Lassassinat de Samuel Paty, parfois désigné comme l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine, est une attaque terroriste islamiste perpétrée en France le , en région parisienne précisément à Éragny (Val-d'Oise).

Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie dans l'enseignement secondaire, est assassiné par arme blanche et décapité peu après être sorti de son collège de Conflans-Sainte-Honorine. L'assassin, Abdoullakh Anzorov, est un réfugié russe d'origine tchétchène ; il est abattu par la police quelques minutes après l'attentat.

Dix jours auparavant, Samuel Paty montre deux caricatures de Mahomet issues du journal satirique Charlie Hebdo lors d'un cours d'enseignement moral et civique sur la liberté d'expression avec ses élèves de quatrième. Lors de ce cours, l'enseignant propose aux élèves qui pourraient être choqués de ce qui provoque la colère de Brahim Chnina, père d'une élève de l'enseignant qui n'était pourtant pas présente dans le cours concerné. Celui-ci, ainsi que le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, publient alors sur divers réseaux sociaux des vidéos dans lesquelles ils insultent et diffament Samuel Paty. Son nom et l'adresse de l'établissement scolaire où il exerce y sont divulgués. Les vidéos ainsi diffusées prennent un aspect viral, suscitant de nombreux messages haineux à l'encontre de l'enseignant, jusqu'à la perpétration de l'assassinat.

L'assassinat de Samuel Paty provoque de vives réactions, en France et à l'étranger. De nombreuses manifestations populaires sont organisées en mémoire de l'enseignant assassiné, un hommage national lui est rendu à la Sorbonne et une minute de silence est observée dans tous les établissements scolaires le . À la suite de l'assassinat, le soutien d'Emmanuel Macron au droit à la caricature au nom de la liberté d'expression provoque de nombreuses protestations, notamment dans le monde musulman.

En , cinq collégiens ayant désigné le professeur au terroriste sont condamnés par le tribunal pour enfants pour association de malfaiteurs, en plus de la collégienne condamnée pour dénonciation calomnieuse.

Le procès en cour d'assises pour et se déroule en 2024 et prononce la condamnation de huit prévenus. Pour le président de la Cour, l'assassinat a porté une . En 2026, deux prévenus voient leur peine réduite en appel après avoir été condamnés pour mais sans retenir cette fois l'intention terroriste.

En , la Ville de Paris renomme le square de la place Paul-Painlevé « square Samuel-Paty » et en , le collège du Bois d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine est renommé collège Samuel Paty en hommage au professeur assassiné qui y enseignait.

Contexte national

Cet acte terroriste survient alors que se tient en France le procès des auteurs de l'attentat ayant visé la rédaction du journal Charlie Hebdo en 2015, dont le prétexte était notamment la publication par ce journal de caricatures de Mahomet. Les caricatures danoises de 2006 viennent en outre d'être republiées par le même journal le ., ce qui a suscité des appels à représailles provenant du Pakistan.. Ces appels se traduisent rapidement à Paris par un attentat le près des anciens locaux de Charlie Hebdo..

L'attentat intervient également peu après le discours (dit « discours des Mureaux ») du président de la République, Emmanuel Macron, sur la lutte contre , prononcé le aux Mureaux et qui inspire le projet de loi confortant le respect des principes de la République., et lors duquel il présente des mesures pour renforcer la laïcité et dénonce ..

L'attaque est la deuxième décapitation commise en France et en Europe depuis l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier en 2015. Depuis , la France est confrontée à une vague d'attentats sans précédent liés au djihadisme. Le professeur décédé dans cette attaque est, depuis , la tuée dans un attentat islamiste sur le sol français..

Treize jours plus tard, un nouvel attentat islamiste fait trois victimes à Nice..

Victime

La victime, Samuel Paty, est un professeur d'histoire-géographie né le . à Moulins, dans l'Allier. Après des études en classe préparatoire aux grandes écoles au lycée Édouard-Herriot, à l'université Jean-Moulin-Lyon-III de 1993 à 1995 où il obtient sa maîtrise dirigée par le professeur Olivier Faure puis à l'IUFM de l'université Lumière-Lyon-II, il obtient le CAPES d'histoire-géographie en 1997 et est nommé en région parisienne.. Il était en poste depuis trois ans au collège du Bois-d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine...

