thumb|Les Tuniques rouges de l'infanterie britannique, dessin de Richard Knötel, 1890. L'armée britannique (British Army) dans la guerre d'indépendance des États-Unis est la force militaire terrestre envoyée par le royaume de Grande-Bretagne pour combattre les insurgés nord-américains et leurs alliés entre 1775 et 1783. Elle obéit au gouvernement royal sous le contrôle du Parlement de Grande-Bretagne. Un corps d'officiers nobles, souvent plus soucieux de prestige social que d'efficacité, encadre une troupe mal payée et assez peu considérée. Un gros effort de recrutement, fondé sur les primes et l'enrôlement forcé, lui permet de doubler son effectif pendant le conflit. Initialement supérieure en nombre, armement et professionnalisme à l'armée indépendantiste levée par le Congrès continental, elle remporte plusieurs victoires mais, malgré l'appui de mercenaires allemands, de loyalistes américains et de nations amérindiennes alliées, elle est incapable de conserver son emprise sur le pays. L'intervention du corps expéditionnaire français, à partir de 1780, fait pencher la balance en faveur des insurgés. L'armée britannique finit par évacuer le pays en 1783 quand la Grande-Bretagne, lasse d'une guerre sans issue, reconnaît l'indépendance des États-Unis.
Organisation Commandement thumb|Les déboires d'un officier : le colonel Hugh Debbieg, officier du génie, passe en cour martiale en 1782 à la suite d'un désaccord avec le duc de Richmond, grand seigneur nommé grand-maître de l'artillerie. Caricature de Thomas Rowlandson, 1786.
L'organisation militaire britannique au est marquée par un système complexe de pouvoirs et contre-pouvoirs car l'opinion publique, marquée par la guerre civile entre Charles et Cromwell un siècle plus tôt, redoute tout débordement de la force armée. L'autorité est partagée entre le Commander-in-chief of the Forces, le Master-General of the Ordnance, le , le Secrétaire d'État à la Guerre et aux Colonies, le Premier Lord du Trésor et parfois le Premier ministre. Légalement, l'armée dépend du roi de Grande-Bretagne et non du Parlement mais celui-ci peut imposer sa volonté à l'armée en refusant de lui voter un budget. Par les , votés depuis 1688, le Parlement doit renouveler chaque année l'autorisation aux troupes de stationner en Grande-Bretagne. À la fin de chaque guerre, les régiments levés à titre exceptionnel sont dissous et leurs officiers réduits à la demi-soldeRoch Legault, L’organisation militaire sous le régime britannique et le rôle assigné à la gentilhommerie canadienne (1760-1815), Revue d'histoire de l'Amérique française, Volume 45, Numéro 2, automne 1991, ..
Les officiers, sauf recrutement exceptionnel en temps de guerre, obtiennent leur grade par achat d'une commission au tarif fixé ; il en coûte livres sterling pour acheter tous ses grades depuis l'enseigne jusqu'au lieutenant-colonel dans un régiment ordinaire d'infanterie de ligne et encore plus dans les régiments privilégiés, ce qui réserve l'avancement aux familles fortunées de la noblesse britannique au détriment du professionnalisme. L'esprit de caste des officiers, souvent issus des mêmes familles, rend difficile la promotion d'officiers étrangers, canadiens français ou, pendant la guerre, des loyalistes américains qui trouvent rarement un grade à la hauteur de leurs ambitions. Une des rares exceptions est le d'infanterie (60th (Royal American) regiment, futur King's Royal Rifle Corps), levé en Amérique du Nord pendant la guerre de Sept Ans et qui permet un avancement au mérite au prix d'une commission réduite : il est vrai qu'il est souvent exposé au feu et subit de lourdes pertesRoch Legault, L’organisation militaire sous le régime britannique et le rôle assigné à la gentilhommerie canadienne (1760-1815), Revue d'histoire de l'Amérique française, Volume 45, Numéro 2, automne 1991, ..
