Le Grand Doyenné, dit aussi manoir de Subligny, est un édifice médiéval laïc qui se dresse sur le territoire de la commune française d'Avranches, dans le département de la Manche en région Normandie.
C'est un très rare exemple d'architecture médiévale civile conservé dans l'espace de l'ancienne Basse-Normandie, avec la salle dite de l'Échiquier située dans l'enceinte du château de Caen.
La construction, seigneuriale à l'origine, est destinée au doyenné d'Avranches de la fin du . Après la Révolution française, elle fait l'objet d'une vente comme bien national, et un certain nombre de mutations a eu lieu depuis.
L'édifice, qui a fait l'objet de transformations au cours des siècles pour l'adapter aux besoins du temps, est étudié dans des travaux universitaires surtout à partir du début du . Il a conservé nombre de ses caractéristiques originelles et est désormais considéré comme selon l'expression de Nicolas-Méry.
Le doyenné est classé aux monuments historiques.
Localisation vignette|gauche|alt=Plan d'une cathédrale avec la localisation de l'entrée du doyenné en haut à gauche|Plan de la cathédrale d'Avranches dans un ouvrage de 1888 avec la localisation de l'entrée du doyenné en haut à gauche. Le doyenné est situé à Avranches, au rue d'Auditoire., dans le département français de la Manche. Le manoir, visible de loin, est situé , à un point culminant de la ville médiévale, non loin du palais épiscopal et du site de la cathédrale.
Historique Origines Le bâtiment aurait été construit au milieu du pour Hasculf de Subligny, seigneur d'Avranches et frère de l'évêque Richard de Subligny., fondateur de l'abbaye de la Lucerne. L'édifice est créé dans un contexte de dynamisme urbain, dans la seconde moitié du .
vignette|alt=Vue de la façade nord avec la tourelle d'escalier|Façade nord et tourelle d'escalier. L'édifice a donc d'abord une finalité civile alors que le fief est possession des Paisnel sur . La famille de Subligny émerge du fait des bouleversements de la société anglo-normande, à la suite du naufrage de la Blanche-Nef en 1120. L'édifice n'a pu être érigé qu'avec l'accord de l'évêque et est une manifestation ostentatoire de la présence des Subligny dans la ville, pendant de l'abbaye présente quant à elle dans le secteur septentrional de leur domaine. L'édifice a peut-être accueilli et sa suite lors de la pénitence du après l'assassinat de Thomas Becket.
Au , le doyenné est une salle d'apparat d'environ disposée au-dessus d'une salle voûtée. Un bas-côté de complétait cette salle. Vers 1200 un édifice est accolé au pignon oriental, correspondant à un habitat seigneurial de type . Ce type de logis seigneurial reconnu dans le monde anglo-normand comportait un cellier et en partie haute une chambre destinée au seigneur. Un autre édifice séparé était destiné aux réceptions..
Avant 1274, l'édifice est aux mains de Jean Paisnel, seigneur de Marcey et descendant des Subligny. L'édifice est cédé, soit du fait de sa dégradation voire de sa ruine, soit du fait de la . De plus, au , le clergé de la ville a acquis un rôle de plus en plus grand dans la ville en particulier en termes d'aménagements urbains. Au , les fortifications de la ville sont restaurées et la ville haute voit ses limites fixées.
Le bâtiment devient le siège du doyenné d'Avranches selon une charte conservée aux archives départementales de la Manche et jusqu'à la Révolution française. Le document de la fin du est connu par une copie du . L'édifice est alors en très mauvais état ; des travaux importants sont nécessaires.
De la fin du Moyen Âge à la Révolution française vignette|gauche|Localisation du Doyenné au .|alt=Plan de situation de bâtiments. Des travaux importants sont réalisés par l'évêque Raoul de Thieuville et ses successeurs à partir de la fin du , dont le remplacement de la charpente. La salle est alors affectée aux activités du chapitre. Un nouvel élément est bâti à la fin du , le Petit Doyenné, accolé au Grand Doyenné.
À la fin du Moyen Âge, le bâtiment acquiert des qualités résidentielles, comme de nombreux édifices médiévaux. Au , la salle est divisée en deux niveaux, avec de nouvelles ouvertures et une nouvelle charpente. Des cheminées sont alors installées, tout comme une cuisine pourvue d'une partie basse prenant appui sur le mur pignon médiéval. Cette cuisine conserve de nos jours une cheminée du début du .
vignette|alt=Vue de la façade d'un bâtiment sur jardin|La façade sur jardin refaite en 1762. L'édifice accueille en 1690. Des travaux importants ont encore lieu dans la seconde moitié du : la façade sud est refaite en 1762 comme en témoigne un chronogramme sur une pierre ; l'épaisseur du mur est alors réduite de moitié. Le commanditaire de ces aménagements est un doyen arrivé en 1761, Charles Colin de Contrisson. Les espaces de vie sont réaménagés sur ses deniers : les appartements du doyen, , occupent le plain-pied et sont ornés de lambris et de boiseries. L'étage est destiné alors aux hôtes de passage et à leur domesticité. L'édifice devient dès lors .
Pendant la Révolution française, le site est vendu comme bien national puis sert de lieu de détention. Le cellier de l'édifice seul sert à cette fin et y sont détenus les aristocrates d'Avranches de la « fournée d'Avranches », avant leur transfert à Paris. Ils échappent à la guillotine, à la suite de la chute de Robespierre, et sont libérés en .
Époque contemporaine vignette|alt=Portrait de Maxime Fauchon, député et propriétaire de l'édifice|Maxime Fauchon (1894-1980), député et propriétaire de l'édifice sur une longue période au . Le Doyenné est vendu en l'an IV. Le Petit Doyenné est détruit pour sa part entre la fin du .
