Le syndrome de MünchhausenÉgalement orthographié Münchausen avec un seul « h » ou Munchausen sans ., également appelé « pathomimie » ou « trouble factice », est un terme désignant une pathologie psychologique caractérisée par un besoin de simuler une maladie ou un traumatisme dans le but d'attirer l'attention ou la compassion. Il s'agit de la forme la plus grave des troubles factices, associée à un pronostic très défavorable à long terme. Cette pathologie est souvent associée à un trouble sévère de la personnalité, notamment « borderline » (trouble de la personnalité limite) ou encore psychopathique.
La Classification internationale des maladies inventorie ce trouble factice dans son dénommé « Troubles mentaux et du comportement » et le présente comme appartenant aux « troubles de la personnalité et du comportement chez l'adulte ».
Cette classification, publiée par l'Organisation mondiale de la santé, présente ce trouble sous la dénomination de « production intentionnelle ou simulation de symptômes ou d’incapacités, soit physiques, soit psychologiques » (F68.1). Ce syndrome est donc reconnu et répertorié en tant que .
Les patients atteints de ce syndrome peuvent présenter, dans les cas les plus graves, de multiples cicatrices d'opérations à la suite d'hospitalisations répétées pour des affections simulées ou liées à des actes d'automutilationSite beta.ivaluehealth.net, page sur le syndrome de Münchhausen.. Ils peuvent être volontairement querelleurs, voire agressifs, s'ils n'obtiennent pas l'attention souhaitée à la suite de la déclaration de leurs symptômes. Les troubles provoqués volontairement les plus fréquents incluent convulsions, saignements dus à la prise d'anticoagulants, vomissements et diarrhées ainsi que fièvre et éruptions cutanées. Ce sont également des patients qui simulent des maladies ou ingèrent des substances médicamenteuses dans le but de provoquer de faux symptômes et ainsi gagner l'attention du milieu médical.
Le syndrome de Münchhausen dit « simple » ou « classique » est également lié au syndrome de Münchhausen par procuration, terme désignant l'attitude d'un individu qui blesse ou rend volontairement malade une personne dont il a la charge, la tutelle ou la responsabilité (très souvent un jeune enfant), dans le but d'obtenir de l'attention et de la compassion pour lui-même en tant que responsable ou dépositaire de l'autorité sur cette autre personne.
Il existe également l'expression dite du syndrome de Münchhausen par Internet pour décrire le comportement adopté par un internaute feignant une maladie sur un forum de discussion ou une messagerie instantanée.
Historique Origine du terme « syndrome de Münchhausen »
Le nom de ce syndrome provient de celui du baron de Münchhausen (1720-1797), militaire et officier allemand, originaire de Basse-Saxe, engagé en tant que mercenaire dans l'armée impériale russe et auquel sont attribués des exploits invraisemblables, rapportés par Rudolph Erich Raspe. Le baron de Münchhausen est également connu en France sous le nom de « Baron de Crac » (terme tiré du mot « craque », signifiant mensonge) en tant que simple traduction de ses aventures, mais aussi dans des pastiches, tel que celui écrit par l'humoriste Pierre Henri Cami.
En 1951, Richard Asher, médecin endocrinologue et hématologue britannique, fut le premier à décrire un schéma d'automutilation, où les patients s'inventaient des histoires de maladie, le but étant d'attirer l'attention des membres du corps médical sur elles et de les convaincre de l'existence d'une pathologie dont ils seraient, selon eux, affectés. Se souvenant des affabulations du baron de Münchhausen, le a dénommé cet état le « syndrome de Münchhausen ».
À l'origine, ce terme était employé pour tous les troubles fictifs. On considère aujourd'hui qu'il existe toute une gamme de troubles fictifs, et le diagnostic de « syndrome de Münchhausen » est réservé aux formes les plus graves, où la simulation de la maladie est l'activité centrale dans la vie du patient, confinant à l'obsession.
Le « syndrome de Münchhausen par procuration » En 1977, Roy Meadow, pédiatre anglais Meadow R, « » Lancet 1977;2:343–345. a décrit, à son tour, une forme de sévices à enfant dans laquelle des mères induisent ou décrivent faussement des maladies chez leurs enfants. Il a nommé ce comportement « » en anglais, c'est-à-dire en français « syndrome de Münchhausen par procuration ». Les termes « proxy » ou « procuration » ont la même signification dans les deux langues et sont tous les deux issus du latin , terme qui signifie « le pouvoir que quelqu’un donne à une autre personne pour agir en son nom ». Dans le cas de cet aspect du syndrome, Meadow commet une certaine forme d'abus de langage car, en réalité, le diagnostic révèle que le parent concerné prend ce pouvoir de lui-même, sans demander l'avis de l'enfant dont il a la charge, que cet enfant soit en âge de comprendre ou pas, restant ainsi une victime directe de l'attitude déviante de son parent.
Clinique Définitions Dans la page d'introduction de son livre consacré à ce syndrome publié en 1998, le neurologue français Gilles Fénelon, ancien collaborateur d'Yves Pélicier, définit ce trouble en quelques mots : Le syndrome de Münchhausen désigne un comportement défini par une triade : des troubles factices d'allures aiguës conduisant à des investigations ou des traitements inopportuns ; des pérégrinations d'un hôpital à l'autre ; des fabulations infiltrant toute la biographie. Cette conduite n'a aucun sens apparent.
