La deuxième guerre du Haut-Karabagh, aussi appelée guerre du Haut-Karabagh de 2020, ou guerre des 44 jours ou encore opération Poing d'acier par le gouvernement azerbaïdjanais. est un conflit post-soviétique opposant la république autoproclamée du Haut-Karabagh , soutenue par l'Arménie, à l'Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie, pour le contrôle du Haut-Karabagh, un État majoritairement peuplé d'Arméniens mais non reconnu par la communauté internationale depuis sa déclaration d'indépendance de l'Azerbaïdjan en 1991..
Après plusieurs mois de montée des tensions ponctuées d'escarmouches le long de la frontière, l'Azerbaïdjan déclenche le plusieurs assauts terrestres d'envergure contre le Haut-Karabagh..., provoquant la mobilisation générale et l'instauration de la loi martiale dans ces pays.
Après treize jours de combat, le , une médiation russe permet aux deux parties de s'entendre sur un cessez-le-feu et une reprise des négociations. Les hostilités reprennent cependant peu après. Le , grâce à une médiation du groupe de Minsk, un second essai pour une mise en place d'un cessez-le-feu est lancé, sans succès. Un troisième cessez-le-feu, humanitaire, négocié par les États-Unis et débutant le , échoue également.
Le , après la prise de Chouchi, capitale historique du Haut-Karabagh, par l'armée azerbaïdjanaise, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian accepte de signer un accord de fin des hostilités sous l'égide de la Russie qui entre en vigueur le . Celui-ci est qualifié de par le président azerbaïdjanais Ilham Aliev.. vignette|Carte de la république du Haut-Karabakh (NKR) et des territoires adjacents avant le conflit. La zone, entourée de frontières rouges, correspond au territoire contrôlé de facto par le NKR de 1994 à 2020. Les zones en jaune correspondent à la région autonome du Haut-Karabakh (NKAO) de l'ère soviétique, tandis que les zones hachurées en jaune sont contrôlées par l'Azerbaïdjan mais revendiquées par la NKR. Les zones hachurées en vert correspondent aux territoires situés en dehors de l'ancienne NKAO et qui étaient de facto détenus par le NKR après la fin de la guerre au Haut-Karabakh en 1994. Selon l'accord, l'Azerbaïdjan garde les territoires conquis au Haut-Karabagh, et à terme récupère le contrôle de la totalité des sept districts azerbaïdjanais entourant le Haut-Karabagh et d'où les forces arméniennes doivent se retirer. Les Arméniens gardent un droit de passage au niveau du corridor de Latchine qui est sous le contrôle des forces de paix russes. L'accord prévoit également le rétablissement des voies de communication terrestres entre l'Azerbaïdjan et son exclave du Nakhitchevan, à travers le territoire arménien. L'accord prévoit également le déploiement de forces de paix russes dans la région pour cinq ans renouvelables et la création d'un centre d'observation russo-turc afin de contrôler le respect du cessez-le-feu.. La question du statut politique du Haut-Karabagh, qui a perdu un tiers de son territoire., demeure irrésolue à l'issue du conflit et aucune proposition n'est faite à cet égard.
La signature de cet accord entraîne plusieurs manifestations en Arménie, réclamant la démission du Premier ministre Nikol Pachinian. À la suite d'une crise politique ayant duré plusieurs mois, celui-ci reste en poste après sa victoire aux élections législatives anticipées de 2021.
Contexte
Contexte historique Le conflit au Haut-Karabagh découle de la période de tutelle de l'URSS sur l'Arménie et l'Azerbaïdjan. En 1921, l'armée soviétique envahit le Caucase et réunit les républiques au sein de la république socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie, annexée à l'Union soviétique. Les Bolcheviks créent ensuite un comité de sept membres, le Bureau du Caucase (le Kavburo), qui, sous la supervision de Staline, alors commissaire du Peuple pour les nationalités, doit appliquer dans la région le découpage ethnique de type soviétique, avec des républiques et des régions autonomes..
