vignette|De gauche à droite : Jayne Friedt, Mark Flemmonds, Ruth Shelton et Daniel Davis, les quatre victimes des meurtres de Burger Chef. 200px|sans_cadre|droite Les meurtres de Burger Chef ont eu lieu dans un bois du comté de Johnson dans l'Indiana (États-Unis) dans la nuit du 17 au pendant laquelle quatre jeunes employés s'étaient volatilisés lors de la fermeture d'un restaurant de la chaîne de fast-food — aujourd'hui disparue — situé à Speedway. Ce qui fut d’abord considéré comme un simple vol dans la caisse et le coffre-fort du restaurant s’orienta rapidement vers la piste d’un enlèvement, avant de basculer, le dimanche suivant, en affaire de quadruple meurtre lorsque les corps furent retrouvés.

Du simple vol à l'enlèvement Le soir du vendredi , au restaurant Burger Chef du 5725 Crawfordsville Road à Speedway, dans la banlieue d'Indianapolis, quatre employés embauchés à temps partiel étaient présents :

Jayne Friedt, directrice adjointe, 20 ans ; Ruth Shelton, 17 ans ; Mark Flemmonds, 16 ans ; Daniel Davis, 16 ans. vignette|Le Burger Chef de Speedway où eut lieu l'enlèvement, ici à l'abandon (photographie de 2018). Selon plusieurs témoignages, les quatre adolescents se trouvaient encore dans l'établissement à 23 h 00, heure habituelle de fermeture. À 23 h 45, Brian Kring, un autre employé qui n'était pas de service ce soir là, raccompagnait en auto sa collègue Ginger Anderson. En remontant Crawfordsville Road, il aperçut de la lumière dans le bâtiment mais poursuivit son trajet afin de déposer chez elle sa passagère..

Sur le chemin du retour aux alentours de minuit, Kring remarqua que le restaurant était toujours éclairé. Il décida d'y entrer pour aider ses collègues à fermer. La porte arrière étant restée entrouverte, il pénétra à l’intérieur mais ne trouva personne. Les caisses enregistreuses, posées sur le sol carrelé, étaient vides ; le coffre-fort du bureau de la direction était grand ouvert, ne contenant plus que des rouleaux de pièces (100 $ environ). Deux sacs de transport de fonds vides étaient à proximité, ainsi qu’un rouleau de ruban adhésif entièrement utilisé. À l’extérieur, aucune trace de ses collègues, d'autant que la voiture de Jayne n'était plus sur le parking. Inquiet, Kring appela le directeur du restaurant Robert Gilyeat, qui lui conseilla de contacter immédiatement la police et d'attendre leur arrivée sur place — ce qu'il fit.

Les policiers de Speedway arrivèrent dans la nuit, rejoints par Gilyeat. Ensemble, ils constatèrent le vol : 581 $ avaient été dérobés (soit l'équivalent de de 2020). Les sacs à main des deux jeunes femmes ainsi que les vestes de tous les employés étaient restés sur place — y compris celle de Ruth, retrouvée jetée au sol — un fait étrange lorsqu'on sait que les nuits sont particulièrement fraîches en novembre dans l'Indiana. Néanmoins, aucune trace de lutte ne fut relevée.

Dans un premier temps, la police demeura prudente. Il pouvait s'agir, selon elle, au mieux d'une plaisanterie au pire d'un vol mineur perpétré par quatre adolescents partis en virée nocturne, qui se solderait vraisemblablement par leur retour. Une hypothèse que Gilyeat rejeta en bloc tant il se portait garant du sérieux de ses employés dont il s'était assuré avant de les embaucher qu'ils n'avaient pas le moindre antécédent judiciaire. Les policiers se décidèrent alors à contacter les parents dans la nuit pour vérifier si l'un des jeunes était rentrés à la maison et le cas échéant, de leur demander de les prévenir si ce devait être le cas. Mais aucun d'entre eux n'était retourné au domicile familial. La plupart des parents, encore éveillés lorsqu'on leur téléphona, manifestaient déjà une vive inquiétude. Dans les heures qui suivirent, ils se déplacèrent jusqu'au commissariat afin de savoir ce qui avait bien pu se passer.

