Dès le début de la Première Guerre mondiale, l'artillerie allemande est certainement la plus complète et la mieux équipée parmi celles de tous les belligérants. Elle possède dès l'origine tous les types de pièces qui seront utilisés pendant le conflit : artillerie de campagne, artillerie lourde, artillerie de siège, artillerie de tranchée et tous les accessoires qui assurent son efficacité : aérostation, aviation d'observation, topographie, météorologie, transmissions… Elle s'appuie sur une industrie et des fabricants renommés et innovants, que ce soient les arsenaux d'État de l'Empire allemand ou les fabricants de canons comme Krupp ou Rheinmetall.

Pendant tout le conflit, elle est un élément déterminant de la guerre de positions et participe à l'avènement de l'artillerie comme arme centrale du combat par la priorité donnée au feu sur le mouvement. Le commandement suit avec beaucoup d'attention les innovations qui sont mises en évidence par l'expérience et donne aux artilleurs les moyens de les mettre en œuvre : amélioration des pièces et des munitions existantes, tir indirect, plans de feu, feux roulants, feux de barrage, repérage au son et aux lueurs, etc. Elle développe les nouvelles branches de l'artillerie : l'artillerie antiaérienne, l'artillerie antichar, l'artillerie de montagne, l'artillerie d'appui direct à l'infanterie, artillerie lourde sur voie ferrée et sur châssis automobile. Au sommet de son art, en 1918, elle arrive à mettre en œuvre les , pièces de tirant à près de , que les Alliés confondent avec la fameuse « Grosse Bertha » de . Son principal défaut : ne pas avoir pris en compte l'ultime innovation de l'artillerie, le char d'assaut, qui permet de réconcilier le feu et le mouvement et qui est l'atout décisif et final des alliés.

Évolution de l'artillerie allemande pendant la guerre

L'artillerie allemande en 1914 vignette|Les emplacements des brigades d'artillerie de campagne sont représentées par un rectangle avec un point à l'intérieur. L'artillerie de l'armée allemande en 1914 se divise en trois composantes, l'artillerie de campagne, l'artillerie à pied qui regroupe l'artillerie de forteresse et les mortiers qui dépendent, par un lien historique original, des "Pionniere" du génie. En effet, le génie, arme des fortifications met en œuvre les pièces d'artillerie de siège.

L'artillerie de campagne Selon son plan de mobilisation l'artillerie de campagne allemande comprend : d'artillerie de campagne d'active et d'artillerie de campagne de réserve, chacun avec deux groupes () de trois batteries avec six pièces chacune ; 11 groupes d'artillerie à cheval pour les divisions de cavalerie à trois batteries de quatre pièces chacune ; 40 groupes mobiles de dépôts () de l'artillerie de campagne chacun de deux batterie de six pièces ; 5 batteries Landwehr indépendantes ; 22 batteries de Landsturm ; 3 groupes de dépôt () de la Landwehr.

L'artillerie à pied Avec la mobilisation de 1914, l'artillerie à pied est dissoute et les unités sont affectées aux niveaux des groupes d'armées et des armées. Lorsque la guerre éclate, elle se compose de : 26 bataillons d'obusiers de campagne lourds de , avec seize pièces chacun, subordonnés au corps d'armée, et un groupe supplémentaire de canons de attaché au IX. corps de réserve de la I. armée pour renforcer l'aile marchante sur le front occidental ; 14 bataillons de mortiers de de huit pièces chacun. Ces groupes sont déployés pour combattre les fortifications adverses ; 5 batteries (trois batteries montées sur rail et deux motorisées) de mortiers lourds d'artillerie côtière de ; 3 batteries de mortier de , dont deux sur rail ; 15 bataillons et demi déployés dans les fortifications permanentes, qui incluent les effectifs des 50 bataillons d'artillerie de réserve, qui n'ont ni équipement, ni colonnes de munitions.

