Le journalisme de solutions est une pratique du journalisme qui se penche sur les solutions apportées à des problèmes sociaux bien ancrés. Son abréviation est « JoSo » en français, ou « SoJo » en anglais. Histoire Le journalisme de solutions semble être apparu entre la fin des années 1990 et les années 2010, dans différentes parties du monde et dans des contextes variés. La question de la responsabilité sociale des médias et celle de la responsabilité collective des journalistes se font jour progressivement à la fin du .

De nombreuses appellations et pratiques journalistiques avoisinantes ont une filiation commune, ou bien des similitudes, sans être pour autant totalement identiques : « journalisme civique », « journalisme d’impact », « journalisme constructif », « journalisme prospectif », « journalisme de paix », « journalisme transformatif », « journalisme positif », « journalisme réparateur »…

C’est aux États‐Unis, en France, au Royaume‐Uni et au Danemark que le journalisme de solutions s’est le plus profondément ancré. Le journalisme de solutions s’inscrit dans la droite ligne du , ou (). Il puise également ses racines dans le domaine du « journalisme constructif » () qui se développe depuis 2007 en Scandinavie.

Aux États-Unis La revendication d’un journalisme « public » ou « civique » est née aux États-Unis, à la suite de la baisse très sensible du nombre de journaux et de leurs lectorats, et de la forte chute de la participation aux élections de 1988 et 1992. Le journalisme civique, qui a pris de l'ampleur dans les années 1990, cherche à impliquer les lecteurs dans le discours public afin d'encourager une participation active au processus démocratique et de catalyser le changement..

Cette pratique a rapidement été défendue par le Pew Center for Civic Journalism.

, ancienne journaliste devenue chercheuse à l’American University de Washington, situe la première publication d'un article de « solutions » en 1998. Elle l’attribue au magazine U.S. News & World. Entre la fin des années 1990 et la fin des années 2000, certains médias publient ponctuellement des articles au format journalisme de solutions.

En 2013, est fondé le Solutions Journalism Network (SNJ), une organisation internationale indépendante à but non lucratif, basée à New York et à Oakland, en Californie. La mission du SJN est de « diffuser la pratique du journalisme de solutions : des reportages rigoureux et convaincants sur les réponses apportées aux problèmes sociaux ». Le réseau est né de la rubrique « Fixes » de la section Opinionator du New York Times, rédigée par les journalistes David Bornstein et Tina Rosenberg, depuis .

Au Danemark Ce n’est véritablement qu’à partir de 2007 qu’on peut parler de « seconde naissance du phénomène. Plus particulièrement lorsque le « journalisme constructif » émerge au Danemark », indique Pauline Amiel, journaliste, chercheuse en sciences de l'information et de la communication. Un éditorial du plus grand groupe de presse danois (Berlingske Media) met en perspective les effets naturels, mais aussi néfastes, du parti pris négatif du journalisme, et appelle alors à des idées d'articles plus positives et constructives.

Le journalisme constructif exige des journalistes qu'ils adoptent une approche plus active et participative, comme le mouvement du journalisme civique qui l'a précédé. Selon la professeure Karen McIntyre (Virginia Commonwealth University), le journalisme constructif serait un terme ombrelle, regroupant quatre branches : le journalisme de solutions (et sa ramification, le journalisme de résolution de problèmes), le journalisme prospectif (tourné vers l'avenir), le journalisme de paix et la narration réparatrice. Le concept interdisciplinaire de journalisme constructif est défini « comme une forme émergente de journalisme qui implique l'application de techniques de psychologie positive aux processus et à la production d'informations dans le but de créer une couverture productive et engageante, tout en restant fidèle aux fonctions essentielles du journalisme ».

Verdens Bedste Nyheder, qu’on peut traduire littéralement par « Les Meilleures Nouvelles du Monde, organisation de presse « indépendante axée sur le journalisme constructif et le progrès du développement durable » commence son action en 2010, au Danemark.

Le Constructive Institute a été créé au sein de l’Université d’Aarhus, au Danemark, en 2017, en vue de promouvoir un journalisme constructif à l’international. Ses cofondateurs sont , journaliste d’investigation danois et , ancien Directeur de l’information de la Radio-Télévision publique du Danemark et auteur d’un ouvrage sur le sujet (, 2017). Les trois piliers de ce journalisme sont : « solutions, nuance et conversation démocratique ». Selon l’auteur : « Nous avons besoin de données, de points de vue différents, de solutions qui nous incitent à agir ».

En France Depuis la fin des années 1980, plusieurs affaires médiatiques ou politiques en France, relayées par les médias, ont eu un impact fort sur la défiance du public. Ce terrain aurait été favorable à la transformation des pratiques journalistiques.

L’ONG Reporters d'Espoirs, fondée en 2004 pour favoriser la diffusion d’informations porteuses de solutions dans les médias, a créé le prix reporters d'espoirs pour récompenser les journalistes, traitant leurs sujets sous l’angle « problème et solution ». Dix ans plus tard, l’ONG lance la France des solutions, « un événement rassemblant 500 acteurs de terrain, décideurs, journalistes autour d’initiatives éclectiques ».

En France, dans les années 2000, des expériences réussies de journalisme de solutions ont contribué à lancer le mouvement, comme Libé des solutions (+22% de ventes au premier numéro en 2007), ou les dossiers Solutions de Nice-Matin, qui ont contribué à redresser le journal, depuis 2015.