Selon plusieurs témoignages de ses élèves et anciens élèves, Samuel Paty était un enseignant investi et aimant son métier, soucieux de leur réussite et apprécié par eux... Il était marié. et père d'un enfant de cinq ans.. Il est enterré à Moulins, sa ville natale.

Hommages Samuel Paty est nommé chevalier de la Légion d'honneur et commandeur des Palmes académiques à titre posthume le , lors de l'hommage national qui lui est rendu à la Sorbonne.. Le ministre de l'Éducation nationale annonce que le fils de Samuel Paty obtiendra le statut de pupille de la Nation..

Plusieurs communes ont également donné . Le , à l'occasion de la journée de la laïcité, la ville de Charnay-lès-Mâcon nomme le parvis de la mairie « parvis Samuel Paty ».. En 2021, une place de la ville de Voreppe est baptisée « espace Samuel-Paty ».. En , le square Paul-Painlevé, situé en face de la Sorbonne, est renommé « square Samuel-Paty ». En , un square Samuel-Paty est inauguré à Dijon, boulevard Thiers, en face du lycée Carnot..

En 2021, le nouveau collège de Valenton, dans le Val-de-Marne, est le premier collège à porter le nom de Samuel PatyNoémie Bonnin, .. Il existe des écoles élémentaires Samuel Paty à Béziers (Hérault) et Montpellier (Hérault).

En , son mémoire d'histoire de maîtrise est publié aux Presses universitaires de Lyon..

Un hommage a lieu le sur le lieu du drame, en présence du Premier ministre Michel Barnier...

Le , le collège du Bois-d’Aulne est renommé « collège Samuel-Paty ».. Le , le parc urbain d'Éragny où Samuel Paty se promenait régulièrement reçoit son nom. En , en Dordogne, la ville de Saint-Astier inaugure l'esplanade Samuel-Paty-et-Dominique-BernardJean-Louis Mathieu, « La Ville honore Samuel Paty et Dominique Bernard en inaugurant une esplanade », Sud Ouest édition Dordogne, , ..

Circonstances Samuel Paty donne le . un cours d'enseignement moral et civique (EMC) à des élèves de quatrième sur la liberté d'expression, thème au programme officiel de l'Éducation nationale... Afin d'illustrer son propos., il présente deux caricatures de Mahomet issues du journal Charlie HebdoPourquoi nous publions les caricatures montrées par Samuel Paty à ses élèves, Marianne, 20/10/2020, lesquelles, parmi d'autres, sont en relation avec l'attentat meurtrier contre ce journal en 2015. Selon d'anciens élèves, il faisait cela chaque année., sans que cela provoque de réactions négatives chez les élèves ou les parents.

Une note des Renseignements territoriaux du confirme les témoignages selon lesquels Samuel Paty a préalablement proposé aux élèves qui le souhaitaient de détourner les yeux ou de sortir de la classe quelques secondes, en présence d’une auxiliaire de vie scolaire... Dans un message sur les réseaux sociaux, un parent d'élève, Brahim Chnina., a au contraire accusé l'enseignant d'avoir demandé , parmi lesquels sa fille, puis leur avoir dit , mais le collège confirmera que sa fille était absente pour maladie ce jour-là.. Le , le professeur dément ces affirmations : . Samuel Paty souligne, en parlant de la fille de Brahim Chnina, qu'elle a ..

Le père s'élève de manière virulente sur Facebook contre le professeur. Citant sa fille., il accuse Samuel Paty d'avoir présenté aux élèves « la photo » d'un homme nu et d'avoir indiqué : « C'est le Prophète ». Le texte qu'il publie sur Facebook exhorte ses « frères et sœurs » à se plaindre au CCIF et à l'administration dont il cite plusieurs échelons.

