Iomnium est le nom antique de la ville actuelle de Tigzirt au temps des Romains. La ville est située en bordure des côtes Méditerranéennes, à à l'est d'Alger et à au nord du chef-lieu de Tizi Ouzou, dans la région de Kabylie en Algérie.

Installées en bord de mer, dans un cadre pittoresque délimité par le haut promontoire de Taksebt et la petite île désormais déserte, peut-être jadis choisie par les Carthaginois pour établir leur premier établissement humain, les ruines d'Iomnium, l’actuelle Tigzirt, sont assurément parmi les plus charmantes de toute l'Algérie.

Localisation et toponymie Iomnium est traditionnellement identifié avec la ville actuelle de Tigzirt. Le nom moderne renvoie à l’idée d’« îlot » (souvent rattachée à une origine phénicienne).

Il est probable que Iomnium, située en Maurétanie Césarienne, près de l’actuelle Tigzirt (Algérie), ait été fondée comme l’un des nombreux comptoirs phénicien ou puniques (ce que laisse à penser la lettre I au début du nom : ʾj = « île » punique)Huß, Werner (Bamberg), « Iomnium », in: Brill’s New Pauly, Antiquity volumes edited by: Hubert Cancik and , Helmuth Schneider, English Edition by: Christine F. Salazar, Classical Tradition volumes edited by: Manfred Landfester, English Edition by: Francis G. Gentry. Consulté le 23 mars 2024 <http://dx.doi.org/10.1163/1574-9347_bnp_e12223000>..

Iomnium est une latinisation du nom punique de la ville, qui semble avoir combiné les éléments ʾy (punique : 𐤀𐤉) et ʾmn (𐤀𐤌𐤍), signifiant « île forte »Watson, Wilfred G.E. (2013), « Loanwords in Phoenician and Punic », Ritual, Religion, and Reason, Veröffentlichungen zur Kultur und Geschichte des Alten Orients und des Alten Testaments, No. 404, Munster: Ugarit-Verlag, p. 397ff.Lipiński, E. 1992–1993. “Sites “phénico-puniques” de la cote algérienne.” REPPAL 7/8: 305, 315–17. ou "péninsule de la force"P Siggers, Vestiges toponymiques de la présence phenico punique en Sardaigne, p25–35.. La même racine trilitère peut également signifier « artisan »Watson, p. 328..

Sources antiques et identification Sur la route côtière de Rusguniae (Matifou, Tamentfoust) à Saldae (Bougie, Bejaia), les géographes anciens situent plusieurs villes: L’Itinéraire d’Antonin mentionne Cissi, Rusueuirru, Iomnium, Rusasis ; la Table de Peutinger indique Cissi, Rusuccuru, Iomnium, Rusippisir, Rusazu. L’identification de ces noms et des établissements qu’ils désignent, à travers les ruines contenues dans les localités modernes, notamment celles de Dellys, Tigzirt, Taksebt, Azeffoun, a suscité une multitude d’opinions contradictoiresPallu de Lessert Clément. Lettre à M. Héron de Villefosse, sur la position de Rusuccurium. In: Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 30ᵉ année, N. 2, 1886. pp. 270-276., comme on peut le voir résumé dans la discussion approfondie que M. Gsell a incorporée à son Atlas ArchéologiqueStéphane Gsell. Atlas archéologique de l’Algérie: Édition spéciale des cartes au 200.000 du Service Géographique de l’Armée. Jourdan, Alger, 1911. feuille 6, n° 87..

L’identification du site a été longtemps retardée par des erreurs dans sa mention dans la Table de Peutinger, qui la plaçait à « 42 milles romains  » à l’ouest de Rusippisir au lieu de la distance réelle d’environ 2 millesJ. Carpopino, « Mélanges d’épigraphie algérienne - III Tigzirt-Taksebt », in Revue africaine, N° 292, Adolphe Jouran, Alger, 1914. p. 348pp.Lipiński, Edward (2004), Itineraria Phoenicia, Orientalia Lovaniensia Analecta, No. 127, Studia Phoenicia, Vol. XVIII, Leuven: Uitgeverij Peeters, .

