vignette|300px|Stations d'interception faisant partie du réseau d'écoutes planétaire Echelon initié par les États-Unis sur la base de Menwith Hill. vignette|300px|La presse écrite et le monde des médias en général sont un grand vecteur de fuite, dans tous les domaines politiques, économiques et sociétaux, outre le développement récent de la peopolisation. vignette|300px|La guerre tous azimuts à laquelle se livrent, entre autres, les services secrets, ainsi que l'action de nombreux professionnels du renseignement, de la sécurité, de l'investigation et de la communication, alimentent, autant qu'elles génèrent, la fuite d'information (siège de l'Intelligence Service, Vauxhall, Londres). vignette|300px|L'informatique, les multiples outils numériques et nouvelles technologies (NTIC) (ordinateurs, Wi-Fi, smartphones, nanotechnologies, biométrie, etc.) ainsi que leurs diverses utilisations, par exemple sur les réseaux sociaux ou le fichage, sont déjà la source de nombreuses fuites malveillantes ou par imprudence pouvant envahir notre intimité.

La fuite d'information, peut provenir soit d'une déperdition soit d'une divulgation de données, qui met en cause la sécurité matérielle et juridique de l'information pour son ayant droit.

Elle peut être spontanée, involontaire ou provoquée. Dans ce dernier cas, elle est produite pour des motifs divers, parfois légaux, souvent sécuritaires, éventuellement salutaires (détection, sauvetage). Mais dans de nombreux cas de figure, la fuite est largement répréhensible techniquement (moyens de captage électroniques et numériques, désinformation), moralement (délation, atteintes à l'intimité) et/ou juridiquement (secret de l'instruction, protection des brevets, vie privée, violation de secrets d'État). C'est parfois un objet de controverse, mais les moyens sont souvent jugés illégitimes, même lorsqu'ils s'inspirent d'une contre-culture visant la transparence à tout prixFrançois-Bernard Huygue (s. dir.), Fuites d'information : art et technique, Observatoire géostratégique de l'information - IRIS, décembre 2010..

Étant de différente nature, sa définition reste ouverte . Elle touche toutes les activités humaines, économiques, sociales et professionnelles, parfois jusqu'à l'intimité même des personnes ( typologie) et peut avoir des répercussions individuelles, institutionnelles ou économiques parfois graves, voire traumatisantes, dans une société médiatique et perméable, paradoxalement, de plus en plus sécuritaire.

Un cas particulier est le « leak » créé par un lanceur d'alerte. Plusieurs ont pu récemment mettre au jour divers scandales relayés par des journalistes ou des consortiums de journalistes d'investigation.

Le phénomène interroge nos modes de fonctionnement, individuels et collectifs, dans le monde de la communication ou de la sécurité, mais plus largement quant à nos rapports avec la vie privée, les données personnelles, l'économie, la politique, le secret et, tout à la fois, le rôle et la protection de l'État dans un espace mondialisé et intrusif instable.

Description

La validité de la définition duale de l'introduction se discute en remarquant, qu'au contraire de la divulgation inopportune qui laisse subsister l'information, la déperdition est une perte de l'information et non pas seulement une fuite. Cette perte n'est pas toujours irréversible et, à l'inverse, la divulgation porte souvent sur des informations tronquées dont les lacunes sont, de ce fait, parfois réellement perdues. Dans le cas de la divulgation, il y a appropriation de l'information par autrui, ce qui n'est pas le cas dans la déperdition. Pourtant cela renvoie pratiquement aux mêmes exceptions. Cette dualité questionne ce qui n'est pas fuite d'information, excepté les fuites de matières et de capitaux, lorsqu'elles ne véhiculent pas des données autres que quantitatives. Ce qui revient à admettre une large palette de situations, conformément au postulat voulant que tout est informationÀ l'origine de cette idée on retrouve les cybernéticiens (notamment Norbert Wiener en 1946). Le réel peut, selon eux, s'interpréter par le biais de l'information.. Toutefois, cette interprétation se traduit par un catalogue laissant à chacun la liberté de choisir une définition, plus restrictive ou plus large, de la notion.

Déperdition d'information La déperdition d'information suppose une masse de données que viennent altérer certains éléments contingents. On raisonne plus ici en termes de stock que de flux, en l'espèce, s'agissant de sa diminution. vignette|Le schéma très simplifié de Shannon.

Déperditions transactionnelles Dans son schéma théorique de l'information Shannon pointe du doigt la déperdition de l'information durant le parcours que fait cette dernière entre l'émetteur (auteur) et le récepteur final (destinataire). Cette fuite est inhérente à la qualité des vecteurs qui justement s'approprient successivement cette information. Cela s'illustre, par exemple, dans la relation plus ou moins parfaite d'un fait, mais concerne aussi la copie matérielle plus ou moins fidèle d'une source sonore ou visuelle. S'agit-il plus ici d'une dépréciation que d'une fuite ? Notons que dans la relation défectueuse d'un fait, l'information initiale ne disparaît pas forcément et peut même être retrouvée à l'état brut s'il est possible de remonter à sa source.

Déperditions médiatiques Il peut s'agir aussi d'un phénomène tendanciel observé ces dernières décennies, visant l'affaiblissement du contenu informatif de différents médias (au sens large), journalistiques, publicitaires, cinématographiques, télévisuels, etc., notamment au profit de la place laissée aux messages ludiques, distractifs et flatteurs qui n'ont d'autres fonctions que d'exciter nos stimuli et notre émotivité. On y assimile parfois les messages commerciaux. Cette déperdition peut recouvrir une véritable rétention implicite de l'information que s'approprie l'un des détenteurs du contenu informatif qu'il ne retransmet pas ou peu. Mais cette notion de fuite de l'information controversée renvoie au choix de la définition que l'on retient pour identifier ce qu'est une information car, pour d'autres, plus en phase avec les idées de Weiner (cf. note 1), tout le domaine médiatique véhicule de l'information ; les modifications observées récemment ne seraient donc relatives qu'à la nature des informations et non à leur amenuisement.

