Louise Gleizes, passée à la postérité sous son second prénom Augustine, née Louise Bouvier le dans le et morte le à Rennes, est une domestique française.

Elle est surtout connue comme une des patientes les plus notoires du neurologue Jean-Martin Charcot à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris.

Biographie Louise Augustine Bouvier naît en 1861, au 56, rue de Dunkerque à Paris, au domicile maternel. Elle est la fille naturelle de Clarisse Joséphine Bouvier, une domestique de 27 ansActe de naissance , , Paris , Archives de Paris (avec mention marginale de reconnaissance) (vue 12/31). Six semaines après sa naissance, sa mère épouse François Gleizes, un valet de chambre de 32 ans, légitimant ainsi sa fille qui prend le nom de GleizesActe de mariage , , Paris , Archives de Paris (vue 23/31). La petite est envoyée très vite en nourrice à la campagne.

En 1862, tandis que les époux Gleizes séjournent sur l'île de Madère avec le vicomte de CharnacéGénéalogie de Louise Augustine Gleizes et documents d'archives, FamilySearch , Clarisse Joséphine Gleizes met au monde un garçon, baptisé à Funchal sous le prénom AntonioActe de mariage , , Paris , Archives de Paris. Le couple a ensuite d'autres enfants, morts en bas âge.

Louise Gleizes passe sa petite enfance chez des parents à Bordeaux, puis entre à l'âge de 6 ans dans un internat religieux, à La Ferté-sous-Jouarre où vivent ses grands-parents maternels, tandis que ses parents travaillent comme domestiques dans une grande maison à Paris. À l'âge de , elle commence elle aussi à travailler comme domestique dans la même maison. La même année, elle est violée sous la menace d'un rasoir par son patron , qui avait déjà auparavant agressé sexuellement sa mère. Pour éviter d'être dénoncé par la jeune fille, il la renvoie. Plus tard, elle apprendra que l'homme pourrait être le père biologique de son frère Antonio. Les fortes crises d'hystérie qu'elle ressent à la suite de ces événements sont généralement associées à ce viol et provoquent, le , son internement à l'hôpital de la Salpêtrière à l'âge de Registre des entrées et des sorties, - (), hôpital de la Salpêtrière, Archives de l'AP-HP (cote SLP/1/Q/2/175) (vue 119/206).

Durant ses années à la Salpêtrière, le neurologue Jean-Martin Charcot se trouve fasciné par la puissance des crises d'hystérie de la jeune fille. Il décide alors d'en faire un de ses patientes attitrées et commence à organiser des réunions mondaines convoquant journalistes, médecins et politiciens afin d'observer la puissance de l'hystérie.

Le neurologiste se sert aussi de Louise Gleizes afin de tester ses nouvelles techniques d'hypnose. La jeune fille y étant très réactive, Charcot la fait entrer en transe et les spectateurs étaient autorisés à venir la manipuler. Pour la première fois, des photographes pénètrent au sein de l'hôpital afin d'immortaliser les impressionnantes contorsions de la patiente. Les photos de Louise Gleizes sont par la suite utilisées par Charcot pour exposer l'hystérie comme une véritable maladie. alt=le tableau d'André Brouillet|vignette|André Brouillet, Une leçon clinique à la Salpêtrière, 1887, Université Paris Descartes. La patiente représentée est Blanche Wittman.|260x260px Mais quand Louise Gleizes refuse de participer aux expériences, elle est mise à l'isolement. Après plusieurs tentatives, elle réussit à s'évader de l'hôpital en 1880, habillée en homme. Peu après, elle est admise à l'hôpital de la Charité où elle reste six jours pour « un phlegmon du ligament large ». Elle vit alors Paris, 19, rue du Sommerard, avec son amant, rencontré à la Salpêtrière. On perd sa trace après cette date. Lorsque sa mère meurt, en 1885, la déclaration de succession indique que Clarisse Joséphine Bouvier a pour seul héritier son fils Antoine. Il est précisé :

En 1895, alors sans profession et domiciliée à Clichy, Louise Gleizes épouse à Saint-Denis Alphonse Ferrand, rentierActe de mariage , , Saint-Denis, Archives de Seine-Saint-Denis (vue 85/257). Ce dernier, né à Dol-de-Bretagne en 1855, devenu en 1882 médecin, comme ses deux frères, s'est établi à Paris 167, boulevard Voltaire. Il meurt, toujours marié, en 1903 chez sa mère, villa Saint-Alfred à ParaméActe de décès , , Paramé, Archives départementales d'Ille-et-Vilaine (vue 8/27).

Veuve et , Louise Gleizes meurt à Rennes le , à la clinique Saint-YvesActe de décès à Rennes, n° 1921, vue 277/317..

Postérité Bien que le prénom Augustine ne soit mentionné que très rarement dans les sources qui évoquent Louise Gleizes à son époque, c'est sous celui-ci qu'elle est passée à la postérité.

En 1928, elle est citée dans manifeste surréaliste Le Cinquantenaire de l'hystérie de Louis Aragon et André Breton :

En 2003, elle est le sujet du court métrage Augustine de Jean-Claude Monod et Jean-Christophe Valtat, dans lequel son rôle est tenu par Maud Forget. En 2012 sort le film Augustine d'Alice Winocour, avec Soko dans le rôle-titre.

Filmographie 2003 : Augustine de Jean-Claude Monod et Jean-Christophe Valtat (court métrage) 2012 : Augustine d'Alice Winocour.

Bibliographie Asti Hustvedt, Medical Muses: Hysteria in Nineteenth-Century Paris, 2011

Notes et références

Notes

Références

Catégorie:Personnalité féminine française Catégorie:Naissance en avril 1861 Catégorie:Naissance dans le 9e arrondissement de Paris Catégorie:Décès en décembre 1907 Catégorie:Décès à Rennes Catégorie:Décès à 46 ans Catégorie:Patient Catégorie:Hystérie