À 4 h 30 du matin, la Chevrolet Vega 1974 blanche deux portes appartenant à Jayne Friedt fut retrouvée, abandonnée, à deux pâtés de maisons seulement du commissariat principal. Apparemment abandonné en vitesse, le véhicule était seulement verrouillé côté conducteur, et les clés étaient absentes. La police commença alors à privilégier la piste de l'enlèvement, envisageant que le rapt avait sans doute eu lieu au moment où les employés sortaient les poubelles par la porte arrière du restaurant. La Chevrolet aurait pu être utilisée par les ravisseurs, en complément de leur propre véhicule. Restaient toutefois de nombreuses zones d’ombre concernant le déroulement exact des faits.

Ainsi, après une journée seulement, l'affaire passa d'un simple vol à un possible quadruple enlèvement.

La découverte des quatre corps Dans l'après-midi du dimanche , un couple de promeneurs découvrit, dans une propriété privée boisée du comté voisin de Johnson — situé à une trentaine de kilomètres au sud-est du lieu de la disparition — les corps sans vie des quatre employés encore vêtus de leur uniforme de travail.

Ruth Shelton et Daniel Davis étaient allongés côte à côte, tout près d'un chemin de gravier, face contre terre sur un parterre de feuilles mortes. Tous deux avaient été abattus de plusieurs balles de calibre .38 dans la tête et la nuque. Jayne Friedt gisait à une cinquantaine de mètres de là, poignardée à deux reprises dans la poitrine avec une telle violence que le couteau en avait été brisé : la lame était restée fichée dans son sternum mais le manche demeurait introuvable. La police émit l'hypothèse que la malheureuse avait tenté de profiter de l'obscurité pour s'enfuir avant d'être poursuivie et tuée. Mark Flemmonds était le plus éloigné des autres, allongé sur le dos à proximité d’un ruisseau, près de la route principale à laquelle le chemin était relié. Comme le révéla l’autopsie menée par le Dr Harley Palmer, il avait été battu à mort — peut-être avec une chaîne — et s’était asphyxié avec son propre sang. Alors qu’il tentait de fuir lui aussi, il aurait foncé la tête la première dans un arbre, perdant connaissance.

Le décès des quatre adolescents remontait à vendredi soir ou tôt samedi matin, mais aucun indice concluant ne fut relevé aux alentours. La police ne trouva seulement que de la menue monnaie dans leurs poches, tandis que leurs cadavres portaient encore montres, bagues et autres bijoux.

Après autopsie des corps, les familles des victimes s'étaient rapidement vu délivrer un permis d'inhumer, puisque le , les funérailles de Jayne Friedt, Daniel Davis et Ruth Shelton eurent lieu séparément. Plusieurs centaines de personnes y assistèrent. Le père de Ruth, John Shelton, avait été harcelé d'appels téléphoniques dans la nuit du 20 au 21 (à 19 h 00, puis à 3 h 00 et 8 h 00). Il reçut une carte de condoléances anonyme le soir même, après qu'un inconnu eut sonné à sa porte. La police n'exclut pas que les appels et la carte pouvait provenir de l'un des meurtriers.

Le 24, Mark Flemmonds fut enterré à son tour, ses parents ayant préféré attendre que les célébrations de Thanksgiving soient passées.

Un début d'enquête bâclé Du propre aveu de Buddy Ellwanger, un officier de police de Speedway ayant participé aux investigations, l'enquête avait été « fichue en l’air depuis le début ». En effet, les policiers quittèrent le restaurant sans prendre de photographies ni effectuer le moindre relevé d'empreintes digitales, de poils ou de fibres, alors même qu'ils y étaient restés plusieurs heures. De plus, l'établissement fut rangé, nettoyé, puis rouvert à la clientèle par une nouvelle équipe d'employés après leur départ. La police nia avoir omis de photographier la scène, mais il s'avéra plus tard que les clichés qu'elle détenait étaient faux. N'ayant pas préservé la scène initiale, plusieurs des premiers enquêteurs tentèrent de reconstituer celle-ci de mémoire, a posteriori. Or les photos contenaient des erreurs grossières : elles avaient été prises de jour, alors que les premières constatations avaient eu lieu de nuit, et l'emplacement de divers objets présentait des différences notables. Ce travail de police sans égard à l'éthique professionnelle nuira d'ailleurs, par la suite, à la bonne marche de l'enquête.

