Stéphane Detournay est un organiste, musicologue, esthéticien et pédagogue né à Tournai (Belgique) en 1962, de nationalités belge et française.

Directeur de l'Académie de Musique Saint-Grégoire, Stéphane Detournay œuvre dans le domaine de l'esthétique où ses recherches se situent à la croisée de la musicologie, de la philosophie de l'art et de l'analyse des enjeux de la création contemporaine. Ses écrits traitent de la fracture entre modernité et postmodernité et de ses prolongements sur la composition, l'interprétation et l'improvisation. L'interaction entre les traditions occidentales et non occidentales et les processus d'assimilation constitue un autre axe de ses travaux.

Enfin, Stéphane Detournay consacre une place importante à l'École d'orgue française des et siècles, éclairant son influence aux plans de l'écriture, de l'esthétique, de la technique instrumentale, de l'improvisation et de la pédagogie. Dans ce cadre, il consacre une attention particulière à deux figures emblématiques : Marcel Dupré et Rolande Falcinelli.

Itinéraire musical Stéphane Detournay étudie au Conservatoire royal de Bruxelles où il remporte plusieurs Prix dans les classes d'écritures, harmonie au clavier, analyse musicale, musique de chambre et orgue (Prix Alphonse Mailly). Il achève son parcours par l'obtention d'un Diplôme Supérieur d'orgue (Master) dans la classe d'Hubert Schoonbroodt. Il se perfectionne ensuite auprès de Rolande Falcinelli.

Chargé de cours puis conférencier au Conservatoire royal de Bruxelles, Stéphane Detournay est professeur d'orgue et d'improvisation au Conservatoire royal de Mons de 1992 à 2002, établissement dans lequel il est auteur de projet d'un orgue d'étude construit par Rudi Jacques.

Depuis 1988, Stéphane Detournay dirige l'Académie de musique Saint-Grégoire. Fondé en 1878, reconnu et subventionné par la Communauté française de Belgique depuis 1987., cet Institut de Musique Sacrée a son siège au Séminaire épiscopal de Tournai.

De 1983 à 1993, il est titulaire de l'orgue de l'église Saint-Brice à Tournai et, de 1980 à 2000, organiste-assistant à la Cathédrale Notre-Dame de Tournai.

Parcours universitaire En complément de ses études musicales, Stéphane Detournay étudie à l'Université Charles-de-Gaulle Lille-III. Docteur en Esthétique et Pratique des Arts (PhD degree)., il est titulaire d'une Licence et d'une Maîtrise en Musicologie, ainsi que d'un Diplôme d'Études Approfondies en Sciences de l'Art.

Dans ce cadre il reçoit l'enseignement de la musicologue Joëlle Caullier et de la philosophe Catherine Kintzler. Auprès de l'ethnomusicologue Alain Desjacques, il approfondit les musiques traditionnelles d'Asie Mineure et, en lien avec la Faculty of Iranian Classic Music de la Daneshgahe Tehran (University of Tehran), la musique savante persane.

S'ensuit une collaboration post-doctorale au CEAC.. Qualifié aux fonctions de Maître de conférenceshttps://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000341277, Stéphane Detournay est chargé d'enseignement supérieur à l'Université Lille-III (2000-2008). Il consacre sa thèse de doctorat à la musicienne française Rolande Falcinelli.

Domaines d'investigations

Esthétique et musicologie Dans le prolongement de Gilles Lipovetksy, Stéphane Detournay interroge les enjeux esthétiques du monde contemporain – en particulier aux plans de la composition, de l'interprétation et de l'improvisation –, ainsi que les phénomènes induits par la fin de la modernité, l'apparition de la postmodernité puis de l'hypermodernité. En écho à ces thèmes, il traite de la prégnance de l'historicisme dans l'interprétation (interprétation historiquement justifiée), avec pour corollaire la question de l'authenticité, de l'éthique, du statut de la copie et de la réificationCf. Les Baroqueux et la question de l'interprétation, Demeter, revue électronique du CEAC, 2002..