En 2012, a été créée l'organisation hybride Sparknews, pour favoriser la diffusion des solutions qui changent le monde et le développement d’un journalisme positif. « C'est un mélange entre YouTube et Wikipédia au service de l'innovation sociale », indique à l’époque Christian de Boisredon, son fondateur, également à l’origine de Reporters d’espoirs.

Autres pays européens

Selon certaines sources, le journalisme constructif qui aurait donné naissance au journalisme de solutions, est européen et n'existe pas Outre-Atlantique. Il reste relativement complexe à appréhender faute de consensus clair sur la méthodologie. La BBC, pour sa part, a choisi de s'orienter vers un « journalisme centré sur les solutions » ()..

En Belgique, en 1996, est né le magazine francophone Imagine Demain le monde. NEW6S est une association sans but lucratif créée en 2018.

Depuis 2019, a lieu chaque année le Prix du journalisme constructif pour mettre en avant les journalistes et les rédactions qui s’engagent dans cette voie.

Aux Pays‐Bas, est un pure player néerlandais né en 2013 à Amsterdam. En , l'université des sciences appliquées de Windesheim est la première au monde à intégrer le journalisme constructif dans ses programmes de formation et ses recherches. Les deux entités, le centre de journalisme et De correspondent collaborent depuis.

Autres régions du monde Malgré l'intérêt croissant du monde universitaire pour le journalisme de solutions, il n'existe pas de littérature abondante dans le contexte des pays du Sud.

En Afrique subsaharienne, le Consortium for Human Rights and Media in Sub-Saharan Africa (CHARM) se réfère à un « journalisme durable » (sustainable journalism), inspiré de plusieurs concepts journalistiques, dont le journalisme orienté solutions, et notamment le slow journalism, le journalisme constructif, le gender and conflict-sensitive journalism, le global-local journalism). Selon les auteurs de ce rapport, issus de différentes universités (Durban University of Technology, Rhodes University, University of the Witwatersrand, Jönköping University) : « aucun de ces concepts ne fait le lien entre les objectifs de développement durable et les approches journalistiques améliorées en tant que concept pour la pratique du journalisme. »

Pratique

Méthodologie Pour Pauline Amiel, « c’est une méthodologie rigoureuse qui, au même titre que le journalisme d’investigation, doit avoir de hauts standards de qualité journalistique ». Il observe la manière dont les citoyens, les organisations, les institutions, les entreprises, les collectivités, les groupes sociaux expérimentent et mettent en œuvre des solutions. De plus, même si la confusion est courante, le journalisme de solutions n’est pas un journalisme de bonne nouvelle, c’est un journalisme de réponses », précise Sophie Roland, ancienne journaliste TV devenue formatrice climat, biodiversité et "Solutions Journalism" en écoles de journalisme, et dans les rédactions de télévision et de journaux.

Le journalisme de solutions comprend 5 critères fondamentaux :

Documenter un problème social et ses causes (mise en contexte), Présenter une réponse et approfondir le mode de fonctionnement (initiative concrète), Fournir des preuves de résultats, en s’intéressant à l’efficacité de la réponse et non pas aux bonnes intentions (données quantitatives, qualitatives, impact), Apporter des informations utiles et des éclairages nouveaux pouvant accompagner (inspiration), Aborder les risques, les limites, les difficultés, les faiblesses de l’approche (recul critique).

Consciente des potentiels travers du SoJo, Émilie Kovacs, journaliste et autrice de Journalisme de solutions ou la révolution de l’information, rappelle qu’avant de parler des solutions, il faut toujours expliquer le problème, le contextualiser, voire le vulgariser si besoin. Ensuite, pour trouver les potentielles réponses, ou ceux qui les ont mises en place, il faut enquêter.

« Des informations qui rendent service, c’est un des prismes sous lequel se rencontre le journalisme de solutions ». L’approche solutions souhaite inspirer les personnes impliquées. Même s’il s’avère difficile de mesurer les effets concrets d’un article, les études effectuées par l’Engaging News Project (Moody College of Communication) et l’Institute for Applied Positive Research tendent à prouver que ce type de journalisme fonctionne.

Selon Joy Kibarabara, Docteur en Philosophie, qui considère le journalisme de solutions comme le pendant du journalisme constructif, les conceptualisations sont issues à la fois du monde universitaire et de la pratique, mais dans l'ensemble, elles renvoient toutes à huit principes fondamentaux qui capturent l'essence du journalisme constructif.

« Ce journalisme n'est pas censé prôner une idéologie solutionniste, c'est-à-dire qu'il ne mise pas sur la technique et la technologie pour régler toutes les questions », décrypte Marie Vabre, journaliste et co-autrice de l'ouvrage collectif Les 101 Mots de la Responsabilité Sociale des Entreprises.

Formation La première formation universitaire au journalisme constructif est proposée par le département de journalisme de l'université des sciences appliquées de Windesheim, aux Pays-Bas.

Nous pouvons également mentionner des formations initiales aux États-Unis (Université de l’Oregon, du Texas, etc.), au Royaume-Uni (à travers les ateliers du Constructive Journalism Project) et en France (à travers des partenariats entre Reporters d’Espoirs et des acteurs de formation) ; des cours ouverts en ligne (e.g. le MOOC du Solutions Journalism Network) ; des rapports d’études ou de réflexion sur le journalisme de solutions (e.g. celui du Nieman, rattaché à l’école de journalisme de l’université Harvard), etc.

Critiques

Critique de l'information et crise du journalisme