No Man's Land est une série télévisée franco-belgo-israélienne en seize épisodes de 45 minutes réalisée par Oded Ruskin à partir d'une création d'Amit Cohen, Ron Leshem, Maria Feldman et Eitan Mansuri. Elle est disponible le sur la plateforme numérique d'Arte et est diffusée à partir du par la chaîne franco-allemande.
Ayant pour sujet central le rôle des Unités de protection de la femme (YPJ) combattant contre les djihadistes de Daech en 2014 durant la Guerre civile syrienne, la série télévisée s'attache tout particulièrement à analyser le sens et les raisons de l'engagement armé (souvent international) dans tous les camps des forces en présence et les conséquences sur les populations civiles locales. Très bien accueilli par la presse, la critique a tout particulièrement souligné le réalisme de No Man's Land et l'absence de manichéisme du scénario.
Arte a publié la seconde saison de la série le , avec 8 nouveaux épisodes.
Synopsis vignette|gauche|Les Unités de protection de la femme (YPJ) luttant contre Daech en Syrie en 2017. Anna Habert, une archéologue française, est déclarée morte lors d'un attentat survenu en Égypte en 2012. Cependant, son frère Antoine, architecte, croit la reconnaitre en 2014 lors d'un reportage télévisé sur un bataillon international engagé aux côtés des troupes de combattantes kurdes des Unités de protection de la femme (YPJ) luttant contre Daech dans une Syrie en pleine désagrégation. Persuadé qu'il s'agit de sa sœur, il part à sa recherche dans la région de la frontière entre la Turquie et la Syrie. Livré par son passeur à un groupe de Daech, il ne doit la vie sauve qu'à une intervention d'opportunité des YPJ, qui le font cependant prisonnier, pensant qu'il s'apprêtait à rejoindre les rangs des djihadistes. Il parvient peu à peu à convaincre les membres de l'unité sous la responsabilité de Sarya Dogan qui le retiennent qu'il est là pour retrouver sa sœur. Il leur apporte une aide décisive dans la destruction d'un pont et, gagnant progressivement leur confiance, va s'intégrer à leur groupe et rester en Syrie pour poursuivre son enquête. Il est alors plongé au cœur des opérations contre Daech et s'immerge dans la guerre.
Par ailleurs, Nasser, Paul et Iyad – trois amis d'enfance anglais, issus des quartiers populaires de Londres – arrivent en Syrie pour participer au djihad. Paul et Iyad sont particulièrement motivés et enthousiastes à l'idée de combattre les infidèles et de contribuer à l'établissement du califat autoproclamé. Le trio se retrouve rapidement confronté aux troupes kurdes. L'expérience de Nasser, qui a combattu en Afghanistan avec les troupes britanniques, pousse ses supérieurs à lui confier le commandement d'une katiba, puis à lui confier des fonctions importantes dans la hiérarchie militaire de l'État islamique. Mais certaines de ses actions apparaissent néanmoins étranges, en particulier à Paul, converti à l'islam et profondément endoctriné par la doctrine du djihadisme. Nasser est en contact avec un étrange personnage du nom de Stanley, ce même personnage ayant également connu Anna, en Égypte, en s'étant présenté comme un membre d'une ONG défendant les Printemps arabes.
