La bataille de Meligalás, en , Machi tou Meligala, a lieu à Meligalás, en Messénie, dans le sud-ouest de la Grèce, du 13 au , entre les forces de résistance de l'Armée populaire de libération nationale grecque (ELAS) et les bataillons de sécurité collaborationnistes.

Pendant l'occupation de la Grèce par l'Axe, les forces partisanes de l'ELAS commencent à opérer dans le Péloponnèse, à partir de 1942, et, en 1943, elles commencent à établir leur contrôle sur la région. Pour les affronter, les autorités d'occupation allemandes forment les bataillons de sécurité, qui participent non seulement aux opérations antiguérilla mais aussi aux représailles de masse contre la population civile locale. À l'approche de la libération de la Grèce, en 1944, les bataillons de sécurité sont de plus en plus pris pour cible, par l'ELAS.

Après le retrait des forces allemandes du Péloponnèse, en , une partie des forces collaborationnistes de Kalamata se retire à Meligalás, où une force d'environ des bataillons de sécurité se rassemble. Ils y sont rapidement encerclés par des détachements de l'ELAS, forts de quelque . Après une bataille de trois jours, les partisans de l'ELAS enfoncent les fortifications et entrent dans la ville. La victoire de l'ELAS est suivie d'un massacre, au cours duquel des prisonniers et des civils sont exécutés près d'un puits. Le nombre de personnes exécutées est estimé entre et , selon les cas. Après que la nouvelle du massacre se soit répandue, la direction de l'ELAS et celle de son groupe politique, le Front de libération nationale (EAM), prend des mesures pour assurer une transition pacifique du pouvoir dans la plus grande partie du pays, en limitant les représailles.

Pendant l'après-guerre et après la guerre civile grecque, l'establishment de droite au pouvoir a immortalisé le massacre de Meligalas, comme preuve de la brutalité communiste, et a commémoré les victimes comme des héros patriotiques. À la suite de la Metapolítefsi, le soutien officiel de cette commémoration a cessé. Le massacre continue d'être commémoré par les descendants et les sympathisants idéologiques des bataillons de sécurité, et reste un point de référence et un cri de ralliement tant pour l'extrême droite que pour la gauche en Grèce.

Contexte politique et militaire Émergence de la résistance en Messénie occupée Après l'invasion allemande de la Grèce, en , Adolf Hitler veut rapidement dégager les forces allemandes, en vue de l'invasion imminente de l'Union soviétique. En conséquence, la plus grande partie occupée du pays, y compris le Péloponnèse, passe sous le contrôle militaire italien. La Thrace occidentale et la Macédoine orientale passent sous contrôle bulgare, et diverses régions stratégiquement importantes (notamment Athènes, Le Pirée, la Crète, Thessalonique avec la Macédoine-Centrale) restent sous contrôle allemand.

Dans la province de Kalamata, le tout nouveau Front de libération nationale (EAM), dirigé par les communistes, commence son activité, en 1942, encourageant la résistance passive à l'impopulaire confiscation des récoltes, par les autorités militaires italiennes, et entame les premières démarches pour former des troupes de partisans. Les premiers groupes de gauche se forment à travers le Péloponnèse ; leurs engagements se limitent à des escarmouches avec la gendarmerie grecque et l'armée italienne, et à la fin de 1942, ils sont presque tous soit détruits, soit contraints d'évacuer vers la Grèce-Centrale. En , alors que le Péloponnèse est considéré comme , par les autorités d'occupation, le Wing commander , qui avait été emprisonné auparavant par les Italiens, forme un nouveau groupe de partisans, sur ordre de l'EAM. Après ses premiers succès, et avec l'arrivée des renforts demandés sur le continent, le groupe se développe et commence à attaquer ouvertement les soldats italiens et leurs informateurs grecs. En , le nombre de partisans de l'Armée populaire de libération nationale grecque (ELAS), dans le Péloponnèse, atteint environ au total. En raison de l'absence d'un commandement central et des difficultés de communication, ils sont dispersés et fonctionnent comme des groupes quasi-autonomes. En , selon un rapport des services de renseignement allemands, l'activité des partisans s'est intensifiée dans les régions montagneuses de Messénie, où opèrent, sous les ordres de .

Au début de 1943, l' (ES), formée d'anciens officiers royalistes, pour la plupart, se constitue en groupe de résistance et forme ses propres petits groupes armés, qui s'affrontent aux Italiens. Au départ, elle se déclare politiquement indépendante et neutre, mais après avoir noué des liens avec des réseaux royalistes, principalement dans la région et à Athènes, elle passe à une position anti-EAM, en juillet. Les Britanniques font des efforts pour unifier les groupes locaux de la résistance, dans le Péloponnèse, mais ceux-ci échouent et, en , l'ES affronte l'ELAS, tandis que certains de ses dirigeants les plus importants, tels que et peut-être aussi Tilemachos Vrettakos, cherchent respectivement à collaborer avec les autorités d'occupation italiennes et allemandes, contre l'ELAS. Toutefois, le retard apparent de l'aide allemande, les pertes subies par les hommes de Vrettakos, lors d'un affrontement avec une unité allemande à Pyrgáki, en Arcadie, et l'arrêt des largages aériens alliés, à destination de l'ES et l'ELAS, entraînent la défaite et la dissolution de la première aux mains de la seconde en octobre. L'EAM/ELAS devient ainsi la seule force de résistance organisée dans le Péloponnèse.

