Les gorges d'Arak sont une série de gorges désertiques situées dans la wilaya de Tamanrasset, en Algérie. Les gorges sont à environ 330 kilomètres de la ville de Tamanrasset.

Géographie thumb|left|Carte topographique des gorges d'Arak.

Sculptées par l'ancienne activité fluviale, les parois du canyon varient en hauteur de , et la base du canyon correspond au lit d’un oued aujourd’hui généralement à sec. Les gorges sont parcourues par le lit de l’oued Arak, susceptible d’écoulements violents en hiver à la suite des crues ; le passage redevient néanmoins possible après la fin de la crue selon un guide saharien des années 1930. Ce même guide donne une longueur totale d’environ pour les gorges et signale une végétation relativement abondante dans le lit de l’oued, en particulier à proximité du bordj d’Arak. Un récit touristique de 1930 décrit le secteur de « Taount Arak » comme un paysage chaotique d’assises rocheuses hautes de , se poursuivant sur plus de , formant une vallée très mouvementée, garnie d’une végétation « des plus curieuses », où apparaîtrait déjà une flore d’affinité tropicale. Dans une évocation d’alpinisme au Hoggar, les gorges d'Arak sont aussi qualifiées de « colorado saharien ». thumb|Gorges d'Arak, 1933

La route nationale 1 passe le bas de la vallée. Elle a permis la construction du petit village d'Arak.

Faune et flore Malgré le climat extrêmement sec (seulement de précipitations par an), les plantes et les animaux rustiques du désert survivent dans les gorges. Les exemples incluent l'agama de roche à tête rouge, des traquets et des petits vautours.

Faune aviaire Les gorges d'Arak ont été signalées par Laenen comme un site d’observation d’oiseaux, à la fois nicheurs présumés et migrateurs : un couple de faucons (Falco sp.) y a été observé et interprété comme nicheur, tandis qu’un couple d'aigles royaux (Aquila chrysaetos) a été entrevu à la fin des gorges. La localité est aussi mentionnée pour des passereaux migrateurs, notamment la bergeronnette grise (Motacilla alba) et les gobemouches gris (Muscicapa striata) et noir (Muscicapa hypoleuca). À proximité, au pied du bordj d’Arak, la phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus) a été observée dans les roselières. Le chevalier cul-blanc (Tringa ochropus ; cité comme Totanus ochropus) a enfin été noté lui aussi au bordj d’Arak et interprété comme migrateur. Ces données montrent que les gorges d'Arak et leur environnement humide associé constituent une halte migratoire pour plusieurs espèces d’oiseaux insectivores lors de leur traversée du Sahara central.

Histoire Fort d'Arak Le fort d’Arak (ou bordj d’Arak), également connu sous le nom de « bordj Flamand », est situé dans les gorges d'Arak, sur l’axe reliant In Salah au Hoggar. Sa construction est attestée au milieu des années 1920 : en , une mission en route vers le Niger fait étape au « bordj que Chapuis construit » dans les gorges. Les murs, alors encore « en élévation », sont en pisé et l’ensemble est organisé autour d’une cour destinée à desservir une habitation, des magasins, un garage et des ateliers ; la même source précise que Chapuis a capté et aménagé les eaux au point de pouvoir irriguer plusieurs hectares dans le fond de la vallée. Un croquis de plan attribué à Chapuis figure également le bordj comme un ensemble organisé autour d’une vaste cour centrale.

En , le capitaine Augiéras indique que la piste automobile a été refaite et qu’un « bordj touristique » a été construit à la source de Tahount Arak, ce qui confirme la fonction d’étape du site. Le fort est ensuite reconverti en établissement d’accueil (gîte d’étape), dans le cadre plus large de la réutilisation touristique de plusieurs forts sahariens.