Distribution Saison 1
Saison 2 Mise à part l'absence de Félix Moati, la distribution principale est inchangée auxquels s'ajoutent : Thibaut Evrard : Maximilien "Max" Weiser Leo Hatton : Ellie Gordon Zed Josef : Jake Al-Shami Tasnim Cheham : Nisrin Dakka Nadia Benzakour : Arjin Nada El Belkasmi : Meike
Fiche technique
Production Écriture et financement Le projet et le scénario de travail sont le fruit d'Amit Cohen et Ron Leshem, deux scénaristes israéliens qui ont proposé leur synopsis à la société de production Haut et Court lors d'une rencontre au Festival Séries Mania en 2017 ; le titre de travail est alors Fertile Crescent Peter White, « Hulu Hands James Purefoy-Fronted Middle East Drama ‘Fertile Crescent’ Straight-To-Series Order », Deadline, 13 juin 2019.. Amit Cohen et Ron Leshem, qui ont précédemment écrit la série d'espionnage False Flag, déclarent avoir été des officiers de renseignement avant de devenir journalistes puis scénaristes et ainsi s'être inspirés de leur expérience auprès du Mossad pour l'écriture de leurs œuvresAnne Demoulin, « No Man’s Land est la première série complètement mondialisée », estiment Amit Cohen et Ron Leshem », 20 minutes, 26 novembre 2020.. Voulant situer leur nouvelle création dans le contexte de la guerre civile en Syrie, c'est leur productrice Maria Feldmann qui suggère de la placer sous l'angle des combattantes kurdes des YPJ dont Daech, pour des raisons théologiques de privation d'accès au paradis, craint les actions. Écrit en hébreu et en anglais, le scénario de base est adapté – pour ce qui concerne les personnages français de la série et l'intrigue du secret de famille – par l'écrivain et cinéaste Xabi Molia« No Man's Land : « Il fallait que la série sonne français », CNC, 18 septembre 2020..
Le budget de chaque épisode a été de pour un tournage imposé de huit jours et demi par épisode afin de rentrer dans le budget total.
Tournage Afin de ne pas perdre de temps, les acteurs ont reçu auparavant un entrainement au maniement des armes – qui sont réelles dans la série et dont ils ont été individuellement dotés durant le tournage – et ont pu aussi rencontrer des personnes qui se sont engagées au côté des forces kurdes afin de s'imprégner de leurs motivationsGrégory Marin, « En Syrie, une fiction sur fond de scènes bien réelles », L'Humanité, 26 novembre 2020.. La série mêlant différentes langues, un effort particulier a été décidé par les scénaristes et producteurs pour renforcer la crédibilité des dialogues et du mode d'expression des différents protagonistes. À cette fin, six coachs pour six langues et dialectes ont été recrutés pour les préparatifs : les trois acteurs britanniques ont dû apprendre à s'exprimer en deux dialectes arabes distincts (égyptien et tunisien), tout en préservant volontairement les maladresses Florencia Falcone, « Entrevistamos a James Krishna Floyd, protagonista de No Man's Land: "No queríamos hacer una declaración geopolítica sobre Medio Oriente" », Pronto, 24 novembre 2020., et l'actrice Souheila Yacoub en kurde Laura Zornosa, « No Man’s Land makes the Syrian civil war a global conflict. Right down to the subtitles », Los Angeles Times, 18 novembre 2020..
La saison 1 de la série est tournée en Belgique (pour les scènes intérieures européennes), à Paris (pour certaines scènes extérieures) et dans les montagnes du Haut-Atlas au Maroc (pour les scènes figurant la Turquie, la Syrie, l'Égypte et l'Iran)Marjolaine Jarry, « No Man's Land : un tournage rattrapé par la tragédie kurde », L'Obs, 3 novembre 2019.Émilie Gavoille, « Sur le tournage de No Man’s Land, dans la Syrie en guerre contre Daech », Télérama, 18 septembre 2020. en et au printemps 2020. Certaines scènes ont nécessité le recrutement de plus de deux cents figurants marocains. Le réalisateur Oded Ruskin – qui a réalisé l'ensemble des huit épisodes (ce qui est rare pour ce type de série) – laisse Xabi Molia gérer la direction des acteurs en français et également réaliser le tournage de quelques scènes.
Post-production Durant la post-production, dirigée par Éric Bassoff, il a fallu notamment atténuer à l'étalonnage la lumière et les tons rouges des paysages marocains pour rendre crédible le terrain syrien, mais aussi jouer sur les paysages de montagne (trop élevés dans l'Atlas) en les aplatissant, créer des perspectives compatibles avec Téhéran et Istanbul, et minimiser les plans généraux avec des mosquées qui sont plus carrées au Maghreb afin de satisfaire au souci du réalisme.