Prise de contrôle allemande et création des bataillons de sécurité vignette|Les troupes allemandes entrent dans l'ancienne zone italienne (Corfou 1943). Entre-temps, après la capitulation italienne, en , le commandement général des opérations antipartisanes, dans le sud du Péloponnèse, tombe entre les mains du général de division allemand Karl von Le Suire, commandant de la 117 division de chasseurs, qui avait été déplacée, dans la région, en juillet. En octobre, Le Suire est nommé seul commandant militaire du Péloponnèse. La ville de Meligalás, au nord de la Messénie, qui sous l'occupation italienne avait abrité une caserne de carabiniers, devient le siège de deux compagnies d'infanterie allemandes. La capitulation italienne entraîne un renforcement, immédiat et considérable, de l'ELAS en termes de moral, de personnel et de matériel, et avec le soutien des Britanniques, les forces de l'ELAS commencent à attaquer des cibles allemandes. Dans les districts montagneux du Péloponnèse, les représentants de l'EAM/ELAS traduisent leur monopole de la résistance armée dans l'exercice de l'autorité, mais ils rencontrent des difficultés avec la population locale, majoritairement conservatrice et royaliste. La désaffection des paysans est encore alimentée par l'obligation de nourrir les partisans dans des conditions de malnutrition et par une perturbation générale de la production agricole causée par l'hyperinflation croissante et par les vastes raids antipartisans allemands (). Ces opérations conduisent à des représailles contre la population civile, sur un ordre donné, en juillet, par Hellmuth Felmy, commandant du 68 corps d'armée. Dans le Péloponnèse, Le Suire exécute ces ordres avec une impitoyabilité particulière, d'autant plus que la menace partisane s'est accrue, entraînant, en décembre, le massacre de Kalávryta. vignette|gauche|Un membre des bataillons de sécurité se tient près d'un homme exécuté (1943). En 1943, les commandants allemands en Grèce concluent que leurs propres forces sont insuffisantes pour supprimer l'ELAS. En conséquence, et afin , la décision est prise de recruter les éléments anticommunistes de la société grecque pour combattre l'EAM. Outre les bataillons d'evzones (en ) créés par le gouvernement collaborationniste de Ioánnis Rállis, à la fin de 1943, des bataillons de sécurité indépendants (en , ΤΑ) commencent à être constitués, en particulier dans le Péloponnèse, où les affiliations politiques d'une grande partie de la population et la dissolution violente de l'ES fournissent un large réservoir de recrutement d'anticommunistes. Au début de 1944, cinq bataillons sont formés et placés sous le commandement général de Papadongonas. L'un d'eux est le bataillon de sécurité de Kalamata (en ), basé à Meligalás, qui contrôle la route de Kalamata à Tripoli et toute la zone du sud. Les bataillons de sécurité sont subordonnés au chef supérieur de la SS et de la Police en Grèce, Walter Schimana, mais le développement de relations de confiance entre les commandements des différents bataillons et les autorités locales allemandes leur permet de jouir d'une relative liberté de mouvement.

Les bataillons de sécurité servent de garnisons dans les villes du Péloponnèse, mais participent aussi de plus en plus aux opérations antipartisanes allemandes ; ils choisissent ceux qui seront exécutés parmi les prisonniers et exécutent eux-mêmes les otages, en représailles aux attaques partisanes, contre des cibles allemandes (comme cela s'est produit après l'exécution du général de division Franz Krech par l'ELAS, en ), acquérant ainsi une réputation de manque de discipline et de brutalité. vignette|Combattants de l'ELAS. Après avoir subi quelques assauts précoces, l'ELAS parvient à retrouver son influence et, à partir de 1944, mène un sabotage constant sur les voies de ravitaillement utilisées par l'armée allemande. En , l'ELAS attaque pour la première fois, une ville tenue par une garnison allemande à Meligalás, mais l'assaut est repoussé. Le même mois, le chef de l'EAM, Georgios Siantos, à la suite de rapports d'indiscipline, parmi les forces partisanes du Péloponnèse, y envoie Áris Velouchiótis, en tant que représentant du Comité politique de libération nationale (PEEA), le nouveau gouvernement parallèle de l'EAM. La tâche de Velouchiótis est de réorganiser la division de l'ELAS, qui compte un effectif total d'environ . Velouchiótis impose rapidement une discipline stricte, parvenant à inverser la baisse du nombre de partisans et à augmenter le nombre de leurs attaques, sur les cibles ennemies. La détérioration de la situation militaire conduit Felmy à déclarer le Péloponnèse, comme zone de combat, en mai, ce qui permet à Le Suire de déclarer, à son tour, la loi martiale, limitant la liberté de mouvement et de rassemblement de la population civile. Néanmoins, les ratissages et les représailles, des Allemands et de leurs collaborateurs, ne suffisent pas à inverser la pénétration de l'ELAS, dans les campagnes de Messénie et de la Laconie voisine. Dans la région de Kalamata, où, pendant l'occupation, des milliers de maisons sont incendiées et environ exécutées, les représailles des bataillons de sécurité se poursuivent, jusqu'à la fin de l'été. Fin août, si les affrontements entre l'ELAS et les Allemands diminuent, ceux entre l'ELAS et les bataillons de sécurité augmentent régulièrement.

Position des collaborateurs grecs