Le , Joyce Echaquan, une femme atikamekw de 37 ans (Atikamekw de Manawan), meurt à l'hôpital de Saint-Charles-Borromée au Québec, Canada. Avant sa mort, elle enregistre un Facebook Live dans lequel on entend une infirmière et une préposée aux bénéficiaires tenir des propos dégradants à son endroit, alors qu'elle demande de l'aide.
« Radiation d'un an pour l'infirmière qui a insulté Joyce Echaquan », Radio Canada, par Isabelle Maltais, 28 septembre 2021.
« L'infirmière qui a insulté Joyce Echaquan, radiée pendant un an », La Presse, par Alice Girard-Bossé, 28 septembre 2021.
« L'infirmière qui a insulté Joyce Echaquan radiée par son ordre », Le Devoir, par Marie-Michelle Sioui et Marie-Ève Cousineau, 28 septembre 2021..
La mort de Joyce Echaquan est considérée par la coroner Géhane Kamel comme une preuve de l'existence d'un racisme systémique anti-autochtone dans les institutions québécoises.
Une pétition en ligne dénonçant la mort de Joyce est lancée par des universitaires canadiens.
Justin Trudeau, premier ministre du Canada, dans un discours à la Chambre des communes, reconnaît ce racisme systémique.
Faits vignette|Vue aérienne de la réserve de Manawan. Joyce Echaquan, une mère de sept enfants âgés de 6 mois à 18 ans, de Manawan (réserve indienne dans Lanaudière, à de Joliette), mariée à Carol Dubé, est admise le pour des maux d'estomac à l'hôpital de Saint-Charles-Borromée. Elle avait souffert de problèmes cardiaques dans le passé et portait un stimulateur cardiaque. Elle a alors fait un trajet de en ambulance de Manawan à Saint-Charles-Borromée. Sa cousine Pamela Dubé, également souffrante, est admise le même jour qu'elle à l'hôpital de Saint-Charles-Borromée.
Parce qu'elle ne fait pas confiance au personnel médical et qu'elle ne parle pas couramment le français, Echaquan enregistre des Facebook Live pendant les visites et un cousin l'aide pour traduire. Un autre cousin dit qu'elle lui parle souvent du personnel qui semble « en avoir assez » d'elle et qui ne fait que s'assurer qu'elle n'a pas mal au lieu de réellement la soigner.
Le lundi , elle reçoit de la morphine malgré son insistance à ne pas se faire administrer le médicament. Elle diffuse en direct une vidéo vers midi de sept minutes sur Facebook sous le nom de « JoyceCarol Dube ». Dans l'enregistrement, elle geint, appelle à l'aide, supplie, alors que deux travailleurs non identifiés l'insultentLes insultes sont dites en français québécois. On peut les lire dans : "L'OIIQ radie l'infirmière qui a insulté Joyce Echaquan, Agence QMI: Journal de Québec, ou Journal de Montréal, ou QUB radio, ou encore TVA Nouvelles, mais cette fois-ci sous le titre : L'infirmière qui a insulté Joyce Echaquan radiée, .Parmi les insultes enregistrées de l'infirmière :
- À 5 min 10 sec : «Hostie d’épaisse de tabarnak ouin ouin ça là c’est mieux mort ça»
- À 5 min 29 sec : «T’as-tu fini de niaisier. T’as-tu fini là, câlisse»
- À 5 min 39 sec : «Ben meilleure pour fourrer que d’autre chose ça. Surtout que c’est nous autres qui payent pour ça»
- À 6 min 21 sec : «Qui tu penses qui payent pour ça toi»
- À 7 min : «Son hostie de cell». Joyce Echaquan est alors attachée à son lit, comme elle l'avait demandé, parce qu'elle en était tombée d'elle-même pendant son traitement mais est laissée sans surveillance.
Enquête et conclusions Diagnostic médico-légal Le rapport du coroner a révélé que les attitudes racistes manifestées dans la vidéo ont directement contribué à la mort de Joyce Echaquan - une affirmation soutenue par des preuves accablantes. Echaquan avait été admise à l'hôpital pour des douleurs abdominales et a été l'objet d'un diagnostic erroné fondé sur des préjugés raciaux. Les professionnels de la santé ont présumé, sans preuves, que son agitation était due au sevrage de cannabis et d'opioïdes. Cependant, les seuls médicaments présents dans son système étaient ceux prescrits par des médecins à des fins thérapeutiques.