La musique originale est confiée au compositeur néerlandais . Peu présente, elle constitue un habillage sonore qui « contribue à instiller un climat terriblement tenduMélisande Queïnnec, « No Man's Land : mini-série entre thriller politique et drame familial au cœur d'une Syrie dévastée », France TV Info, octobre 2020. ».
Accueil Réception critique Pour le quotidien Les Échos, la série utilise une « précision documentaire » pour une « fiction ambitieuse mêlant espionnage, géopolitique, et intrigue familiale [qui] sait ménager le suspense et distiller l'émotion grâce aussi à un casting international de premier plan » notant en particulier l'« inquiétante intensité » de Mélanie Thierry dans son rôleLaura Berny, « No Man's Land : la Syrie comme si on y était », Les Échos, 17 septembre 2020.. La qualité de la reconstitution des enjeux du conflit syrien, avec un « véritable souci de réalisme », est également soulignée dans Le ParisienStéphanie Guerrin, « Arte : comment No Man’s Land nous plonge dans le conflit syrien », Le Parisien, 26 novembre 2020., Le FigaroConstance Jamet, « No Man’s Land : Arte au cœur des ténèbres syriennes », Le Figaro, 18 septembre 2020. et L'Humanité. Le magazine Première considère que l'œuvre est « persuasive par sa narration éclatée [et] trouve sa cohérence en questionnant par petites touches l'engrenage de l'embrigadement et les conséquences de l'engagementJonathan Blanchet, « No Man’s Land, habile série chorale au cœur du conflit syrien », Première, 17 septembre 2020. ». Pour Libération, malgré quelques faiblesses de scénario, No Man's Land « surprend dans sa façon de lier l’intime au drame d’une région [...] sans tomber dans le cliché »Marius Chapuis, « No Man's Land, Kurdes sensibles », Libération, 18 septembre 2020.. Ouest-France rapproche la série du Bureau des légendes notamment en raison du « contexte et l’ambiguïté de personnages complexes très bien écrits » mais ajoute que la « force [et] la grande réussite » de No Man's Land réside dans l'opposition entre « deux mondes utopiques : le combat des Kurdes pour la liberté et celui, noir et sanglant, de l’État islamique pour imposer sa vision radicaleThomas Laborde, « No Man’s Land, un regard intime sur l’Histoire », Ouest-France, 18 septembre 2020. ». Le Monde juge que ce « thriller de haute précision [...] réussit le pari de renouveler un genre déjà labouré par d’autresThomas Sotinel, « No Man’s Land : Félix Moati et Mélanie Thierry piégés dans l’enfer syrien », Le Monde, octobre 2020. ». Le webzine Benzine considère qu'il s'agit d'une des meilleurs séries d'Arte, « très ambitieuse » et réussie en raison des moyens importants de la production « pour mettre en scène un scénario diablement bien ficelé » qui traite de la guerre avec « approche géopolitique et historique passionnante » sans oublier « ses personnages, jamais manichéensBenoît Richard, « No man’s land : Félix Moati et Mélanie Thierry dans l’enfer Syrien », Benzine, 8 novembre 2020. » rejoint par Marie Claire pour qui la série « incontournable » mêle « avec intelligence et subtilité » les éléments d'un « thriller, d'une fresque géopolitique et d'une quête intime » et propose un « regard, empathique mais dénué de tout pathos, posé sur ces personnages, [qui] plonge [le téléspectateur] au cœur du drame, palpitant, bouleversant »Philomène Piégay, « No Man's land, entre thriller et mille-feuilles d'émotions », Marie Claire, 26 novembre 2020.. Enfin, pour le magazine GQ qui la recommande vivement, cette série « passionnante du début à la fin » mélangeant dans un « subtil mélange drame, thriller et espionnage » avec des personnages « joliment construits » vaut pour le questionnement sur le sens de l'engagement des individus dans la réalité des parties en prise dans ce conflitJérémy Patrelle, « La nouvelle série française d'Arte qui a conquis tout le monde vaut vraiment le détour », GQ, 26 novembre 2020..