L'artillerie de tranchée Avant la guerre, seule l'armée allemande possède une artillerie de tranchée. Curieusement, elle est le résultat de ce qu'on appelle dans l'armée "une querelle de bouton" qui, dans ce cas précis, a une issue positive. En effet, le génie qui est une arme quelque peu laissée pour compte car liée à la fortification, cherche une manière de participer au combat de manière active prétextant son rôle comme arme de la protection et de la fortification. En 1910 est donc développé à son profit par Rheinmetall un lance charge explosive lourd, le schwere Minenwerfer (sMW) du calibre de 250 mm et d'une portée de 600 m. Son rôle dans la chute des forts belges et du fort de Maubeuge est à souligner. De même, en 1913, Rheinmetall développe un lance charge explosives moyen (mittlere Minenwerfer mMW) de 170 mm. Enfin, en 1914 apparaît un lance charge explosive léger (leicht Minenwerfer lMW) de 75,8 mm qui est modifié en 1916 sous le nom de leicht Minenwerfer neuer Art (lMW n/A).

Naturellement, ces armes s'avèrent tout à fait adaptées à la guerre de tranchée et surprennent les alliés. Toutefois, la pénurie oblige les Allemands, comme les Français ou les Britanniques a ressortir des arsenaux des mortiers du siècle dernier qui reçoivent comme appellation Erdmörser (les mortiers en terre) de nombreux modèles différents. sMW, mMW et lMW sont améliorés en 1916. Ils reçoivent un canon plus long pour améliorer leur portée. Le lMW reçoit même une capacité de tir tendu qui lui donne une arme antichar. Parallèlement sont adoptés des mortiers de tout type à âme lisse venant d'autres industriels allemands comme ̈Albrecht, Ehrardt, Genter, Heidenheim, Iko, Lanz, Voith et ̈Bosch; Le modèle le plus connu est le mortier de 240 mm qui lance un projectile à ailette (Schwehr Flügel Minenwerfer (SFlügelMiW). En 1916, l'artillerie de tranchée est reprise en main par l'artillerie de campagne. Elle est organisée à raison d'une compagnie par division qui comprend 3 sMW, 6mMW et 12 lMW. En 1917-1918, l'infanterie s'en mêle et reçoit à cet effet l'intégralité des Minenwerfer légers. Un mortier de avec une portée de est adopté. Il est réparti à raison de deux par bataillon d'infanterie. Les compagnies d'artillerie de tranchée sont alors réarticulées à raison de 4 mortiers lourdes et 8 mortiers moyens. 13 bataillons autonomes sont créés, chacun comprenant quatre compagnies de 6 pièces lourdes et 4 moyennes. En 1918, des travaux sont effectués pour construire un lance charge très lourd, un sehr schwehr Minenwerfer (ss MW) de 380 mm, mais qui ne sera pas déployé.

Au début de la guerre, l'armée de terre dispose de 45 lance grenade (Minenwerfer) de avec une portée de et 116 lance grenades moyens de . À ceux-ci s'ajoutent des pièces de forteresse de prises plus anciennes. À la fin de la guerre, elle dispose de 1 234 lance-grenades lourds, 2 361 lance-grenades moyens et 12 239 lance grenades légers. Ces derniers sont introduits pendant le conflit.

Nombre de ces armes ornent encore les monuments aux morts français.

Au total et au maximum, elle comprend d'artillerie de campagne d'active auxquelles s'ajoutent les 828 batteries de campagne des formations de réserve. Elle comprend aussi les cinquante bataillons d'artillerie à pied et de réserves. Elle inclut et et militaires du rang. Elle constitue ainsi 22 pour cent de l'armée en campagne.

L'artillerie de campagne française s'avère supérieure à l'artillerie de campagne allemande dans la première phase de la guerre mais l'artillerie lourde est un atout majeur de l'armée allemande, notamment dans les tirs de contre-batterie lors de l'offensive initiale et l'investissement des fortifications belges et françaises. Toutefois, après le début de la guerre de position, elle se révèle insuffisante notamment dans la Réserve et dans la Landwehr. C'est pourquoi elle est renforcée par de l'artillerie navale et de l'artillerie sur voie ferrée.

