La thèse du conflit est une approche historiographique de l'histoire des sciences qui remonte au et qui soutient qu'il existe un conflit intellectuel intrinsèque entre la religion et la science et qu'il conduit inévitablement à l'hostilité.. La plupart des événements convoqués à l'appui de cette thèse proviennent de l'histoire occidentale. Les historiens de la science ont depuis longtemps rejeté cette thèse.... et ont au contraire largement accepté l'idée de relations plus complexes entre science et religion. La thèse du conflit reste cependant fortement ancrée « notamment dans l'esprit populaire »..
Thèse du conflit historique
Dans les années 1800, les relations entre science et religion sont devenues l'objet d'un véritable débat. Auparavant, personne n'avait opposé la science à la religion ou vice versa, bien que des interactions occasionnelles se soient produites dans le passé.. Plus précisément, c'est vers le milieu des années 1800 que la question des liens entre science et religion a émergé pour la première fois .. Avant cette époque, le mot science impliquait encore des dimensions morales et métaphysiques, et n'était pas intrinsèquement liée à la méthode scientifique. Le terme scientifique (désignant la personne pratiquant la science), de son côté, n'est apparu qu'en 1834The Oxford English Dictionary dates the origin of the word "scientist" to 1834... Le scientifique John William Draper (1811-1882) et l'écrivain Andrew Dickson White (1832-1918) sont les représentants les plus influents de la thèse du conflit entre science et religion. Draper avait été orateur à la réunion de l'Association britannique de 1860 qui conduisit au célèbre débat entre l'évêque Samuel Wilberforce et Thomas Henry Huxley sur le darwinisme. Aux États-Unis, la controverse religieuse à propos de l'évolution biologique se poursuit et culmine dans les années 1870 quoting Schlesinger. But see also James C. Ungureanu, "A Yankee at Oxford: John William Draper at the British Association for the Advancement of Science at Oxford, 30 June 1860", Notes and Records: The Royal Society Journal of the History of Science (décembre 2015)..
Au début des années 1870, le vulgarisateur scientifique américain Edward Livingston Youmans propose à Draper d'écrire un livre sur le conflit entre science et religion. Ce sera l'Histoire du conflit entre religion et science (1874), un livre qui répond aux questionnements du catholicisme romain de l'époque, tels que la doctrine de l'infaillibilité papale. Le livre de Draper est surtout une dénonciation de l'anti-intellectualisme dans la tradition catholiqueAlexander, D (2001), Rebuilding the Matrix, Lion Publishing, (p. 217), même s'il émet aussi des critiques contre l'islam et le protestantisme"Averroes, in his old age – he died A. D. 1193 – was expelled from Spain; the religious party had triumphed over the philosophical. He was denounced as a traitor to religion. An opposition to philosophy had been organized all over the Mussulman world. There was hardly a philosopher who was not punished." () "The two rival divisions of the Christian Church – Protestant and Catholic – were thus in accord on one point: to tolerate no science except such as they considered to be agreeable to the Scriptures." (). La préface de Draper résume la thèse du conflit :
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En 1874, White publie sa thèse dans Popular Science Monthly et sous forme de livre sous le titre The Warfare of Science :
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En 1896, White publie Histoire de la lutte entre la science et la théologie, le point culminant de plus de trente ans de recherche et de publications sur le sujet. Il critique ce qu'il estime être des formes restrictives et dogmatiques du christianisme. Dans l'introduction, White souligne qu'il en est venu à ces positions à la suite des difficultés qu'il a rencontrées en voulant soutenir le projet d'Ezra Cornell de fonder une université sans affiliation religieuse, l'université Cornell.
En 1908, l'historien de la médecine critique le point de vue de White, qu'il accuse d'être anti-historique. Dans The Popes and Science; the History of the Papal Relations to Science During the Middle Ages and Down to Our Own Time (1908), qu'il dédie au pape Pie X, il écrit :
Fordam University Press, 1908, Kessinger Publishing, reprinted 2003. Reviews: .
Dans God and Nature (1986), David Lindberg et Ronald Numbers rapportent que « l'ouvrage de White ne s'est peut-être pas vendu aussi rapidement que celui de Draper (Histoire du conflit entre religion et science), mais en fin de compte il s'est avéré plus influent, en partie, semble-t-il, parce que le travail de Draper a été très vite daté, et parce que l'impressionnante documentation de White donnait l'apparence d'une solide érudition »David C. Lindberg, Ronald L. Numbers, God & Nature: Historical Essays on the Encounter Between Christianity and Science, University of California Press (29 avril 1986).
Au cours du , l'acceptation par les historiens de la thèse du conflit a diminué jusqu'à son rejet complet dans les années 1970. Dans son cours sur la science et la religion, l'historien Lawrence Principe résume les travaux de Draper et White par ces mots :
Dans son manuel de cours, Principe écrit :
En ce qui concerne l'érudition du travail de Draper, Principe dit :
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Selon James C. Ungureanu, cependant, Draper et White n'espéraient pas que leurs récits feraient disparaître la croyance religieuse, mais qu'ils la préserveraient. Pour eux, la science était finalement le bouc émissaire d'un débat beaucoup plus ancien qui remontait à la Réforme protestante, où les théologies progressistes et libérales étaient en conflit avec les théologies traditionnelles et orthodoxes..