Ce comité vote par quatre voix à trois en faveur d'une annexion du Karabagh à la république socialiste soviétique d'Arménie. Toutefois, des protestations de la part des dirigeants azerbaïdjanais, notamment le dirigeant du parti communiste d'Azerbaïdjan, Nariman Narimanov, ainsi qu'un soulèvement anti-soviétique à Erevan en 1921 dégradent les relations entre la Russie et l'Arménie. Cette situation conduit le comité à revenir sur sa décision le et à attribuer le Karabagh à la république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan., incorporant l'oblast autonome du Haut-Karabagh à la RSS d'Azerbaïdjan en 1923., malgré une population de l'oblast à 94 % arménienne Viktor Hambardzumyan et al., « Լեռնային Ղարաբաղի Ինքնավար Մարզ (ԼՂԻՄ) », dans Encyclopédie soviétique arménienne, 4, Académie nationale des sciences de la république d'Arménie, Erevan, 1978, 576... La capitale, auparavant Chouchi (Շուշի), devient Khankendi, en arménien Stepanakert (Ստեփանակերտ).
En 1991 à la dislocation de l'URSS, les autorités de l'oblast autonome du Haut-Karabagh, ainsi situé en Azerbaïdjan mais peuplé d'Arméniens, ont proclamé leur indépendance. pour former le Haut-Karabagh. Lors de la première guerre du Haut-Karabagh (1988-1994), en plus de l'oblast autonome du Haut-Karabagh, les indépendantistes arméniens annexent des territoires voisins peuplés d'Azéris et de Kurdes : cinq régions en totalité, Kelbajar (), Berdzor (), Kubatly (), Djebrail (), Zanguelan (), et des territoires de deux autres régions, d'Agdam, de Fizouli. Les populations de ces sept régions sont déplacées ailleurs en Azerbaïdjan.. Depuis le territoire est disputé.
Contexte immédiat Depuis 1991, les démographies et économies respective de l'Arménie et de l'Azerbaijian divergent, ainsi que leurs budgets militaires respectifs, modifiant profondément l'équilibre régional. +ArménieAzerbaïjanPopulation19903 545 000Voir :en:Demographics_of_Armenia#Vital_statistics_summary_data7 175 20020232 990 90010 154 000% -15.7% +42.5%PIB19931.2 Mds US$1.3 Mds US$202325 Mds US$79Mds US$% +2080% +6077 % vignette|gauche|Zone de conflit en entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.
Le Haut-Karabagh modifie sa constitution par référendum en 2017, prenant le nom de république d'Artsakh.
En , les premières tensions entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan sont observées avec quelques pertes des deux côtés, non pas au Haut-Karabagh, mais à la frontière azéro-arménienne au niveau de Tovuz et Tavush..
Préparatifs Le conflit armé est préparé bien en amont par l'Azerbaïdjan, avec une nette augmentation de ses dépenses de défense dès , consacrée notamment à l'achat massif d'armements neufs à la Turquie (munitions, lance-roquettes, drones). À partir du mois de juin, la Turquie livre plusieurs dizaines de drones Bayraktar TB2 à l'Azerbaïdjan...
Dès le mois de , des mercenaires sont recrutés par des organisations paramilitaires turques dans le nord de la Syrie, préférentiellement dans les zones occupées par l'armée d'Ankara. Leur nombre est estimé, selon les sources, de quelques centaines à . Ils sont principalement recrutés parmi trois factions pro-turques engagées dans la guerre civile syrienne : la division Hamza, les brigades Sultan Mourad et Sultan Souleymane Chah. D'autres recrues sont d'anciens combattants du groupe Ahrar al-Sham, un groupe salafiste soutenu militairement par la Turquie et dissous en 2018. Les mercenaires sont formés sommairement dans un camp d'entraînement situé sur la frontière syro-turque, à Hiwar Kilis. Ils sont ensuite envoyés par avion vers Bakou, après un transit rapide par une base militaire en Turquie..
De plus, d'autres groupes de mercenaires syriens, déjà aguerris à servir pour la Turquie, sont transférés depuis la Libye (elle aussi en situation de guerre civile). Ils transitent par le territoire turc, puis à partir de la mi-septembre sont transférés par avion vers l'Azerbaïdjan. Leur nombre serait de quelques centaines à ..