Stéphane Detournay analyse la place de multiculturalité dans la création musicale. Sont aussi abordées les questions de l'art en lien avec le symbole, la spiritualité, l'anthropologie. Stéphane Detournay rédige également des portraits d'artistes, publie des catalogues scientifiques et donne des conférences.

École d'orgue française Parmi ses principaux sujets de recherches, Stéphane Detournay s'intéresse à l'École d'orgue française des et siècles, au paradigme qu'elle établit aux plans de la technique instrumentale, de l'interprétation, de l'écriture, de l'improvisation, de l'esthétique, de la pédagogie et de la facture instrumentale. Et plus spécialement deux de ses figures marquantes : Marcel Dupré et Rolande Falcinelli.

Marcel Dupré vignette|220x220px|Marcel Dupré à l'orgue de l'église Saint-Sulpice à Paris Le paysage organistique du siècle demeure indissociable de la figure Marcel Dupré (1886-1971). Héritier de la Tradition instaurée par le Belge Jacques-Nicolas Lemmens (enrichie par l'apport de Franz Liszt au plan de la technique instrumentale et de César Franck dans le domaine de l'improvisation), improvisateur, compositeur, pédagogue et théoricien, il s'impose comme un maillon essentiel de l'histoire de l'orgue.

En dépit de son rayonnement mondial et d'une carrière extraordinaire où il accède aux plus hautes fonctions (titulaire de l'orgue Aristide Cavaillé-Coll de l'église Saint-Sulpice à Paris, professeur puis directeur du Conservatoire de Paris, académicien) et de l'admiration que lui vouent nombre de ses pairs, il n'échappe pas à une remise en question consécutive aux combats esthétiques du siècle.

La cause principale est liée à l'avènement, dans les années 1950-60, du Retour aux Sources, dont l'idéologie s'oppose fondamentalement aux principes d'exécutions prônés par Dupré. La fidélité à la Tradition reçue de ses Maîtres (Alexandre Guilmant pour l'orgue, Charles-Marie Widor pour la composition), associée au respect des formes et des genres éprouvés expliquent pourquoi, alors qu'il incarne la gloire de l'École d'orgue française, Dupré devient, au dernier tiers de son existence, le témoin d'une transformation radicale de paradigme. Par-delà les querelles de styles, l'œuvre de Marcel Dupré (qui ne se réduit pas à l'orgueVoir à ce propos : https://www.musicologie.org/Biographies/d/dupre_marcel.html) commence à être appréhendée dans sa globalité, sa richesse et modernité. C'est là le fruit d'une démarche plus objective (surtout prégnante dans l'univers anglo-saxonOn notera la remarquable série intitulée Dupré Digital (2021). En 12 émissions, elle présente de nombreux aspects du musicien (compositeur, pédagoque, improvisateur, etc.) : https://www.youtube.com/watch?v=OoBMtKx68q8) et, sans doute, d'une hypermodernité plus réceptive à la coexistence de courants esthétiques différents.

Pour contribuer à un meilleur décryptage de l'œuvre et de la pensée que Stéphane Detournay publie et présente des textes inédits du maître, afin d'offrir une perspective à la pensée du musicien, nécessaire pour appréhender sa démarche au cours d'une période de profonde remise en questionUne période violente comme le rappelle cet épisode qui a opposé Pierre Boulez et André Jolivet : https://www.lemonde.fr/culture/article/2005/11/18/pierre-boulez-retrouve-joli-navet_711731_3246.html.