Structure thumb|Colonies britanniques d'Amérique du Nord entre 1762 et 1783. Le royaume de Grande-Bretagne avait fourni un effort militaire considérable pendant la guerre de Sept Ans et ses prolongements coloniaux (1754-1763). Malgré son système financier très performant, l'État avait accumulé une dette publique excessive qui l'obligeait à restreindre les dépenses de l'armée royale pour maintenir la marine britannique à son niveau de puissance mondiale. Après 1763, l'armée de terre ne compte plus que 20 régiments d'infanterie ( hommes) en Grande-Bretagne, 21 régiments ( hommes) dans la toujours exposée aux révoltes, et hommes dans les colonies dont 18 régiments dans les colonies américaines (Canada, Treize Colonies et Caraïbes) et 7 à Gibraltar. L'armée entretient aussi 16 régiments de cavalerie ( hommes) et un corps d'artillerie ( hommes). En outre, Londres verse des subsides à plusieurs principautés allemandes comme le duché de Brunswick-Lunebourg et le landgraviat de Hesse-Cassel pour qu'ils lui louent des régiments mercenaires ( hommes au total) dont la moitié séjournent en permanence dans les possessions britanniques. L'armée royale peut donc compter sur environ hommes au totalRichard A. Rinaldi, The British Army 1775-1783, 2012.. thumb|Le siège de Gibraltar, forteresse britannique à l'entrée de la Méditerranée, par les troupes franco-espagnoles en 1782, toile de George Carter, av. 1794. Un régiment de cavalerie compte (officiers compris) divisés en 6 escadrons de ; le de dragons, avant son envoi en Amérique, est porté à . Un régiment d'infanterie a un effectif théorique de , et souvent beaucoup moins en pratique, répartis en 10 compagnies (8 d'infanterie ordinaire, une d'infanterie légère, une de grenadiers) ; chaque compagnie a 3 officiers, 5 sous-officiers, 2 tambours et , soit en tout. Au cours de la guerre, plusieurs régiments verront leur effectif augmenté par l'addition d'une ou deux compagnies supplémentaires. Le Royal Artillery compte 4 bataillons divisés en compagnies ; chaque compagnie a 6 officiers, 8 sous-officiers, 9 bombardiers, 17 canonniers, d'artillerie (matross) et 2 tambours.
L'infanterie de marine (Royal Marines) est organisée en 1763 sur la base de 63 compagnies réparties en 3 divisions, respectivement à Chatham, Plymouth et Portsmouth, qui constituent une réserve où la flotte prélève des hommes et du matériel en fonction des besoins.
La Compagnie britannique des Indes orientales entretient sa propre armée dans ses possessions indiennes : trois régiments européens, respectivement à Bombay, au Bengale et à Madras. En outre, chacune des trois présidences de Bombay, Bengale et Madras lève des régiments indigènes (cipayes) d'infanterie et de cavalerie légère.
Les régiments sont fréquemment déplacés d'un territoire à l'autre de l'Empire britannique, ce qui contribue à leur cohésion et rend la désertion plus difficile mais sépare les officiers et les hommes de leur famille et de leur milieu d'origineRoch Legault, L’organisation militaire sous le régime britannique et le rôle assigné à la gentilhommerie canadienne (1760-1815), Revue d'histoire de l'Amérique française, Volume 45, Numéro 2, automne 1991, ..