Audiences et rapport La déshumanisation d'Echaquan n'était pas un incident isolé. En 2018, des membres de la Nation Atikamekw avaient déjà dénoncé des traitements discriminatoires dans ce même hôpital lors d'audiences sur le traitement des peuples autochtones dans les institutions du Québec. Malgré ces antécédents, le premier ministre du Québec, François Legault, a à plusieurs reprises rejeté l'existence de « racisme systémique » (qui part d'en haut, des dirigeants, et englobe tout un système) dans la province de Québec, centrant le débat public sur des questions sémantiques plutôt que sur la discrimination flagrante et persistante.
Ce déni gouvernemental du problème a éclipsé ce qui aurait dû être un moment de réflexion et de changement. Au lieu de cela, la discussion s'est polarisée autour de la question de savoir s'il faut utiliser le terme « racisme » ou « racisme systémique », masquant le véritable problème : la présence de préjugés profondément ancrés dans les institutions publiques, pouvant avoir des conséquences fatales.
Le cas de Joyce Echaquan souligne l'urgence de traiter ces questions et de mettre en œuvre des réformes garantissant un traitement équitable pour tous les citoyens, indépendamment de leur origine ethnique ou culturelle. Pour The Globe and Mail, il est impératif que les autorités du Québec, et du Canada dans son ensemble, abordent ces défis avec le sérieux et la compassion que le problème et ses victimes méritent.
Deux audiences publiques ont lieu entre le et le . La tenue de l'enquête par Géhane Kamel, coroner chargée de l'enquête, est critiquée en par l'ancien coroner de 1979 à 2004 Denis Boudrias, selon qui elle manquerait à son devoir de réserve durant la procédure.
Le rapport d'enquête est déposé le . Géhane Kamel rapporte que Joyce Echaquan est morte « des suites d'un œdème pulmonaire provoqué par un choc cardiogénique dans un contexte de cœur malade (cardiomyopathie préexistante vraisemblablement rhumatismale) associé à des manœuvres possiblement délétères telles que le maintien en décubitus dorsal sous contentions sans surveillance adéquate »Mort de Joyce Echaquan « Une preuve réelle que le système a échoué », La Presse, 5 octobre 2021 (consulté le 5 février 2022).. Elle déclare que www.twanouvelles.ca « Mme Echaquan a bel et bien été ostracisée, et sa mort aurait pu être évitée », dit la coroner / 5 octobre 2021.
Parmi les recommandations rédigées par la coroner dans son rapport, figure le fait que le gouvernement québécois devrait reconnaître et qu'il devrait .
Le , la famille d'Echaquan annonce qu'elle amorcera des procédures judiciaires.
La famille et l'entourage de Joyce Echaquan accueillent le rapport de la coroner comme un « premier pas » vers la reconnaissance d’un racisme systémique au Québec, et montre leur désaccord avec le premier ministre du QuébecPascal Gaxet (Métro - 5 octobre 2021) Joyce Echaquan: la famille réagit au rapport de la coroner (consulté le 6 février 2022)..
Conseil de discipline Lors des audiences, l’infirmière Paule R. - forte d'une expérience de 33 années au sein du Centre hospitalier de Joliette - reconnaît avoir insulté Joyce Echaquan mais se défend d’être raciste. Elle justifie son comportement par la colère ressentie face à ses conditions de travail - argument qui ne convainc pas le conseil de discipline de l'Ordre (OIIQ).
Dans sa décision, le conseil de discipline de l’Ordre conclut que l’infirmière Paule R. a bel et bien fait preuve de violence verbale vis-à-vis de Joyce Echaquan. L’infirmière écope d’une radiation d’un an avec interdiction d'exercer son métier. En parallèle, le même conseil de discipline conclut également que l'infirmière en question a fait preuve de négligence en n’évaluant pas correctement l’état de santé de sa patiente après une chute de cette dernière. Cet autre chef d'accusation vaut à Paule R. une radiation de six mois, à purger simultanément avec sa radiation d’un an.