Au moins deux vidéos sont diffusées sur Internet, traitant le professeur, entre autres, de et de . L'une d'entre elles provient du père de famille qui condamne l'utilisation de ces caricatures en traitant ensuite le professeur de . Il accuse à nouveau Samuel Paty d'avoir présenté aux élèves « la photo » d'un homme nu. La vidéo est diffusée le sur les réseaux sociaux, entre autres sur la page Facebook de la mosquée de Pantin. Le responsable de cette mosquée, Mohammed Henniche, indique que la première vidéo du père de famille et .. Cet élan numérique crée ainsi .. Mohammed Henniche invoque par ailleurs sa vision modérée qui serait son approche habituelle..

L'autre vidéo est enregistrée et diffusée par le militant islamiste radical Abdelhakim Sefrioui.. Ce prédicateur s'était rendu dans l'établissement avec le parent d'élève pour parler avec la principale et exiger d'elle. qu'elle congédie l'enseignant . Ces deux hommes font fortement pression durant plusieurs jours, cherchant à obtenir que l’enseignant soit limogé de l'Éducation nationale., venant à de multiples reprises devant le collège pour essayer de mobiliser d'autres parents contre Samuel Paty. Sur les commentaires vidéos sont indiqués le nom du professeur, l’adresse de l’établissement et un numéro de téléphone pour prendre directement contact avec le CCIF. Le CCIF dément plus tard ..

Toujours le , ce même parent d'élève porte plainte pour .. Samuel Paty rencontre le lendemain un inspecteur académique pour que lui soient rappelées les règles de neutralité et de laïcité. Il est ..

Le même jour, la principale envoie un courrier électronique aux parents pour préciser les circonstances du cours. Elle indique aussi que Samuel Paty et elle-même se tiennent à la disposition des parents « qui souhaitaient revenir sur cette situation ». Le , le parent d'élève publie une nouvelle vidéo sur YouTube. « La principale a fait état d'appels menaçants » par la suite, selon le procureur anti-terroriste.

Le , auditionné par la police, Samuel Paty porte plainte à son tour .. Le professeur est accompagné de la principale lorsqu'il se rend au commissariatet dément à nouveau les accusations de Brahim Chnina et de sa fille. Ce dernier ne se présente pas à sa convocation par la police le .

Dans les jours précédant l'assassinat, le terroriste Abdoullakh Anzorov, âgé de 18 ans, échange des messages sur WhatsApp avec Brahim Chnina. Il a également des contacts avec un ancien condamné pour .. Abdoullakh Anzorov, la fille de Brahim Chnina et le collégien qui identifiera Samuel Paty le jour de l'attentat ont également des échanges sur les réseaux sociaux..

Déroulement de l'attentat

Le , jour des faits, Abdoullakh Anzorov fait le trajet entre Évreux, sa ville de résidence et Conflans-Sainte-Honorine où se trouve le collège du Bois-d’Aulne. Un ami, Naïm Boudaoud, l'emmène en voiture et Anzorov arrive sur les lieux à .. Depuis au moins une semaineIbid., p. 107-108, il connaît le nom de sa cible mais ne dispose pas .

À , il aborde un élève de 14 ans à qui il propose en échange d'informations permettant d'identifier Samuel PatyIbid., p. 192. Il lui remet un premier paiement de 150 € et lui promet le restant dès qu'il aura identifié le professeur. Pendant plus d'une heure, ils patientent devant le collège. Anzorov explique au collégien, scolarisé en classe de et qui ne connaît Samuel Paty que par le biais de cours du soir, qu'il veut , le tout devant caméra.

À , les deux individus sont rejoints par quatre élèves de dont un ayant eu Samuel Paty en cours le matin même. Aidé par l'élève de initialement présent, il fournit à Anzorov une description physique détaillée de son enseignant et lui montre le début de l'itinéraire qu'il emprunte habituellement pour rentrer chez lui.

L'élève de , dont la grande sœur est une amie proche de la fille de Brahim Chnina, passe un coup de fil à cette dernière.

Au téléphone, qui est mis sur "ampli", elle réitère ses mensonges devant Anzorov qui se met en colèreIbid., p. 193-195. À , Samuel Paty sort du collège, immédiatement identifié par l'élève de et celui de .