Toutefois, une approche alternative relève au contraire une fuite d'information dans le trop plein d'informations qui assaille aujourd'hui nos sociétés par rapport à ce qui est réellement perçu par les destinatairesPar exemple, Todd Gitlin, professeur de journalisme à l'université de New York, dans Media Unlimited. Voir aussi le symposium "Infobésité : le trop-plein d’informations, un phénomène de société", HEG (Haute École de gestion) Genève, 16 novembre 2007., au point que pour certains, se soustraire à cette vague d'informations permet au contraire de mieux s'informerTelle cette présentation des arguments de Nassim Nicholas Taleb via la théorie du cygne noir..

Déperditions physiologiques On peut évoquer un tout autre domaine où la fuite d'information est une déperdition, au sens génétique et médical cette fois, s'agissant des pathologies liées à la mémoire et au vieillissement comme dans le cas de la maladie d'Alzheimer. Certaines de ces fuites sont cependant réversibles (amnésies).

Déperditions culturelles L'évasion culturelle est aussi une fuite d'information. On peut ainsi considérer le vandalisme ou le vol de livres, en tant que supports d'information, fréquents dans les bibliothèques, notamment universitairesRaphaële Mouren (dir.), Manuel du patrimoine en bibliothèque, Paris, Éd. Cercle de la librairie, 2007 . ; idem pour les différents types d'archives, sources historiques parfois définitivement perdues. Les évasion patrimoniales (sculptures, peintures, architecture, etc.) sont également nombreuses, par exemple, les vols dans les églises françaisesEn France, les biens cultuels étaient jusqu'ici peu protégés car ils n'entraient pas dans la catégorie des biens culturels. La législation envisagée conjointement par la ministre de la culture et la garde des Sceaux devrait y remédier (déclarations du 20 décembre 2007) ., le pillage des sites archéologiques khmersMalgré une législation renforcée , le pillage ravage le Cambodge . ou, plus généralement, les vols dans les musées et les destructions dues aux guerres notamment.

Dans cette catégorie, il faut aussi évoquer l'abandon à la dégradation du temps de chefs-d'œuvre architecturaux (ou vestiges significatifs), faute d'entretien ou d'en comprendre l'intérêt sur le moment, ou encore certaines restaurations controversées (par exemple en France, celles de l'architecte Viollet-le-Duc ou celles du sculpteur GirardonPar exemple sa restauration de la Vénus d'Arles.) qui occasionnent une perte d'authenticité. Des territoires urbains ou ruraux peuvent aussi subir une fuite culturelle avec l'invasion du tourisme de masse et/ou le développement anarchique ou excessif de la construction. Tous ces types de fuites font disparaître, ou amoindrissent, des témoignages culturels, historiques et artistiques, souvent irremplaçables.

D'une façon plus subtile, constituerait également une fuite d'information, le phagocytage d'une langue par une autre, c'est-à-dire un phénomène allant bien au-delà de l'enrichissement naturel des langues entre elles. Tel serait le cas du franglais, par exemple. À ce titre, quelques pays francophones sont tentés d'avoirAinsi en Suisse la demande se fait sentir, jusqu'ici en vain ., ou ont une législation protectrice à cet égard, comme le Québec et la FranceAu Québec plusieurs lois en ce sens entre 1974 et 2002. En France, deux ans après que le français eut été officialisé comme langue de la République dans la Constitution, une loi du 4 août 1994 (loi Toubon) élargit en ce sens le champ d'application de la loi du 31 décembre 1975 (loi Bas-Auriol)..

Déperditions numériques Les déperditions informatiques résultent, notamment, des phénomènes des hackers et des virus. Ils peuvent engendrer une fuite d'information dans tous les sens des termes, perte et divulgation. Comme pour les livres, le voleur/hacker s'approprie réellement ou fictivement l'information qui disparaît de son lieu de stockage initial ou de son terminal de visibilité. Mais, comme pour les livres, les pertes de données informatiques peuvent parfois n'être que temporaires. Cependant, cette « fuite » les aura détourné de leur utilisation légitime. Au passage, elle aura fait craindre un partage partiel de l'information inopportun, donc une fuite réelle.

Déperditions mémorielles Enfin, l'oubli collectif et le temps qui s'écoule peuvent également être la cause d'une déperdition de certaines informations, d'un amoindrissement de ce que l'on appelle la mémoire collective, notamment de nature historique. Ces informations ne sont pas forcément perdues définitivement et peuvent parfois être retrouvées à plus ou moins long terme. Ici, la fuite emporte aussi la notion de dépréciation de l'information, c'est-à-dire non seulement de son oubli mais de sa perte d'intérêt en fonction d'une époque et/ou d'un pays donnés. D'où les commémorations et actions de mémoire destinées à lutter contre l'oubli (célébrations des anciens combattants, mémoire de la Shoah, etc.), mais aussi, la finalité des différentes disciplines historiques (histoire, archéologie, généalogie, etc.), ainsi que les poursuites pour négationnisme. On peut toutefois revendiquer le droit à l'oubli dans un autre domaine qui est celui des condamnations pénales, dont le casier judiciaire garde normalement la trace. Dans beaucoup de pays, y compris en France, diverses mesures permettent de purger ledit casier de tout ou partie des informations qu'il contient (amnisties, effacements automatiques à condition de délai, réhabilitation, etc.). Ceci s'ajoute aux diverses prescriptions légales.