Iomnium, et non Iol, est probablement aussi le « Ioulíou » (Ἰουλίου) mentionné par le Périple de Pseudo-Scylax, le texte actuel représentant probablement une erreur de copie du nom original.

Histoire Origines phénico-puniques et réseau maritime La ville a été établie en tant que colonie sur la route commerciale maritime entre la Phénicie et le détroit de Gibraltar. Elle faisait partie de l’empire carthaginois et servait de port à la forteresse de Rusippisir (aujourd’hui Taksebt) à 3 km à l’est.

Elle faisait donc partie de ces comptoirs dont Lancel dit qu’elles « s’échelonnent assez régulièrement tous les 30 ou 40 km » le long du littoral algerienS. Lancel, « Algérie »; in La civilisation phénicienne et punique, Brill 1994. pp. 790-791.. Elle constituait l’un des points de relais essentiels pour le cabotage le long de la façade maritime nord du Maghreb antiqueDavid L. Stone. (2014). Africa in the Roman Empire: Connectivity, the Economy, and Artificial Port Structures. American Journal of Archaeology, 118(4), p. 573. https://doi.org/10.3764/aja.118.4.0565 Titel anhand dieser DOI in Citavi-Projekt übernehmen.

Période romaine Elle est tombée sous l’hégémonie romaine à la suite des guerres puniques. Sous la domination romaine, Iomnium avait le statut de « Civitas » dans la province de Numidie. Les fouilles ont révélé un port romain de taille moyenne. Il y avait un forum, un temple, un palais de justice et un bureau de magistrats. Ses rues étaient tracées. Un bain public et une mosaïque ornementale ont été trouvées, avec des inscriptions et des statues.

Antiquité tardive : christianisation En 411, la ville est érigée en siège épiscopalActa concilii Carthaginiensis anno 411 habiti, cognitio 1, § 207..

Ruines et archéologie

La grande basilique La grande basilique d’Iomnium, également désignée comme la cathédrale, car il semble probable qu’une église de cette ampleur ait abrité le siège de l’évêque lui-mêmeGavault P. Étude sur les ruines romaines de Tigzirt. E. Leroux; 1897 ; p. 6., se dresse entre le rempart byzantin et le rempart romain, mais beaucoup plus proche de ce dernier, dont elle n’est séparée que de quelques mètres. Deux autres églises connues dans la ville étaient situées de la même manière. Il était fréquent, en effet, que les édifices du culte nouveau soient érigés dans les faubourgs, près des remparts de la villeGavault, p.6.. Dans ces parties périphériques des cités, où les terrains étaient moins disputés par les habitations, des emplacements assez vastes étaient encore disponibles. À Tipasa, l’église cathédrale est également positionnée de cette manière, mais avec une particularité supplémentaireGsell, Mélanges de l’École de Rome, XIV (1894), p. 359. : en raison des impératifs de l’orientation, c’est la façade principale qui fait face au rempart, et non l’abside, comme c’est le cas à Iomnium.

Au contraire, le portail à Iomnium semble avoir ouvert sur une rue ou une place, comme en témoignent les pavés assez irréguliers qui recouvrent le sol devant l’entrée. Le plan de l’édifice prend la forme d’un vaste rectangle de 38 mètres de long sur 21 de large, avec une abside en arc de cercle saillante d’environ 2 mètres. Une construction à la silhouette mouvementée, mesurant 11 mètres sur 22 dans ses dimensions maximales, est adossée au côté gauche.

L’axe longitudinal, conformément au rituel, est orienté selon la ligne est-ouest. Cette orientation était facile à déterminer à Iomnium, où les voies principales, comme dans la plupart des villes côtières, suivaient généralement cette direction, qui correspondait également à la route littorale.