Le Doyenné sert de dépôt pour les manuscrits et ouvrages précieux de la bibliothèque d'Avranches en , alors que l'édifice appartient au député Maxime Fauchon. Après l'occupation de la ville le , les listes des inscriptions et des emprunts montrent que des Allemands, dont un universitaire qui est tué par la suite sur le front russe, viennent consulter des ouvrages à la fin de l'année. En , les ouvrages sont envoyés au château d'Ussé où ils restent jusqu'en . Contrairement à bien des immeubles de la ville, le Doyenné ne subit que de faibles dégâts durant les combats de la bataille de Normandie. Durant les bombardements, le cellier sert de refuge aux populations, après une réticence initiale du propriétaire.
Le bâtiment subit des dommages lors de la tempête du 26 décembre 1999. L'intérêt scientifique pour l'édifice ne remonte pas au-delà de 2000 à la suite d’une nouvelle mutation, les propriétaires ouvrant l'édifice au public et aux chercheurs. Le Doyenné est ouvert ainsi régulièrement pour des visites, comme lors des journées européennes du patrimoine. Des recherches complémentaires sont réalisées en .
Le Doyenné en totalité, avec le sol de la parcelle, est classé au titre des monuments historiques par arrêté du . Une précédente inscription de l'auditoire, avec le sol de la parcelle, par arrêté du a été annulée..
En , l'édifice est mis en vente. par les propriétaires qui le possédaient depuis ..
Architecture Caractères généraux et matériaux vignette|alt=Portail d'accès à la cour|Portail d'accès à la cour. La structure primitive de l'édifice roman est conservée, malgré les modifications apportées depuis sa construction. L'édifice est posé sur le rocher du côté de la rue de l'Auditoire et sur un remblai du côté de la cour.
Le mur nord a conservé ses caractères médiévaux dont des contreforts plats et une porte d'accès à la salle basse. Le mur a été réalisé dans un appareil typique fait de moellons de granit sauf les contreforts et les chaînages constitués de pierres taillées régulièrement. Certaines pierres issues de réemploi portent des traces d'incendie. La qualité de l'édifice tient davantage au mortier et aux maçonneries qu'aux matériaux utilisés. Le mur de la salle basse est large de . Le mur pignon a conservé son élévation médiévale avec une pente du toit davantage marquée qu'originellement.
Charpente et couverture La charpente est caractéristique de la fin du . Elle comporte huit travées et sept fermes. Elle est munie de poinçons numérotés, signe de . Le bois utilisé alors est de qualité médiocre, issu d' et l'étude a permis de relever des défauts de conception de la charpente.
L'édifice a connu plusieurs types de couverture : la première était peut-être composée de tuiles à ergot, puis deux étapes ultérieures de construction auraient connu une couverture de lauze, la couverture actuelle étant de l'ardoise fine d'Angers.
Volumes Le bâtiment mesure initialement . La superficie de la grande salle est de à l'origine. L'édifice possède actuellement une superficie totale de .
Le mur gouttereau nord possède une hauteur de .
La grande salle primitive est divisée en deux niveaux aux . Les fenêtres ogivales sont transformées : le premier niveau est doté de fenêtres croisées alors que le niveau supérieur est éclairé par de modestes ouvertures.
Salle basse vignette|redresse=1.3|alt=Plan du niveau 0 de l'édifice|Le niveau 0. La salle basse ou cellier comporte deux nefs et mesure et une hauteur sous voûte de . Quatre travées sont présentes dans cette salle. Elle possède une porte romane et permet de placer la grande salle à un niveau supérieur. La salle basse n'a pas été modifiée de façon importante depuis la construction.
La salle disposait pour son éclairage de l'apport de baies à double ébrasement. En outre dans la salle se situe un point d'eau, un bassin de de profondeur alimenté par des remontées par les failles de la roche. La salle basse fait l'objet de travaux datables de manière imprécise de la fin du pour que le Petit Doyenné dispose d'un accès direct à ce lieu de stockage.
Circulation L'édifice comporte un escalier en vis au nord-est, datable de la construction originale. Cet escalier s'est en partie effondré probablement à cause de la destruction du Petit Doyenné. La porte qui mène du cellier à l'escalier est similaire à certaines conservées dans des édifices religieux d'époque romane de la région mais constitue un cas unique pour un usage en architecture civile. L'escalier menait à un chemin de ronde destiné à un et non défensif. Un garde-corps non conservé, sauf son amorce, était présent.
: salle d'apparat vignette|gauche|alt=Vue générale de la salle de l'échiquier du château de Caen|Vue générale de la salle de l'échiquier du château de Caen. La salle mesure initialement . Elle comporte quatre fenêtres, datées du dans la configuration actuelle, bien que modifiées au . Des baies étaient également situées sur les pignons, mais elles ont depuis été obturées.
Les recherches n'ont permis de retrouver trace ni de cheminées ni de latrines ou lavabos. La salle de l'échiquier du château de Caen, édifice assez comparable, ne possédait initialement qu'un foyer central et pas de cheminée.
Pour ce qui est des éléments de décor, des fragments d'enduits peints blancs avec du faux appareil de joints rouges ont été retrouvés. Un était présent dans la tourelle de l'escalier. L'étude d'archéologie du bâti du mur oriental de l'édifice a également permis de retrouver des accès entre le Petit Doyenné et la grande salle, accès désormais murés.
Partie d'un complexe manorial et interprétation Éléments disparus : salle seigneuriale et Petit Doyenné vignette|redresse=1.3|alt=plan du niveau 1 de l'édifice avec localisation des éléments disparus|Le du doyenné et l'emplacement des éléments disparus du complexe.