Point de vue moderne
Recherches académiques Les historiens de la science se sont aujourd'hui éloignés d'un modèle du conflit, qui repose principalement sur deux épisodes historiques (Galilée et Darwin) au profit d'un modèle de « complexité », car des figures religieuses ont pris position des deux côtés de chaque conflit et aucune partie en jeu n'avait pour objectif le discrédit de la religion.. Le biologiste Stephen Jay Gould déclare ainsi : « Les récits de White et Draper sur l'interaction réelle entre la science et la religion dans l'histoire occidentale ne diffèrent pas beaucoup. Tous deux racontent l'histoire de progrès brillants continuellement déclenchés par la science. Et tous deux développent et utilisent les mêmes mythes pour soutenir leur récit, parmi lesquels le mythe de la terre plate ».. Dans un résumé historiographique de la thèse du conflit, Colin A. Russell, l'ancien président de l'association , estime que « Draper prend une telle liberté avec l'histoire, perpétuant des légendes présentées comme des faits, qu'il est désormais à juste titre passé sous silence dans les études historiques sérieuses. Il en va à peu près de même pour White, bien que son appareil proéminent de notes de bas de page prolifiques puisse créer une impression trompeuse de sérieux »Russell, Colin A., « The Conflict of Science and Religion », Encyclopedia of the History of Science and Religion, p. 15, New York 2000..
Dans Science & Religion, Gary Ferngren présente une relation complexe entre science et religion :
Quelques historiens des sciences (tels que Peter Barker, Bernard R. Goldstein et Crosbie Smith) ont émis l'hypothèse que les découvertes scientifiques - comme les lois de Kepler du mouvement planétaire au , et la reformulation de la physique en termes d' énergie, au - ont été entraînées par la religionBarker, Peter, and Goldstein, Bernard R. "Theological Foundations of Kepler's Astronomy". Osiris, volume 16: Science in Theistic Contexts, University of Chicago Press, 2001, pp. 88 – 113; Smith, Crosbie. The Science of Energy: A Cultural History of Energy Physics in Victorian Britain. London: The Athlone Press, 1998.. Les organisations religieuses et les religieux ont longtemps figuré en bonne place dans les histoires générales de la science, jusqu'à ce que la professionnalisation de l'entreprise scientifique, au , entraîne des tensions entre les savants adoptant des approches religieuses de la nature et ceux adoptant des approches laïquesSee, for example, the chapters on "Geology and Paleontology" (by Nicolaas A. Rupke), "Natural History" (by Peter M. Hess), and "Charles Darwin" (by James Moore) in Gary Ferngren (ed.), Science and Religion: A Historical Introduction.. Même les exemples les plus célèbres de conflit apparent entre science et religion - le Procès de Galilée (1614), le procès du singe (1925) - n'étaient pas de purs exemples de conflit entre science et religion, mais impliquaient des intérêts personnels et politiques qui jouaient un rôle dans le développement de chaque conflitBlackwell, Richard J., "Galileo Galilei", Science and Religion: A Historical Introduction; Larson, Edward J. Summer for the Gods: The Scopes Trial and America's Continuing Battle over Science and Religion. Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1997..
Le procès de Galilée vignette|Galilée devant le Saint-Office, une peinture du par Joseph-Nicolas Robert-Fleury Le procès de Galilée est un exemple couramment utilisé par les tenants de la thèse du conflit. Maurice Finocchiaro écrit que l'affaire Galilée incarne la vision commune du « conflit entre la science éclairée et la religion obscurantiste », et que cette vision promeut « l'incompatibilité de la science et de la religion ». Finocchiaro écrit : « Je crois qu'une telle thèse est erronée, trompeuse et simpliste ».. Finocchiaro décrit également comme mythique l'idée selon laquelle Galilée « a vu » le mouvement de la Terre, puisque cette observation directe n'était possible qu'à partir du , tout comme l'idée selon laquelle Galilée était « emprisonné », puisqu'il était « en fait assigné à résidence ». Il note que la situation était complexe et que les objections au système copernicien comprenaient des arguments à la fois philosophiques et scientifiques, à côté des arguments théologiques.
L'affaire Galilée est une série d'événements qui commence vers 1610Blackwell (1991, ). Blackwell (1991, ) dates the start of the Galileo affair to 1610. Finocchiaro (1989, ) puts it a few years later, in 1613., aboutissant au procès et à la condamnation de Galilée par l'Inquisition catholique romaine en 1633 pour son soutien à l'héliocentrismeFinocchiaro (1989, ): "By the 'Galileo affair' is meant the sequence of developments which began in 1613 and culminated with the trial and condemnation of Galileo Galilei by the Roman Catholic Inquisition in 1633.". En 1610, Galilée a publié son Sidereus Nuncius (Le Messager des étoiles), décrivant les observations surprenantes qu'il a faites avec un télescope, à savoir les phases de Vénus et les satellites de Jupiter. Avec ces observations, il défend la théorie héliocentrique de Nicolas Copernic, que celui-ci a proposé dans le De revolutionibus orbium coelestium (Des révolutions des sphères célestes) imprimé en 1543. Les découvertes initiales de Galilée se heurtent à une opposition au sein de l'Église catholique et, en 1616, l'Inquisition déclare que l'héliocentrisme est formellement hérétique. Les livres héliocentriques sont interdits et Galilée reçoit l'ordre de s'abstenir de soutenir ou d'enseigner des idées héliocentriquesHeilbron (2010), .