Troupe thumb|« Les rats du Suffolk défendant leur fromage ou l'appel aux armes des du pays », caricature d'Isaac Cruikshank, 1795. Une milice locale est levée pour la défense des côtes de Grande-Bretagne et d'Irlande. En , l'armée compte hommes de troupes régulières, dont étrangers et miliciens. En , alors que l'entrée en guerre de la France et celle, imminente, de l'Espagne laissent prévoir un grand effort militaire, le gouvernement présente au Parlement de Grande-Bretagne un état des effectifs annonçant un total de hommes dont étrangers à la solde du Royaume, ces derniers presque tous en Amérique sauf des détachements à Gibraltar et Minorque. hommes de troupes régulières sont en Grande-Bretagne (y compris les îles Anglo-Normandes) et en Irlande, plus hommes de milice en Angleterre et Galles et 3 régiments de (environ hommes) en Écosse. Sur les troupes régulières de Grande-Bretagne, il faut compter invalides, mutilés ou trop âgés pour le service de campagne mais encore utilisables comme garnison des forteresses ; leur valeur militaire est très inégale et le général Conway, gouverneur des îles Anglo-Normandes se plaint que ses invalides, ivrognes et indisciplinés, sont beaucoup plus nuisibles qu'utilesAlfred Temple Patterson, The Other Armada: The Franco-Spanish Attempt to Invade Britain in 1779, Manchester University, 1960, .. Au cours de l'année 1779, cet effectif monte à hommes de troupes régulières en Grande-Bretagne, hommes en Irlande et miliciens, soit un total de hommes.
Le recrutement, basé sur le volontariat, est difficile : la solde est basse et le simple fantassin, engagé en principe pour la vie, ne touche que 8 pennies par jour, la même solde que dans la New Model Army de Cromwell plus tôt, malgré la hausse des prix survenue depuis. Pour encourager l'enrôlement, au début de la guerre, le Parlement offre une prime d'une livre et 10 shillings par homme, puis permet aux criminels de s'engager en échange de leur grâce, ainsi qu'aux hommes condamnés à la prison pour dettes : trois régiments sont ainsi formés parmi les repris de justice. Les hommes ainsi levés sont généralement envoyés outre-mer, à Gibraltar ou dans les Caraïbes, pour limiter les désertions. thumb|Rafle par un press gang, caricature britannique, v. 1780. Les forces armées doivent de plus en plus recourir à la presse : les régiments et les unités de la Royal Navy louent des équipes d'hommes de main, les press gangs, qui raflent les hommes désœuvrés dans la rue. Il arrive que des bagarres opposent entre eux les press gangs rivaux de l'armée et de la marine. Comme beaucoup d'hommes s'enrôlent dans les milices locales pour échapper à la presse, l'armée régulière fait aussi des prélèvements dans ces milices. Le Parlement accorde le pardon aux déserteurs qui reviennent à leur unité.
Les soldats déserteurs sont exposés à la flagellation ou, à défaut, peuvent être versés de force dans le , au taux de pertes élevé et considéré comme une unité disciplinaireRoch Legault, L’organisation militaire sous le régime britannique et le rôle assigné à la gentilhommerie canadienne (1760-1815), Revue d'histoire de l'Amérique française, Volume 45, Numéro 2, automne 1991, ..
Après la défaite de Saratoga () et l'entrée en guerre de la France () et de l'Espagne (), les besoins en effectifs s'accroissent. L'armée régulière passe de à hommes entre 1775 et 1781. À partir de 1778, l'armée autorise le financement par souscription : des villes et des riches seigneurs lèvent des troupes à leurs frais. 12 nouveaux régiments sont ainsi levés, totalisant hommes. Ce système, déjà employé pendant les guerres précédentes, permet à des nobles ambitieux de gagner en prestige (, gagner en rang social en échange de recrues), d'étendre leur patronage politique et social, voire de faire des bénéfices en revendant des commissions d'officier à leurs protégés, mais il est critiqué par certains responsables comme le roi George III ou le général Jeffery Amherst parce qu'il incite à créer des nouveaux régiments sans expérience, qui ne seront pas opérationnels avant un an au mieux, plutôt que de compléter les régiments existants où le soldat serait entraîné en trois moisAlfred Temple Patterson, The Other Armada: The Franco-Spanish Attempt to Invade Britain in 1779, Manchester University, 1960, ..