Le syndrome de Münchhausen est cependant divisé en deux formes ou types répertoriés par la classification médicale, selon que ce syndrome concerne la personne elle-même et uniquement elle-même (dit syndrome « classique ») ou que ce syndrome concerne la personne dépositaire d'une autorité sur une autre personne (dit syndrome « par procuration »).
Syndrome « classique »
Les individus atteints du syndrome de Münchhausen simple amplifient ou se créent des symptômes ou maladies dans le but de gagner de l'attention, des soins, de la compassion, et le confort qu'apporte le personnel médical. Dans certains cas extrêmes, des individus atteints de ce symptôme sont connus des services de soins et capables de produire des symptômes longs et coûteux en analyse médicale, en hospitalisation prolongée, et en opération sans nécessité. Le rôle du est une motivation de confort chez les individus atteints du syndrome de Münchhausen. Certains individus peuvent également simuler ou stimuler une arythmie dans le but de gagner de l'attention auprès de l'assistance médicale..
Risques de confusion avec d'autres troubles Ce trouble se différencie de l'hypocondrie et autres troubles somatoformes durant lesquels l'individu ne se crée pas intentionnellement une douleur somatique..
Le syndrome se différencie également de la sinistrose, durant laquelle un patient se crée des symptômes pour un but apparent comme une compensation financière, une absence au travail, ou pour un accès aux médicaments , . Web. ..
D'autres troubles simulés ou provoqués peuvent également se retrouver, tels queAcadémie des SLA de Marseille, chronique du sur le syndrome de Münchhausen. : des douleurs abdominales ou thoraciques ayant fait soupçonner un infarctus du myocarde ou des urgences abdominales ; des troubles de la peau, comme une dermatite auto-provoquée ; une fièvre ou des céphalées fictives ; des tests truqués, spécialement de VIH, afin de faire évoquer un syndrome d'immunodéficience acquise.
Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux connu dans le milieu médical sous l'acronyme DSM-V, le syndrome de Münchausen classique est classé comme « trouble factice imposé à soi-même » présenté selon quatre critères diagnostiques :
falsification de signes ou de symptômes physiques ou psychologiques, ou induction de blessures ou de maladies, associée à une tromperie identifiée ; l’individu se présente aux autres comme malade, invalide ou blessé ; le comportement de tromperie est évident, même en l’absence de bénéfices externes objectivables ; le comportement n’est pas mieux expliqué par un autre trouble mental tel qu’un trouble délirant ou un autre trouble psychotique.
Syndrome « par procuration » Dans le DSM-V, le syndrome de Münchhausen par procuration est classé comme « trouble factice imposé à autrui » selon les quatre critères suivants (le diagnostic s'applique à l'auteur et non à la victime) : Les signes et symptômes psychologiques et physiques, ou la lésion d'induction ou la maladie sur d'autres personnes sont falsifiés en association avec une tromperie identifiée ; l'individu (l'auteur) présente l'autre (la victime) comme étant malade, invalide ou blessée ; le comportement frauduleux est évident, même en l'absence de récompenses externes objectivables ; le comportement de l'auteur n'est pas mieux expliqué par un autre trouble mental tel qu'un trouble délirant ou un autre trouble psychotique. Le syndrome de Munchausen par procuration est classé comme maltraitance sur mineur, bien qu'il soit également utilisé pour désigner la maltraitance des personnes âgées, la maltraitance des personnes handicapées, des personnes à charge… dont les troubles cliniques ou la modification des résultats de laboratoire ont été créés par un soignant.
Diagnostic Les professionnels de la santé qui suspectent un éventuel syndrome de Münchhausen chez un patient doivent d'abord penser à éliminer d'autres pathologies. Cela éviterait un mauvais diagnostic et un mauvais traitement Bursztajn, H, Feinbloom RI, Hamm RM, Brodsky A. . New York. Delacourte/Lawrence. 1981.. Ils doivent par la suite consulter les antécédents psychiatriques du patient (privations/maltraitances durant l'enfance, ou un trouble mental). Lorsque le patient semble dangereux pour lui ou son entourage, une hospitalisation psychiatrique s'avère nécessaire Johnson BR, Harrison JA. . 2000; 28:74-76.. Les patients peuvent se trouver scarifiés à l'abdomen à la suite d'opérations d' répétées AJ Giannini, HR Black. . , 1978, . ..
Il existe de nombreux symptômes qui permettent le diagnostic du syndrome de Münchhausen. Certains incluent des hospitalisations fréquentes, la connaissance de nombreuses maladies, des demandes fréquentes d'assistance médicale, l'ouverture à des opérations longues, peu ou aucune visite lors de l'hospitalisation, des histoires inventées ou exagérées sur d'éventuelles douleurs, entre autres. Ce syndrome ne doit pas être confondu avec l'hypocondrie, car les patients ne pensent pas être malades, ou ne cherchent pas à l'être, ni avec la sinistrose.
Cause Bien qu'encore mal connu et sujet à de nombreuses discussions entre les spécialistes, notamment dans le type dit « par procuration », le but évident de la personne atteinte du syndrome de Münchhausen reste tout de même d'attirer l'attention du corps médical sur elle et, essentiellement, de le convaincre du bien-fondé d'une quelconque maladie ou affection dont elle serait atteinte elle-même (dans le syndrome dit « classique ») ou un proche dont elle a la garde ou la responsabilité (dans le syndrome dit « par procuration »). Cependant, malgré ce type de comportement, aucun motif particulier ne peut être mis en évidence, aucun bénéfice réel, du moins au niveau matériel, n'étant tiré de cette situation, la cause réelle, bien que psychologique, voire psychiatrique reste donc souvent très difficile à définir.