Fait précédent D'après Jennifer MacDonald, une préposée aux patients dans un centre local d’Alzheimer, et présente à l'hôpital de Saint-Charles-Borromée pour aider son père le mois précédent, Joyce Echaquan aurait déjà été maltraitée à la fin du mois d' par des membres du personnel. MacDonald aurait entendu Echaquan crier dans un cubicule situé près d'elle, et l'aurait entendue exprimer ses inquiétudes quant à son traitement. Mac Donald décrit les assistants médicaux d'Echaquan comme étant et affirme qu'ils ignoraient ses supplications. Elle affirme également avoir entendu une infirmière se demander si Echaquan allait finir par se taire. En tentant de s'approcher d'Echaquan pour l'aider, le personnel lui aurait dit de se . Mac Donald ignorait alors que la femme dont il était question était Joyce Echaquan, et elle ne la reconnut que lorsqu'elle visionna la vidéo du Facebook Live.
Réactions vignette|Grande marche pacifique à Trois-Rivières à la mémoire de Joyce Echaquan, le 2 juin 2021.
Au niveau fédéral (Canada) Le , dans un discours devant la Chambre des communes, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, considère que .
Québec La famille de Joyce Echaquan demande que des caméras soient installées dans les urgences des hôpitaux, qu'il y ait un monument à l’honneur de Joyce Echaquan à l’hôpital de Saint-Charles-Borromée et que le , date de la mort de cette patiente, soit reconnu comme le jour de Joyce Echaquan« Qui veut raconter cette histoire à son enfant? », dit le conjoint de Joyce Echaquan / Radio-Canada Marie-Laure Josselin 2021.06.01 (consulté le 6 février 2022].
Le , le premier ministre François Legault déclare que le traitement de Joyce Echaquan par le personnel de l'hôpital était « inacceptable » et « raciste ». En revanche, il ne croit pas que le « racisme systémique » soit lié à cet incident. Il annonce également le renvoi de l'infirmière qui est sur la vidéo. L'enquête suit son cours et une autopsie doit être pratiquée.
Le , à l'Assemblée nationale, Legault présente ses excuses à la famille d'Echaquan, à ses proches et à sa communauté. Avant et après son discours, une minute de silence est observée à l'Assemblée nationale.
Marc Miller, le ministre des Services aux Autochtones du Canada, rencontre le le fils de Joyce Echaquan, Thomas-James, et s'excuse auprès de la famillepar Émilie Bergeron // Joyce Echaquan: Le ministre Miller a eu une rencontre déchirante avec sa famille dans TVA Nouvelles du 6 octobre 2020 (consulté le 8 novembre 2022).
La chanteuse inuk Elisapie Isaac déclare à propos du premier ministre François Legault (le tutoyant pour faire tomber le décorum) : « Récemment, tu as dit qu'il n'y avait pas de racisme systémique au Québec. Je me suis dit : « T'es né où ? Comment peux-tu dire quelque chose comme ça et ne pas reconnaître l'histoire de ton peuple qui est arrivé en bateau dans une culture millénaire » »T'es né où, François ? par Mario Girard sur www.lapresse.ca.
Pascale Bréaud, médecin dans la région de Lanaudière, témoigne : « Je ne peux me détacher de l'idée que sans la vidéo, personne n'aurait vraiment cru la version des victimes. Et c'est inconfortable pour moi de l'admettre, moi qui aime me voir comme une alliée, mais sans la vidéo, je doute que j'aurais fait autrement qu'à mon habitude. J'aurais rassuré, expliqué« Le système c'est moi aussi » La Presse 10 octobre 2020 (consulté le 7 février 2021).. »
Dans son bilan provisoire publié en , le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, met en avant un certain nombre de recommandations à appliquer pour éviter toute discrimination systémique dans les institutions publiquesAgence QMI, « Affaire Joyce Echaquan : des changements à pas de tortue », TVA Nouvelles CA, 27 septembre 2021..
La même année, l’hôpital de Joliette nomme « un membre de la commuté (des) Attikameks à un poste important ».
Principe de Joyce