Quelques jours avant le début de la guerre, une activité inhabituelle d'avions gros porteurs turcs de type A400M est détectée. Ils effectuent de nombreuses rotations entre la Turquie et Bakou. Outre le matériel livré, des opérateurs de drones, des conseillers militaires, et des officiers de renseignement turcs arrivent ainsi sur le territoire azerbaïdjanais juste avant le déclenchement des offensives. De même, plusieurs Iliouchine Il-76 sont repérés faisant des rotations entre une base militaire en Israël, autre principal fournisseur d'armes et de drones à l'Azerbaïdjan, et Bakou.
Du côté arménien, la reprise du conflit armé n'avait pas été anticipée et la forte intensité des combats dès les premiers jours fut une surprise totale..
Déroulement vignette|Complexe d'habitation en république d'Artsakh, détruit par les bombardements de l'Azerbaïdjan. Le , des combats meurtriers éclatent dans le Haut-Karabagh entre les forces arméniennes et azerbaïdjanaises. Stepanakert, capitale du Haut-Karabagh, est bombardée par les Azerbaïdjanais.. Au moins trois tracteurs-érecteurs-lanceurs 9K35 Strela-10 et six 9K33 Osa de défense anti-aériennes arméniens sont détruits lors d'attaques de drones azerbaïdjanais, dont des Bayraktar TB2 d'origine turque.. L'Azerbaïdjan revendique la prise du mont Mourovdags et de six villages, dont cinq dans le district de Fizouli et un dans le district de Jebrail. L'Arménie nie, mais les autorités du Haut-Karabagh reconnaissent la perte de quelques positions.
Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, déclare alors que l'Azerbaïdjan a « déclaré la guerre » à l'Arménie et décrète « la mobilisation générale » et l'instauration de « la loi martiale ». Le ministère azerbaïdjanais de la Défense annonce pour sa part le lancement d'une « contre-offensive sur toute la ligne de front » du Karabakh, afin de « mettre fin à des activités militaires des forces armées de l’Arménie ». Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev décrète également la loi martiale et déclare : .
Les combats se poursuivent le : les autorités du Haut-Karabagh affirment avoir repris quelques positions perdues la veille, mais les forces azerbaïdjanaises affirment au contraire avoir effectué de nouveaux gains territoriaux près du village de Talych.
Le , l'Arménie affirme qu'un de ses avions Su-25 a été abattu par un F-16 de l'armée de l’air turque, ce qu'Ankara et Bakou démentent..
Le , l'Arménie annonce avoir abattu quatre drones de reconnaissance azerbaïdjanais à proximité d'Erevan, sa capitale..
Le , le président Aliyev annonce que les villages de Madaghis, Talish, Mehdili, Chaxirli, Aşağı Maralyan, Sheybey, Guyjag et Achaghi Abdurrahmanli ont été capturés par les forces azerbaïdjanaises... Le même jour, la ville de Stepanakert est bombardée pour la première fois à l'artillerie lourde, portant le nombre de pertes civiles arméniennes à 14.. Les civils commencent alors à évacuer la ville en masse..
Le , Bakou annonce la prise du district de Jabrayil et accuse l'Arménie, qui nie, d'avoir bombardé la ville de Gandja, deuxième ville d'Azerbaïdjan, où il y aurait un mort et quatre blessés chez les civils... L’Azerbaïdjan riposte en bombardant de nouveau Stepanakert, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev impose le retrait des forces arméniennes comme seule condition pour un cessez-le-feu..
Le , après de combat, environ 50 % de la population a quitté le Haut-Karabakh, la majorité pour Erevan..
Le , des frappes aériennes azerbaïdjanaises contre la ville de Chouchi font plusieurs blessés et causent des dégâts importants à la cathédrale..
Le , l’Azerbaïdjan annonce que l'armée azerbaïdjanaise a libéré le bourg de Hadrout ainsi que plusieurs villages.. Côté arménien, on parle d'une retraite tactique..