатель науч.-ред. совета Ю. С. Осипов. Отв. ред. С. Л. Кравец. Т. 6. Восьмеричный путь — Германцы. — М.: Большая Российская энциклопедия, 2006. — С. 746—748.. En 1951, c'est la première fois qu'un film déjà sorti en salles est interdit par la censure est-allemande : La Hache de Wandsbek de Falk Harnack montrait, du point de vue des instances du parti soviétique et allemand, de manière trop sympathique un bourreau au service des nazis. Après les troubles du 17 juin 1953, une certaine libéralisation s'installa : la direction du parti soutint la sortie de films qui décrivaient de manière critique la contemporanéité et posaient des questions épineuses (les « Gegenwartsfilme »). Parallèlement, en 1954-1955, Metzig réalisa une diptyque sur le spartakiste Ernst Thälmann, tournée sous la surveillance attentive du SED et présentant une image idéalisée du révolutionnaire. Dans ce diptyque composé de Ernst Thälmann – Sohn seiner Klasse (1954) et Ernst Thälmann – Führer seiner Klasse (1955) figure une courte apparition du jeune Michel Piccoli.
L'Histoire du petit Muck (1953) de Wolfgang Staudte fut un succès public et l'exemple le plus marquant du succès des films de contes de fées produits par la DEFA, dont le niveau resta élevé tout au long de l'histoire de la RDA. L'un des principaux réalisateurs est-allemands était Konrad Wolf, fils de l'écrivain communiste Friedrich Wolf et frère du chef des services secrets extérieurs de la RDA, Markus Wolf. Après l'arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes, la famille Wolff émigra en URSS. Pendant la guerre, le jeune Konrad servit comme traducteur dans l'armée soviétique, puis après la guerre, il étudia à l'Institut national du cinéma et de la télévision (VGIK) dans l'atelier de réalisation de Grigori Alexandrov. Dans plusieurs films de Wolf (Lissy, 1957 ; Étoiles, 1959), on voit l'évolution du héros, un Allemand qui prend peu à peu conscience du mal que représente le nazisme. Dans Étoiles, Wolf a fait de l'Holocauste le thème principal de son film et ceci constitue une première dans toute l'Allemagne, avant que les réalisateurs de la RFA ne s'empare eux aussi du sujet. J'avais dix-neuf ans (1968) est un film autobiographique qui raconte l'histoire d'un jeune Allemand qui, membre de l'Armée rouge, entre en Allemagne dans les derniers jours de la guerre. Wolf a néanmoins lui aussi été victime de la censure : en 1959, son film Chercheurs de soleil, qui représentait symboliquement la construction du socialisme comme une quête du soleil , a été mis au placard à la demande des autorités soviétiques, vraisemblablement parce qu'il révélait l'importance pour l'URSS de l'industrie d'extraction d'uranium en RDA. L'interdiction a été levée en 1972. En 1961, Wolfgang Wetzold, secrétaire du ministère de la Culture de la RDA, écrivait que l'une des raisons de la disparition du conflit réel du cinéma est-allemand était l'interdiction de diffusion d'un film exemplaire tel que Chercheurs de soleil. En 1971, Wolf réalisa le film soviéto-allemand Goya, l'hérétique.
Plusieurs coproductions entre la France et l'Allemagne de l'Est sortent durant la seconde moitié des années 1950, dont Bel-Ami (1955) de Louis Daquin, Les Aventures de Till l'Espiègle (1956) de Gérard Philipe et Joris Ivens, Les Sorcières de Salem (1957) de Raymond Rouleau avec Yves Montand et Simone Signoret, Les Misérables (1958) de Jean-Paul Le Chanois avec Jean Gabin et La Rabouilleuse (1960) de Louis Daquin.
Années 1960 vignette|gauche|L'actrice Renate Blume, le réalisateur Frank Beyer ainsi qu'Anastasia Vertinskaïa au festival international du film de Karlovy Vary 1964. Après le « resserrage de vis » provoqué par le soulèvement hongrois de 1956 et la construction du mur de Berlin en 1961, un nouvel assouplissement s'est produit. Wolf a pu tourner le film Le Ciel partagé (1964) d'après le roman de Christa Wolf sur l'amour de deux jeunes gens se retrouvant de part et d'autre du mur de Berlin. Metzig a adapté le roman Feu Vénus de Stanislas Lem : L'Étoile du silence (1960) est le premier film de science-fiction de la RDA. Carbure et Oseille de Frank Beyer (1963) est un exemple rare de satire sur la situation sociale et économique sortie en RDA. En , lors du plénum du Comité central du SED, la politique culturelle dans son ensemble a été discutée et les films C'est moi le lapin de Kurt Maetzig et Denk bloß nicht, ich heule de Frank Vogel, qu'Erich Honecker, alors numéro deux du parti, citait comme exemples de tendances néfastes pour le socialisme au cinéma. Presque tous les films sortis en 1965 ont été interdits. La Trace des pierres de Frank Beyer (1966) a été retiré de l'affiche trois jours après sa sortie. Au cours des années suivantes, la production de la DEFA fut dominée par des films apolitiques et divertissants, tels que Le Fils de la Grande Ourse de Josef Mach (1966), le premier d'une série de westerns mettant en scène l'acteur yougoslave Gojko Mitić, rendu célèbre par ses rôles de chefs indiens. Ces westerns qui se déroulaient en Amérique du Nord étaient appelés en RDA Indianerfilm ( « film d'amerindiens »), puisqu'ils adoptaient le point de vue des indiens dans une perspective anticoloniale et anti-impériale plutôt que celui des envahisseurs blancs.
Années 1970 vignette|La cinéaste Iris Gusner, qui réalise le drame sentimental Die Taube auf dem Dach en 1972.