Organisation En 1914, l'artillerie est organisée à raison d'une brigade d'artillerie par division qui lui donne son numéro.

Pour les divisions d'active, chaque régiment est articulé en deux groupes de trois batteries de 6 pièces chacune. Pour le premier régiment, les deux groupes sont équipés de canon de 77mm. Pour le deuxième régiment, le deuxième groupe comprend deux batteries de 77mm et une batterie d'obusier de 105mm.

Pour les divisions de réserve, la brigade comprend deux régiments à trois groupes de trois batteries à quatre pièces. Dans chaque régiment, les deux premiers groupes sont équipés de canons de 77mm et le troisième groupe est équipé d'obusiers légers de 105mm. L'augmentation de la cadence de tir entre l'automne 1914 et permet de réduire la batterie d'active de six à quatre pièces et autorise la constitution de trois cents batteries supplémentaires qui peuvent être ainsi incluses dans la constitution de nouvelles divisionsDécret du ..

1917 Une nouvelle articulation Au printemps 1917, la distinction artillerie de campagne et artillerie à pied est abolie. Les brigades d'artillerie sont dissoutes. Les brigades sont remplacés par des commandements de l'artillerie (Arko : Artillerie Kommando) avec, à leur tête, un général de brigade ou un officier ayant commandé un régiment, ceci afin d'assouplir la subordination de l'artillerie et fournir des concentrations de feu adaptées. Chaque Arko est composé d'un régiment d'artillerie de campagne et d'un groupe d'artillerie lourde ou un bataillon d'artillerie à pied. Au niveau de l'armée, l'ancien général de l'artillerie à pied (General der Fußartillerie) est rebaptisé Général de l'artillerie (General von der Artillerie) . Par ailleurs, l'artillerie lourde est sectorisée. Elle est dissociée des grandes unités et reliée à une zone de front selon l'activité qui y est exercé. Elle est déplacée en fonction des points d'efforts.

À partir de , pour la première fois, six régiments d'artillerie sont motorisés avec des camions.

À l'été 1917, les batteries d'artillerie lourde de 130 et sont réduites à trois pièces alors que les batteries de 150 et de sont portées à deux. Chaque batterie dispose désormais de sa propre colonne de munitions qui était subordonnée au régiment auparavant.

L'artillerie allemande utilise de bouches à feu pendant la guerre, dont proviennent des armes capturées.

Pendant le conflit, l'artillerie de campagne est renforcée. À son maximum en 1918, elle se compose de : d'artillerie de campagne (Feldartillerie Regiment (FAR)), chacun avec trois groupes de trois batteries à quatre canons (soit un total de par régiment d'artillerie de campagne) ; 6 groupes indépendants ; 3 groupes à cheval ; 6 groupes motorisés ; 7 groupes d'artillerie de montagne (Gebirgs-Artillerie Abteilungen (GAAbt)); 50 batteries de canons d'infanterie (Infanterie-Geschützbatterien (IGB)) ; d'accompagnement d'infanterie (Infanteriebegleitbatterien (IBB)); de munitions pour armes légères.

À la fin de la guerre, l'artillerie dispose de de campagne et la proportion d'obusiers par rapport aux canons double, un sur trois à la mobilisation et un sur 1,5 à son niveau maximum. L'artillerie lourde est donc accrue de 30 %.

Commandement et doctrine

La doctrine initiale La progression à découvert et le déploiement des batteries en tir direct face au feu de l'ennemi dans l'offensive ou le combat de rencontre n'a plus de sens avec la guerre de position. La protection et le camouflage des pièces devient la règle. La position doit être cachée aux vues et aux feux de l'ennemi. Le tir est désormais indirect et ordonné, conduit et contrôlé depuis un observatoire séparé de la batterie, exercice auquel les artilleurs ne se sont pas vraiment préparé en temps de paix. Au cours de la guerre, les tirs planifiés et préparés se développent avec de plus en plus de précision, ce qui permet des tirs de masse précis d'emblée sans préparation ni réglage propres à créer la surprise chez l'ennemi.