La gestion de la scène de crime fut tout aussi calamiteuse selon Julie Young. Dans son ouvrage de 2019, The Burger Chef Murders in Indiana, elle écrit :

« Alors que divers services convergeaient vers le site, certains traversaient des zones qui auraient dû être bouclées. Il y avait des rumeurs selon lesquelles l’un des corps avait été déplacé avant que le coroner ou le technicien des preuves n’arrive sur les lieux. »

Elle cite également le cas d’un enquêteur qui aurait emporté chez lui, sans s’en rendre compte, une pièce d’identité trouvée sur l’une des victimes, ne la rapportant que plusieurs semaines plus tard.

Cependant, la police de Speedway ne manqua pas de renforts. En quelques jours seulement, la police d'État de l'Indiana, le département du shérif du comté de Marion, la police d'Indianapolis et le FBI lui prêtèrent main-forte.

Selon un article publié le dans le Kokomo Tribune, ces mêmes enquêteurs rencontrèrent des détectives de l'Oklahoma pour examiner un éventuel lien avec un massacre non résolu de six personnes, survenu au mois de juillet précédent dans un steakhouse d'Oklahoma City, mais rien de substantiel n'en ressortit.

Au printemps 1979, la presse révéla également qu’une enquête discrète avait également été menée sur un possible trafic de stupéfiants au sein du Burger Chef de Crawfordsville Road, sans toutefois permettre d’établir le moindre lien avec le quadruple meurtre.

À la suite de cette série de fiascos, la municipalité de Speedway décida de limoger son chef de la police, Robert Copeland. L'enquête fut alors confiée à la police d'État de l'Indiana qui semblait déterminée à résoudre cette affaire. Elle mit d’ailleurs en place une ligne téléphonique dédiée aux témoignages, seulement quatre jours après la découverte des corps. Malheureusement, hormis quelques dons, elle ne reçut aucun témoignage convaincant.

Divers suspects auditionnés Un témoin âgé de , George Nichols, se manifesta auprès des policiers du comté de Marion. L'adolescent s'était rendu à pied à 23 h 00 au Dunkin' Donuts de Crawfordsville Road. Un quart d'heure plus tard, il en était sorti pour aller se procurer des allumettes au Burger Chef voisin. Au début, George n'avait remarqué personne avant que quelqu'un ne sorte par l'arrière, s'éclipse un instant, puis revienne avec des allumettes. Selon lui, il s’agissait de Daniel Davis, le plus jeune des employés du Burger Chef. George retourna ensuite au Dunkin' Donuts, où travaillait sa petite amie, affirmant aux policiers que la porte du Burger Chef était restée ouverte après son passage, car de la lumière filtrait de l’intérieur.

À 23 h 30, George et sa petite amie s'étaient rendus derrière le Dunkin' Donuts pour fumer une cigarette. Depuis cet emplacement, ils pouvaient voir le Burger Chef et son parking, séparés du Dunkin' Donuts par une voie ferrée. Leur attention avait été attirée par deux hommes rôdant sur le parking. Selon la description donnée par Nichols, ils étaient blancs et âgés d'une trentaine d'années. L’un était brun, barbu ; l’autre, rasé de près, avait les cheveux clairs. Les souvenirs du jeune homme étaient d’autant plus précis que les deux individus avaient traversé la voie ferrée pour s’approcher du couple, se présentant comme des policiers venus vérifier leur identité. Le barbu leur ordonna ensuite de déguerpir, sous prétexte qu’il y avait déjà eu suffisamment d’actes de vandalisme dans le secteur. Ne voulant pas s'attirer d’ennuis, George et sa compagne rentrèrent à l’intérieur du Dunkin' Donuts. Mais l'aspect négligé de leurs vêtements ainsi que leur allure avaient éveillé leurs soupçons. Sur la base de leurs descriptions obtenues sous hypnose — une première dans une affaire criminelle —, la police fit réaliser des bustes en argile des deux suspects et diffusa leurs portraits-robots dans l’espoir de les identifier.