Achevée en 1949, la Philosophie de la Musique est un écrit à caractère didactique (il s'agit d'un cours) qui détaille la pensée de Dupré dans des domaines fondamentaux (philosophie, éthique, esthétique), pratiques (enseignement, relations humaines et relations d'affaires) et musicaux (théorie, symbolisme, interprétation, improvisation, composition). Aboutissement de son œuvre pédagogique faite de méthodes, d'éditions de travail et de traités (dont le plus emblématique est celui d'Improvisation à l'orgue), la Philosophie de la Musique est l'œuvre d'un penseur à l'esprit éminemment français, cartésien et encyclopédique. Ajoutons que cet écrit est essentiel pour cerner la personnalité du musicien, en particulier sa psychologie, sa vision de l'enseignement et sa conception de l'interprétationCe dernier aspect en particulier, peu connu, s'appuie une éthique aux fondements issus de la philosophie allemande du début du siècle qui établit lIch-Musik (« Musique-moi ») pour qui l'interprète est premier et libre d'exercer son libre-arbitre et l'Es-Musik (« Musique-çà »), où l'interprète s'efface devant le contenu esthétique, requérant de sa part humilité et obéissance (concept auquel se rallie Dupré et qui a souvent été incompris et a été repris par René Leibowitz dans son livre : Le compositeur et son double, essais sur l'interprétation, coll. Tel, Paris, Gallimard, EAN :. vignette|220x220px|Marcel Dupré et sa fille Marguerite (au piano) dans l'Auditorium de Meudon.|gauche

Les Cahiers DupréCf : Marcel Dupré : Philosophie de la Musique, Tournai, Collegium Musicum, 1986; Les Cahiers Dupré (dossiers), vol. I-II-III, Tournai, Collegium Musicum et Fondation Dupré-Falcinelli (1986-1990-1991) complètent ce panorama. Stéphane Detournay y réunit des textes (fac-simile) où Dupré évoque quelques personnalités qui lui furent chères : son père Albert Dupré, Aristide Cavaillé-Coll, Alexandre Guilmant et Charles-Marie Widor, des analyses proposées par sa disciple Rolande Falcinelli (en particulier consacrées aux œuvres pour piano et orgue), des présentations d'improvisations, etc. Et un texte fondateur intitulé L'orgue de demain. Dupré y présente ses idées novatrices (pour certaines appliquées dans son orgue personnel de Meudon.), telles que les coupures et sostenutosLa coupure permet de diviser le clavier en 2 parties, chacune ayant sa propre registration. Le sostenuto permet de tenir une note (ou un accord) sans garder la main sur le clavier. (depuis lors installés sur un certain nombre d'instruments modernesPar exemple, en France, sur l'orgue de la cathédrale Notre-Dame de Paris ou sur celui de l'église Saint-Eustache.), et l'importance de la polychromie sonore (un aspect qui n'est pas sans annoncer les idées de son disciple Jean Guillou).

Ces documents soulignent l'impact de Marcel Dupré sur son temps. De même que Liszt fonda la technique du piano moderne, Dupré aura établi la technique de l'orgue d'aujourd'hui. Et son apport au plan musical n'est pas moindre. Comme l'écrit Messiaen, l'œuvre de Dupré a considérablement « orienté, amplifié et transformé l'écriture de l'orgue. ».

Publications concernant Marcel Dupré Marcel Dupré : Philosophie de la Musique, Tournai, Collegium Musicum, 1986. Stéphane Detournay : Les Cahiers Dupré, vol. I, Tournai, Collegium Musicum et Fondation Dupré-Falcinelli, 1986. Stéphane Detournay : Les Cahiers Dupré, vol. II, Tournai, Collegium Musicum et Fondation Dupré-Falcinelli, 1990 Stéphane Detournay : Les Cahiers Dupré, vol. III, Tournai, Collegium Musicum et Fondation Dupré-Falcinelli, 1991. Stéphane Detournay : Marcel Dupré, in : Le Courrier de Saint-Grégoire , revue de l'AMSG, 2020-21/VIIhttps://www.seminaire-tournai.be/images/PDF/Academie_Saint-Gregoire/Courrier_de_Saint-Gregoire/Courrier-94.pdf. Rolande Falcinelli : Catalogue analytique du Chemin de la Croix de Marcel Dupré, Tournai, Collegium Musicum, 1984Le Chemin de Croix op. 29 de Dupré (14 stations pour orgue alternant avec un texte de Paul Claudel), est une œuvre musico-poético-picturale qui fait appel au principe du leitmotive, rappelant ainsi l'attachement de Dupré au Maître de Bayreuth (l'une de ses sources d'inspiration, avec le chromatisme fauréen et la musique russe)..

Rolande Falcinelli vignette|Rolande Falcinelli à l'orgue de l'auditorium de Marcel Dupré (1949)