Exploité dans l’entre-deux-guerres comme bordj-hôtel par la Compagnie générale transsaharienne puis la Société algérienne des transports tropicaux (SATT), le site n’acquiert une fonction strictement militaire que tardivement. Il est ensuite réquisitionné pour protéger la route d’In-Amguel avant d’être remis aux autorités algériennes en 1966. La même source décrit un ensemble construit en pisé, organisé autour d’une cour et conçu comme une base d’étape comprenant une habitation, des magasins, un garage et des ateliers. Le bordj est également mentionné comme disposant de chambres et d’une terrasse ; Augiéras compare son apparence à un « chalet suisse ». Aucune dimension chiffrée (emprise, hauteur, épaisseur des murs) n’est fournie.

D’après un guide saharien des années 1930, le bordj est exploité comme « bordj-hôtel » et dispose d’une cour où les voitures peuvent être garées ; une pompe de carburant est indiquée devant le bordj. Le même texte décrit le bordj comme une construction carrée en terre brune, entourée de végétation (sauf au nord).

Plan et organisation Un croquis de plan attribué à Louis Chapuis représente le bordj comme un ensemble globalement quadrangulaire organisé autour d’une vaste cour centrale. Le dessin montre des alignements de pièces répétitives sur les ailes latérales, ouvrant vers la cour, ainsi que des volumes de service plus importants regroupés près de l’entrée ; l’ensemble suggère une organisation combinant hébergement et fonctions logistiques (magasins/ateliers/garage) caractéristiques d’une étape saharienne.

Aviation et terrain d’atterrissage Un terrain d’aviation est attesté dans le secteur des gorges d'Arak dès le milieu des années 1930. Une source de la saison 1934–1935 mentionne en effet l’existence d’un « terrain de secours » localisé à environ cinq kilomètres au sud-ouest du bordj d’Arak, d’une superficie d’environ , signalé par des repères en pierres (angles et cercle), avec un sol sablonneux ferme et sans installations permanentes, des obstacles rocheux étant toutefois signalés à proximité.

Un témoignage publié en 1939 confirme l’existence de ce terrain utilisé à proximité immédiate des gorges d'Arak. Le récit le décrit comme un terrain de sable très praticable ; il précise qu’on aurait pu y voir jusqu’à sept appareils alignés le même jour, dans le contexte d’opérations de recherche déclenchées après la disparition de l’équipage du « Saint-Didier », dans un contexte de navigation rendue difficile par les vents de sable et des indications radio incertaines ; l’hypothèse avancée est que l’appareil aurait suivi une fausse piste dans les sables après avoir manqué un changement de direction dans les gorges.

Mention contemporaine Un article de 2003 évoque, de manière générale, des informations relatives à des projets d’infrastructures militaires américaines dans le Sahara algérien et situe un site « à deux pas d’Arak ».

Art rupestre En 1969, Henri Lhote signale, à proximité du bordj, un petit ensemble de peintures rupestres attribuées à la période bovidienne, et en souligne l’intérêt comme jalon pour l’étude de la répartition et des voies de migration des pasteurs bovidiens dans le Hoggar. Le signalement initial est attribué à un touriste, sur la base d’une peinture repérée auparavant par des légionnaires stationnés au bordj ; des relevés et calques sont ensuite réalisés par le médecin-aspirant Hache. Le site est situé à environ « 800 pas » du bordj, sur la route vers Tamanrasset, dans une petite cavité discrète d’un amas rocheux à une trentaine de pas de la route ; la cavité est décrite comme sombre et les figures deviennent lisibles après ravivage à l’eau. Cette implantation au pied d’un relief rocheux, immédiatement accessible depuis l’axe de passage, illustre le fait que les rares cavités utilisables du Hoggar granitique constituent des supports ponctuels pour l’art rupestre. Lhote décrit une scène de combat comportant cinq personnages (), en partie armés d’arcs, figurés avec un profil cynomorphe et parfois une plume sur la tête ; un second registre ne conserve qu’un bovidé en position inclinée, rapproché d’un type à « cornes en lyre » (Bos africanus), avec une mesure donnée de (de la croupe à l’extrémité de la corne). Un tracé gravé préalable (sillon linéaire) est jugé plausible, l’ocre rouge marquant surtout les contours.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Liens externes Bordj Arak

Arak Catégorie:Site archéologique en Algérie Catégorie:Wilaya de Tamanrasset