La construction des murs extérieurs présente un petit appareil assez irrégulier, avec des chaînes de pierres de taille espacées de 2,20 m à 2,70 m. Une exception est à noter pour la façade de la nef centrale ainsi que pour les deux tiers du mur sud, construit en pierres de taille de différentes tailles, disposées de manière désordonnée, avec de petits blocs comblant les interstices. Il est difficile de déterminer s’il s’agit d’une phase de réaménagement ou d’un procédé de construction particulier à cet endroit. La première hypothèse semblait la plus probable à GavaultGavault, p.8..

Les colonnades doubles séparaient la nef des bas-côtés, à droite comme à gauche. Les basiliques chrétiennes se caractérisent par quatre types de colonnadesCorroyer, Architecture romane, Fig. 58. : celles à colonnes simples, les plus courantes ; celles à piliers carrés ; celles combinant colonnes et piliers ; et enfin, celles à double colonnes, dont les exemples connus en Afrique sont encore peu nombreux. La basilique d’Iomnium appartenait à cette dernière catégorie ; cependant, il convient de noter que dans les deux files les plus proches des bas-côtés, des piliers prenaient parfois la place des colonnes.

La façade principale de l’église se caractérisait par une construction en pierres de taille pour la nef, avec des murs d’une épaisseur d’un mètre, tandis que les parties latérales, correspondant aux bas-côtés, étaient plus minces, mesurant seulement 0,60 mGavault, p.9.. L’ossature de ces sections était constituée de piliers ou de chaînes en pierre, entourés d’une maçonnerie de moellons, qui avait été partiellement démolie sans que les ouvriers ne le remarquent. Aucune porte n’ouvrait sur les bas-côtés; au contraire, une triple baie donnait accès à la nef, encadrée par quatre gros piliers conservés à des hauteurs variables. Ces portes étaient maintenues fermées par des barres transversales. Les piliers de la façade, initialement de dimensions égales, furent modifiés pour réduire la taille des portes latérales. Les assises des piliers étaient composées de pierres de taille, avec des arcs en plein cintre au-dessus. Certains éléments architecturaux, comme des blocs en forme de T, étaient présents pour renforcer la structure. Les sommiers d’arcades reposaient sur des assises en surplomb, formant des corniches ou des corbeaux, qui occupaient toute l’épaisseur des murs latéraux.

À l’intérieur, les vestiges témoignent de la disposition architecturale de l’église. À gauche, la colonnade est largement détruite, ne laissant que des traces floues. À droite, bien que partiellement préservée, elle gît au sol. Les colonnes, d’une hauteur de 2,95 m à 3,05 m, reposaient sur un dé de terre, sans base propreGavault, p.13.. La première travée est partiellement obstruée par un mur indépendant des piliers de la façade, peut-être pour renforcer l’arcade. Des colonnes inclinées reposent sur des débris, tandis qu’un pilier carré remplace une colonne. Les modifications structurelles témoignent de l’adaptation des matériaux antiques à de nouvelles constructions. Des travées successives montrent des colonnes renversées, révélant l’agencement architectural. Des colonnes doubles séparent la nef de l’abside, tandis que deux colonnes isolées marquent l’accès à celle-ci. L’abside surélevée accueillait un autel et des colonnes supportant probablement un ciborium. Des détails tels que des rainures verticales indiquent l’emplacement de barrières mobiles. Des bases de colonnes portent des sculptures élaborées, tandis que des motifs chrétiens ornent les piédroits des portes. Les sacristies adjointes disposent de portes internes et externes, offrant une voie distincte pour le clergé. Des fragments de mosaïque révèlent les niveaux de sol et les escaliers disparus. Un mur en moellons devant la façade suggère un vestibule, mais son rôle exact reste incertainGavault, p.18..

Autres basiliques La description de l’édifice basilical désormais disparu, qui se trouvait dans la partie sud de la ville et contre le rempart romain, révèle des fondations enfouies sous la routeGavault, p.97.. Un rapide croquis a été réalisé. Il s’agissait d’un rectangle mesurant 25 mètres sur 13 mètres, divisé en trois nefs par deux rangées de piliers carrés, au nombre de sept ou huit à chaque file. À l’extrémité se trouvait une abside profonde de 4,50 m sur 7 m.